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lundi 22 février 2021

Emission de semence en vain - L’influence du christianisme

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


L’influence du christianisme

 

Cet article peut être téléchargé ici.

Pour (re)lire :

·        La première partie

·        La deuxième partie

·        La troisième partie

·        La quatrième partie

·        La cinquième partie

·        La sixième partie

·        La septième partie

·        La huitième partie

·        La neuvième partie

·        La dixième partie

·        La onzième partie

·        La douzième partie

·        La treizième partie

·        La quatorzième partie

·        La quinzième partie

·        La seizième partie

 

J'ai évoqué à quelques reprises l'idée qu'au moins une partie de l'attitude négative halakhique envers la masturbation était le résultat d'une influence culturelle chrétienne et générale. J'ai plaidé dans le dernier article en faveur de l'adoption de l'approche du PMO (Paradigme Maïmonidien Orignal) sur la masturbation au lieu de l'approche du PSA (Paradigme du Shoulḥon ´oroukh). C’est quelque peu facile et gratifiant de mettre la faute sur les autres (les chrétiens) et d’exonérer les Juifs.

 

Mais je suis désolé de dire que dans ce cas, nous ne pouvons pas blâmer les chrétiens. Du moins pas le développement du PSA que j'ai décrit en détail auparavant. Le PSA a été fortement influencé par le Zôhar. Le Zôhar s'impose comme la condamnation la plus sévère de la pratique de la masturbation dans toute l'histoire religieuse humaine. C'était l'œuvre religieuse la plus complète, la plus zélée et la plus énergique dans le traitement du sujet, et le premier texte religieux à en discuter avec autant de détails.

 

Bien qu'il y ait des références et des condamnations de la masturbation éparpillées ici et là dans les écrits chrétiens à partir du deuxième siècle, cela ne semble pas avoir été particulièrement important pour les chrétiens jusqu'au milieu du 1 8ème siècle. Il existe des exceptions, comme le pape Léon II (né en 1002, décédé en 1054) qui a écrit durement à ce sujet, mais cela n'est jamais devenu une référence. Le monde antique se souciait peu du sujet. La grande obsession du sujet a vraiment commencé avec la publication d'un tract anonyme appelé « Onania » en Angleterre vers 1722.

 

C’est justement à ce moment-là que l'influence du monde chrétien et du monde universitaire a commencé à se faire sentir sur le monde juif. Il me semble que l'acceptation généralisée du PSA et les opinions strictes concernant la masturbation ont été aidées par la forte rhétorique anti-masturbation qui a envahi le monde chrétien, philosophique et scientifique à partir du début des années 1700. À partir de cette période, tant dans le monde protestant que catholique, l'onanisme est devenu synonyme de masturbation (alors que bibliquement parlant, cela n’a rien à voir comme nous l’avions démontré) et il est devenu accepté comme un péché terrible. Dans le monde philosophique, personnalité aussi influente qu'Emmanuel Kant a condamné fermement la pratique. Dans le monde scientifique, il est devenu admis à cette époque-là que la masturbation était à la fois le signe d'un trouble mental et la cause de toutes sortes de maladies physiques. Ce n'est qu'au milieu du 20ème siècle que ces idées ont commencé à changer, et la masturbation a commencé à être comprise comme une partie normale du développement sexuel.

 

La plus forte influence halakhique sur le judaïsme orthodoxe contemporain d'après la Seconde Guerre mondiale vient des traditions ḥassidiques de l'Europe de l'Est et du monde non ḥassidique de la Yashivoh de Lituanie. Ces deux traditions ont commencé et ont été nourries dans une culture environnante qui pensait que la masturbation était un signe de maladie mentale, qu'elle était médicalement malsaine et que c'était une abomination et une perversion pour lesquelles Hashshém a condamné à mort ´ér et ˋônon. Il n'est pas surprenant que les Pôsaqim et les maîtres du Mousor de l'époque n'aient pas prêté grande attention aux opinions du R’’i Hazzoqén et d'autres et aient accepté le paradigme du Shoulḥon ´oroukh. C’est en ce sens que l’on parle d’influences chrétiennes et générales.

 

Un indicateur que tel est le cas, est que les opinions exprimées par les partisans du PMO n'ont pas disparu immédiatement lorsque le Shoulḥon ´oroukh les a supprimées. Le PSA a mis un certain temps à s'implanter. Comme nous le verrons, immédiatement après la publication du Shoulḥon ´oroukh, de nombreuses autorités rabbiniques se sont opposées à la négation des opinions du R’’i Hazzoqén, du Ṭôsophôth Ri’’d et du Rambo’’m.

 

Il est logique qu'il n'ait pas été facile pour le Shoulḥon ´oroukh de supprimer l'opposition en omettant le R’’i Hazzoqén. Cette opinion représentait la position traditionnelle conforme au Ṭalmoudh, et non une opinion isolée. De nombreuses autorités halakhiques parmi les Riˋshônim (autorités halakhiques qui se sont succédées à partir de +/- l’an 1100 jusqu’à 1550) et les premiers ˋaḥarônim (autorités halakhiques qui se sont succédées à partir de +/- 1550 jusqu’à 1800) ont soutenu l'opinion du R’’i Hazzoqén. En voici quelques-uns : Ribbénou Môrdokhay ban Hillél Hakkôhén (Allemagne, 1250-1298, connu sous le nom du « Môrdokhay »)[1] ; Ribbénou Baṣalˋél ban ˋavrohom ˋashkanazi (Israël, 1520-1592)[2] ; Ribbénou ˋoshér ban Yaḥiˋél (« Le Roˋ’’sh » Allemagne puis Espagne, 1250-1327)[3] ; Ribbénou Méˋir Hakkôhén de Rothenburg (Allemagne, fin du 13ème siècle)[4] ; Ribbénou Yasha´yohou DiTrani « le plus jeune » (Italie fin 13ème - début du 14ème siècle)[5] ; Ribbénou Shalômôh Louriyoˋ (Pologne 1510-1573, « Le Maharsha’’l)[6] ; Rov ˋavrohom Ḥayyim Shour (Belz, Pologne fin 16ème, début du 17ème siècle)[7]. Tout ce qui précède et bien d’autres au moins soutiennent l’opinion du R’’i Hazzoqén comme une alternative viable à l’interdiction stricte de « répandre de la semence ».

 

C'est pour cette raison que le commentaire important sur le Shoulḥon ´oroukh, le Béth Shamouˋél (fin du 17ème siècle) nuance immédiatement la déclaration du Shoulḥon ´oroukh selon laquelle la masturbation serait le péché « le plus grave de la Ṭôroh » en disant que le Shoulḥon ´oroukh ne pensait pas vraiment ce qu’il a dit. (À mon humble avis, le Shoulḥon ´oroukh le pensait clairement, puisqu’il a trouvé dans le Zôhar à quel point ce « péché » était grave.)

 

Malgré cette opposition solide et robuste au PSA, dans les siècles qui ont suivi la publication du Shoulḥon ´oroukh, le PSA est finalement devenu le paradigme prédominant. Le PMO est retourné dans le passé presque comme s’il n'avait jamais existé. Au fur et à mesure que la communauté juive européenne (au moins d'Europe de l'Est) se développa en branches ḥassidiques et « lituaniennes » avant la Seconde Guerre mondiale, le PSA devint fermement ancré. Je crois que c'était en grande partie parce que la même chose se passait dans le monde extérieur. Pourquoi le monde juif ignorerait-il presque complètement une tradition majeure de la société générale et l'échangerait contre une autre ? De toute évidence, la pensée chrétienne, philosophique et médicale de l'époque concernant les « horreurs » de la masturbation dominaient la communauté juive de la même manière qu'elle dominait la pensée occidentale en général.

 

Donc, en conclusion, je ne crois pas que nous puissions blâmer « les autres » d'avoir imposé cette rigueur au judaïsme. Nous l’avions fait nous-mêmes en premier. Cependant, le fait que ce soit devenu le paradigme halakhique prédominant a été presque certainement fortement influencé par des facteurs extérieurs.

 

Le seul aspect positif auquel je puisse penser, c'est que peut-être l'inverse pourrait être vrai. Si l'aversion de la société générale pour la masturbation a contribué à nous pousser vers une attitude halakhique stricte, peut-être que la reconnaissance par la science moderne que la masturbation occasionnelle est normale peut nous ramener au paradigme halakhique original qui acceptait aussi en effet que cela est vrai. Peut-être. Peut-être. Avec l'aide de Hashshém et avec le bon sens et la force des sources de la Ṭôroh que j'ai citées dans cette série d’articles, cela peut peut-être fonctionner.

 

Merci d'avoir lu mes dix-sept articles sur ce sujet, je pense que je peux maintenant passer à d'autres tout aussi importants.



[1] Masakhath Niddoh, Haggohôth Môrdokhay 247 :744

[2] Shittoh Maqoubbaṣath Nadhorim 20b

[3] Ṭôsophôth Horoˋ’’sh, Yavomôth 34b

[4] Haggohôth Maymôniyôth, Hilkôth ˋissouré Biˋoh 21 :9

[5] Pisqé Ria’’z, Kathoubbôth 5

[6] Yam Shal Shalômôh, Yavomôth 34b

[7] Ṭôrath Ḥayyim, Sanhédhrin 54a

dimanche 7 février 2021

Emission de semence en vain - L’impact psychologique des deux approches

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


L’impact psychologique des deux approches

 

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Pour (re)lire :

·        La première partie

·        La deuxième partie

·        La troisième partie

·        La quatrième partie

·        La cinquième partie

·        La sixième partie

·        La septième partie

·        La huitième partie

·        La neuvième partie

·        La dixième partie

·        La onzième partie

·        La douzième partie

·        La treizième partie

·        La quatorzième partie

·        La quinzième partie

 

Je pense que ce que j'ai développé jusqu'à présent dans tous les articles précédents, ce sont deux concepts très différents concernant la masturbation masculine et comment cette activité devrait être traitée par un juif qui souhaite observer la Halokhoh. Notre analyse halakhique jusqu'à présent est suffisante pour faire ressortir le point de base auquel j'ai essayé d'arriver dans ce blog.

 

Grâce à tout cela nous allons pouvoir explorer les effets potentiels négatifs que l'idée fausse du « péché » de « répandre la semence » peut avoir sur le développement sexuel et les relations conjugales dans le milieu orthodoxe, et principalement Ḥarédhi. J’ai pu avoir divers témoignages dans le milieu orthodoxes qui m’ont montré l’utilité de tous les articles précédents et m’ont encouragé à poursuivre.

 

Les deux approches halakhiques différentes que nous avons développées auront un impact significativement différent sur la santé sexuelle et psychologique de la société juive orthodoxe.

 

Le paradigme halakhique qui domine la compréhension générale de la plupart des Juifs orthodoxes est celui établi par le Shoulḥon ´oroukh. Nous venons de terminer de décrire comment cela s'est développé dans la série d’articles précédents. Permettez-moi de résumer les principes de base de ce paradigme, que l’on va appeler « Paradigme Shoulḥon ´oroukh » (PSO).

 

Le PSO postule que toute éjaculation en dehors des rapports vaginaux dans le contexte du mariage est un péché. Le PSO soutient que c'était là le péché de ´ér et ˋônon qui a abouti à leur mort. Le PSO soutient que c'était le péché du déluge qui a entraîné la destruction de presque toute la vie sur la planète. Le PSO soutient que l'éjaculation extra-vaginale produit des démons qui provoquent l'individu dans le monde à venir. Le PSO enseigne que l'éjaculation extra-vaginale s'apparente au meurtre et est incluse dans les Dix Commandements. Le PSO n'autorise aucune autre forme d'activité sexuelle entre mari et femme autre que les relations vaginales.

 

Il serait impossible de surestimer les effets négatifs de ces idées sur la santé sexuelle et psychologique du public orthodoxe. Concentrons-nous d'abord sur le jeune homme célibataire et sur ce que cela peut faire pour sa santé psychologique. Imaginez la culpabilité d'un jeune homme qui se masturbe occasionnellement. S'il est capable d'ouvrir un Shoulḥon ´oroukh et de lire, s'il est éduqué à la Yashivoh, la culpabilité écrasante qu’il va ressentir peut être terrible. Les expériences et les désirs normaux d'un homme adolescent (ou même d'un homme adulte mature) sont soudainement devenus la source du « pire péché de la Ṭôroh ».

 

Essayez ensuite d'imaginer le nombre de chemins destructeurs que cela peut amener à emprunter. La culpabilité peut dans certains cas conduire à un sentiment de désespoir. « Si je ne peux pas lutter contre ces pulsions, je ne peux pas être qualifié de juif pratiquant, et pourquoi alors me préoccuper du reste des Miṣwôth ? » Une telle personne pourrait être conduite dans une rébellion très déprimée contre son héritage, car il se définit à cause de la dureté du Shoulḥon ´oroukh comme un Juif raté. Alternativement, cela pourrait conduire à une rébellion ouverte. « La Ṭôroh doit être absurde si elle interdit un comportement naturel normal et inoffensif ». « Si on estime que j’ai commis le pire péché de la Ṭôroh, à quoi me sert-il donc d’être pratiquant ? » « Si la Ṭôroh l'interdit, alors que c’est naturel, peut-être que toutes les lois de la Ṭôroh pourraient aussi être absurdes ». Je vous assure que j’ai déjà rencontré beaucoup de tels jeunes orthodoxes ayant eu ce raisonnement, mais n’osent pas l’exprimer dans leurs milieux. Il n’est pas étonnant de voir que le nombre de « frum de naissance » qui quittent leurs milieux est croissant. Parmi ces jeunes hommes qui ne veulent pas quitter le mode de vie de la Ṭôroh, imaginez la dissonance cognitive qu'un tel problème peut provoquer ? La honte, la dépression, la confusion et le désespoir peuvent être accablants.

 

Maintenant, suivons ce jeune homme dans sa vie. On lui apprend qu'il a besoin d'une femme pour éviter ce péché, pour que son envie naturelle d'avoir des relations sexuelles et de faire l'expérience de l'éjaculation puisse avoir un « débouché Koshér ». De nombreuses questions vont surgir : Cherche-t-il le mariage pour avoir une relation épanouissante avec un autre être humain ? En ce qui concerne l'aspect sexuel important de cette relation, est-il entendu que son but n'est pas seulement de s'aider lui-même ? Se rend-il compte que sa femme est une personne d'égale importance qui mérite d'avoir une relation sexuelle satisfaisante autant que lui ? Reconnaît-il que la Ṭôroh l'oblige à la rendre heureuse sexuellement, et que sa femme est bien plus qu'un simple « réceptacle » pour que son éjaculation soit désormais considérée comme « Koshér » ? Comprenez-vous donc les problèmes supplémentaires que vous créez lorsque vous dîtes à un jeune homme que le seul moyen d’éviter ce « péché » est de se marier ? S’il se marie dans cette optique-là, sa relation de mariage sera purement égoïste et il risque en réalité ni d’être heureux ni de rendre heureuse sa femme !

 

Et la jeune femme ? A-t-elle été mise au courant qu'elle doit se rendre disponible pour lui juste pour LE sauver du péché ? Qu’en sera-t-il alors du propre plaisir de cette femme ? Devrait-elle accepter d’endurer la peine, le chagrin, le sentiment de ne pas être aimée et l'inconfort juste pour LE sauver ? Aura-t-elle le droit de dire « non » ou « pas maintenant », puisqu’elle ne s’est mariée à lui que pour qu’elle serve de « réceptacle » pour une éjaculation « Koshér » ? Apprendra-t-elle un jour ce qu'une relation sexuelle est censée être ? Il y a tant à écrire, tant à penser. Je me contenterai de ces quelques questions pour vous faire réfléchir.

 

A présent, revenons un peu dans le temps halakhique. Revenons aux jours précédant l'arrivée du Zôhar sur la scène halakhique, aux jours de ce que j'appellerai le Paradigme Maïmonidien Original (le PMO).

 

Le PMO postule qu'il ne faut pas alimenter délibérément ses désirs sexuels car cela peut conduire à l'immoralité. Le PMO enseigne que le péché de ´ér et ˋônon était qu'ils s'étaient délibérément engagés dans une relation sexuelle dans le but exprès d'éviter la procréation, Ṭomor était un jouet sexuel pour eux, pour le plaisir seulement. C'est pourquoi ils ont été mis à mort par Hashshém. Le PMO enseigne que tant qu'une personne est engagée dans une activité sexuelle dans une relation appropriée, il n'y a pas de péché de « répandre de la semence », et tout type d'activité sexuelle est acceptable. Le PMO recommande également le mariage précoce, mais pas pour empêcher la masturbation, mais plutôt pour prévenir le risque de promiscuité et d'autres péchés sexuels. Le PMO utilise explicitement la compréhension médicale de l’époque pour ne recommander que des éjaculations peu fréquentes. Le PMO s'appuie également explicitement sur les idées médicales de l’époque pour néanmoins recommander des éjaculations régulières, mais pas excessives, pour éviter ce que l'on croyait être l'accumulation de facteurs négatifs lorsque l'on n'éjacule pas assez souvent. Selon le PMO, il n'y a pas de péché de masturbation pour un homme célibataire, le seul souci est de nourrir délibérément le désir sexuel pour la raison énoncée ci-dessus.

 

Tout comme il était impossible de surestimer les effets négatifs de l'acceptation générale du PSO, il est également impossible de surestimer les effets positifs de l'adoption du PMO.

 

Grâce au PMO, notre jeune homme hypothétique comprend qu'il s'agit d'un processus naturel et que l'éjaculation occasionnelle est tout à fait normale, voire saine. Il comprend maintenant que le problème est de s'engager dans des pratiques qui mènent à des activités sexuellement malsaines, et non le « déversement de semence » en lui-même. Grâce au PMO, il comprend que parmi les activités malsaines à éviter à tout prix il y a le fait de recourir à la pornographie trop facilement disponible aujourd’hui, car la pornographie peut conduire à des idées malsaines et dangereuses sur le sexe et les relations homme-femme. De l’autre côté, grâce au PMO, il comprend qu’une exposition normale à des membres du sexe féminin, qui peut parfois conduire à des pensées sexuelles, est tout à fait normale tant que de telles rencontres sociales mèneront un jour à une relation saine et sûre appropriée.

 

Lorsqu'il s'agit de mariage, il peut apprendre que toute pratique sexuelle est tout à fait normale et qu'il doit faire tout ce que lui et sa femme trouvent satisfaisant et agréable. Il apprendra également qu'une femme doit être respectée en tant que partenaire, pas en tant qu'être purement sexuel comme ´ér et ˋônon ont traité Ṭomor. Grâce au PMO, il comprend que sa femme est là pour bien plus que son plaisir sexuel ; elle est là pour construire une vie et une famille avec lui. Cela inclut la Miṣwoh de procréer.

 

La jeune femme ne sera pas là pour « le sauver du péché ». S'il a besoin d’être « sauvé » et qu'elle n'est pas d'humeur, pour une raison quelconque, il peut soit se retenir et être respectueux, soit s'engager avec elle dans d'autres activités qui n'incluent pas une pénétration indésirable de son corps, même si cela signifie qu'il va éjaculer par voie extra-vaginale.

 

De plus, maintenant que nous savons qu'il n'y a rien de malsain dans la masturbation occasionnelle, les objections liées à la santé soulevées par le Rambo’’m n'existeraient plus. Le Rambo’’m lui-même, c'est bien connu, a omis de son code halakhique l’ « interdiction » de manger du poisson et de la viande ensemble. C'était parce qu'il comprenait que c'était une recommandation sanitaire des rabbins du Ṭalmoudh basée sur une erreur. Puisque le Rambo’’m ne considérait pas cela comme un véritable problème de santé, ce n'est pas la Halokhoh. Le Rambo’’m, je dirais, serait probablement cohérent et aurait une approche complètement différente, car la compréhension de la santé de la masturbation a radicalement changé et s’est affinée pour être plus précise.

 

La suggestion qu'il existe des tortionnaires démoniaques créés chaque fois que quelqu'un se masturbe aurait semblé à la fois stupide et pire, même blasphématoire pour le Rambo’’m.

 

Nous venons de résoudre un dilemme majeur. Revenons à l'essentiel. Permettez-moi d'adapter une phrase halakhique commune à notre situation : le Ṭalmoudh, le Rambo’’m, Ribbénou Yiṣḥoq Hazzoqén, et Ribbénou Yasha´yohou Di Trani sont des autorités halakhiques sur lesquels nous devons nous appuyer sur ces questions de la masturbation et des relations sexuelles dans le couple.

 

Construisons sur le PMO, le paradigme maïmonidien original. Nous pouvons utiliser le PMO comme base pour construire une sexualité saine parmi nos jeunes, nos familles et nos couples. Les gens doivent apprendre à éviter l'immoralité sexuelle, l'exploitation sexuelle, les abus sexuels et le stress sexuel malsain qui s'accumule dans les familles dysfonctionnelles, malheureusement très très très nombreuses dans la communauté orthodoxe. Au lieu de cela, nous devrions enseigner à quoi ressemble une sexualité saine et comment y parvenir.

 

Je voudrais cependant injecter quelques idées kabbalistiques dans le PMO. Toutefois, cela aura l'effet inverse de celles injectées par le Zohar et qui ont contribué à bâtir le Paradigme Shoulḥon ´oroukh. Le Rambo’’m avait une aversion philosophique pour le sexe en général. Il le considérait comme une activité basse, à peu près la forme la plus basse du comportement humain. En cela, il suivait la philosophie de son mentor Aristote. Si vous vous souvenez, nous avons mentionné la ˋiggarath Haqqôdhash dans notre discussion passée sur les kabbalistes espagnols. La ˋiggarath Haqqôdhash a répondu au Rambo’’m que l'acte sexuel n'est pas du tout un acte bas. C'est plutôt un acte saint et beau entre deux êtres humains, tant qu'il y a des intentions appropriées. Si nous injectons cette idée dans le développement du PMO, nous constaterons que tout acte entre deux êtres humains aimants, dans le contexte d'une relation engagée et aimante fondée sur des idées et des principes appropriés, est une chose belle et sainte. Il doit être célébré et encouragé, quel que soit l'endroit où le sperme se répand.

 

Dans les prochains articles, je veux écrire un peu plus sur certaines des raisons pour lesquelles le PSO est devenu dominant. Je pense que nous devons discuter aussi des influences étrangères, des influences de la science contemporaine, etc. avant de quitter ce sujet et de passer à autre chose.

vendredi 1 janvier 2021

Emission de semence en vain - Le Zôhar & la Qabboloh lurianique

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


Le Zôhar & la Qabboloh lurianique

 

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Pour (re)lire :

·        La première partie

·        La deuxième partie

·        La troisième partie

·        La quatrième partie

·        La cinquième partie

·        La sixième partie

·        La septième partie

·        La huitième partie

·        La neuvième partie

·        La dixième partie

·        La onzième partie

·        La douzième partie

  

L'influence du Zôhar sur l'attitude future de la pensée religieuse juive à l'égard de la masturbation serait impossible à surestimer. J'ai eu du mal pendant un moment à essayer de décider comment présenter ce matériel dans un article de blog, car le Zôhar consacre une immense attention à ce sujet. J'ai décidé de résumer brièvement les concepts de base trouvés dans le Zôhar et j'ai cité les sources pour ceux qui veulent faire plus de recherche par eux-mêmes. Traduire et citer chaque idée en auraient fait un article trop long et ennuyeux à lire.

 

Les enseignements du Zôhar sur le sujet du déversement de semence doivent être compris comme un résultat direct de la façon dont le Zôhar considère la procréation en général. Plus important encore, ils sont basés sur la manière dont les qabbalistes expliquaient les origines du sperme et le processus par lequel une nouvelle âme venait du monde spirituel dans le monde physique. Je vous recommande de relire mon résumé du Séphar Habbahir dans l’article précédent. Tout le reste en découle.

 

·        Aucune semence n’est un « gaspillage »

 

L'un des aspects les plus intéressants de l'approche du Zôhar est peut-être le rejet par le Zôhar de l'idée que la masturbation est interdite en raison du « gaspillage de semence ». Le Zôhar attache une importance si intense à l'acte de la procréation, qu'il serait impossible de supposer que lorsque l'on éjacule, il ne se passe rien d'important ; puisque la semence est dotée d'une âme, elle ne peut pas être simplement gaspillée. Le Zôhar introduit plutôt un concept entièrement différent. Quand on éjacule dans le contexte de rapports vaginaux normaux avec son conjoint, l'âme dont sa semence est dotée est sainte et s’implante dans sa femme pour se développer en un enfant saint. Cependant, le Zôhar enseigne que lorsque quelqu'un se masturbe ou a toute autre sorte de rapport sexuel interdit, l' « âme » présente dans son sperme est un mauvais esprit. Bien que ces mauvais esprits ne soient pas visibles à l'œil nu, ils sont véritablement créés, d’après le Zôhar, et ils accompagnent cette personne tout au long de sa vie et même après sa mort. Cela a de nombreuses ramifications importantes dont nous allons discuter.

 

·        Les mauvais esprits hantent leur « créateur »

 

Le Zôhar décrit en plusieurs endroits les châtiments en réserve pour celui qui éjacule dans n'importe quel contexte autre que les rapports « normaux » avec son épouse.[1] Ces mauvais anges deviennent ses bourreaux et ils le hanteront pour toujours. Ainsi, l'acte d'éjaculation crée toujours un être spirituel, cela dépend juste de l'individu si ce sera un être saint ou un être mauvais.

 

Notez à quel point c'est différent du terme que Rash’’i avait utilisé et que nous avions cité plus tôt. Rash’’i avait écrit que « gaspiller de la semence » qui aurait pu être un enfant est destructeur parce qu’elle est « gaspillée ». Cela sonne comme un être humain potentiel qui a été perdu, mais rien d'autre n'a été créé à sa place. Cependant, le Zôhar va plus loin et est davantage préoccupé par les créations perverses que la semence renversée serait responsable de créer.

 

·        La masturbation devient l’une des ´aroyôth

 

Un autre résultat de la conception zôharique de l'éjaculation, est le reclassement de la masturbation dans la catégorie de l'une des relations sexuelles interdites (« ´aroyôth »). Le Zôhar spiritualise l'acte d'éjaculer illicitement du sperme qui n'est pas dans le contexte de rapports procréatifs « normaux » avec un conjoint. Puisque tous ces actes créent de mauvais esprits et des démons, ce sont tous des péchés similaires. Par exemple, dans Zôhar II: 264a, cela est mis sur le même pied d’égalité que la bestialité (zoophilie), les ´aroyôth, etc.

 

·        Aucune voie pour la repentance

 

À plusieurs endroits, le Zôhar fait une déclaration extraordinaire et effrayante, et contrairement à tous les autres péchés, la masturbation serait unique en ce que l'auteur de cet acte se verrait refuser la capacité de se repentir. (Une telle affirmation n’a aucune source antérieure sur laquelle s’appuyer.) Cette conclusion découle de la compréhension qu'a le Zôhar de cet acte. Puisque chaque « semence » devrait être un enfant saint potentiel, quand on a de mauvaises intentions et que l’on déverse de la semence cet enfant serait donc « tué » et à sa place un ange mauvais serait créé. Comment pourrait-il y avoir Ṭashouvoh pour un tel acte ? Dans le Zôhar I: 219b, il est explicitement indiqué que c’est le seul péché pour lequel il n'y aurait pas de Ṭashouvoh disponible. En fait, pour le Zôhar le masturbateur ou celui qui aurait éjaculé ailleurs que dans le vagin est encore pire que celui qui assassine une autre personne, pour laquelle la Ṭashouvoh peut être disponible. Comme il tue ses propres enfants la Ṭashouvoh ne lui est pas accordée ! Le Zôhar utilise ce langage identique dans Zôhar II: 3b pour décrire un avortement, indiquant par-là que le Zôhar assimilait les deux (le déversement de semence et l’avortement). Fait intéressant, c'est la seule référence dans tout le Zôhar à l’avortement.

 

Si cette idée vous semble étonnante, permettez-moi de souligner que le Zôhar fait cette affirmation en plusieurs endroits, y compris en détail dans Zôhar I: 61b-62a. Cependant, dans Zôhar II: 214b, le Zôhar semble affirmer que la Ṭashouvoh est possible, bien qu’il se réfère en réalité au péché de « Paghom Habbarith » (que nous avons vu pour la première fois introduit par Ribbénou Yôséph ban ˋavrohom Jiqatilyoh) qui inclut de nombreux péchés sexuels autres que la masturbation également. Quoi qu'il en soit, le fait demeure qu'en plusieurs endroits le Zôhar a déclaré sans équivoque que la Ṭashouvoh (la repentance) est impossible dans le cas de la masturbation ou déversement de la semence.

 

·        Hôṣoˋath Zara´ devient plus inclusive

 

Tout comme l'idée de « Paghom Habbarith » s’est frayée un chemin dans le Zôhar, il en est de même de l'idée exprimée dans la ˋiggarath Haqqôdhash selon quoi la « Hôṣoˋath Zara´ Labbattoloh » pourrait faire référence à tout type de rapport sexuel qui n'est pas approprié, même s’il s’agit d’un rapport vaginal normal.[2] Si de la semence s’est répandue même dans le cadre de relations « normales », si les intentions n’avaient pas été appropriées ou si la relation s’est faite de manière « inappropriée », des mauvais esprits seraient créés à la place d'un enfant, et on serait coupable d’avoir répandu de la semence.

 

·        Créer de saints anges

 

Cette idée du Zôhar explique une énigme qui était un problème lorsque nous avons expliqué plus tôt l’approche de Ribbénou Ṭam. Si « gaspiller de la semence » est un problème parce qu'un enfant potentiel est en train d'être « détruit », alors comment peut-on autoriser un rapport sexuel avec sa femme lorsqu’il est certain qu'un enfant ne peut en résulter ? Par exemple, comment pourrait-on avoir des relations sexuelles avec sa femme si elle est enceinte ou postménopausée ? Si vous vous en rappelez, Ribbénou Ṭam a expliqué cela en faisant la distinction entre les « rapports sexuels normaux » et les « rapports sexuels anormaux », mais cela n’a pas tout à fait répondu à la question.

 

Cependant, le Zôhar a une explication pratique pour y répondre. Tout comme quand on « déverse de la semence » on crée des démons spirituels que l’on ne peut pas voir, de même quand on a des relations « normales » appropriées avec sa femme on crée de saints anges qui ne peuvent pas être vus. Ainsi, tout rapport sexuel approprié n'est jamais un « gaspillage » car à défaut de résulter en la création d’un enfant il résulte en la création de saints anges.[3]

 

Il y a beaucoup d'autres idées exprimées par le Zôhar sur ce sujet, mais je pense que nous devrions passer à la prochaine étape majeure de l'histoire de l'influence de la Qabboloh sur les lois relatives au déversement de semence. Cette étape est la mise en place du prochain grand mouvement qabbalistique qui a succédé à l’école qabbalistique espagnole, à savoir l’école de la Qabboloh lurianique à Ṣaphoth (Safed).

 

·        Les qabbalistes de Ṣaphoth et la canonisation du Zôhar

 

De manière tragique, peu de temps après la publication du Zôhar, le monde juif a été écrasé par l'horrible tragédie de l'inquisition espagnole et de l'expulsion des Juifs d'Espagne. Parmi les réfugiés Juifs espagnols, certains se sont finalement rendus à Ṣaphoth dans la région de Galilée en Israël. La sagesse des qabbalistes espagnols accompagnait également les réfugiés, en particulier le livre du Zôhar. À Ṣaphoth, l'école connue sous le nom de l’ « école lurianique » allait devenir la force dominante du mysticisme juif jusqu'au mouvement ḥassidique en Europe de l'Est au 18ème siècle. Parmi les personnalités clés de cette école il y avait nul autre que Ribbénou Shalômôh Halléwi ˋalqabbéṣ (1500-1576, l'auteur du célèbre Piyout du « Lakhoh Dhôdhi » chanté depuis lors dans l’écrasante majorité des synagogues le vendredi soir), Ribbénou Môshah de Cordoue (1522-1570, le maître de Ribbénou Yiṣḥoq Louriyoˋ ˋashkanazi et considéré le fondateur de l'école lurianique), Ribbénou Yiṣḥoq Louriyoˋ ˋashkanazi (1534-1572, également connu sous le nom du « ˋariZa’’l » ou simplement « le ˋar’’i », peut-être le plus célèbre des qabbalistes de Ṣaphoth et d’après le nom duquel l'école lurianique a été nommée), et Ribbénou Ḥayyim Witaˋl (1542-1620, le Ṭalmidh le plus important du ˋar’’i, et celui qui a consigné par écrit les enseignements de l'école lurianique de Ṣaphoth).

 

Il n'est pas nécessaire pour nous de plonger profondément en ce moment dans la philosophie et les enseignements de l'école lurianique. En ce qui concerne spécifiquement la question de la masturbation, l'école lurianique a continué à développer les mêmes thèmes de base que nous avons mentionnés plus haut dans notre discussion sur le Zôhar. Cependant, ce que l'école lurianique a accompli, c'est que le Zôhar s'est établi dans le canon juif des textes rabbiniques standards, ce qui n’était pas le cas avant la création de cette école qabbalistique. Les savants de Ṣaphoth sont ceux qui sont parvenus à faire accepter le Zôhar presque universellement dans le monde rabbinique comme une œuvre aux origines aussi anciennes que la Mishnoh et le Ṭalmoudh, alors qu’en réalité le Zôhar n’était qu’un produit de l'Espagne médiévale. C’est depuis lors que toutes les idées zôhariques sur la masturbation et le déversement de semence sont devenues la façon standard de penser et acceptées dans la majorité des mouvements juifs encore aujourd’hui, alors que nous avons démontré à travers les premiers articles sur cette série qu’elles n’ont jamais été soutenues par nos Sages d’antan.

 

Parmi tous les savants célèbres de cette période à Ṣaphoth, le personnage le plus important aux fins de notre enquête est Ribbénou Yôséph Qaˋrô (1488-1575), l'auteur du Béth Yôséph et du Shoulḥon ´oroukh. Ces œuvres halakhiques, peut-être à l'exception du Mishnéh Ṭôroh du Rambo’’m, ont eu plus d'influence sur le développement de la Halokhoh que tout autre ouvrage de l'histoire juive. Ribbénou Yôséph Qaˋrô était également un qabbaliste de renom et a absorbé le système lurianique de la Qabboloh directement de ses « maîtres à Ṣaphoth ».

 

Ribbénou Yôséph Qaˋrô a élevé le Zôhar à un niveau supérieur en l’intégrant directement dans son traitement halakhique du sujet du déversement de semence. Cependant, avant de voir comment, nous devrons quitter l'univers qabbalistique et revenir à l'univers parallèle halakhique que nous avons laissé derrière nous il y a quelques articles. Nous devons retracer la Halokhoh à travers le Rôˋ’’sh, le Tour et ensuite nous verrons alors comment le Béth Yôséph a pris le monde halakhique du Tour et le monde qabbalistique du Zôhar et les a combinés.



[1] Voir, par exemple : Zôhar II :263b.

[2] Voir Zôhar III :90a.

[3] Voir Zôhar III :167b-168a.

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