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vendredi 25 décembre 2020

Le jeûne mystérieux du 9 Tévéth

 

בס״ד

 

Le jeûne mystérieux du 9 Tévéth

 

 

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Nous sommes aujourd’hui le 10 Tévéth, un jour de jeûne. Mais ce n’est pas de cela que nous parlerons dans cet article, mais du jeûne mystérieux du 9 Tévéth, beaucoup moins connu et dont l’origine est obscure.

 

Dans la Gamoroˋ[1] il nous est dit quelque chose d’étrange, à savoir que les romains שאין להן לא כתב ולא לשון « n’ont ni écriture ni langue ». Rash’’i ז״ל ajoute à cela une déclaration encore plus déroutante : אחרים תקנו להן כל ספריהם « D’autres ont institué pour eux tous leurs livres » (c’est-à-dire que tous les livres des romains furent en réalité écrits par d’autres personnes, et non par les romains eux-mêmes). Nous y reviendrons à la fin de l’article pour élucider tout cela.

 

Le Shoulḥon ´oroukh[2] décrit un certain nombre de jours de jeûne qui correspondent à divers anniversaires de décès (Nodhov et ˋavihou ע״ה, Shamouˋél Hannoviˋ ע״ה, etc.). La liste est tirée d'une Barraythoˋ datant approximativement du 8ème siècle. Pourtant, le Rov Yôséph Qaˋז״ל déclare dans son œuvre antérieure, le Béth Yôséph (son commentaire sur le Tour ז״ל) qu'il ne connaît personne qui respecte réellement ces jeûnes ! Si tel est le cas, pourquoi a-t-il donc inclus cette section dans son Shoulḥon ´oroukh ? De plus, il y a un jour de jeûne pour lequel il déclare que nous ne savons même pas quelle tragédie nous est arrivée : le 9 Tévéth.

 

Voici un résumé des différentes opinions de la littérature juive quant à la raison du jeûne du 9 Tévéth :

·        Le Raˋava’’d ז״ל (Ribbénou ˋibn Daoud du 12ème siècle) rapporte dans son Séphar Haqqabboloh que c'était le jour où Yôséph Halléwi Hannoghidh הי״ד (le fils de Shamouˋél Hannoghidh ז״ל) fut martyrisé en 1066 de l’Ere Courante, et qu’ « on le pleura dans chaque ville et dans chaque village. (En fait, un jeûne avait été décrété pour le 9 Tévéth dès les jours de nos anciens rabbins, qui composèrent la Maghillath Ṭa´nith ; mais la raison n'en était pas connue. De cet [incident] nous voyons qu'ils avaient indiqué prophétiquement ce jour même.) » Cette suggestion ne peut pas être prise au sérieux en raison d'un problème beaucoup plus important que l'affirmation de la prophétie : tant d'autres personnalités importantes qui ont été martyrisées n'ont pas été inclus dans cette liste.

·        La prochaine source qui mentionne ce jour de jeûne est le Rama’’ˋ ז״ל (16ème siècle) dans son commentaire sur la Maghillath ˋasṭér. Dans ˋasṭér 2 :16, ˋasṭér ע״ה est prise par ˋaḥashwérôsh au mois de Tévéth. Le Rama’’ˋ déclare que ce très triste jour s'est produit le 9ème jour du mois de Tévéth, et que c’est en commémoration de cela que le jeûne du 9 Tévéth fut institué. La faiblesse de cet argument est que le 9 n'est jamais mentionné dans le texte biblique, ni par aucune tradition de l’époque de ḤaZa’’l. Un autre problème est qu'il n'y a aucune raison pour laquelle cette explication aurait dû être omise comme base de ce jour de jeûne.

·        Ensuite, nous avons le Ta’’z ז״ל et le Moghén ˋavrohom ז״ל (17ème siècle) qui déclarent tous deux que le 9 Tévéth est l’anniversaire du décès de ´azroˋ Hassôphér ע״ה, mais ils n'expliquent pas pourquoi la raison a été cachée dans l'énumération des jours de jeûne. Si ce jour commémorait le décès d’une personnalité aussi importante de notre tradition, il ne fait aucun doute qu’on n’aurait pas tenté de le dissimuler.

·        Enfin, Yônothon Eybeschutz (18ème siècle) dans le Ya´arôth Davosh déclare que ce jour commémore l’anniversaire du décès de ´azroˋ Hassôphér, mais déclare qu'en vérité nous ne savons pas le jour exact de sa mort. Eybeschutz fait un lien entre ne pas savoir où Môshah Rabbénou ע״ה a été enterré et comment ´azroˋ est comparé à plusieurs égards à Môshah. Le problème avec cette explication est que nous connaissons la date de la mort de Môshah Rabbénou, et il n'y a aucune raison pour que la date appropriée soit cachée.

 

Ainsi, il ne nous reste aucune source juive traditionnelle qui donne une explication raisonnable du jeûne du 9 Tévéth.

 

Les érudits juifs de la Wissenschaft du 19ème siècle (Zunz, Rapoport, etc.) évoquent le philosophe et astronome espagnol ˋavrohom bar Ḥiyoˋ (mort en 1136) dont l’ouvrage, bien qu'écrit en 1122, a été publié pour la première fois en 1851. Il déclare que le fondateur du christianisme est né le 25 décembre, et a calculé que cette date durant l'année de sa naissance tombait le 9 Tévéth ! Les savants déclarent alors que le jeûne du 9 Tévéth commémore l'anniversaire de Yéshou´ ימש״ו qui fut une grande tragédie pour le peuple juif à cause de tout le mal que ses enseignements et disciples nous ont fait, et que les rabbins ont choisi de ne pas révéler la raison du jeûne du 9 Tévéth par prudence. En d’autres mots, c'était pour éviter les problèmes avec les autorités chrétiennes si jamais elles tombaient sur des manuscrits contenant des passages offensants pour elles, puisque l’Eglise censurait et brûlait tout écrit considéré blasphématoire contre elle. C'est depuis lors devenu l'explication acceptée pour le jeûne du 9 Tévéth.

 

Mais ce raisonnement n’est pas satisfaisant. Premièrement, la Barraythoˋ originale a longtemps précédé la première impression en masse en Europe. Au 8ème siècle, il n’y avait pas encore d’autodafé de l’Eglise. Deuxièmement, l'auteur de la Barraythoˋ originale savait-il que le 25 décembre de l’an 3 avant notre ère était un 9 Tévéth ? Troisièmement, et c’est le plus important, bar Ḥiyoˋ fonde l'anniversaire du 25 décembre sur la date chrétienne traditionnelle, mais il déclare également que nulle part dans le « Nouveau Testament » cette date n'est mentionnée. Personne ne connaît en réalité la date de naissance de Yéshou´ ימש״ו ; plusieurs jours ont été proposés et cinq jours différents sont actuellement observés par divers groupes chrétiens :

·        Le 24 décembre par l’Eglise Norvégienne ;

·        Le 25 décembre par l’écrasante majorité des chrétiens occidentaux et quelques Eglises Orthodoxes Orientales ;

·        Le 6 janvier par l’Eglise Apostolique Arménienne, l’Eglise Catholique Arménienne, certains anabaptistes comme les Amish ;

·        Le 7 janvier par l’Eglise Copte d’Alexandrie, l’Eglise Ethiopienne Orthodoxe Tewahedo, l’Eglise Erythréenne Orthodoxe Tewahedo, les Eglises P’ent’ay (évangéliques éthiopiens et érythréens), certains catholiques de rite byzantin, les Luthériens de rite byzantin, plusieurs églises Orthodoxes Orientales (Russie, Géorgie, Ukraine, Macédoine, Biélorussie, Moldavie, Monténégro, Serbie et Jérusalem) ;

·        Le 19 janvier par le Patriarcat Arménien de Jérusalem.

 

L’hypothèse de la naissance de Yéshou´ ימש״ו le 9 Tévéth ne peut donc pas être correcte, puisqu’uniquement basée sur la « tradition » des Chrétiens d’Occident, alors que, comme nous venons de le voir, de nombreux autres chrétiens ont des « traditions » différentes quant à sa date de naissance supposée.

 

Rov Boroukh Frankel Ṭéˋumim ז״ל (auteur de « Boroukh Ta´am », décédé en 1828) écrit qu'il a trouvé un manuscrit dans lequel il est dit que Shim´ôn Haqqalpôs est mort le 9 Tévéth ; ce Shim´ôn aurait sauvé les Juifs d'une grande tragédie au temps des pécheurs (c’est-à-dire, à l’époque où Yéshou´ ימש״ו et ses disciples tentaient de répandre leurs idéologies au sein du peuple juif). Son anniversaire de décès serait devenu un jeûne permanent à Jérusalem.

 

Rov ˋaharôn Worms ז״ל (le rabbin de Metz, en France, décédé en 1836) écrit dans son Maˋôré ˋôr qu'il a trouvé un livre commémoratif disant que Shim´ôn Haqqalpôni a conclu un pacte avec les Juifs qui est resté caché, et que dans la Maghillath Ṭa´nith les Ḥakhomim n'ont pas voulu donner les détails de ce pacte et la raison du jeûne.

 

Ainsi, il existe deux références disparates traitant de ce qui est certainement la même personne, mais appelée différemment : Shim´ôn Haqqalpôs et Shim´ôn Haqqalpôni. Ces deux noms de Shim´ôn n'apparaissent nulle part ailleurs dans la littérature talmudique.

 

Alors, qui est ce Shim´ôn Haqqalpôs / Haqqalpôni ? Il est le héros du Ṭôladhôth Yéshou´. Il s'agit d'un manuscrit contenant ce qui est apparemment l’histoire de la vie de Yéshou´ ימש״ו sous une perspective juive. Le Ṭôladhôth Yéshou´ apparaît sous diverses formes et a apparemment été écrit quelque temps avant le 8ème siècle. Ce qui suit est l'extrait pertinent de cet ouvrage :

 

Les Sages voulaient séparer d'Israël ceux qui continuaient à revendiquer Yéshou´ comme le Messie, et ils firent appel à un homme très instruit, Shim´ôn Képho`, pour obtenir de l'aide. Shim´ôn se rendit à Antioche, ville principale des Nazaréens et leur proclama : « Je suis le disciple de Yéshou´. Il m'a envoyé pour vous montrer le chemin. Je vous donnerai un signe comme Yéshou´ l'a fait ».

 

Shim´ôn, ayant acquis le secret du Nom Ineffable, guérit un lépreux et un boiteux grâce à lui et trouva ainsi l'acceptation comme un vrai disciple. Il leur dit que Yéshou´ était au ciel, à la droite de son Père, en accomplissement du ahillim 110: 1. Il ajouta que Yéshou´ désirait qu'ils se séparent des Juifs et ne suivent plus leurs pratiques, comme Yasha´yohou l'avait dit : « Vos nouvelles lunes et vos fêtes, Mon âme les déteste ». Ils devaient maintenant respecter le premier jour de la semaine au lieu du septième, la Résurrection au lieu de Pasaḥ, l'Ascension au Ciel au lieu de la Fête de Shovou´ôth, la découverte de la Croix au lieu de Rô`sh Hashshonoh, la Fête de la Circoncision au lieu de Yôm Hakkippourim, le nouvel an au lieu de Ḥanoukkoh ; ils devaient être indifférents à l'égard de la circoncision et des lois alimentaires. Ils devaient aussi suivre l'enseignement de tourner à droite si on était frappé à gauche et l'acceptation douce de la souffrance. Toutes ces nouvelles ordonnances que Shim´ôn Képho` (ou Paul, comme il était connu des Nazaréens) leur enseigna visaient réellement à séparer ces Nazaréens du peuple d'Israël et à mettre un terme aux conflits internes.

 

La compréhension qui ressort de cette source est celle-ci : Les premiers chrétiens causaient énormément de troubles et de confusions de par leur croyance en un faux messie combinée aux pratiques juives qu’ils conservaient. Il y avait donc une crise à cette époque où il était difficile de distinguer un Juif d'un judéo-chrétien. Les Ṭannoˋim proposèrent une solution radicale : l'un des leurs devait infiltrer la faction judéo-chrétienne, accéder à une position d’autorité en raison de ses connaissances rabbiniques et de sa stature, et finalement les détourner de la Ṭôroh en leur faisant abroger les Miṣwôth les plus essentielles tout en maintenant certaines autres Miṣwôth morales (les 10 Commandements et les 7 Lois Noaḥides). Ainsi, cet agent infiltré, qu’on appellerait aujourd’hui une cinquième colonne, instituerait clandestinement de nouvelles pratiques qui aboutiraient finalement à un schisme entre les deux groupes, créant une religion distinctement différente du judaïsme. Ce Shim´ôn se porta volontaire pour la mission après s'être assuré qu'il ne perdrait pas pour cela sa part dans le ´ôlom Habboˋ.

 

Shim´ôn rejoignit le groupe des judéo-chrétien, et finit par être surnommé Képhoˋ, également connu sous le nom de Simon Pierre ! (« Képhoˋ » = « rocher » = « petros » = « Pierre », faisant allusion au rocher sur lequel l'église a été construite.) Le texte nous informe qu’en réalité Shim´ôn est celui que les chrétiens appellent Paul, dont l’histoire telle qu’elle est rapportée dans le « Nouveau Testament » ressemble beaucoup à celle de Shim´ôn rapportée dans le Ṭôladhôth Yéshou´ : Comme Shim´ôn, Paul aurait été un érudit rabbinique ; comme Shim´ôn, il aurait intégré le camp des Nazaréens après en avoir été un persécuteur ; comme Shim´ôn, il a été la cause de nombreux conflits au sein des Nazaréens en raison des doctrines nouvelles qu’il enseignait au sein de la secte ; et il est intéressant de noter que même dans le « Nouveau Testament » il est dit que ses enseignements étaient incompréhensibles et même que de nombreux Nazaréens doutaient de son apostolat et de lui. Même le « Nouveau Testament » confirme qu’il existait de sérieux soupçons qu’il soit un infiltré au sein de la secte dont les enseignements pouvaient être vus comme contraire au message supposé de Yéshou´ ; et enfin, le surnom de « Képhoˋ » est en réalité plus approprié pour Paul que pour le Simon Pierre du « Nouveau Testament », puisque c’est effectivement davantage sur les doctrines de Paul que celles même de Yéshou´ que l’Eglise est bâtie. Les lettres et enseignements de Paul sont revêts d’une haute autorité par les chrétiens du monde entier. Ils sembleraient ici qu’avec le temps passant, les chrétiens soient tombés dans une certaine confusion et firent de Simon Pierre et Paul deux personnages différents, dont l’un aurait été l’apôtre des Juifs et l’autre l’apôtre des Goyim, alors que cela pourrait représenter tout simplement les deux facettes différentes d’une même personne : Simon Pierre, Juif fidèle à la Ṭôroh et grand érudit rabbinique avant son infiltration, et Paul, prédicateur d’enseignements contraires à la Ṭôroh après son infiltration ! N’oubliez pas que le « Nouveau Testament » a été écrit de nombreux siècles après les faits qu’il prétend rapporter, et que de nombreuses erreurs, inexactitudes et autres aberrations se sont insérées dans le texte, ainsi que des légendes au sujet d’autres personnes ayant vécu à d’autres époques. Ce n’est donc pas incohérent de conclure ce qui vient d’être dit au sujet de Simon Pierre et Paul, qui seraient en fait la même personne.

 

Il existe un manuscrit du Ṭôladhôth Yéshou´ (l'édition Huldreich imprimée en 1705 aux Pays-Bas) qui n'existe plus bien que nous ayons l'édition imprimée. Il est en hébreu et est différent de tous les autres manuscrits en ce qu'il mentionne le nom de Shim´ôn Haqqalpôni ! Il déclare en outre qu'il est mort le 9 Tévéth et que cette journée a été transformée en jour de jeûne pour commémorer la mort d'un héros Juif qui s’est sacrifié pour rendre possible la séparation définitive et efficace du judaïsme et du judéo-christianisme.

 

L'édition Huldreich explique comment Shim´ôn a pu abroger les Miṣwôth : il a codifié des lois et coutumes chrétiennes comme cela le lui avait été ordonné par les Ḥakhomim de Judée ; il a transformé l'alphabet hébraïque en créant l'alphabet latin pour le christianisme (l’alphabet latin était originellement un alphabet secret connu seulement par les prêtres chrétiens) ; il a composé pour eux de nombreux livres, des livres qui font partie du « Nouveau Testament » et qui enseignent l'abrogation de la loi juive.

 

Grâce à tout cela, nous pouvons à présent mieux comprendre le passage talmudique et le commentaire de Rash’’i par lesquels nous avions commencé l’article. Ce commentaire de Rash’’i est en réalité une version censurée par l’Eglise. Voici à présent le texte original non censuré (disponible dans « Diqdouqé Sôpharim ») :

 

... d'autres ont écrit leurs livres pour eux. À savoir, Jean, Paul et Simon Pierre, tous juifs. La langue fait référence à la grammatika, le latin parlé par les prêtres. Eux, les juifs, ont transformé la langue des romains en une langue obscure, afin de les séparer d'Israël. Eux, les Juifs, n'étaient pas des apostats, ils ont plutôt agi de la meilleure des intentions au profit des Juifs. Ils ont vu que les Juifs étaient opprimés par les actes trompeurs des disciples de Yéshou´, ils se sont fait passer pour des prêtres et ont ordonné toutes les lois et coutumes chrétiennes ainsi que leurs livres comme cela est explicitement indiqué dans les récits du Ṭôladhôth Yéshou´.

 

Ainsi, cette version de 1705 du Ṭôladhôth Yéshou´ était disponible à l'époque de Rash’’i, au 11ème siècle ! Et il est raisonnable de supposer que l'auteur du 8ème siècle de la liste des jeûnes en avait également une copie, mais n'a pas voulu indiquer clairement la raison de ce jeûne du 9 Tévéth, qui commémorerait non pas un héros mais plusieurs héros Juifs ayant accepté d’infiltrer les judéo-chrétiens pour inventer exprès des doctrines antijuives et rédiger des livres antijuifs permettant de définitivement séparer cette secte du judaïsme et réduire ainsi leur capacité de nuisance au sein du peuple juif. Les chrétiens vénèreraient donc des Juifs qui étaient en fait de faux disciples qui les ont volontairement égarés pour les séparer du judaïsme !

 

Puisse Hashshém accorder à tous ceux qui jeûnent en cette date du 10 Tévéth un jeûne léger et inspirant !



[1] ´avôdhoh Zoroh 10a

[2] ˋôraḥ Ḥayyim 580

mardi 15 décembre 2020

Quelle forme avait la Manôroh ?

 

בס״ד

 

Quelle forme avait la Manôroh ?

 

 

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L’un des sujets qui revient régulièrement, chaque année en cette période de Ḥanoukkoh, concerne la forme réelle des branches de la Manôroh. J’ai d’ailleurs reçu à nouveau une question à ce propos hier : les branches de la Manôroh étaient-elles arrondies ou droites ? La réponse est qu’il y a une Maḥlôqath à ce sujet, et nous expliquerons chaque point de vue.

 

       i.            Les arguments de ḤaBa’’D-Loubavitch

 

Le mouvement ḥassidique ḤaBa’’D-Loubavitch a rendu célèbre une structure de Manôroh à branches droites, se ramifiant en diagonale par rapport à la tige. Ceci est basé sur une décision du défunt dernier Rabbi de Loubavitch, le rabbin Menachem M. Schneerson. Et voici ses arguments.

 

Généralement, les branches de la Manôroh sont représentées comme ayant une forme semi-circulaire ou oblongue. Et pourtant, Rash''i ז״ל, dans son commentaire sur la Ṭôroh, écrit ceci sur le verset qui déclare que les branches יֹצְאִים מִצִּדֶּיהָ « sortaient de ses côtés » :[1]

 

De part et d’autre et en oblique, s’étirant en longueur jusqu’au niveau de la Manôroh elle-même, à savoir de sa tige centrale. Elles prenaient naissance sur la tige centrale, l’une au-dessus de l’autre, celle du dessous étant la plus longue et celle du dessus la plus courte. Il fallait en effet que tous leurs sommets se situent à la même hauteur que celui de la tige centrale, la septième, d’où sortaient les six autres branches.

לְכָאן וּלְכָאן בַּאֲלַכְסוֹן נִמְשָׁכִין וְעוֹלִין עַד כְּנֶגֶד גּוֹבְהָה שֶׁל מְנוֹרָה שֶׁהוּא קָנֶה הָאֶמְצָעִי וְיוֹצְאִין מִתּוֹךְ קָנֶה הָאֶמְצָעִי זֶה לְמַעְלָה מִזֶּה. הַתַּחְתּוֹן אָרוֹךְ וְשֶׁל מַעֲלָה קָצָר הֵימֶנוּ וְהָעֶלְיוֹן קָצָר הֵימֶנוּ לְפִי שֶׁהָיָה גּוֹבַהּ רָאשֵׁיהֶן שָׁוֶה לְגוֹבְהוֹ שֶׁל קָנֶה הָאֶמְצָעִי הַשְּׁבִיעִי שֶׁמִּמֶּנּוּ יוֹצְאִים הַשִּׁשָׁה קָנִים.

 

Il semble donc clair d'après Rash''i que les branches de la Manôroh étaient obliques, et non semi-circulaires ni même oblongues comme on les représente généralement.

 

De même, aussi bien dans son commentaire sur la Mishnoh que dans son Mishnéh Tôroh, le Rambo''m ז״ל a inclus des dessins dans lesquels il décrit la forme exacte de la Manôroh. Et dans les deux cas, il montre les branches comme s'étendant diagonalement, dans des lignes droites, exactement comme Rash''i. Voici ci-dessous les dessins du Rambo''m quant à la forme de la Manôroh :

 


D’après ḤaBa’’D, une preuve supplémentaire de l'opinion du Rambo''m peut être tirée du commentaire sur la Ṭôroh rédigé par son propre fils, Ribbénou `avrohom ban HaRambo''m ז״ל. En commentant le verset susmentionné de Shamôth 25:32, qui décrit la forme de la Manôroh, Ribbénou `avrohom déclare : « Les six branches...s'étendaient en longueur depuis la tige centrale de la Manôroh dans une ligne droite, tel que dessiné par mon père, et non en demi-cercle tel que dessiné par les autres ».

 

ḤaBa’’D en conclut donc qu’il est une de représenter la Manôroh avec des branches semi-circulaires ou oblongues, et que la source des représentations communément acceptées de la Manôroh serait le dessin qui en a été fait sur l'Arche de Tite à Rome. Lorsque Tite revint de sa conquête de Jérusalem, il fit construire une arche en l'honneur de sa glorieuse armée, et sur cette arche apparaît une scène qui inclut une reproduction de la Manôroh :

 


Pour ḤaBa’’D, la représentation sur cette arche serait à l'évidence une interprétation artistique romaine, et non une réplique exacte de la Manôroh du Béth Hammiqdosh. Cela se reflèterait par le fait que plusieurs éléments de la Manôroh sont omis dans cette représentation. Par exemple, la Manôroh avait des pieds qui s'étendaient de sa base,[2] alors que la Manôroh sur l'Arche de Tite n'a pas de pieds. De même, la représentation contient des ajouts, comme par exemple le fait que sur sa tige se retrouve l'image d'un dragon marin, l'une des divinités adorées par les romains.[3] De ce fait, il est clair et évident pour ḤaBa’’D qu'on ne peut s'appuyer sur cette description et en faire une source fiable concernant la forme qu'avait la Manôroh.

 

     ii.            La position de tous les autres

 

ḤaBa’’D-Loubavitch est le seul mouvement juif qui défend une représentation de la Manôroh aux branches droites, qui n’est basée sur aucune preuve archéologique ou historique. A l’inverse, d’innombrables reliques et dessins à travers l’histoire juive montrent des Manôrôth aux branches arrondies.

 

Au fil des générations», y compris dans la génération du Rambo’’m, on savait que les branches étaient circulaires. Le différend n’a surgi que récemment après la découverte d’un manuscrit du commentaire du Rambo’’m sur la Mishnoh, avec un dessin de la Manôroh d’or rapporté plus haut. Il y a indiqué comment les divers ornements prescrits par la Ṭôroh (les coupes, les bulbes et fleurs) étaient disposés. Tout comme il a dessiné ces ornements de manière très simple, pour ne pas semer la confusion, il a dessiné les branches de manière simple et droite dans le même but. En d’autres mots, le dessin du Rambo’’m n’a jamais eu pour intention de représenter fidèlement la forme de la Manôroh, mais était un croquis simple permettant de représenter tous les éléments de la Manôroh de façon à ce qu’ils soient facile à visualiser.

 

Cependant, le Rambo’’m n'a jamais envisagé la possibilité que les branches ne soient pas arrondies. Nous avons même des témoignages selon lesquels la synagogue dans laquelle il priait avait une Manôroh aux branches rondes.

 

Parmi de nombreux autres éléments de preuve appuyant cette position, un dessin a été trouvé dans le quartier hérodien de la vieille ville de Jérusalem, sous le site actuel de la « Yeshivat HaKotel », montrant une Manôroh aux branches rondes, qui date de bien avant l’Arche de Tite. Ce qui est encore plus important est que le quartier hérodien était un quartier de Kôhanim, et que le dessin était utilisé pour leur apprendre à allumer la Manôroh. Il est invraisemblable de penser que les Kôhanim auraient fait une fausse représentation de la Manôroh, eux qui fréquentaient quotidiennement le Béth Hammiqdosh et savaient exactement à quoi ressemblait la Manôroh.

 

Mais revenons un instant sur le dessin du Rambo’’m. Le voici à nouveau (cliquez pour l'agrandir) :

 

 

Si vous regardez de plus près, vous verrez que de nombreuses coupes à huile sont inclinées de manière à rendre la Manôroh inutilisable si elle ressemblait réellement au dessin schématique du Rambo’’m. Mais le dessin est donc bien un schéma et non une représentation, et il ne ressemble pas plus à la Manôroh réelle qu'un plan ressemble à la structure finalement construite à partir de celui-ci.

 

Le dernier Rabbi de Loubavitch, qui fut un ingénieur électricien de bas niveau, le savait certainement. Mais comme pour beaucoup de choses qu'il a faites pour construire la marque et l'image de ḤaBa’’D, il n'a pas laissé les faits l'empêcher de dévier. (Par exemple, pendant des années, il a permis à ḤaBa’’D de prétendre qu'il avait un diplôme de la Sorbonne alors qu'en fait il n’en a jamais eu un.) Il a donc insisté sur le fait que la Manôroh du Béth Hammiqdosh avait des branches droites tout comme le dessin du Rambo’’m et a encouragé ḤaBa’’D à concevoir et à utiliser des Manôrôth à branches droites à utiliser dans les cérémonies publiques d'allumage des bougies de Ḥanoukkoh, et qui seraient présentées comme des représentations de la « véritable forme traditionnelle de la Manôroh ». Voici donc la Manôroh de ḤaBa’’D, basée sur les affirmations erronées du Rabbi de Loubavitch sur le dessin du Rambo’’m, faite comme si le dessin du Rambo’’m avait pour but de représenter la Manôroh et no de la schématiser :

 


Mais cette position n’a aucune base traditionnelle, ni preuve archéologique et historique sur lesquelles s’appuyer, contrairement à la position selon quoi la Manôroh avait des branches arrondies.

 

Voici maintenant un côté de la pierre de Magdala, un petit objet de la taille d'une table trouvé dans l'ancienne synagogue de Magdala dans le nord d'Israël. Elle est datée d'environ l’an 30 de l’Ere Courante, ce qui signifie que les artisans qui l'ont fabriqué avaient probablement vu le Béth Hammiqdosh et la Manôroh, 40 ans avant le Ḥôrbon. Cette représentation ne peut donc pas non plus avoir été influencée par l’Arche de Tite !

 

Les sculptures sont destinées à représenter le Béth Hammiqdosh et ses vases sacrés, et la table peut avoir été utilisée comme Bimoh pour les lectures publiques de la Ṭôroh :

 


Voici à présent une représentation de la Manôroh sur une pièce de monnaie hasmonéenne, là encore datant bien des siècles avant l’Arche de Tite :

 

 

Et ci-dessous voici l’Arche de Tite. Nous pouvons aisément en conclure que ce n’est pas l’Arche de Tite qui a inspiré la représentation d’une Manôroh aux branches arrondies, mais l’inverse : c’est parce que la Manôroh avait toujours été représentée ainsi par le peuple juif qu’elle fut également représentée par les romains comme ayant des branches arrondies. Ce sont donc bien les Juifs qui ont influencé les romains sur ce point et non l’inverse comme voudrait nous le faire croire ḤaBa’’D :

 


Nous pourrions rapporter de nombreuses autres preuves historiques et archéologiques démontrant la forme arrondie des branches de la Manôroh. Beaucoup de ces sculptures, gravures et pièces de monnaie ont été retrouvées alors que le Rabbi de Loubavitch était bien vivant, mais il les a ignorées bien que les Hasmonéens (Maccabées) qui ont frappé ces pièces étaient des Kôhanim qui ont servi dans le Béth Hammiqdosh et ont vu la Manôroh de près, et bien que certaines des autres sculptures et gravures ont été trouvées dans une zone de Jérusalem qui, à la fin de l'ère du Bayith Shéni, était presque exclusivement occupée par les Kôhanim du Béth Hammiqdosh et leurs familles (cela avait à voir avec des raisons de pureté rituelle).

 

En d'autres termes, les gens qui ont vu la Manôroh de leurs propres yeux l'ont représentée avec des branches arrondies. Le judaïsme normatif a toujours représenté la Manôroh avec des branches courbes. Mais le faux Messie de Brooklyn avait ses propres idées, et les répandues comme « paroles d’Evangile » au sein du peuple juif.

 

Néanmoins, il convient de signaler qu’il est dit dans le livre de 1 Malokhim (Rois) 7 :49 que le roi Shalômôh ע״ה a fait dix Manôrôth en plus de la Manôroh de Môshah Rabbénou ע״ה. Il est possible qu’elles aient été de onze formes différentes, avec des variantes de branches paraboliques, droites, ou rondes. Laquelle d'entre elles était la Manôroh de Môshah ? Toutes les preuves historiques et archéologiques à l’heure actuelle démontrent que la probabilité qu’elle été dotée de branches arrondies est forte, car aucune Manôroh aux branches droites n’a jusqu’à l’instant jamais été trouvée, dessinée, représentée, avant que le faux Messie de Brooklyn ne s’en mêle !



[1] Shamôth 25 :32

[2] Ṭalmoudh, Manoḥôth 28b ; Mishnéh Tôroh, Hilkôth Béth Habbaḥiroh 3:2.

[3] Cette divinité romaine est mentionnée dans le Ṭalmoudh, ´avôdhoh Zoroh 42b.

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