בס״ד
Prier et étudier chez soi est plus important
qu’aller au Béth Hakkanasath II
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article peut être téléchargé ici.
A la suite de l’article intitulé « Prier et étudier chez soi est plus important qu’aller
au Béth Hakkanasath », j’ai
reçu le message suivant :
Je suis interloqué sur le dernier
article. Car le cas que vous cité, du Rav qui priait chez lui, est sans doute
un cas isolé et très rare (et il s’agissait d’un Ṭalmid Ḥakham, et non d’un
juif très commun comme nous). Et surtout, dans ces mêmes passages talmudiques
plusieurs fois on fait l’éloge de prier à la synagogue en miniane ; on
nous répète que prier en miniane est très important et que Hachem écoute plus
facilement nos prières.
Résh Lakish dit également :
« Qui est un mauvais voisin ? C’est celui qui ne va pas la synagogue qui
est près de chez lui ».
Bref, votre article pose
question...
Pour commencer, il n’est pas exact qu’il
s’agit d’une position isolée, puisque comme cela a été rapporté dans l’article
susmentionné, telle était la pratique de Dowidh Hammalakh, de ´oulo`, de
`abbayé, et considérée comme étant la Halokhoh aussi bien par le Rambo’’m que
Ribbénou Yônoh (qui divergent juste quant à savoir si `abbayé priait seul ou
rassemblait chez lui un Minyon plutôt que d’aller à la synagogue). Et la
compréhension du Rambo’’m est celle acceptée par la majorité des Pôsaqim. En
outre, le Ṭalmoudh rapporte, en réalité, de nombreux autres cas d’individus qui
ne priaient quasiment exclusivement que chez eux, comme le cas de certains de
nos Ḥakhomim qui faisaient le Shama´ et la ´amidhoh près
de leurs lits dès les premières lueurs du jour (ce qui est, en réalité la Miṣwoh
Min Hammouvḥor – la meilleure façon d’accomplir la Miṣwoh). J’aime à dire que
les pratiques les plus populaires ne reflètent pas toujours la véritable
position de la Halokhoh.
Donc, qu’en est-il de ces passages
talmudiques insistant sur l’importance du Minyon au Béth Hakkanasath ?
Ces passages existent bel et bien. Voyons-les en entier pour en saisir le
sens :[1]
Ribbi Nothon dit : Comment savons-nous que le
Saint, béni soit-Il, ne méprise pas la Ṭaphilloh des foules ?
Car il est dit :[2]
הֶן-אֵל כַּבִּיר,
וְלֹא יִמְאָס « Voici, `él
ne méprisera pas le puissant ». Et il est écrit :[3]
פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי, מִקְּרָב-לִי « Il
a racheté mon âme en paix de sorte que personne ne m’approche ».
Le Saint, béni soit-Il, dit : « Si quelqu’un s’implique dans l’étude
de la Ṭôroh et des Gamilouth Ḥasodhim, et prie avec le Ṣibbour,
Je le lui compterai comme s’il M’avait racheté ainsi que Mes enfants du milieu
des nations du monde ».
Résh Laqish a dit : Quiconque a un Béth
Hakkanasath dans sa ville et ne s’y rend pas pour prier, est appelé un mauvais
voisin. Car il est dit :[4]
כֹּה אָמַר יְהוָה, עַל-כָּל-שְׁכֵנַי הָרָעִים,
הַנֹּגְעִים בַּנַּחֲלָה, אֲשֶׁר-הִנְחַלְתִּי אֶת-עַמִּי אֶת-יִשְׂרָאֵל « Ainsi
a dit `adhônoy : Concernant tous Mes mauvais voisins qui
touchent l’héritage dont J’ai fait hériter Mon peuple, Yisro`él ».
En outre, il cause l’exil sur lui-même et ses enfants. Car il est dit :[5]
הִנְנִי נֹתְשָׁם מֵעַל אַדְמָתָם, וְאֶת-בֵּית
יְהוּדָה אֶתּוֹשׁ מִתּוֹכָם « Moi-même Me voici qui les arrache de
sur leur sol, et J’arracherai du milieu d’eux la Maison de Yahoudhoh ».
Lorsqu’ils dirent à Ribbi Yôḥonon qu’il y avait des
hommes vieux en Babylonie, il en fut surpris et dit :
« Pourquoi ? N’est-il pas écrit : לְמַעַן
יִרְבּוּ יְמֵיכֶם, וִימֵי בְנֵיכֶם, עַל הָאֲדָמָה ‘’afin que vos jours
soient multipliés, ainsi que les jours de vos enfants, sur le sol [de `araṣ
Yisro`él]’’ mais pas en-dehors du Pays ? » Lorsqu’ils lui
dirent qu’ils venaient tôt au Béth Hakkanasath et le quittaient
tard, il dit : « C’est [donc] ce qui les aide ! » C’est
comme ce que Ribbi Yahôshoua´ ban Léwi dit à ses fils : « Venez tôt
au Béth Hakkanasath et quittez-le tard afin que vous puissiez vivre
longtemps ». Ribbi `oḥo ban Ribbi Ḥanino` dit : « Quel [passage
de l’]Ecriture [peut être cité en soutien à ceci] ? אַשְׁרֵי אָדָם, שֹׁמֵעַ-לִי: לִשְׁקֹד
עַל-דַּלְתֹתַי, יוֹם יוֹם--לִשְׁמֹר, מְזוּזֹת פְּתָחָי ‘’Les félicités de
l’humain qui M’écoute, veillant sur Mes portes jour après jour, gardant les
poteaux de Mes entrées’’.[6]
Et après cela il est dit :[7]
כִּי מֹצְאִי, מָצָא חַיִּים ‘’Car celui qui Me trouve
a trouvé la vie’’. »
D’un côté, l’enseignement de Ribbi
Nothon semble taillé sur mesure pour la pratique de `abbayé, mettant en avant
l’importance du Limoudh Ṭôroh et des Gamilouth Ḥasodhim,
et de l’autre côté, il y a le mépris de Résh Laqish envers ceux qui ne prient
pas au Béth Hakkanasath, couplé à la menace de l’exil pour ces personnes et
leurs descendants. Nous pouvons voir les deux perspectives dans ce passage.
Mais il ne fait aucun doute que le mépris et la menace susmentionnés ont suffit
pour taire la tradition de ´oulo` dans l’esprit de bon nombre de personnes
aujourd’hui.
Pourtant, la vérité est que cette
approche de Résh Laqish n’était pas majoritaire. Dans son ensemble, les
enseignements du Ṭalmoudh soulignant l’importance du Limoudh Ṭôroh dépassent en
nombre, et de très loin, ses enseignements sur les prières synagogales,
contrairement à ce qu’affirme le questionneur. La plupart des Juifs dans l’ère
talmudique priaient chez eux, dans les montagnes, ou à l’endroit où ils se
trouvaient quand venait l’heure de prier (cela pouvait être dans la rue, sur
une plage, etc. Il existe de nombreux récits de grands sages qui priaient sur
la route). Les rassemblements synagogaux se faisaient essentiellement les
lundis, jeudis et Shabboth, non pas en raison des prières (qui elles pouvaient
se faire n’importe où), mais parce que ces jours-là la Ṭôroh était lue en
public. Il s’agissait donc d’occasions d’étudier la Ṭôroh et pour les Rabbonim
de faire des sermons. L’étude de la Ṭôroh en communauté était considérée comme
le cœur de la vie synagogale, et on s’y rassemblait ces jours trois jours-là pour
que (pour reprendre l’expression talmudique) « trois jours ne puissent
pas passer sans Ṭôroh ». D’ailleurs, le fait que l’étude de la Ṭôroh
est censée être l’activité principale de la synagogue se démontre encore
aujourd’hui par l’appellation yiddish d’une synagogue :
« Shoul », qui signifie littéralement « école », indiquant
par-là que sa fonction première n’est pas la prière mais l’apprentissage et
enseignement de la Ṭôroh. Ainsi, ceux qui avaient la capacité d’étudier chez
eux le faisaient, et en profitaient pour prier également là où ils étudiaient.
De même, ceux qui n’avaient pas la capacité d’étudier chez eux, se rendaient au
Béth Hakkanasath trois fois par semaine (lundi, jeudi et Shabboth),
et en profitaient pour y prier puisque c’était là qu’ils étudiaient. Tout cela
montre en réalité davantage l’importance de l’étude de la Ṭôroh plutôt que la Ṭaphilloh
au Béth Hakkanasath. C’est pourquoi, du point de vue halakhique, un
Béth Midhrosh est plus sacré qu’un Béth Hakkanasath, car le Béth
Midhrosh est un lieu réservé exclusivement à l’étude de la Ṭôroh, alors qu’au
Béth Hakkanasath diverses activités peuvent s’y dérouler. Là encore,
l’importance supérieure de l’étude de la Ṭôroh est mise en avant. D’où le
fameux dicton mishnique :[8]
וְתַלְמוּד תּוֹרָה כְּנֶגֶד כֻּלָּם « Mais l’étude de la Ṭôroh
les vaut toutes ».
En outre, même dans les rares cas où le Ṭalmoudh
présente une tradition semblant promouvoir une obligation de rassemblement au
Béth Hakkanasath, elle est quasiment systématiquement contrebalancée
par des enseignements remettant en avant l’importance du Limoudh Ṭôroh, comme
dans ce passage de Barokhôth 6a :
Il a été enseigné : `abbo` Binyomin dit :
« La Ṭaphilloh d’un humain n’est entendue qu’au Béth Hakkanasath.
Car il est dit :[9]
לִשְׁמֹעַ אֶל-הָרִנָּה וְאֶל-הַתְּפִלָּה ‘’pour
entendre le chant et la prière’’ – La Ṭaphilloh doit être
faite là où il y a un chant ! » Ravin bar Rov `addo` a dit au nom de
Rov Yiṣḥoq : « Comment savons-nous que Haqqodhôsh Boroukh Hou` Se
trouve au Béth Hakkanasath ? Car il est dit :[10]
אֱלֹהִים, נִצָּב בַּעֲדַת-אֵל ‘’`alôhim
Se tient dans l’assemblée de `él’’. Et comment savons-nous que si dix
prient ensemble la Shakhinoh est avec eux ? Car il est
dit : אֱלֹהִים, נִצָּב בַּעֲדַת-אֵל ‘’`alôhim
Se tient dans l’assemblée de `él’’. Et comment savons-nous que si trois
sont assis en Béth Din la Shakhinoh est avec eux ? Car il est
dit :[11] בְּקֶרֶב אֱלֹהִים יִשְׁפֹּט ‘’au milieu des juges Il jugera’’. Et
comment savons-nous que si deux s’asseyent et étudient ensemble la Ṭôroh la Shakhinoh
est avec eux ? Car il est dit :[12]
אָז נִדְבְּרוּ יִרְאֵי יְהוָה, אִישׁ אֶל-רֵעֵהוּ;
וַיַּקְשֵׁב יְהוָה, וַיִּשְׁמָע, וַיִּכָּתֵב סֵפֶר זִכָּרוֹן לְפָנָיו לְיִרְאֵי
יְהוָה, וּלְחֹשְׁבֵי שְׁמוֹ ‘’Alors ceux qui craignent `adhônoy
se parlèrent, un homme à son ami ; et `adhônoy prêta attention
et entendit, et un Livre du Souvenir fut rédigé devant Lui pour ceux qui
craignent `adhônoy et pour
ceux qui pensent à Son nom’’… Et comment savons-nous que même si un
seul humain s’assoit et étudie la Ṭôroh la Shakhinoh est avec
lui ? Car il est dit :[13]
בְּכָל-הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת-שְׁמִי,
אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ ‘’En
tout lieu où Je ferai mentionner Mon nom Je viendrai vers toi et Je te bénirai’’… »
Notez que bien que la déclaration de
`abbo` Binyomin limite l’efficacité de la Ṭaphilloh uniquement à l’enceinte
d’un Béth Hakkanasath, tout le reste du passage remet clairement en
question l’exclusivité supposée du Béth Hakkanasath par `abbo`
Binyomin, et du lieu du Béth Hakkanasath comme étant la localisation
de la Shakhinoh. Cela montre encore plus que ce n’était pas la
position majoritaire acceptée de tous ; bien au contraire, la position
majoritaire a toujours été que la Shakhinoh est présente partout,
pas seulement au Béth Hakkanasath, mais au sein au milieu de dix
hommes qui se rassemblent (n’importe où, même à la maison) pour prier. Non
seulement cela, mais elle est également présente au milieu de trois hommes qui
décident de former un Béth Din pour juger un cas, et même au milieu de deux
hommes qui étudient ensemble, ou même lorsque quelqu’un étudie seul ! Cela
démontre de manière subtile la supériorité de l’étude de la Ṭôroh sur les
rassemblements de prière ; alors que la Shakhinoh n’est
présente au milieu de personnes qui prient que si elles sont au moins dix,
quand il s’agit de l’étude de la Ṭôroh même quand quelqu’un étudie seul ou avec
un partenaire la Shakhinoh est là !
Nous pourrions citer de nombreux autres
passages talmudiques développant exactement les mêmes idées, comme par exemple Bavo`
Bathro` 25a, Sôtoh 49a, Ṭomidh 32b (ces deux derniers passages sont des
réponses directes contrant l’enseignement de `abbo` Binyomin). En fait, dans l’écrasante
majorité des cas les enseignements rabbiniques sur la présence ou absence de la
Shakhinoh sont étroitement liés à l’accomplissement (ou
transgressions) de Miṣwôth autres que la Ṭaphilloh.
Au vue de l’énorme importance et
supériorité de l’étude de la Ṭôroh, il n’est pas surprenant que la littérature
halakhique mette généralement en avant cet aspect-là de la vie religieuse, et
dépeignent constamment les Ḥakhomim dans leur rôle social d’enseignants plutôt qu’en
rapportant leurs expériences de prière devant Hashshém.
Les quelques passages donnant l’impression
d’une supériorité des rassemblements au Béth Hakkanasath sont des
approches personnelles qui ne constituaient en réalité pas l’attitude
majoritaire, et qui furent toujours nuancés dans le Ṭalmoudh lui-même. Aujourd’hui
on nous fait croire l’inverse en insistant sur ces passages (qu’on cite
rarement intégralement et qu’on sort de leurs contextes), ce qui crée un
sentiment psychologique qu’il faut absolument se rendre au Béth Hakkanasath,
etc. Cela étant dit, si le Béth Hakkanasath est également le lieu d’étude
principal de quelqu’un, il va de soi qu’il gagne énormément à s’y rendre. Mais
si c’est juste le lieu pour tenir un Minyon puis rentrer chez soi, il n’y a
rien de spécial, car un Minyon peut être tenu n’importe où, même chez soi comme
le faisait `abbayé d’après le Rambo’’m, et il est possible de prier même seul n’importe
où (dans sa cour, son balcon, sa maison, dans la rue, etc.). Ce n’est donc pas
le fait de se rendre au Béth Hakkanasath qui soit le plus important,
mais ce qu’on y fait ! Puisque l’étude de la Ṭôroh surpasse toute autre
chose, les Juifs d’antan étaient accoutumés à prier là où ils avaient étudié,
que ce soit chez eux à la maison, ou au Béth Midhrosh, ou au Béth Hakkanasath.
D’ailleurs, le Ṭalmoudh exhorte les gens qui se rendaient au Béth Hakkanasath
pour prier ´arbith à d’abord étudier au Béth Hakkanasath, ne
serait-ce que quelques versets, et seulement après se lever pour faire la Ṭaphilloh.
De même, la seule raison pour laquelle le Shama´ précède la ´amidhoh
le matin et le soir, ou qu’avant la ´amidhoh de l’après-midi on
récite d’abord le Ṭahillim 145 et d’autres passages, c’est
afin de se lever pour prier après avoir étudié quelques paroles de Ṭôroh. Tout
cela illustre encore davantage l’adage selon lequel : on ne prie qu’à l’endroit
où on a étudié !