בס״ד
La
Kashrouth de l'espadon
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J'ai reçu l'e-mail suivant :
Bonjour
Rav
J'ai écouté votre cours audio sur la cacherout du Zébu qui était comme toujours claire et très documenté. Ma question est celle ci (et va dans le même sens, si j'ose dire, que le Zébu) : l'espadon est il casher à notre époque ?
J'entends beaucoup de choses contradictoires dessus. Certains Poskim autorisent sur la base que des communautés séfarades en consommaient pendant fort longtemps (et savaient quelle espèce d'espadon consommer). Mais beaucoup de Poskim interdisent ce poisson également (car c est un poisson qui ne possède pas d'écailles ; mais certains disent qu'il perdrait ses écailles une fois sorti de l eau comme le thon) et qu'il ne fait pas partie de l’espèce des thons.
Pourriez-vous m'en dire un peu plus du point de vue de la Torah et du Rambam ?
Merci Rav !
Kol Touv
Respectueusement
Yaacov
L'espadon
est une des créatures marines les plus fascinantes. C'est l'un des
plus grands, des plus rapides, et des plus agressifs des poissons
osseux. Il commence sa vie en ayant la taille d'un grain de riz et
peut grandir pour dépasser facilement les 450 kg.
La
fonction de son épée, qui fait un tiers de la longueur de son corps
et éventre parfois des bateaux, est inconnue. L'espadon se retrouve
dans le monde entier et est traditionnellement péché au moyen d'un
harpon comme une baleine. Est-il Koshér ?
Dans
les milieux orthodoxes actuels, une croyance très répandue déclare
que l'espadon serait, sans l'ombre du moindre doute, non Koshér. Or,
cette croyance est tout bonnement inexacte, et est basée sur la
croyance selon laquelle l'espadon perdrait ses écailles en
grandissant, ou qu'il n'aurait tout bonnement pas d'écailles, ce qui
le rendrait non Koshér. Mais comment se fait-il alors que tous les
Rabbins, sans exception, autorisèrent sa consommation, et ce,
jusqu'à la deuxième moitié du 20ème siècle ?
Pour
être Koshér, un poisson doit posséder à la fois des nageoires et
des écailles. Mais qu'adviendrait-il si un poisson ne faisait
pousser des écailles qu'une fois devenu mature, ou les perdrait une
fois péché ? Cela le rendrait-il non Koshér ? Le point
de départ pour répondre à toute question consiste à voir si le
Talmoudh dit quelque chose à ce sujet. Or, le Talmoudh en parle
explicitement, dans Houllin 66a, où nous lisons
ceci :
Nos
Maîtres ont enseigné : Si un poisson n'a actuellement pas
d'écailles mais les fera pousser après un certain temps, comme
par exemple la Soultonith et le ´aphiyas, voici, celui-ci
est autorisé. Il possède actuellement des écailles mais les
perdra une fois qu'il a été attrapé et remonté de la mer,
comme par exemple le `aqounas et le `aphounas, le Kasaphtiyas et
le `akhsaphtiyas, ainsi que le `atounas, voici, ceci
est autorisé.
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תנו רבנן
אין לו עכשיו ועתיד לגדל לאחר זמן כגון
הסולתנית והעפיץ הרי זה מותר יש לו עכשיו
ועתיד להשיר בשעה שעולה מן הים כגון
אקונס ואפונס כספתיאס ואכספטיאס
ואטונס ה"ז
מותר
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D'après
la majorité des commentateurs, le poisson appelé ואכספטיאס
« `akhsaphtiyas »
correspond à l'espadon, et que ce nom est dérivé du grec
« xiphias », l'appellation grecque de l'espadon.
(En hébreu, la lettre « x » n'existe pas ; par
conséquent, ce son se forme par une combinaison des lettres כס.)
Le Talmoudh tranche donc très clairement que l'espadon est Koshér.
Et grâce à la science moderne, nous pouvons mieux comprendre ce
passage du Talmoudh : ce n'est pas que l'espadon perd ses
écailles une fois qu'il a été sorti de l'eau ; plutôt, les
écailles de l'espadon adulte se cache profondément dans la chair,
lui donnant l'apparence d'avoir perdu ses écailles. Étant donné
que ses écailles ne sont donc pas visibles lorsqu'il grandit
(puisqu'elles s'enfoncent profondément à l'intérieur de sa chair),
les Orthodoxes d'aujourd'hui supposent à tort que, soit ce poisson
n'a pas d'écailles, soit il les a perdues. Or, ces deux suppositions
sont fausses. Des études menées de concert en 2004 par de nombreux
chercheurs Juifs (parmi lesquels le Rov Docteur Ari Zivotofsky) et
non Juifs ont montré que les écailles de l'espadon apparaissent
d'abord sur l'abdomen à une hauteur standard de 6 mm. Par la suite,
de grandes écailles avec une seule colonne vertébrale augmentent en
nombre antérieurement et postérieurement dans une rangée le long
de l'abdomen et du bord ventral.
Une
étude précédente de 1982 notait que l’espadon développait deux
types d’écailles en tant que larves et juvéniles : des
écailles de grande taille, à épines multiples et des écailles
rostrales; et de petites écailles à une seule épine. À mesure que
le poisson vieillit, passant de la larve à juvénile et à adulte,
ses écailles persistent, mais sont de plus en plus enfouies dans le
derme, la peau du poisson. Ce n'est pas que ces écailles diminuent.
Au contraire, c'est l'épaisseur du derme qui augmente.
La
confusion des Orthodoxes de notre génération concernant la présence
ou l'absence d'écailles sur les espadons adultes est due à
l'épaississement du derme au-dessus des écailles, lorsque les
espadons juvéniles et larvaires se développent. Le résultat est
que seules les pointes des écailles font saillies chez les adultes.
Les écailles sont souvent fracturées et abrasées lorsque les
poissons sont capturés et transformés par la pêcherie. La couche
cuticulaire du tégument est également recouverte d'une épaisse
couche de mucus, sécrétée par un réseau de canaux muqueux au sein
de l'épiderme. Ce mucus lubrifie le tégument et rend les épines
d'écailles moins visibles.
C'est
ainsi, donc, que la biologie moderne corrobore l’affirmation faite
dans le Talmoudh, selon laquelle, lorsque l’espadon adulte est
capturé, il semble ne pas avoir d’écailles. Ainsi, l'espadon, qui
correspond au xiphias, est parfaitement Koshér.
L'espadon,
Xiphius gladius, fait partie d'un groupe de grands poissons
prédateurs dotés de projections en forme d'épée, appelés
poissons porte-épées. Les autres poissons porte-épées sont
plusieurs espèces de makaires, d'espadons-voiliers et de rémoras
des espadons (qui ont des becs relativement courts). Mais alors que
les becs des autres poissons porte-épées ont une section
transversale ronde - comme les lances - ceux de l’espadon ont une
section transversale plate, comme des épées. Par conséquent, toute
référence à un poisson nommé « porte-épée » fait
uniquement référence à l’espadon.
En
outre, les espadons sont de loin les espèces de poissons porte-épées
les plus répandues de la Méditerranée. Si l’espadon n’était
pas Koshér, le Talmoudh ne décrirait pas un autre poisson
porte-épée comme étant Koshér et induirait les gens en erreur en
leur faisant croire qu’il parlait de l’espadon plus commun.
C'est
ainsi que, sur la base de la décision du Pôséq séfarade de renom,
Horov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti (1603-1673), qui a
autorisé « le poisson avec l'épée », les Pôsaqim
ont considéré pendant près de quatre siècles après que l'espadon
était bien Koshér. C'est ainsi qu'en 1933, une liste de poissons
Koshér publiée par nul autre que la `aggoudhath Horabbonim (la
principale organisation orthodoxe du début du 20ème siècle, sous
l'autorité du Rov `ali´azar Silver), incluait l'espadon.
Et l'année suivante, sous la direction du Rov Yôséph Kanowitz, la
liste fut réimprimée et incluait toujours l'espadon.
Pour
revenir au Rov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti, surnommé le
Kanasath Haggadhôloh, il a
écrit ceci :
Il
est une coutume répandue parmi tous les
Juifs de consommer le poisson avec l'épée, connu
dans le langage vernaculaire sous le nom de fishei espada, bien qu'il
n'ait pas d'écailles, parce qu'il est dit que lorsqu'il est sorti de
l'eau, en raison de sa colère, il se met à trembler et se
débarrasse de ses écailles.
Cette
affirmation fut répétée sans la moindre divergence par un très
grand nombre de Pôsaqim faisant autorité, parmi
lesquels le Pari Maghodhim, le Darakhé
Tashouvoh, le Hyda''`, ou encore le Kaph
Hahayyim. Toutes les communautés Juives,
ashkénazes ou séfarades, consommaient de l'espadon jusque dans les
années 1950, et personne ne questionnait son statut de Kashrouth.
Tout
changea en 1951, lorsque le Rov Docteur Môshah Tendler examina un
espadon et ne trouva aucune écaille. Il fut convaincu qu'il
s'agissait d'un poisson non Koshér et que cela ne pouvait pas être
le poisson porte-épée mentionné par le Rov Hayyim ban
Yisro`él Benvenisti. Le Rov Tendler lança alors une campagne contre
la consommation de l'espadon.
Le
Rov Isser Yahoudhoh Unterman réagit à cette
interdiction avec une vive réaction, mais le Rov `ali´azar
Waldenberg prit parti pour le Rov Tendler et un débat acharné
éclata dans les journaux halakhiques dans les années 1960.
(Malheureusement, toutes les parties souffraient d'un manque
d'informations précises sur l'espadon et les autres poissons
porte-épées.)
Pourtant,
il est parfaitement clair que le Rov Hayyim ban Yisro`él
Benvenisti faisait effectivement référence à l’espadon. Le nom
qu’il utilise pour cela, fishei espada, est le nom de l’espadon
dans de nombreux pays méditerranéens.
Le
Rov Tendler affirma que le Rov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti
faisait référence à l'espadon-voilier (alors qu'on en trouve
rarement en Méditerranée, et que le Kanasath
Haggadhôloh parlait d'un poisson que l'on trouve
couramment). Étant donné que les habitants de cette région
mangeaient beaucoup d’espadon - le poisson porte-épée le plus
courant -, il est inconcevable que le Kanasath
Haggadhôloh utilisa l'appellation « fishei
espada » pour désigner un poisson différent et ne mentionne
aucun problème avec l’espadon. En outre, la conclusion du Rov
Tendler selon quoi l'espadon n'a pas d'écailles est purement
fausse ; il ne savait pas à son époque que l'espadon, en
grandissant, enfouit ses écailles sous sa peau, car cette dernière
devient si épaisse qu'elle recouvre les écailles, qui deviennent
ainsi à peine visible.
(Notez
que l'espadon est le seul poisson porte-épée pour lequel cela se
produit. Avec tous les autres poissons porte-épées, la situation
est exactement le contraire de celle décrite par le Talmoudh et le
Kanasath Haggadhôloh : ils
n'ont aucune écaille durant leur jeunesse, mais elles se développent
au fur et à mesure de leur maturité. Preuve supplémentaire que les
autres poissons porte-épées ne pourraient pas être le poisson
décrit par le Talmud et le Kanasath Haggadhôloh.)
Depuis
lors, les Orthodoxes contemporains se sont alignés derrière
l'opinion erronée et anti-talmudique du Rov Tendler. Et une raison
principale à cela, en plus d'être ignorants en matière
scientifique (puisque les Orthodoxes d'aujourd'hui bannissent l'étude
des sciences), est que les Conservatives autorisent l'espadon. Et
chaque fois que les Conservatives (Massortim) autorisent quelque
chose, par réactionnisme primaire les Orthodoxes interdisent
automatiquement (sans même s'être sérieusement penché sur la
question) de façon à paraître différents des Conservatives. Mais
halakhiquement parlant, l'espadon est parfaitement Koshér, et
d'ailleurs le rabbinat israélien ne l'a jamais formellement déclaré
« non Koshér » ; c'est juste la pression de
l'ignorance orthodoxe qui fait que même en Israël de l'espadon
n'est pas servi.
Mais
pour conclure, un problème pratique doit être mentionné concernant
l'espadon. Bien qu'il soit Koshér, il convient de faire attention
avant de se mettre à en manger. En effet, la taille de ce poisson
est impressionnante, et son poids, comme mentionné plus haut, peut
atteindre facilement les 450 kg. À cause de cela, vous ne trouverez
jamais un espadon entier dans une poissonnerie ; au contraire,
il est déjà découpé en plusieurs morceaux lorsqu'il est vendu.
Or, cela peut poser un problème : étant donné que ses
écailles ne sont pas visibles (au contraire du thon), à moins
d'être un expert et de savoir reconnaître un morceau d'espadon, il
n'y a aucun moyen pratique de déterminer que le morceau de poisson
sans écaille que vous avez devant vous est réellement un morceau
d'espadon et que ses morceaux ne se sont pas mélangés avec des
morceaux d'une autre espèce de poisson non Koshér. Ainsi, à moins
d'avoir les preuves et la certitude que ce que vous achetez est bien
de l'espadon, il convient, dans le doute, de s'en abstenir.
Mais,
au moins, vous avez la réponse à votre question : l'espadon
est Koshér à 100%, n'en déplaise aux Orthodoxes ignorants qui le
considèrent à tort comme ne l'étant pas.