lundi 11 avril 2016

Le mariage d'enfants dans le Judaïsme

ב״ה

Le mariage d'enfants dans le Judaïsme


Cet article peut être téléchargé ici.

Les questions qui ont été posées dans le précédent article intitulé « Les relations avunculaires dans le Judaïsme » m'ont tout naturellement fait penser à un autre sujet pouvant être très polémique à notre époque : le mariage d'enfants.

Nous devons être très précis quant à ce dont nous parlons. Il ne s'agit pas ici de viol d'enfants, ni même de pédophilie, ni encore de mariages forcés. En outre, lorsqu'on aborde ces sujets sensibles, il faut éviter de faire de l'apologétique, comme j'ai pu le remarquer chez certains rabbins. La vérité est que cette pratique a eu cours pendant des siècles jusqu'à encore récemment, et pas seulement chez les Israélites, mais dans la quasi totalité des sociétés. Il est donc mal venu de critiquer la Tôroh, qui autorise le mariage d'enfants, car le monde entier avait de telles pratiques. Aujourd'hui, marier des enfants est dégoûtant, mais la Tôroh est éternelle et pertinente en toutes époques. Nous n'avons pas à nous « excuser » pour cela. Il est très problématique de faire du présentisme, comme je l'avais signalé dans le dit article, ainsi que de l'ethnocentrisme, qui consiste à juger les autres cultures sur base de la sienne. Le mariage d'enfants pourrait être universellement reconnu mauvais aujourd'hui, mais pour pouvoir comprendre pourquoi la Tôroh l'a autorisé et pourquoi cela fut pratiqué durant de longs siècles, on doit prendre en compte le contexte historique et culturel nous permettant d'avoir un tableau d'ensemble plus neutre et objectif. Enfin, ce n'est pas parce que quelque chose fait partie de la Halokhoh que cela signifie qu'elle est pratiquée.

Les gens ont souvent la mémoire courte ou sélective. Ils oublient que l'âge minimum de la maturité sexuelle a changé avec le temps et ne fut pas toujours situé au niveau d'aujourd'hui. Voici donc un petit tableau récapitulatif reprenant les données de divers pays pour vous rafraîchir la mémoire :


1880
1920
Actuellement
Autriche
14
14
14
Belgique
16
16
Bulgarie
13
13
14
Danemark
12
12
15
Angleterre & Pays de Galles
13
16
16
Finlande
12
16
France
13
13
15
Allemagne
14
14
14
Grèce
12
15
Italie
16
14
Luxembourg
15
15
16
Norvège
16
16
Portugal
12
12
14
Roumanie
15
15
15
Russie
10
14
16
Écosse
12
12
16
Espagne
12
12
13
Suède
15
15
15
Suisse
Varié
16
16
Turquie
15
15
18
Argentine
12
13
Brésil
16
14
Chili
20
20
18
Équateur
14
14
Canada
12
14
14
Australie



Nouvelle-Galles du Sud
12
16
16
Queensland
12
17
16
Victoria
12
16
16
Australie Occidentale
12
14
16
États-Unis



Alabama
10
16
16
Alaska
16
16
Arizona
12
18
18
Arkansas
10
16
16
Californie
10
18
18
Colorado
10
18
15
Connecticut
10
16
16
District de Colombia
12
16
16
Delaware
7
16
16
Floride
10
18
18
Georgia
10
14
16
Hawaï
16
Idaho
10
18
18
Illinois
10
16
17
Indiana
12
16
16
Iowa
10
16
16
Kansas
10
18
16
Kentucky
12
16
16
Louisiane
12
18
17
Maine
10
16
16
Maryland
10
16
16
Massachusetts
10
16
16
Michigan
10
16
16
Minnesota
10
18
16
Mississippi
10
18
16
Missouri
12
18
17
Montana
10
18
16
Nebraska
10
18
17
Nevada
12
18
16
New Hampshire
10
16
16
New Jersey
10
16
16
New Mexico
10
16
17
New York
10
18
17
Caroline du Nord
10
16
16
Dakota du Nord
10
18
18
Ohio
10
16
16
Oklahoma
16
Oregon
10
16
18
Pennsylvanie
10
16
16
Rhode Island
10
16
16
Caroline du Sud
10
16
16
Dakota du Sud
10
18
16
Tennessee
10
18
18
Texas
10
18
17
Utah
10
18
16
Vermont
10
16
16
Virginia
12
16
18
Washington
12
18
16
Virginie Occidentale
12
16
16
Wisconsin
10
16
18
Wyoming
10
16
16

Bien que dans tous ces endroits il est fait une différence entre l'âge de la maturité sexuelle et l'âge du mariage, la Tôroh ne fait pas une telle distinction ; dès lors que l'on a atteint l'âge de la maturité sexuelle et physique, que la Tôroh fixe à un minimum de douze ans pour une fille et treize pour un garçon, il devient possible de se marier, et la Tôroh encourage à le faire le plus tôt possible. (Voir l'article intitulé « L'âge approprié pour marier ses enfants ».) Rappelons qu'il ne s'agit là que d'âges minimums. En effet, il ne suffit pas seulement d'avoir 12 ou 13 ans pour pouvoir se marier ; il faut également afficher les signes de maturité physique et intellectuel. (Voir l'article intitulé « La vérité sur la Bar Miswoh ».)

Puisque l'âge de la maturité sexuelle est également celui où un mariage est permis, on ne peut alors pas vraiment parler de mariage d'enfants, puisque d'après la Tôroh ils sont adultes (mais puisqu'on ne devient « adulte » qu'à 18 ans dans nos sociétés occidentales, je garde néanmoins l'expression de « mariage d'enfants » juste à des fins de clarté). En outre, contrairement à certaines autres sociétés où les filles sont forcées de marier à des personnes souvent beaucoup plus âgées qu'elles, la Halokhoh interdit non seulement aux parents de marier leurs filles sans leur consentement, mais désapprouve également le fait de les marier à des hommes trop âgés par rapport à elles. Il est dit dans le Talmoudh1 : אמר רב יהודה אמר רב אסור לאדם שיקדש את בתו כשהיא קטנה עד שתגדל ותאמר בפלוני אני רוצה « Rov Yahoudhoh a dit au nom de Rov : Il est interdit à un homme de fiancer sa fille lorsqu'elle est mineure, [mais doit attendre] jusqu'à ce qu'elle devienne majeure et dise : ''Je désire [me marier] à Untel'' », et2 : תניא אל תחלל את בתך להזנותה רבי אליעזר אומר זה המשיא את בתו לזקן « Il a été enseigné : [Concernant le verset qui déclare] ''Ne déshonore pas ta fille en l'amenant à devenir une prostituée''3, Rébbi `ali´azar disait ''Cela se réfère au fait de marier sa fille à un vieillard'' ». Que la sagesse de nos Sages est grande ! Si vous regardez les statistiques des sociétés où les filles sont mariées à des hommes trop vieux, vous verrez qu'elles sont régulièrement violées par leurs maris, battues et abusées de toutes sortes. Mais ces choses ne peuvent pas être faites chez nous, car nous avons des règles morales très élevées et précises !

À la lumière de tout cela, il convient de clairement différencier « mariage d'enfants » et « pédophilie ». Ces deux notions n'ont absolument rien à voir ensemble, et il convient de s'opposer avec force à tous ceux qui salissent la foi israélite en prétendant que le Talmoudh autoriserait la pédophilie ! Nos Sages ont d'ailleurs déclaré très explicitement dans ce même Talmoudh4 : ת"ר... והמשחקין בתינוקות מעכבין את המשיח « Nos Rabbins ont enseigné : Ceux qui jouent avec des petits enfants retardent [la venue du] Messie ». La suite du passage explique que l'on se réfère à :
  • ceux qui pratiquent la pédérastie (les relations sexuelles entre un homme adulte et un garçon plus jeune), un acte que le Talmoudh explique être passible de lapidation
  • ceux qui caressent et masturbent les petits enfants (filles ou garçons), en se disant certainement que puisqu'il n'y a pas eu de pénétration avec le pénis ils n'ont rien fait de mal, un acte que le Talmoudh explique être l'une des causes du Déluge
  • ceux qui marient leurs filles mineures, qui ne sont pas même capables d'avoir des enfants.

C'est une déclaration très forte du Talmoudh contre toute relation avec des petites filles, qui ne peuvent enfanter et n'ont pas la maturité requise pour être mariées, mais deviennent plutôt des jouets entre les mains des adultes ! Ce message se doit d'être constamment répété, car il y a malheureusement beaucoup de gens malveillants qui nous attaquent par de fausses accusations auxquelles nous devons répondre alors qu'elles ont déjà été prouvées comme étant sans fondement et inventées de toutes pièces.

L'un des arguments souvent avancés par ceux qui s'opposent au mariage d'enfants est que cela est traumatisant et écrasant, et c'est la position que soutient la majorité des gens. Mais ce n'est pas tout à fait exact ! Le traumatisme est une fonction de la nature des attentes que l'on a, et il est un fait que le mariage d'enfants dans les temps passés ne causait pas de traumatisme. Les abus d'aujourd'hui sont le résultat d'une trahison des adultes envers les enfants. Ces derniers sont mariés de force, bien souvent ils n'apprennent que le jour-même du mariage qu'ils vont se marier (on leur fait croire qu'il s'agit d'une fête banale. On ne leur apprend la vérité qu'au dernier moment), on ne les a même pas préparé au préalable au mariage, sans oublier qu'ils n'ont en fait pas du tout la maturité pour être mariée. Mais dans les temps passés, parce que se marier tôt était la norme, et que les parents faisaient leur travail d'éducation, préparant rapidement leurs enfants à devenir de futurs adultes responsables (contrairement aux parents d'aujourd'hui qui abrutissent leurs enfants jusqu'à un âge avancé, sans les responsabiliser), une jeune fille aurait été déçue de ne pas être mariée à 13 ou 14 ans. Les jeunes d'aujourd'hui sont encore des gamins à cet âge-là parce que leurs parents ne leur donnent pas d'éducation mature.

Terminons par signaler que dans des circonstances exceptionnelles, la Tôroh permet de marier sa fille quand elle est encore mineure (moins de 12 ans), comme par exemple lorsqu'on est frappé d'une extrême pauvreté et que l'on n'a pas de quoi nourrir ses enfants. Dans de tels cas, pour le bien des enfants, plutôt que de les laisser mourir de faim, les parents peuvent les marier à des hommes qui pourront en prendre soin et leur assurer un avenir meilleur. Toutefois, le mariage ne pourra être consommé en lui-même que lorsque l'enfant deviendra majeur. C'est sur base de cette permission exceptionnelle de la Tôroh que les mariages de mineurs étaient très fréquents au Moyen-âge, époque où les Juifs souffraient d'une grande pauvreté, en plus de la haine catholique à leur égard qui rendit veuves de nombreuses femmes et orphelins de nombreux enfants. C'est ainsi que les Tôsofôth (gendres et petits-enfants de Rash''i ז״ל), commentant l'interdiction talmudique de marier ses enfants lorsqu'ils sont mineurs, écrivent :

Mais à notre époque, nous sommes accoutumés à marier nos filles même lorsqu'elles sont mineures. Il en est ainsi, parce que chaque jour l'exil devient plus fort. De ce fait, si un homme est capable d'assurer à sa fille une dot, peut-être que plus tard il n'en sera pas capable et sa fille restera une vieille fille toute sa vie.

À partir des textes traditionnels, il ressort que le mariage des jeunes filles dans la société israélite avait lieu entre douze et seize ans, et seuls dans de rares cas cela avait lieu plus tôt (pour de bonnes raisons, et non par pédophilie ou autre perversion. Ce sont les circonstances dramatiques du moment qui l'exigeaient).

Nous ne devrions pas avoir honte de notre foi et de nos textes ! Nous devrions plutôt être fiers de la moralité excellente qu'ils nous transmettent et les défendre sans apologétique en étant ludique, précis (en remettant notamment les choses dans leur contexte) et véridique ! Nous n'avons rien à cacher et ne devons pas donner cette impression ! Assumons pleinement qui nous sommes et ce en quoi nous croyons. Mais comme chaque fois que je traite de tels sujets, je terminerai en rappelant que nous nous devons de respecter, dans les limites autorisées par la Halokhoh, les lois du pays dans lequel nous vivons !

1Qiddoushin 41a
2Sanhédhrin 76a
3Wayyiqro` 19:29

4Niddoh 13b
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