lundi 6 août 2018

La « destinée »


ב״ה

Exposer les fausses notions

La « destinée »



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Chacun d'entre nous a-t-il une Destinée, un but qui fut déterminé à l'avance pour lui par le Créateur pour une raison inconnue de nous ? La notion de Destinée est-elle conforme à la Tôroh et aux enseignements de l'école rationaliste du judaïsme ?

L'être humain a été doté d'un libre-arbitre depuis sa création. Pour le judaïsme traditionnel, cette notion de libre-arbitre est un fondement et une vérité absolue. Le terme de « destinée » indique que nous ne jouons aucun rôle véritable dans notre but, qui requiert l'usage de notre libre-arbitre pour être atteint. Personne ne peut abandonner sa responsabilité. Ce terme de « destinée » est également souvent utilisé de travers, voire romancé, comme pour se dédouaner, se rassurer ou « se la couler douce » dans la vie. Cette idée est fausse et insensée et n'a rien à voir avec la Tôroh.

Pour beaucoup, le mot « destinée » semble plus grand que la vie elle-même, si divin et pur, une chose qui nous dépasse et sur laquelle nous n'avons aucun contrôle. Et pourtant, toutes ces connotations sont fausses, et ne constituent pas l'approche de la Tôroh, qui est la seule opinion absolue et véritablement objective de ce qui est réel et vrai. Prétendre à une destinée c'est ne prétendre à aucune responsabilité pour nos actes, et cette compréhension va complètement à l'encontre du système de récompense et de punition Divine, qui est pourtant l'un des treize principes fondamentaux du judaïsme. En effet, si les choses sont prédéterminées, ou prédestinées, pourquoi et comment HaShem pourrait-Il punir ou récompenser qui que ce soit ? Le concept de destinée nie également tout le concept même de la Tôroh : la Tôroh enseigne un système pour toute l'humanité, alors que la destinée affirme que chaque individu possède une voie unique, ce qui est contraire à la Tôroh !

HaShem promet bien une destinée à ceux qui vivent avec justice et à ceux qui vivent avec iniquité. Mais cette « destinée » ne signifie pas qu'Il détermine nos actes. Elle se réfère plutôt et uniquement au ´ôlom Habbo`, et n'affecte pas notre libre-arbitre.

Mais affirmer qu'il y aurait une destinée pour chaque membre de l'humanité ici sur Terre, c'est affirmer que notre libre-arbitre qui est une vérité allant d'elle-même est...inutile ! Suggérer une telle approche augmente l'erreur que pourrait commettre celui qui croit en la notion de destinée, car c'est comme affirmer qu'HaShem fait également preuve d'imperfection pour avoir donné à l'homme l'outil d'une volonté indépendante, mais sans lui permettre d'en faire usage. HaShem aurait alors œuvré en vain ! Une telle idée est étrangère à tout ce qui est vrai et rationnel. HaShem est, au contraire, parfait, et ne crée que ce qui a besoin d'être créé, que ce qui réalisera son but. S'Il a créé le libre-arbitre, il ne peut y avoir de destinée, car la destinée rend inutile le libre-arbitre. En outre, la notion même de destinée amène beaucoup à « dormir » spirituellement et à ne pas prendre des mesures concrètes pour se réaliser dans la vie, car ils sont bercés de l'illusion que de toute façon tout est écrit et décidé à l'avance pour lui. Il ne leur reste plus qu'à se croiser les bras et à attendre ! Tout cela n'a rien à voir avec la Tôroh !

La Tôroh nous mène à la conclusion que le filet de sécurité que constitue la notion de destinée, et dans laquelle croient de nombreux rêveurs aveugles, est une fausseté qui convient de laisser pour Hollywood.

jeudi 2 août 2018

Paroshath ´éqav : Ouvô Thidhboq


בס״ד

La Paroshoh avec Rabbénou
Paroshath ´éqav : Ouvô Thidhboq



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Dans la Paroshoh de cette semaine nous retrouvons les injonctions suivantes1 :

C'est `adhônoy ton D.ieu que tu craindras, c'est Lui que tu serviras, c'est à Lui que tu t'attacheras, et c'est en Son nom que tu jureras !
אֶת־יְהוָ֧ה אֱלֹהֶ֛יךָ תִּירָ֖א אֹת֣וֹ תַֽעֲבֹ֑ד וּב֣וֹ תִדְבָּ֔ק וּבִשְׁמ֖וֹ תִּשָּׁבֵֽעַ׃

Le Talmoudh commente de la façon suivante l'injonction de s'attacher à HaShem2 :

« Quant à vous qui vous attachez à HaShem votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui ».3 Mais est-il possible de s'attacher à la Shakhinoh alors qu'il est écrit4 : « Car HaShem ton D.ieu est un feu dévorant » ? Plutôt, quiconque marie sa fille à un Talmidh Hokhom, ou fait des affaires pour des Talmidhé Hakhomim, ou fait profiter des Talmidhé Hakhomim de ses avoirs, l’Écriture le considère comme s'il s'attache à la Shakhinoh ! Similairement, tu lis5 : « d'aimer HaShem ton D.ieu et de t'attacher à Lui ». Mais est-il possible à un humain de s'attacher à la Shakhinoh ? Plutôt, quiconque marie sa fille à un Talmidh Hokhom, ou fait des affaires pour des Talmidhé Hakhomim, ou fait profiter des Talmidhé Hakhomim de ses avoirs, l’Écriture le considère comme s'il s'attache à la Shakhinoh !
ואתם הדבקים בה' אלהיכם חיים כולכם היום וכי אפשר לדבוקי בשכינה והכתיב כי ה' אלהיך אש אוכלה אלא כל המשיא בתו לתלמיד חכם והעושה פרקמטיא לתלמידי חכמים והמהנה תלמידי חכמים מנכסיו מעלה עליו הכתוב כאילו מדבק בשכינה כיוצא בדבר אתה אומר לאהבה את ה' אלהיך ולדבקה בו וכי אפשר לאדם לידבק בשכינה אלא כל המשיא בתו לתלמיד חכם והעושה פרקמטיא לתלמידי חכמים והמהנה תלמידי חכמים מנכסיו מעלה עליו הכתוב כאילו מדבק בשכינה

Nous pouvons voir que nos Sages comprennent et interprètent l'injonction de nous attacher à HaShem comme signifiant le fait d'apporter un bienfait ou profit aux Talmidhé Hakhomim (les érudits en Tôroh), que ce soit en mariant nos filles à eux, ou en nous lançant dans des affaires qui leur profiteront (c'est-à-dire leur donner une partie des profits de ce qu'on aura gagné par ces affaires), ou encore en mettant à leur service nos avoirs. Par ces actes, nous nous attachons à HaShem, car cela est littéralement impossible, HaShem étant invisible et immatériel. En d'autres mots, c'est en nous attachons à ceux qui connaissent HaShem, qui étudient constamment Sa parole et Ses instructions et nous les expliquent, et en leur profitant que nous pouvons nous rapprocher d'HaShem et nous attacher à Lui.

Se basant sur ce passage talmudique susmentionné, Rabbénou ז״ל l'explique ainsi dans son Mishnéh Tôroh6 :

Il est une Miswoh positive de s'attacher aux sages afin d'apprendre de leurs œuvres, car il est dit : « c'est à Lui que tu t'attacheras ». Or, il est impossible pour l'homme de s'attacher à la Shakhinoh. Plutôt, voici ce qu'ont dit les Sages dans l'interprétation de cette Miswoh7 : « Attache-toi aux sages et à leurs disciples ! » C'est pourquoi un homme doit tenter d'épouser la fille d'un disciple des sages, marier sa fille à un disciple des sages, manger et boire avec les Talmidhé Hakhomim, faire des affaires pour les Talmidhé Hakhomim, et s'associer à eux dans toutes les formes d'association possibles, car il est dit8 : « et s'attacher à Lui ». C'est ainsi que les Sages nous ont exhortés en disant9 : « et assieds-toi dans la poussière de leurs pieds, et bois avec avidité leurs paroles ! »
מִצְוַת עֲשֵׂה לְהִדָּבֵק בַּחֲכָמִים, כְּדֵי לִלְמֹד מִמַּעֲשֵׂיהֶם: שֶׁנֶּאֱמָר "וּבוֹ תִדְבָּק", וְכִי אִפְשָׁר לָאָדָם לְהִדָּבֵק בַּשְּׁכִינָה; אֵלָא כָּךְ אָמְרוּ חֲכָמִים בְּפֵרוּשׁ מִצְוָה זוֹ, הִדָּבֵק בַּחֲכָמִים וְתַלְמִידֵיהֶם. לְפִיכָּךְ צָרִיךְ אָדָם לְהִשְׁתַּדַּל שֶׁיִּשָּׂא בַּת תַּלְמִיד חֲכָמִים, וְיַשִּׂיא בִּתּוֹ לְתַלְמִיד חֲכָמִים, וְלֶאֱכֹל וְלִשְׁתּוֹת עִם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, וְלַעֲשׂוֹת פְּרַקְמַטְיָה לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים, וּלְהִתְחַבַּר לָהֶן בְּכָל מִינֵי חִבּוּר--שֶׁנֶּאֱמָר "וּלְדָבְקָה-בוֹ". וְכֵן צִוּוּ חֲכָמִים וְאָמְרוּ, וִהְוִי מִתְאַבֵּק בַּעֲפַר רַגְלֵיהֶם, וְשׁוֹתֶה בַּצָּמָא אֶת דִּבְרֵיהֶם

Rabbénou inclut cette injonction dans la liste des 613 Miswôth de la Tôroh.10 D'après sa perspective, la Tôroh exhorte ici à faire le nécessaire pour ne pas s'éloigner ou se refroidir dans sa dévotion envers HaShem, et nous invite à cimenter cet engagement par un mode de vie et un comportement adéquat, car autrement on deviendrait naturellement les proies des pressions internes et externes auxquelles tout le monde est sujet. « Ouvô Thidhboq » signifie donc faire l'effort proactif de rester engager envers HaShem, et maintenir une force d'opposition constante contre les instincts pécheurs de l'homme et ses faiblesses. La tradition orale enseigne que l'on peut parvenir à cela principalement à travers des contacts réguliers avec les Talmidhé Hakhomim et une exposition régulière à eux, dont la piété et la sagesse guident et inspirent ceux qui les suivent à rester fidèles aux lois et valeurs de la Tôroh.

Il vaut la peine de signaler qu'en rapportant cette obligation dans son Mishnéh Tôroh, Rabbénou l'inclut dans les Hilkôth Dé´ôth, où il traite des lois relatives au comportement général, plutôt que dans les Hilkôth Talmoudh Tôroh, où il traite des lois de l'apprentissage et enseignement de la Tôroh. Nous pouvons déduire de là que l'exigence de s'associer aux Talmidhé Hakhomim ne se rapporte pas à l'obligation individuelle d'acquérir des connaissances de la Tôroh, mais est plutôt une obligation qui concerne le mode de vie de chacun ; elle sert de moyen nous permettant de garantir une vie de piété et de vertu. En effet, c'est dans le Chapitre 6 des Hilkôth Dé`ôth, qui est centré sur l'importance de vivre au milieu de personnes dotées de qualités admirables et du danger de vivre au milieu des pécheurs, que Rabbénou introduit l'obligation de s'associer aux Talmidhé Hakhomim. C'est en nous plaçant sous l'influence fréquente et inspirante de ceux qui marchent dans les voies de HaZa''l et disséminent leurs enseignements que nous nous « attachons » à HaShem et œuvrons à garantir notre engagement solide et déterminé envers Sa Tôroh.
1Davorim 10:20
2Kathoubbôth 111b
3Davorim 4:4
4Ibid., 24
5Ibid., 30:20
6Hilkôth Dé´ôth 6:3
7Talmoudh, Kathoubbôth 111b ; Siphri, Davorim 11:22
8Ibid., 11:22 et 30:20 ; Yasha yohou 22:5
9Mishnoh, `ovôth 1:4
10Séphar Hammiswôth, Miswath ´aséh 6

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בס״ד

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Sholôm Ouvarokhoh !

Beaucoup de personnes m'ont écrit ces dernières semaines pour exprimer leur désir de voir de nouveaux articles publiés sur ce blog, après plus d'un an de pause. J'ai le plaisir de vous annoncer que je vais reprendre la publication d'articles sur ce blog.

Après plus d'une année d'absence, cela mérite bien quelques explications. En mars 2017 j'ai quitté l'Europe et suis arrivé à Madagascar pour contribuer à répandre et solidifier la Tôroh dans la très jeune communauté juive du pays. Alors qu'au départ je ne m'occupais que d'un petit groupe, mes responsabilités ont peu à peu augmenté et j'ai été sollicité par d'autres groupes formant la communauté juive de Madagascar, récemment convertis de façon orthodoxe par l'organisation internationale « Kulanu ». Je donne ainsi divers cours théoriques et pratiques (Mishnoh, Hébreu biblique, Mousor, etc.), et j'essaye d’œuvrer au développement de cette communauté par différents projets. Tout cela me prend du temps et de l'énergie, et par conséquent j'en avais beaucoup moins pour la rédaction d'articles et pour entretenir le blog. Mais je me suis rendu compte que cette activité sur Internet aidait énormément de personnes assoiffés d'un retour à la tradition authentique du judaïsme, et qui avaient finalement ouvert les yeux sur les corruptions intellectuelles et morales que l'on retrouve dans le judaïsme orthodoxe contemporain. J'ai donc décidé de reconsacrer à nouveau un peu de mon temps à publier à nouveau, quoique à un rythme moins soutenu qu'auparavant, de façon à ne pas non plus négliger mes responsabilités ici à Madagascar. Aujourd'hui, je ne m'occupe pas seulement de mon groupe de Talmidhé HaRambo''m, mais de la majorité des Juifs de Madagascar (qui compte plus d'une centaine de membres, mais plusieurs autres sont prêts à entrer dans le Kalol Yisro`él et à sauter le pas du Giyour).

Les besoins de la communauté juive ici sont immenses, et il me sera impossible de les combler seul. C'est pourquoi je vous sollicite, chers lecteurs, pour votre contribution. Je ne demande rien pour moi, et jamais je ne le ferai. Rabbénou (le Rambo''m) a exhorté à enseigner gratuitement la Tôroh, et cela a toujours été ma conduite. Ce que je vous demande n'est donc pas pour moi, mais pour la communauté juive de Madagascar. Si vous voulez envoyer des livres, des Taphillin, des Mazouzôth, ou d'autres objets rituels, voire même de l'argent via PayPal pour financer certains projets (nous aimerions bâtir une école, des commerces pour offrir des emplois aux Juifs d'ici, etc.), n'hésitez pas à me contacter à l'adresse suivante : meqorhayim@gmail.com, et nous discuterons ensembles des différentes façons de faire parvenir vos contributions.

Qu'HaShem bénisse chacun et chacune d'entre vous, et puisse la lumière de la Tôroh et les enseignements de HaZa''l continuer à briller jusqu'à la venue de Moshiah Sidhqénou, prochainement et de nos jours. `omén, Kén Yahi Rosôn !

vendredi 10 février 2017

La fête de Tou Bishavot

ב״ה

La fête de Tou Bishavot


Beaucoup de Juifs célébreront une fête appelée ט"ו בִּשְׁבָט « Tou Bishavot », qui signifie tout simplement « 15 du mois de Shavot. » Ce jour-là, ils consomment de nombreux fruits et tiennent une espèce de « Sédhar » comme à Pasah. Cela pourrait surprendre beaucoup de gens, mais ce n'est même pas une fête officielle du Judaïsme, mais une innovation des Kabbalistes. C'est au seizième siècle, à Safath (Safed), que Rabbi Yishoq Louria`, plus connu sous l'acronyme du `ari, institua un cérémoniel à respecter pour ses disciples à Tou Bishavot. Très rapidement, cela se répandit à d'autres communautés, pour être adopté par une grande partie des Juifs (mais pas tous).

Il n'existe que deux références talmudiques à Tou Bishavot. La première se trouve dans la toute première Mishnoh du traité Rô`sh Hashonoh1 :

Les quatre nouveaux ans sont : Le premier Nison, le nouvel an pour les rois et les fêtes de pèlerinage ; le premier `aloul, le nouvel an pour la dîme des animaux domestiques. Rébbi `al´ozor et Rébbi Shim´ôn disent : « Le premier Tishri » ; le premier Tishri, le nouvel an pour les années, pour les Shamittin, pour les Yôvélôth, pour la plantation et pour les légumes ; le premier Shavot, le nouvel an des arbres selon les paroles de Béth Shamma`y. Mais Béth Hillél disent : « Le quinzième jour de ce mois. »
אַרְבָּעָה רָאשֵׁי שָׁנִים הֵן: בְּאֶחָד בְּנִיסָן, רֹאשׁ הַשָּׁנָה לַמְּלָכִים וְלָרְגָלִים; בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל, רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה; רֵבִּי אֶלְעָזָר וּרֵבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי; בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי, רֹאשׁ הַשָּׁנָה לַשָּׁנִים וְלַשְּׁמִטִּין וְלַיּוֹבֵלוֹת לִנְטִיעָה וְלִירָקוֹת; בְּאֶחָד בִּשְׁבָט, רֹאשׁ הַשָּׁנָה לָאִילָן, כְּדִבְרֵי בֵית שַׁמַּי; וּבֵית הֶלֵּל אוֹמְרִין: בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ

Dans ce passage, nous voyons qu'il y a quatre nouveaux ans dans le calendrier hébraïque, et une divergence d'opinion concernant deux de ces quatre dates. En outre, AUCUN de ces quatre nouveaux ans n'était une fête en elle-même, mais simplement des dates à partir desquelles on devait compter certains événements ou calculer les dîmes. Par exemple, le premier Nison n'était pas un jour de fête, mais simplement la date à partir de laquelle on comptait le règne des rois et calculait les dates des fêtes de pèlerinage, dont la première est Pasah, qui tombe le quatorzième jour de Nison. De même, c'est à partir du premier Tishri que l'on calculait les années du calendrier (c'est la raison pour laquelle c'est le premier de l'année), les années sabbatiques, les années de jubilé, les plantations et les légumes (car il fallait attendre un certain nombre d'années avant de pouvoir en faire la dîme et les consommer), et ainsi de suite. En fait, si Yôm Tarou´oh ne tombait pas non plus le premier Tishri, il n'y aurait jamais eu de fête à cette date.

Il est donc important de comprendre que ce n'est pas parce que ces dates sont appelées « Nouvel An » qu'il s'agit automatiquement de jours de fête. Même dans le calendrier grégorien de bon nombre de pays occidentaux, il existe de nombreux nouveaux ans. Il y a, par exemple, le 1er Septembre, qui est le nouvel an scolaire ; plusieurs pays ont également un nouvel an fiscal, à partir duquel commencer à calculer ses impôts, etc., et ces dates ne sont pas du tout des jours de fête.

La deuxième référence talmudique sur Tou Bishavot se retrouve dans la Gamoro` de Rô`sh Hashonoh 14b, où il est rapporté qu'à cause du doute qu'avait Rébbi ´aqivoh ז״ל concernant la date réelle du nouvel an des arbres (puisqu'il y a divergence entre Béth Hillél et Béth Shamma`y, comme mentionné plus haut), il a cueilli les citrons de son citronnier le premier Shavot et en a fait deux fois la dîme au lieu d'une, car peut-être que Béth Hillél étaient également d'accord que la vraie date du nouvel an des arbres était le premier Shavot. (Il convient de préciser que cette même Gamoro` stipule que Rébbi ´aqivoh a agi ainsi, car bien que la Halokhoh suive Béth Hillél, elle a également permis à celui qui le désirait de suivre Béth Shamma`y sur ce point, car leur opinion est également tout à fait valable.) Nous voyons clairement de ce passage que cette date n'était en rien un jour de fête, mais simplement le jour à partir duquel on calculait la dîme de ses fruits lorsqu'on s'apprêtait à les cueillir. Aucun des Ga`ônim, ni des Ri`shônim, n'a jamais parlé de cette date comme d'une fête.


1Mishnoh, Rô`sh Hashonoh 1:1

jeudi 9 février 2017

Le « Judaïsme Orthodoxe » n'est pas plus crédible que les mouvements qu'il condamne


ב״ה



Le « Judaïsme Orthodoxe » n'est pas plus crédible que les mouvements qu'il condamne



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Ce mercredi 8 février 2017, un article a été publié sur le site sioniste religieux « Arutz Sheva » par un certain rabbin « orthodoxe moderne » nommé Dov Fischer. Le sujet de son article (à lire dans son intégralité, en anglais, ici) concerne la décision prise par de nombreuses organisations juives orthodoxes américaines (l'OU, la RCA, Young Israel et l'Aguda) de déclarer « non orthodoxe » l'ordination de femmes comme rabbins ou la nomination de femmes à des hauts postes communautaires.



Ce n'est pas de ce sujet-là que je veux traiter, mais des attaques lancées par ce rabbins contre les mouvements non orthodoxes au sein du judaïsme et des arguments qu'il avance afin de « démontrer » que la seule voie traditionnelle et authentique du judaïsme est le judaïsme dit orthodoxe.



Pour faire court, il prétend que le judaïsme orthodoxe est éternel, qu'il ne change pas pour s’accommoder des tendances passagères, que c'est le seul mouvement n'ayant pas abandonné la Tôroh et la Halokhoh, et que tous les mouvements, exceptés l'orthodoxie, ont adopté des pratiques empruntées au christianisme, tandis que l'orthodoxie serait restée imperméable à toute influence étrangère.



Tout cela n'est que de la propagande et un tissu de mensonges éhontés et d'ignorance à peine voilée ! Quand quelqu'un emploie certains arguments pour délégitimer l'adversaire, ces arguments se doivent d'être basés sur la vérité, et non sur l'arrogance ou un aveuglement spirituel, car autrement cela discrédite intégralement l'argumentation.



Nous avons démontré à d'innombrables reprises sur ce blog que le judaïsme orthodoxe n'était non seulement pas traditionnel, mais qu'il était le produit d'innovations et changements s'étant produits sur de longues périodes, et qui continuent encore à se produire. Mais plus grave encore, le judaïsme orthodoxe n'a absolument rien à voir avec les prescriptions de la Tôroh, du Talmoudh, et des écrits des Ga`ônim et des Ri`shônim. Le judaïsme orthodoxe n'est pas plus « juif », authentique et crédible que tous les autres mouvements non orthodoxes qu'il condamne. C'est même une religion différente de celle prescrite dans la Tôroh et le Talmoudh !



Le judaïsme orthodoxe est-il aussi « pur de toute influence étrangère », « éternel » et « immuable » qu'il prétend l'être ?



  • Pratiquement tous les rabbins des temps passés ont rejeté le sionisme et ont affirmé que les Trois Serments rapportés dans le Talmoudh1 et de nombreux Midhroshim étaient non seulement halakhiques mais plus encore qu'ils étaient encore pleinement en vigueur. Or, de nos jours, la quasi-totalité des rabbins orthodoxes sont sionistes et affirment soit que les Trois Serments ne sont pas halakhiques (mais aggadiques) soit qu'ils étaient limités dans le temps et ne s'appliquent plus aujourd'hui. Donc, jusqu'à quel point être sioniste peut-il être appelé « traditionnel » ?
  • La pratique ridicule des Kapporôth est une innovation qui fut combattue dès ses origines par de nombreux rabbins. Or, de nos jours, faire les Kapporôth est une norme au sein du judaïsme orthodoxe.
  • Il n'y a aucune trace d'un Qaddish des endeuillés dans tout le Talmoudh, les écrits des Ga`ônim et la majorité des Ri`shônim. Et pourtant, de nos jours, tous les orthodoxes en récitent un.
  • L'office de la Qabbalath Shabboth est né au 16ème siècle et fut inventé par les kabbalistes de Safed. Il s'agit donc d'une innovation n'ayant pas toujours fait partie du judaïsme authentique. Or, tous les orthodoxes tiennent aujourd'hui un office de Qabbalath Shabboth.
  • Les orthodoxes prétendent qu'il est défendu de changer le Siddour et qu'il faut garder tout le rituel de prière tel qu'il aurait été institué. Sauf que la plupart des textes incorporés dans les Siddourim d'aujourd'hui ne s'y sont pas toujours trouvés, et la plupart étaient des prières ou Piyoutim personnels qui n'avaient pas pour vocation d'être récités par tous.
  • Il n'existe aucune trace de cérémonie de Bar Miswoh dans le Talmoudh et les écrits des Ga`ônim et des Ri`shônim. Pourtant, tous les orthodoxes tiennent des cérémonies de Bar Miswoh, et y récitent même une bénédiction non mentionnée dans le Talmoudh.
  • Toutes les fêtes sionistes, comme Yom HaAtsmaout, Yom Yeroushalayim, Yom HaShoah, etc., sont acceptés et célébrés par la plupart des orthodoxes. Étranges pour des gens qui prétendent rejeter toute innovation et changement, et se tenir à la « tradition. »
  • Aujourd'hui, une grande partie des femmes orthodoxes couvrent leurs têtes avec des perruques, alors que traditionnellement les femmes juives portaient/portent des foulards et des voiles.
  • Aujourd'hui, tous les garçons orthodoxes sont encouragés (voire, implicitement forcés) d'aller étudier dans une Yashivoh. Les orthodoxes prétendent qu'il en fut toujours ainsi, alors que c'est relativement récemment que cette tendance s'est développée. Jusque là, seule une minorité de garçons allaient étudier à la Yashivoh, tandis que la majorité apprenait un métier. Il n'a jamais été traditionnel que tout le monde aille étudier en Yashivoh. En fait, bon nombre d'illustres rabbins reçurent leur éducation religieuse à la maison, sans fréquenter de Yashivôth.
  • Traditionnellement, les filles juives ne sont pas censées aller à l'école, mais être éduquées à la maison par leurs mères. Il en fut toujours ainsi, jusqu'à ce que le Hofés Hayim ne donne, au vingtième siècle, son approbation pour la création d'écoles religieuses pour filles, qui furent appelées « Beth Yaakov. » N'est-ce pas là un changement de la tradition et un accommodement avec les tendances étrangères ?
  • Un grand nombre de Minhoghim des `ashkanazim ont clairement des influences chrétiennes que les rabbins orthodoxes tentent de gommer ou de faire oublier.
  • Même la façon dont les Miqwôth sont construites de nos jours dans le monde orthodoxe n'est pas traditionnelle, mais a été rendue possible par le développement des techniques modernes de construction. Les Miqwôth orthodoxes n'ont plus rien à voir avec celles des temps anciens. Quant au type de Miqwah appelé « Bor Al Gabbai Bor » utilisé parmi les Hasidhim Loubavitch, c'est une innovation datant du premier Rabbi de Loubavitch (19ème siècle)
  • Les jeunes filles non mariées se rendaient traditionnellement au Miqwah. En fait, jusqu'à très récemment, la pratique dans les communautés séfarades était que les jeunes filles s'y rendaient avant chaque fête, ou du moins avant Yôm Hakkippourim. De nos jours, les orthodoxes prétendent que seules les femmes mariées devraient se rendre au Miqwah.
  • La pratique consistant à prendre le deuil durant les trois semaines entre le 17 Tammouz et le 9 `ov n'a aucune source dans le Talmoudh et les écrits des Ga`ônim, et elle était inconnue ou opposée dans les communautés séfarades jusqu'à récemment. Même la plupart des Ri`shônim ne font jamais mention de cette pratique consistant à restreindre sa joie durant ces trois semaines. Or, de nos jours, cette pratique est considérée comme allant de soi, obligatoire et « traditionnelle » dans les milieux orthodoxes.
  • Prendre le deuil durant la période de la Saphirath Ho´ômar (entre Pasah et Shovou´ôth) n'est nulle part mentionné dans le Talmoudh et les écrits des Ga`ônim et de la plupart des Ri`shônim.
  • Imposer aux hommes d'avoir constamment la tête couverte, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, est une innovation orthodoxe. Cela n'est jamais prescrit dans la Tôroh, le Talmoudh et les écrits des Ga`ônim et des Ri`shônim. Même le Hofés Hayim l'admet dans son Mishnoh Barouroh, où il écrit qu'étant donné que de nos jours la pratique des Gôyim consisterait à retirer leurs couvre-chefs lorsqu'ils entrent dans leurs lieux de culte, les juifs devraient s'accoutumer à garder leurs têtes couvertes constamment. En réalité, avant le 20ème siècle il n'était pas rare de voir des rabbins la tête découverte.
  • Les orthodoxes prétendent qu'il serait défendu de changer la manière « traditionnelle » de s'habiller, et c'est pourquoi ils continuent à s'habiller tout en noir, de la tête au pied, avec un chapeau, un costume et un pantalon noir, ainsi qu'une chemise blanche. Mais ce qu'ils oublient de dire c'est que cette façon de s'habiller n'est pas traditionnelle, mais est le produit de décrets successifs imposés aux `ashkanazim par les Gôyim, qui voulaient justement abolir leurs tenues vestimentaires juifs. Par conséquent, le déguisement des orthodoxes d'aujourd'hui n'a rien d'un habillement juif originel.
  • Bon nombre des pratiques qu'ils attribuent à la « Qabboloh » sont de la pure hérésie, idolâtrie et superstition, qui ne tirent pas leurs origines dans la Tôroh, le Talmoudh, et ni même dans le Zôhar et d'autres livres « kabbalistiques » qu'ils adulent, mais sont des pratiques s'étant développées au fur et à mesure du temps, souvent suite à des influences non juives.
  • La façon de procéder aux conversions orthodoxes est totalement en contradiction avec le procédé traditionnel expliqué dans le Talmoudh et comme cela se faisait encore à l'époque des Ri`shônim.
  • Les orthodoxes ont introduit au fur et à mesure du temps de nombreuses innovations dans le domaine de la Kashrouth, en faisant un business bien lucratif. Si nos ancêtres avaient vécu à cette époque-ci, les orthodoxes les auraient déclaré « hérétiques », car ils n'auraient sans aucun doute pas suivi les innovations orthodoxes.
  • Les orthodoxes prétendent qu'il faudrait suivre le Shoulhon ´oroukh, alors qu'il y a d'innombrables pratiques et règles mentionnées dans le Shoulhon ´oroukh qu'ils ne suivent pas.
  • De même, ils prétendent qu'il faudrait obéir à tout ce que disent les « Gadhôlim » (les Grands de la Génération), et pourtant ils sont très sélectifs sur les décisions qu'ils suivent et sur celles qu'ils ignorent.



Nous pourrions multiplier indéfiniment les exemples !



Le but ici n'est pas de légitimer les mouvements non orthodoxes, comme l'Open Orthodoxy, le mouvement libéral, le mouvement conservative ou encore le mouvement reconstructionniste. Mais les orthodoxes devraient se regarder dans un miroir avant de prétendre être un mouvement traditionnel fidèle à la Tôroh et à la Halokhoh, ce qu'ils sont loin d'être. Il n'y a rien qui fasse du judaïsme orthodoxe un mouvement plus « propre », plus « pur », plus « authentique » que ceux qu'il combat. Bien au contraire, à certains égards le judaïsme orthodoxe est même plus éloigné de la Tôroh et de la Halokhoh que ces mouvements alternatifs (qui sont tout autant dans l'erreur, mais pour d'autres raisons). Les orthodoxes ne sont pas bien placés pour faire la leçon aux autres et imposer leur version falsifiée du judaïsme à tout le peuple juif.



Personne n'a le monopole sur le judaïsme. Mais lorsqu'on s'oppose à une pratique, voire carrément à un mouvement entier, il faut alors le faire sur base d'arguments concrets, solides et objectifs, et non, comme le font les orthodoxes, pour le simple objectif de détruire l'autre, se grandir soi-même et imposer sa vision des choses à tous. Ce n'est pas la voie de la Tôroh, ni celle du Talmoudh, d'agir de la sorte !



Au contraire, nos Sages nous ont appris à dialoguer, à raisonner, à apporter des arguments concrets. Même lorsqu'ils répondaient aux hérésies des Sadducéens et d'autres Minim, ainsi qu'aux arguments des grecs ou des romains, nos Sages le faisaient d'une façon rationnelle, posée et respectueuse, jamais dans l'agression ou l'humiliation de l'autre. Et c'est ainsi qu'ils ont ramené vers le judaïsme authentique les égarés et autres hérétiques. Mais par leur arrogance et agressivité, les orthodoxes éloignent davantage les égarés, alors qu'eux-mêmes sont des guides aveugles empêtrés dans les mêmes contradictions et erreurs qu'ils dénoncent !



Le judaïsme orthodoxe ne remonte pas au Sinaï, mais est le produit de diverses évolutions (qui se poursuivent encore, d'ailleurs), et s'est principalement façonné en réponse au développement des Lumières et du mouvement libéral, lorsqu'ils ressentirent un besoin urgent de standardiser la pratique juive et interdire toute innovation (sauf celles qui proviennent d'eux, évidemment), se déclarant ainsi être la seule voie valable, ce qui a pour conséquence de rendre hérétique toute personne ou mouvement qui ferait les choses différemment d'eux, alors que le judaïsme authentique permet une multiplicité d'opinions valides sur diverses questions. Le judaïsme orthodoxe est une machine à fabriquer des robots et à tuer toute diversité. Et lorsqu'ils condamnent les autres en se prétendant être la voie authentique, c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité !

1Kathoubbôth 119b

jeudi 2 février 2017

Les « Shava´ Barokhôth » doivent-elles se faire durant les sept jours du mariage ?

ב״ה

Exposer les fausses notions

Les « Shava´ Barokhôth » doivent-elles se faire durant les sept jours du mariage ?


Cet article peut être téléchargé ici.

Dans la foi israélite, le mariage est suivi de sept jours de célébration, qui sont en réalité une période de Yôm Tôv privé pour le Hothon et la Kalloh. Durant ces sept jours, les autres ont une obligation de réjouir les mariés. Afin d'accomplir cette obligation, la famille et les amis ont généralement la pratique d'organiser durant une semaine des repas quotidiens de ֶבַע בְּרָכוֹת « Shava´ Barokhôth », c'est-à-dire des repas au cours desquels les sept bénédictions du mariage seront à nouveau récitées (dans la Birakhath Hammozôn). La pratique des « Shava´ Barokhôth » est si répandue de nos jours que la majorité des gens supposent qu'il s'agit d'une obligation halakhique. Mais il n'en est absolument pas ainsi !

Nous avons déjà exprimé à de nombreuses reprises que tout sujet doit d'abord s'analyser à partir des instructions données par HaZa''l dans le Talmoudh. Ce sont eux qui constituent l'autorité halakhique finale sur toute question et pratique. On ne doit pas se demander ce que disent tel ou tel rabbin d'antan ou d'aujourd'hui, mais plutôt « Qu'ont déterminé et tranché HaZa''l ? » Peu importe ce que le Ramba''m ז״ל dit, ce que le Ramba''n dit ז״ל, ce que le Shoulhon ´oroukh tranche, ce que le Ri''ph ז״ל dit, ce que Rash''i ז״ל dit, etc., cela n'a pas d'importance. Ce qui détermine la Halokhoh, c'est le Talmoudh, qui s'achève avec Rov `ashi ז״ל, qui est סוֹף הוֹרָאָה « Sôph Hôro`oh – la fin de l'instruction. » De nombreux Savôro`im, Ga`ônim, Ri`shônim et `aharônim pourraient dire et écrire ce qu'ils veulent, mais au bout du compte un Pôséq doit regarder dans le Talmoudh, faire ce qui est tranché dedans et déterminer si la lecture des Pôsqim post-talmudiques est correcte ou incorrecte par rapport à ce que dit le Talmoudh et, sur base de cette réflexion, choisir celle qui est correcte. Tout cela est d'ailleurs magistralement bien résumé par le Ramba''m dans l'introduction qu'il rédigea sur son Mishnéh Tôroh. Depuis que le Talmoudh fut scellé, AUCUN rabbin ou autorité n'a le pouvoir d'imposer quoique ce soit à l'ensemble d'Israël ou de changer ce qui a été tranché dans le Talmoudh (sauf lorsqu'un décret talmudique était clairement pour un temps ou une raison bien spécifique qui n'en fait donc pas un décret pour toujours).

Que dit donc le Talmoudh à ce sujet ?

On est tenu de réciter les Shava´ Barokhôth lors d'un repas que lorsque les conditions suivantes sont respectées1 :
  1. le Hothon et la Kalloh doivent y prendre part ;
  2. au moins dix hommes doivent être présents et manger ensemble ;
  3. il doit y avoir au moins deux פָּנִים חֲדָשׁוֹת « Ponim Hadhoshôth – visages nouveaux », c'est-à-dire au moins deux personnes qui n'avaient pas pu assister au mariage et n'avaient donc pas encore entendu les Shava´ Barokhôth ;
  4. sur base d'un autre passage talmudique2 qui déclare, dans le contexte du mariage, que אין שמחה אלא בחופה « Il n'y a de réjouissance que dans la Houppoh », les Tôsophôth, de nombreux autres Ri`shônim et le Shoulhon ´oroukh3 tranchent tous que les Shava´ Barokhôth ne peuvent être récitées que ַבֵית חָתָן « Bavéth Hothon – dans la maison du Hothon. » (Voir, d'ailleurs, l'article intitulé Exposer les fausses notions : Qu'est-ce qu'une « Houppoh », où nous avions expliqué que le terme « Houppoh », dans le contexte biblique et talmudique, se rapportait à la maison du marié dans laquelle il s'isolait notamment avec sa femme.) C'est contraire à la pratique de la majorité des `ashkanazim et de certains Sapharadhim, plus particulièrement les marocains, qui organisent des Shava´ Barokhôth n'importe où : dans des salles de fête, chez les mariés, chez les parents, chez les beaux-parents, chez des amis, chez des particuliers, etc. Néanmoins, de nombreux autres Sapharadhim, les Témonim, ainsi que les Talmidhé HaRamba''m, continuent jusqu'à ce jour à n'organiser des Shava´ Barokhôth que Bavéth Hothon ;
  5. enfin, le Talmoudh4 déclare explicitement qu'il n'y a aucune obligation d’organiser des repas quotidiens de Shava´ Barokhôth pendant les sept jours qui suivent le mariage. Le premier jour de la célébration, toutes les Shava´ Barokhôth sont récitées ; les autres jours, si les quatre conditions précédemment énumérées sont respectées, elles sont à nouveaux récitées, et si elles ne sont pas respectées, seule la dernière des sept Barokhôth est récitée.

Le Ramba''m résume parfaitement toutes ces décisions talmudiques dans son Mishnéh Tôroh.5

Cela peut parfois être très fatiguant, voire embarrassant, pour un nouveau couple de devoir aller à gauche et à droite pour manger chaque jour chez différentes personnes durant sept jours. Mais qu'ils se rassurent : il n'y a aucune obligation halakhique de le faire tous les jours, d'après le Talmoudh, et encore moins de se déplacer, car les Shava´ Barokhôth sont censées se faire Bavéth Hothon !

Contrairement à la croyance populaire selon quoi il serait une obligation d'organiser des Shava´ Barokhôth tous les jours, coûte que coûte, nous voyons clairement dans les témoignages des Ri`shônim que c'est une innovation de notre époque, mais qu'avant notre époque cela ne se faisait pas tous les jours, mais seulement certains jours pendant les sept jours de réjouissance. Ainsi, Rash''i6 déclare que, dans son expérience, soit un Minyon, soit des Ponim Hadhoshôth, ou les deux manquaient, et par conséquent un repas de Shava´ Barokhôth n'était pas organisé chaque jour. Le Mahari''l ז״ל (Ya´aqôv Môlin, 1365-1427)7 rapporte qu'en Rhénanie le Minhogh consistait à ne réciter les Shava´ Barokhôth qu'à Shabboth, mais pas les autres jours en raison d'un manque de Ponim Hadhoshôth. Et nous pourrions multiplier les témoignages allant dans le même sens, à savoir que les Shava´ Barokhôth ne doivent être récitées que si toutes les conditions rapportées dans le Talmoudh sont respectées. Si ne serait-ce qu'une seule d'entre elles n'était pas respectée, les Shava´ Barokhôth ne doivent alors pas du tout être faites (excepté la dernière Barokhoh que l'on ajoutera après la Birakhath Hammozôn si le couple a mangé avec des gens qui avaient assisté au mariage). C'est cela la Halokhoh authentique telle que tranchée dans le Talmoudh !

Certains `aharônim attestent également que les Shava´ Barokhôth n'étaient pas organisées tous les jours. Le Lévoush ז״ל (Mordokhay ban `avrohom Yophah, 1530-1612)8 témoigne qu'à son époque, à part le jour même du mariage, les Shava´ Barokhôth n'étaient récitées qu'à Shabboth, et les autres jours seulement s'il y avait des Ponim Hadhoshôth. Le Hatho''m Sôphér ז״ל (Môshah Schreiber, 1762-1839)9 rapporte la pratique remontant à très longtemps à Cracovie (en Pologne) qui consistait à minimiser les célébrations en raison d'un manque de joie et relève qu'à Francfort-sur-le-Main il ne fut jamais témoin de repas de Shava´ Barokhôth organisés après la deuxième nuit suivant le mariage. Il poursuit en rapportant qu'une fois quelqu'un à Francfort-sur-le-Main récita les Shava´ Barokhôth à Shabboth, et cela causa une énorme controverse dans la communauté parce que ce n'était pas la pratique locale ! Le Go`ôn de Wilno` ז״ל (`éliyohou ban Shalômôh Zalman, 1720-1797)10 explique que l'une des raisons principales pour lesquelles les mariages se tenaient communément les vendredis dans sa localité, c'était afin d'accorder davantage de temps à la communauté pour se réjouir avec le couple à la lumière du fait que le Minhogh consistant à se réjouir durant sept jours n'était généralement pas suivi. Quant au ´oroukh Hashoulhon ז״ל (Yahi`él Mikhél Halléwi Epstein, 1829-1908)11, il relève qu'à son époque (dans la Lituanie du 19ème siècle) des repas n'étaient pas organisés durant tous les sept jours !

À la lumière de tout cela, il est plus qu'évident que la pratique moderne consistant à obligatoirement organiser des repas festifs durant l'intégralité des sept jours qui suivent le mariage, et y réciter chaque fois toutes les Shava´ Barokhôth, n'est rien d'autre qu'une innovation sans source valide !

Notez d'ailleurs le Ban `ish Hay ז״ל (Yôséph Hayim de Bagdad, 1833-1909)12, qui écrit que si le Hothon n'a pas les moyens de financer quotidiennement des Shava´ Barokhôth, il n'a aucune obligation de le faire. Or, de nos jours, de nombreux couples qui n'ont pas beaucoup de moyens s'endettent dès le début de leur vie de couple afin de pouvoir organiser des Shava´ Barokhôth gigantesques tous les jours durant une semaine. C'est insensé, et ce n'est clairement pas ce qu'exige la Halokhoh ! Puisque ces repas ne sont pas une obligation, il n'y a pas non plus lieu de faire l'effort de remplir à tout prix les conditions énumérées plus haut.

1Talmoudh, Kathoubbôth 8a
2Soukkoh 25b
3`évan Ho´azar 62:10
4Kathoubbôth 7b-8a
5Hilkôth Barokhôth 2:9-10
6Sur Kathoubbôth 8a
7Hilkôth Nisou´in
8`ôrah Hayim, Minhoghim, Section 30
9Shou''th `évan Ho´azar 1:122
10`évan Ho´azar 55:11
11`ôrah Hayim 640:14

12Shou'''th Rov Pa´olim 4:`évan Ho´azar 6
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