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mercredi 16 juin 2021
lundi 22 février 2021
Emission de semence en vain - L’influence du christianisme
בס״ד
Emission de semence en vain : Une approche
rationaliste
L’influence du christianisme
Cet article peut être téléchargé ici.
Pour (re)lire :
J'ai évoqué à quelques reprises l'idée
qu'au moins une partie de l'attitude négative halakhique envers la masturbation
était le résultat d'une influence culturelle chrétienne et générale. J'ai
plaidé dans le dernier
article en faveur de l'adoption de l'approche du PMO (Paradigme Maïmonidien
Orignal) sur la masturbation au lieu de l'approche du PSA (Paradigme du Shoulḥon
´oroukh). C’est quelque peu facile et gratifiant de mettre la faute sur les
autres (les chrétiens) et d’exonérer les Juifs.
Mais je suis désolé de dire que dans ce
cas, nous ne pouvons pas blâmer les chrétiens. Du moins pas le développement du
PSA que j'ai décrit en détail auparavant. Le PSA a été fortement influencé par
le Zôhar. Le Zôhar s'impose comme la condamnation la plus sévère de la pratique
de la masturbation dans toute l'histoire religieuse humaine. C'était l'œuvre
religieuse la plus complète, la plus zélée et la plus énergique dans le traitement
du sujet, et le premier texte religieux à en discuter avec autant de détails.
Bien qu'il y ait des références et des
condamnations de la masturbation éparpillées ici et là dans les écrits
chrétiens à partir du deuxième siècle, cela ne semble pas avoir été
particulièrement important pour les chrétiens jusqu'au milieu du 1 8ème
siècle. Il existe des exceptions, comme le pape Léon II (né en 1002, décédé en 1054)
qui a écrit durement à ce sujet, mais cela n'est jamais devenu une référence. Le
monde antique se souciait peu du sujet. La grande obsession du sujet a vraiment
commencé avec la publication d'un tract anonyme appelé « Onania »
en Angleterre vers 1722.
C’est justement à ce moment-là que
l'influence du monde chrétien et du monde universitaire a commencé à se faire
sentir sur le monde juif. Il me semble que l'acceptation généralisée du PSA et
les opinions strictes concernant la masturbation ont été aidées par la forte
rhétorique anti-masturbation qui a envahi le monde chrétien, philosophique et
scientifique à partir du début des années 1700. À partir de cette période, tant
dans le monde protestant que catholique, l'onanisme est devenu synonyme de
masturbation (alors que bibliquement parlant, cela n’a rien à voir comme nous l’avions
démontré) et il est devenu accepté comme un péché terrible. Dans le monde
philosophique, personnalité aussi influente qu'Emmanuel Kant a condamné
fermement la pratique. Dans le monde scientifique, il est devenu admis à cette
époque-là que la masturbation était à la fois le signe d'un trouble mental et
la cause de toutes sortes de maladies physiques. Ce n'est qu'au milieu du 20ème
siècle que ces idées ont commencé à changer, et la masturbation a commencé à
être comprise comme une partie normale du développement sexuel.
La plus forte influence halakhique sur
le judaïsme orthodoxe contemporain d'après la Seconde Guerre mondiale vient des
traditions ḥassidiques de l'Europe de l'Est et du monde non ḥassidique de la Yashivoh
de Lituanie. Ces deux traditions ont commencé et ont été nourries dans une
culture environnante qui pensait que la masturbation était un signe de maladie
mentale, qu'elle était médicalement malsaine et que c'était une abomination et
une perversion pour lesquelles Hashshém a condamné à mort ´ér et ˋônon. Il n'est pas surprenant que les Pôsaqim
et les maîtres du Mousor de l'époque n'aient pas prêté grande attention aux
opinions du R’’i Hazzoqén et d'autres et aient accepté le paradigme du Shoulḥon
´oroukh. C’est en ce sens que l’on parle d’influences chrétiennes et générales.
Un indicateur que tel est le cas, est
que les opinions exprimées par les partisans du PMO n'ont pas disparu
immédiatement lorsque le Shoulḥon ´oroukh les a supprimées. Le PSA a mis un
certain temps à s'implanter. Comme nous le verrons, immédiatement après la
publication du Shoulḥon ´oroukh, de nombreuses autorités rabbiniques se sont
opposées à la négation des opinions du R’’i Hazzoqén, du Ṭôsophôth Ri’’d et du
Rambo’’m.
Il est logique qu'il n'ait pas été
facile pour le Shoulḥon ´oroukh de supprimer l'opposition en omettant le R’’i Hazzoqén.
Cette opinion représentait la position traditionnelle conforme au Ṭalmoudh, et
non une opinion isolée. De nombreuses autorités halakhiques parmi les Riˋshônim (autorités halakhiques qui se sont succédées à
partir de +/- l’an 1100 jusqu’à 1550) et les premiers ˋaḥarônim (autorités halakhiques qui se sont
succédées à partir de +/- 1550 jusqu’à 1800) ont soutenu l'opinion du R’’i Hazzoqén.
En voici quelques-uns : Ribbénou Môrdokhay ban Hillél Hakkôhén (Allemagne,
1250-1298, connu sous le nom du « Môrdokhay »)[1] ;
Ribbénou Baṣalˋél
ban ˋavrohom
ˋashkanazi (Israël,
1520-1592)[2] ;
Ribbénou ˋoshér ban
Yaḥiˋél (« Le
Roˋ’’sh » Allemagne puis Espagne, 1250-1327)[3] ;
Ribbénou Méˋir Hakkôhén
de Rothenburg (Allemagne, fin du 13ème siècle)[4] ;
Ribbénou Yasha´yohou DiTrani « le plus jeune » (Italie fin
13ème - début du 14ème siècle)[5] ;
Ribbénou Shalômôh Louriyoˋ (Pologne 1510-1573, « Le Maharsha’’l)[6] ;
Rov ˋavrohom
Ḥayyim Shour (Belz, Pologne fin 16ème, début du 17ème
siècle)[7].
Tout ce qui précède et bien d’autres au moins soutiennent l’opinion du R’’i Hazzoqén
comme une alternative viable à l’interdiction stricte de « répandre de
la semence ».
C'est pour cette raison que le
commentaire important sur le Shoulḥon ´oroukh, le Béth Shamouˋél (fin du 17ème siècle) nuance
immédiatement la déclaration du Shoulḥon ´oroukh selon laquelle la masturbation
serait le péché « le plus grave de la Ṭôroh » en disant que le
Shoulḥon ´oroukh ne pensait pas vraiment ce qu’il a dit. (À mon humble avis, le
Shoulḥon ´oroukh le pensait clairement, puisqu’il a trouvé dans le Zôhar à quel
point ce « péché » était grave.)
Malgré cette opposition solide et
robuste au PSA, dans les siècles qui ont suivi la publication du Shoulḥon ´oroukh,
le PSA est finalement devenu le paradigme prédominant. Le PMO est retourné dans
le passé presque comme s’il n'avait jamais existé. Au fur et à mesure que la
communauté juive européenne (au moins d'Europe de l'Est) se développa en
branches ḥassidiques et « lituaniennes » avant la Seconde Guerre
mondiale, le PSA devint fermement ancré. Je crois que c'était en grande partie
parce que la même chose se passait dans le monde extérieur. Pourquoi le monde
juif ignorerait-il presque complètement une tradition majeure de la société
générale et l'échangerait contre une autre ? De toute évidence, la pensée
chrétienne, philosophique et médicale de l'époque concernant les « horreurs »
de la masturbation dominaient la communauté juive de la même manière qu'elle
dominait la pensée occidentale en général.
Donc, en conclusion, je ne crois pas que
nous puissions blâmer « les autres » d'avoir imposé cette rigueur au
judaïsme. Nous l’avions fait nous-mêmes en premier. Cependant, le fait que ce
soit devenu le paradigme halakhique prédominant a été presque certainement
fortement influencé par des facteurs extérieurs.
Le seul aspect positif auquel je puisse
penser, c'est que peut-être l'inverse pourrait être vrai. Si l'aversion de la
société générale pour la masturbation a contribué à nous pousser vers une
attitude halakhique stricte, peut-être que la reconnaissance par la science
moderne que la masturbation occasionnelle est normale peut nous ramener au
paradigme halakhique original qui acceptait aussi en effet que cela est vrai.
Peut-être. Peut-être. Avec l'aide de Hashshém et avec le bon sens et la force
des sources de la Ṭôroh que j'ai citées dans cette série d’articles, cela peut
peut-être fonctionner.
Merci d'avoir lu mes dix-sept articles
sur ce sujet, je pense que je peux maintenant passer à d'autres tout aussi
importants.
dimanche 7 février 2021
Emission de semence en vain - L’impact psychologique des deux approches
בס״ד
Emission de semence en vain : Une approche
rationaliste
L’impact psychologique des deux approches
Cet article peut être téléchargé ici.
Pour (re)lire :
Je pense que ce que
j'ai développé jusqu'à présent dans tous les articles précédents, ce sont deux
concepts très différents concernant la masturbation masculine et comment cette
activité devrait être traitée par un juif qui souhaite observer la Halokhoh.
Notre analyse halakhique jusqu'à présent est suffisante pour faire ressortir le
point de base auquel j'ai essayé d'arriver dans ce blog.
Grâce à tout cela
nous allons pouvoir explorer les effets potentiels négatifs que l'idée fausse
du « péché » de « répandre la semence » peut avoir
sur le développement sexuel et les relations conjugales dans le milieu
orthodoxe, et principalement Ḥarédhi. J’ai pu avoir divers
témoignages dans le milieu orthodoxes qui m’ont montré l’utilité de tous les
articles précédents et m’ont encouragé à poursuivre.
Les deux approches
halakhiques différentes que nous avons développées auront un impact
significativement différent sur la santé sexuelle et psychologique de la
société juive orthodoxe.
Le paradigme
halakhique qui domine la compréhension générale de la plupart des Juifs orthodoxes
est celui établi par le Shoulḥon ´oroukh. Nous venons de terminer de décrire
comment cela s'est développé dans la série d’articles précédents. Permettez-moi
de résumer les principes de base de ce paradigme, que l’on va appeler « Paradigme
Shoulḥon ´oroukh » (PSO).
Le PSO postule que
toute éjaculation en dehors des rapports vaginaux dans le contexte du mariage
est un péché. Le PSO soutient que c'était là le péché de ´ér et ˋônon qui a abouti à leur mort. Le PSO soutient que
c'était le péché du déluge qui a entraîné la destruction de presque toute la
vie sur la planète. Le PSO soutient que l'éjaculation extra-vaginale produit
des démons qui provoquent l'individu dans le monde à venir. Le PSO enseigne que
l'éjaculation extra-vaginale s'apparente au meurtre et est incluse dans les Dix
Commandements. Le PSO n'autorise aucune autre forme d'activité sexuelle entre
mari et femme autre que les relations vaginales.
Il serait impossible
de surestimer les effets négatifs de ces idées sur la santé sexuelle et
psychologique du public orthodoxe. Concentrons-nous d'abord sur le jeune homme
célibataire et sur ce que cela peut faire pour sa santé psychologique. Imaginez
la culpabilité d'un jeune homme qui se masturbe occasionnellement. S'il est
capable d'ouvrir un Shoulḥon ´oroukh et de lire, s'il est éduqué à la Yashivoh,
la culpabilité écrasante qu’il va ressentir peut être terrible. Les expériences
et les désirs normaux d'un homme adolescent (ou même d'un homme adulte mature)
sont soudainement devenus la source du « pire péché de la Ṭôroh ».
Essayez ensuite
d'imaginer le nombre de chemins destructeurs que cela peut amener à emprunter.
La culpabilité peut dans certains cas conduire à un sentiment de désespoir. « Si
je ne peux pas lutter contre ces pulsions, je ne peux pas être qualifié de juif
pratiquant, et pourquoi alors me préoccuper du reste des Miṣwôth ? »
Une telle personne pourrait être conduite dans une rébellion très déprimée
contre son héritage, car il se définit à cause de la dureté du Shoulḥon ´oroukh
comme un Juif raté. Alternativement, cela pourrait conduire à une rébellion
ouverte. « La Ṭôroh doit être absurde si elle interdit un comportement
naturel normal et inoffensif ». « Si on estime que j’ai commis
le pire péché de la Ṭôroh, à quoi me sert-il donc d’être pratiquant ? »
« Si la Ṭôroh l'interdit, alors que c’est naturel, peut-être que toutes
les lois de la Ṭôroh pourraient aussi être absurdes ». Je vous assure
que j’ai déjà rencontré beaucoup de tels jeunes orthodoxes ayant eu ce
raisonnement, mais n’osent pas l’exprimer dans leurs milieux. Il n’est pas
étonnant de voir que le nombre de « frum de naissance » qui
quittent leurs milieux est croissant. Parmi ces jeunes hommes qui ne veulent
pas quitter le mode de vie de la Ṭôroh, imaginez la dissonance cognitive qu'un
tel problème peut provoquer ? La honte, la dépression, la confusion et le
désespoir peuvent être accablants.
Maintenant, suivons
ce jeune homme dans sa vie. On lui apprend qu'il a besoin d'une femme pour
éviter ce péché, pour que son envie naturelle d'avoir des relations sexuelles
et de faire l'expérience de l'éjaculation puisse avoir un « débouché Koshér ».
De nombreuses questions vont surgir : Cherche-t-il le mariage pour avoir
une relation épanouissante avec un autre être humain ? En ce qui concerne
l'aspect sexuel important de cette relation, est-il entendu que son but n'est
pas seulement de s'aider lui-même ? Se rend-il compte que sa femme est une
personne d'égale importance qui mérite d'avoir une relation sexuelle
satisfaisante autant que lui ? Reconnaît-il que la Ṭôroh l'oblige à la
rendre heureuse sexuellement, et que sa femme est bien plus qu'un simple « réceptacle »
pour que son éjaculation soit désormais considérée comme « Koshér » ?
Comprenez-vous donc les problèmes supplémentaires que vous créez lorsque vous dîtes
à un jeune homme que le seul moyen d’éviter ce « péché » est
de se marier ? S’il se marie dans cette optique-là, sa relation de mariage
sera purement égoïste et il risque en réalité ni d’être heureux ni de rendre
heureuse sa femme !
Et la jeune femme ?
A-t-elle été mise au courant qu'elle doit se rendre disponible pour lui juste
pour LE sauver du péché ? Qu’en sera-t-il alors du propre plaisir de cette
femme ? Devrait-elle accepter d’endurer la peine, le chagrin, le sentiment
de ne pas être aimée et l'inconfort juste pour LE sauver ? Aura-t-elle le
droit de dire « non » ou « pas maintenant »,
puisqu’elle ne s’est mariée à lui que pour qu’elle serve de « réceptacle »
pour une éjaculation « Koshér » ? Apprendra-t-elle un
jour ce qu'une relation sexuelle est censée être ? Il y a tant à écrire,
tant à penser. Je me contenterai de ces quelques questions pour vous faire
réfléchir.
A présent, revenons
un peu dans le temps halakhique. Revenons aux jours précédant l'arrivée du Zôhar
sur la scène halakhique, aux jours de ce que j'appellerai le Paradigme Maïmonidien
Original (le PMO).
Le PMO postule qu'il
ne faut pas alimenter délibérément ses désirs sexuels car cela peut conduire à
l'immoralité. Le PMO enseigne que le péché de ´ér et ˋônon était qu'ils s'étaient délibérément engagés dans
une relation sexuelle dans le but exprès d'éviter la procréation, Ṭomor était
un jouet sexuel pour eux, pour le plaisir seulement. C'est pourquoi ils ont été
mis à mort par Hashshém. Le PMO enseigne que tant qu'une personne est engagée
dans une activité sexuelle dans une relation appropriée, il n'y a pas de péché
de « répandre de la semence », et tout type d'activité
sexuelle est acceptable. Le PMO recommande également le mariage précoce, mais
pas pour empêcher la masturbation, mais plutôt pour prévenir le risque de
promiscuité et d'autres péchés sexuels. Le PMO utilise explicitement la
compréhension médicale de l’époque pour ne recommander que des éjaculations peu
fréquentes. Le PMO s'appuie également explicitement sur les idées médicales de
l’époque pour néanmoins recommander des éjaculations régulières, mais pas
excessives, pour éviter ce que l'on croyait être l'accumulation de facteurs
négatifs lorsque l'on n'éjacule pas assez souvent. Selon le PMO, il n'y a pas
de péché de masturbation pour un homme célibataire, le seul souci est de
nourrir délibérément le désir sexuel pour la raison énoncée ci-dessus.
Tout comme il était
impossible de surestimer les effets négatifs de l'acceptation générale du PSO,
il est également impossible de surestimer les effets positifs de l'adoption du
PMO.
Grâce au PMO, notre
jeune homme hypothétique comprend qu'il s'agit d'un processus naturel et que
l'éjaculation occasionnelle est tout à fait normale, voire saine. Il comprend
maintenant que le problème est de s'engager dans des pratiques qui mènent à des
activités sexuellement malsaines, et non le « déversement de semence »
en lui-même. Grâce au PMO, il comprend que parmi les activités malsaines à
éviter à tout prix il y a le fait de recourir à la pornographie trop facilement
disponible aujourd’hui, car la pornographie peut conduire à des idées malsaines
et dangereuses sur le sexe et les relations homme-femme. De l’autre côté, grâce
au PMO, il comprend qu’une exposition normale à des membres du sexe féminin,
qui peut parfois conduire à des pensées sexuelles, est tout à fait normale tant
que de telles rencontres sociales mèneront un jour à une relation saine et sûre
appropriée.
Lorsqu'il s'agit de
mariage, il peut apprendre que toute pratique sexuelle est tout à fait normale
et qu'il doit faire tout ce que lui et sa femme trouvent satisfaisant et
agréable. Il apprendra également qu'une femme doit être respectée en tant que
partenaire, pas en tant qu'être purement sexuel comme ´ér et ˋônon ont traité Ṭomor. Grâce au PMO, il comprend que
sa femme est là pour bien plus que son plaisir sexuel ; elle est là pour
construire une vie et une famille avec lui. Cela inclut la Miṣwoh de procréer.
La jeune femme ne
sera pas là pour « le sauver du péché ». S'il a besoin d’être « sauvé »
et qu'elle n'est pas d'humeur, pour une raison quelconque, il peut soit se
retenir et être respectueux, soit s'engager avec elle dans d'autres activités
qui n'incluent pas une pénétration indésirable de son corps, même si cela signifie
qu'il va éjaculer par voie extra-vaginale.
De plus, maintenant
que nous savons qu'il n'y a rien de malsain dans la masturbation occasionnelle,
les objections liées à la santé soulevées par le Rambo’’m n'existeraient plus.
Le Rambo’’m lui-même, c'est bien connu, a omis de son code halakhique l’ « interdiction »
de manger du poisson et de la viande ensemble. C'était parce qu'il comprenait
que c'était une recommandation sanitaire des rabbins du Ṭalmoudh basée sur une
erreur. Puisque le Rambo’’m ne considérait pas cela comme un véritable problème
de santé, ce n'est pas la Halokhoh. Le Rambo’’m, je dirais, serait
probablement cohérent et aurait une approche complètement différente, car la
compréhension de la santé de la masturbation a radicalement changé et s’est
affinée pour être plus précise.
La suggestion qu'il
existe des tortionnaires démoniaques créés chaque fois que quelqu'un se
masturbe aurait semblé à la fois stupide et pire, même blasphématoire pour le
Rambo’’m.
Nous venons de
résoudre un dilemme majeur. Revenons à l'essentiel. Permettez-moi d'adapter une
phrase halakhique commune à notre situation : le Ṭalmoudh, le Rambo’’m, Ribbénou
Yiṣḥoq Hazzoqén, et Ribbénou Yasha´yohou Di Trani sont des autorités
halakhiques sur lesquels nous devons nous appuyer sur ces questions de la
masturbation et des relations sexuelles dans le couple.
Construisons sur le
PMO, le paradigme maïmonidien original. Nous pouvons utiliser le PMO comme base
pour construire une sexualité saine parmi nos jeunes, nos familles et nos
couples. Les gens doivent apprendre à éviter l'immoralité sexuelle,
l'exploitation sexuelle, les abus sexuels et le stress sexuel malsain qui
s'accumule dans les familles dysfonctionnelles, malheureusement très très très
nombreuses dans la communauté orthodoxe. Au lieu de cela, nous devrions
enseigner à quoi ressemble une sexualité saine et comment y parvenir.
Je voudrais
cependant injecter quelques idées kabbalistiques dans le PMO. Toutefois, cela
aura l'effet inverse de celles injectées par le Zohar et qui ont contribué à bâtir
le Paradigme Shoulḥon ´oroukh. Le Rambo’’m avait une aversion philosophique
pour le sexe en général. Il le considérait comme une activité basse, à peu près
la forme la plus basse du comportement humain. En cela, il suivait la
philosophie de son mentor Aristote. Si vous vous souvenez, nous avons mentionné
la ˋiggarath
Haqqôdhash dans notre discussion passée sur les kabbalistes espagnols. La ˋiggarath Haqqôdhash a répondu au Rambo’’m que l'acte
sexuel n'est pas du tout un acte bas. C'est plutôt un acte saint et beau entre
deux êtres humains, tant qu'il y a des intentions appropriées. Si nous
injectons cette idée dans le développement du PMO, nous constaterons que tout
acte entre deux êtres humains aimants, dans le contexte d'une relation engagée
et aimante fondée sur des idées et des principes appropriés, est une chose
belle et sainte. Il doit être célébré et encouragé, quel que soit l'endroit où
le sperme se répand.
Dans les prochains
articles, je veux écrire un peu plus sur certaines des raisons pour lesquelles
le PSO est devenu dominant. Je pense que nous devons discuter aussi des
influences étrangères, des influences de la science contemporaine, etc. avant
de quitter ce sujet et de passer à autre chose.
vendredi 1 janvier 2021
Emission de semence en vain - Le Zôhar & la Qabboloh lurianique
בס״ד
Emission de semence en vain : Une approche
rationaliste
Le Zôhar & la Qabboloh lurianique
Cet article peut être téléchargé ici.
Pour (re)lire :
L'influence du Zôhar
sur l'attitude future de la pensée religieuse juive à l'égard de la
masturbation serait impossible à surestimer. J'ai eu du mal pendant un moment à
essayer de décider comment présenter ce matériel dans un article de blog, car
le Zôhar consacre une immense attention à ce sujet. J'ai décidé de résumer
brièvement les concepts de base trouvés dans le Zôhar et j'ai cité les sources
pour ceux qui veulent faire plus de recherche par eux-mêmes. Traduire et citer
chaque idée en auraient fait un article trop long et ennuyeux à lire.
Les enseignements du
Zôhar sur le sujet du déversement de semence doivent être compris comme un
résultat direct de la façon dont le Zôhar considère la procréation en général.
Plus important encore, ils sont basés sur la manière dont les qabbalistes
expliquaient les origines du sperme et le processus par lequel une nouvelle âme
venait du monde spirituel dans le monde physique. Je vous recommande de relire
mon résumé du Séphar Habbahir dans l’article précédent. Tout le reste en découle.
·
Aucune semence n’est un « gaspillage »
L'un des aspects les
plus intéressants de l'approche du Zôhar est peut-être le rejet par le Zôhar de l'idée que la masturbation est
interdite en raison du « gaspillage de semence ».
Le Zôhar attache une importance si intense à l'acte de la procréation, qu'il serait
impossible de supposer que lorsque l'on éjacule, il ne se passe rien
d'important ; puisque la semence est dotée d'une âme, elle ne peut pas
être simplement gaspillée. Le Zôhar introduit plutôt un concept entièrement
différent. Quand on éjacule dans le contexte de
rapports vaginaux normaux avec son conjoint, l'âme dont sa semence est dotée
est sainte et s’implante dans sa femme pour se développer en un enfant saint.
Cependant, le Zôhar enseigne que lorsque quelqu'un
se masturbe ou a toute autre sorte de rapport sexuel interdit, l'
« âme » présente dans son sperme est un mauvais esprit.
Bien que ces mauvais esprits ne soient pas visibles à l'œil nu, ils sont véritablement
créés, d’après le Zôhar, et ils accompagnent cette
personne tout au long de sa vie et même après sa mort. Cela a de
nombreuses ramifications importantes dont nous allons discuter.
·
Les mauvais esprits hantent leur « créateur »
Le Zôhar décrit en
plusieurs endroits les châtiments en réserve pour celui qui éjacule dans
n'importe quel contexte autre que les rapports « normaux » avec son
épouse.[1]
Ces mauvais anges deviennent ses bourreaux et ils le hanteront pour toujours. Ainsi, l'acte d'éjaculation crée toujours un être spirituel,
cela dépend juste de l'individu si ce sera un être saint ou un être mauvais.
Notez à quel point
c'est différent du terme que Rash’’i avait utilisé et que nous avions cité plus
tôt. Rash’’i avait écrit que « gaspiller de la semence » qui
aurait pu être un enfant est destructeur parce qu’elle est « gaspillée ».
Cela sonne comme un être humain potentiel qui a été perdu, mais rien d'autre
n'a été créé à sa place. Cependant, le Zôhar va plus loin et est davantage
préoccupé par les créations perverses que la semence renversée serait
responsable de créer.
·
La masturbation devient l’une des ´aroyôth
Un
autre résultat de la conception zôharique de l'éjaculation, est le reclassement
de la masturbation dans la catégorie de l'une des relations sexuelles
interdites (« ´aroyôth »).
Le Zôhar spiritualise l'acte d'éjaculer illicitement du sperme qui n'est pas
dans le contexte de rapports procréatifs « normaux » avec un
conjoint. Puisque tous ces actes créent de mauvais esprits et des démons, ce
sont tous des péchés similaires. Par exemple, dans Zôhar II: 264a, cela
est mis sur le même pied d’égalité que la bestialité (zoophilie), les ´aroyôth,
etc.
·
Aucune voie pour la repentance
À plusieurs
endroits, le Zôhar fait une déclaration extraordinaire et effrayante, et contrairement à tous les autres péchés, la masturbation serait
unique en ce que l'auteur de cet acte se verrait refuser la capacité de se
repentir. (Une telle affirmation n’a aucune source antérieure sur
laquelle s’appuyer.) Cette conclusion découle de la compréhension qu'a le Zôhar
de cet acte. Puisque chaque « semence »
devrait être un enfant saint potentiel, quand on a de mauvaises intentions et que
l’on déverse de la semence cet enfant serait donc « tué » et à
sa place un ange mauvais serait créé. Comment pourrait-il y avoir Ṭashouvoh
pour un tel acte ? Dans le Zôhar I: 219b, il est explicitement indiqué que c’est le seul péché pour
lequel il n'y aurait pas de Ṭashouvoh disponible. En fait,
pour le Zôhar le masturbateur ou celui qui aurait
éjaculé ailleurs que dans le vagin est encore pire que celui qui assassine une
autre personne, pour laquelle la Ṭashouvoh peut être disponible.
Comme il tue ses propres enfants la Ṭashouvoh ne lui est pas
accordée ! Le Zôhar utilise ce langage identique dans Zôhar II: 3b
pour décrire un avortement, indiquant par-là que le Zôhar assimilait les deux
(le déversement de semence et l’avortement). Fait intéressant, c'est la seule
référence dans tout le Zôhar à l’avortement.
Si cette idée vous
semble étonnante, permettez-moi de souligner que le Zôhar fait cette
affirmation en plusieurs endroits, y compris en détail dans Zôhar I: 61b-62a.
Cependant, dans Zôhar II: 214b, le Zôhar semble affirmer que la Ṭashouvoh
est possible, bien qu’il se réfère en réalité au péché de « Paghom
Habbarith » (que nous avons vu pour la première fois
introduit par Ribbénou Yôséph ban ˋavrohom Jiqatilyoh) qui inclut de nombreux péchés
sexuels autres que la masturbation également. Quoi qu'il en soit, le fait
demeure qu'en plusieurs endroits le Zôhar a déclaré sans équivoque que la Ṭashouvoh
(la repentance) est impossible dans le cas de la masturbation ou déversement de
la semence.
·
Hôṣoˋath Zara´ devient plus inclusive
Tout comme l'idée de
« Paghom Habbarith » s’est frayée un
chemin dans le Zôhar, il en est de même de l'idée exprimée dans la ˋiggarath Haqqôdhash selon quoi la « Hôṣoˋath Zara´ Labbattoloh » pourrait faire référence à tout type de
rapport sexuel qui n'est pas approprié, même s’il s’agit d’un rapport vaginal
normal.[2]
Si de la semence s’est répandue même dans le cadre
de relations « normales », si les intentions n’avaient pas été appropriées
ou si la relation s’est faite de manière « inappropriée », des
mauvais esprits seraient créés à la place d'un enfant, et on serait coupable d’avoir
répandu de la semence.
·
Créer de saints anges
Cette idée du Zôhar
explique une énigme qui était un problème lorsque nous avons expliqué plus tôt l’approche
de Ribbénou Ṭam. Si « gaspiller de la semence » est un
problème parce qu'un enfant potentiel est en train d'être « détruit »,
alors comment peut-on autoriser un rapport sexuel avec sa femme lorsqu’il est
certain qu'un enfant ne peut en résulter ? Par exemple, comment
pourrait-on avoir des relations sexuelles avec sa femme si elle est enceinte ou
postménopausée ? Si vous vous en rappelez, Ribbénou Ṭam a expliqué cela en
faisant la distinction entre les « rapports sexuels normaux »
et les « rapports sexuels anormaux », mais cela n’a pas tout à
fait répondu à la question.
Cependant, le Zôhar
a une explication pratique pour y répondre. Tout comme quand on « déverse
de la semence » on crée des démons spirituels que l’on ne peut pas
voir, de même quand on a des relations « normales »
appropriées avec sa femme on crée de saints anges qui ne peuvent pas être vus. Ainsi, tout rapport sexuel approprié n'est jamais un « gaspillage »
car à défaut de résulter en la création d’un enfant il résulte en la création
de saints anges.[3]
Il y a beaucoup d'autres
idées exprimées par le Zôhar sur ce sujet, mais je pense que nous devrions
passer à la prochaine étape majeure de l'histoire de l'influence de la Qabboloh
sur les lois relatives au déversement de semence. Cette étape est la mise en place
du prochain grand mouvement qabbalistique qui a succédé à l’école qabbalistique
espagnole, à savoir l’école de la Qabboloh lurianique à Ṣaphoth
(Safed).
·
Les qabbalistes de Ṣaphoth et la canonisation du Zôhar
De manière tragique,
peu de temps après la publication du Zôhar, le monde juif a été écrasé par
l'horrible tragédie de l'inquisition espagnole et de l'expulsion des Juifs
d'Espagne. Parmi les réfugiés Juifs espagnols, certains se sont finalement
rendus à Ṣaphoth dans la région de Galilée en Israël. La sagesse des
qabbalistes espagnols accompagnait également les réfugiés, en particulier le
livre du Zôhar. À Ṣaphoth, l'école connue sous le nom de l’ « école
lurianique » allait devenir la force dominante du mysticisme juif
jusqu'au mouvement ḥassidique en Europe de l'Est au 18ème siècle.
Parmi les personnalités clés de cette école il y avait nul autre que Ribbénou Shalômôh
Halléwi ˋalqabbéṣ
(1500-1576, l'auteur du célèbre Piyout du « Lakhoh Dhôdhi »
chanté depuis lors dans l’écrasante majorité des synagogues le vendredi soir), Ribbénou
Môshah de Cordoue (1522-1570, le maître de Ribbénou Yiṣḥoq Louriyoˋ
ˋashkanazi et considéré le
fondateur de l'école lurianique), Ribbénou Yiṣḥoq Louriyoˋ
ˋashkanazi (1534-1572,
également connu sous le nom du « ˋariZa’’l »
ou simplement « le ˋar’’i », peut-être le plus célèbre des qabbalistes de Ṣaphoth
et d’après le nom duquel l'école lurianique a été nommée), et Ribbénou Ḥayyim Witaˋl (1542-1620, le Ṭalmidh le plus important du ˋar’’i, et
celui qui a consigné par écrit les enseignements de l'école lurianique de Ṣaphoth).
Il n'est pas
nécessaire pour nous de plonger profondément en ce moment dans la philosophie
et les enseignements de l'école lurianique. En ce qui concerne spécifiquement
la question de la masturbation, l'école lurianique a continué à développer les
mêmes thèmes de base que nous avons mentionnés plus haut dans notre discussion
sur le Zôhar. Cependant, ce que l'école lurianique a accompli, c'est que le Zôhar
s'est établi dans le canon juif des textes rabbiniques standards, ce qui
n’était pas le cas avant la création de cette école qabbalistique. Les savants
de Ṣaphoth sont ceux qui sont parvenus à faire accepter le Zôhar
presque universellement dans le monde rabbinique comme une œuvre aux origines
aussi anciennes que la Mishnoh et le Ṭalmoudh, alors qu’en réalité le Zôhar n’était
qu’un produit de l'Espagne médiévale. C’est depuis lors que toutes les idées
zôhariques sur la masturbation et le déversement de semence sont devenues la
façon standard de penser et acceptées dans la majorité des mouvements juifs
encore aujourd’hui, alors que nous avons démontré à travers les premiers
articles sur cette série qu’elles n’ont jamais été soutenues par nos Sages
d’antan.
Parmi tous les
savants célèbres de cette période à Ṣaphoth, le personnage le plus
important aux fins de notre enquête est Ribbénou Yôséph Qaˋrô (1488-1575), l'auteur du Béth Yôséph et du Shoulḥon
´oroukh. Ces œuvres halakhiques, peut-être à l'exception du Mishnéh Ṭôroh du
Rambo’’m, ont eu plus d'influence sur le développement de la Halokhoh
que tout autre ouvrage de l'histoire juive. Ribbénou Yôséph Qaˋrô était également un qabbaliste de renom et a absorbé
le système lurianique de la Qabboloh directement de ses « maîtres à Ṣaphoth ».
Ribbénou Yôséph Qaˋrô a élevé le Zôhar à un niveau supérieur en
l’intégrant directement dans son traitement halakhique du sujet du déversement
de semence. Cependant, avant de voir comment, nous devrons quitter l'univers qabbalistique
et revenir à l'univers parallèle halakhique que nous avons laissé derrière nous
il y a quelques articles. Nous devons retracer la Halokhoh à travers
le Rôˋ’’sh,
le Tour et ensuite nous verrons alors comment le Béth Yôséph a pris le monde
halakhique du Tour et le monde qabbalistique du Zôhar et les a combinés.
