mardi 7 avril 2015

Mettre ou ne pas mettre les Tafillin à Shabboth, Yôm Tôv et durant Hôl Hammô´édh

ב״ה

Mettre ou ne pas mettre les Tafillin à Shabboth, Yôm Tôv et durant Hôl Hammô´édh


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Nous savons tous qu'à Shabboth et Yôm Tôv, nous ne mettons pas les Tafillin. Mais combien d'entre nous connaissons réellement la raison et l'origine de cette règle ?

Le Makhilto` la déduit du verset suivant1 :

Et tu garderas ce décret en son temps, Miyomim Yomimoh.
וְשָׁמַרְתָּ אֶת-הַחֻקָּה הַזֹּאת, לְמוֹעֲדָהּ, מִיָּמִים, יָמִימָה

Et il explique de la façon suivante l'expression מִיָּמִים, יָמִימָה « Miyomim Yomimoh » :

[Cela signifie qu']il y a des jours où tu mets [les Tafillin] et des jours où tu ne [les] mets pas. Ceci exclut les Shabbothôth et les Yomim Tôvim. Rébbi Yishoq a dit : « Puisque Shabboth est appelé un `ôth2 et que les Tafillin sont appelées `ôth, tu ne dois pas placer un `ôth à l'intérieur d'un [autre] `ôth ».
יש ימים נותן ויש ימים שאין אתה נותן יצאו שבתות וימים טובים. רבי יצהק אומר האויל ושבת קרויה אות. ותפלין קרויין אות. לא יתן אות בתוך אות

Ainsi, d'après le Makhilto`, nous ne mettons pas les Tafillin à Shabboth et Yôm Tôv parce que ces jours-là sont eux-mêmes déjà des signes de notre relation avec HaShem. De ce fait, un autre signe n'est pas nécessaire ces jours-là. Le terme « signe » se comprend ici dans le sens des Miswôth particulières attachées à ces jours qui nous rappellent notre alliance et relation avec HaShem. Rien que nous trouver à Shabboth ou Yôm Tôv et nous abstenir des Malo`khôth interdites suffit en soi, et aucun autre signe ou rappel n'est nécessaire.

Mais alors, comment cela se fait-il que certaines personnes mettent les Tafillin durant Hôl Hammô´édh, tandis que d'autres ne les mettent pas ? Comme nous l'avons vu dans l'article intitulé « Mettre ou ne pas mettre les Tafillin durant Hôl Hammô´édh ? », certains disent que Hôl Hammô´édh est aussi un `ôth, tout comme Yôm Tôv. En effet, tout comme il ne nous est pas permis de consommer du Homés le premier et le dernier jour de Pésah, cela ne nous est pas permis non plus durant Hôl Hammô´édh Pésah. Le `ôth de Hôl Hammô´édh Pésah est donc le fait de s'abstenir de consommer et posséder du Homés, comme à Yôm Tôv Pésah. Et tout comme nous avons une obligation de nous asseoir sous la Soukkoh le premier et le dernier jour de Soukkôth, nous en avons également l'obligation durant Hôl Hammô´édh Soukkôth. Le `ôth de Hôl Hammô´édh Soukkôth est donc l'obligation de nous asseoir sous la Soukkoh, comme à Yôm Tôv Soukkôth.

Mais d'autres disent que la Masékhéth Mô´édh Qoton, aussi bien dans la Mishnoh que dans la Gamoro`, et aussi bien dans le Talmoudh Bavli que dans le Talmoudh Yarousholmi, sous-entend clairement que nous devons mettre les Tafillin durant Hôl Hammô´édh, parce qu'il est dit que l'on peut rédiger ses propres parchemins de Tafillin durant Hôl Hammô´édh. Or, étant donné qu'écrire est interdit durant Hôl Hammô´édh, cela n'aurait pas été permis si le fait de porter des Tafillin durant Hôl Hammô´édh n'était pas une Miswoh !

À la lumière de cette divergence d'opinion, que nous avons expliqué en détails dans l'article susmentionné, une question toute naturelle se pose : si nous avons une Tôroh Écrite et Orale fiable, ainsi qu'une chaîne de transmission de la tradition, comment se fait-il que l'on ne sache pas s'il faille mettre ou pas les Tafillin durant Hôl Hammô´édh ? Chaque génération ne pouvait-elle voir et savoir si les gens de la génération précédente mettaient ou pas les Tafillin durant Hôl Hammô´édh ? Môshah Rabbénou ע״ה et Yahôshoua´ bin Noun ע״ה, qui sont les premiers maillons de la chaîne de transmission de la tradition, mettaient-ils ou pas les Tafillin durant Hôl Hammô´édh ?

Vous pourriez être tentés de répondre en disant, comme l'ont fait les Tôsofôth3 ז״ל, qu'il y a certainement eu de longues périodes de temps où personne ne portait les Tafillin. Le raisonnement de cet argument est que s'il y a eu de longues périodes de temps où aucun des Talmidhé Hakhomim n'a accompli une certaine Miswoh, cela pourrait expliquer comment la confusion est née sur cette question. Mais ce n'est pas une réponse satisfaisante pour ce problème, parce qu'il n'existe aucune époque connue où tous les Talmidhé Hakhomim, partout dans le monde entier, négligèrent la Miswoh des Tafillin.

Vous pourriez également être tentés de dire que cette confusion doit être née du temps où les Syro-Grecs, durant la période qui mena aux événements de Hanoukkoh, imposèrent de graves décrets sur les Israélites, leur interdisant de pratiquer les Miswôth. Mais là encore, ce n'est pas une réponse satisfaisante, parce que la majorité des Israélites et Talmidhé Hakhomim de cette époque-là vivaient à Bovél, où de tels décrets n'existaient pas et où les Israélites étaient donc libres de pratiquer les Miswôth comme celle des Tafillin. Par conséquent, cette hypothèse ne peut pas expliquer comment est-ce qu'il a pu être possible d'oublier s'il fallait mettre ou pas les Tafillin durant Hôl Hammô´édh.

Une autre approche consisterait à citer le Sama''g ז״ל, qui se plaignait du fait que certaines communautés de son époque refusaient tout simplement de mettre les Tafillin, et ce n'importe quel jour de l'année. Leur pratique était basée sur la Halokhoh qui impose que celui qui met les Tafillin doit avoir un corps et un esprit propre. Et comme ces communautés estimaient qu'il n'était pas possible d'avoir constamment son corps et son esprit propre, elles ne mettaient tout simplement jamais les Tafillin. Peut-être que l'abandon de la Miswoh des Tafillin causa une confusion par la suite quant à savoir s'il fallait ou pas les mettre durant Hôl Hammô´édh une fois que la Miswoh des Tafillin fut à nouveau pratiquée. Mais cette hypothèse n'est pas satisfaisante non plus, car ce problème ne concernait que certaines communautés de son époque. Le Sama''g lui-même, les gens de sa propre communauté, ainsi que les autres Ba´alé Tôsofôth de son temps, n'ont jamais négligé la Miswoh des Tafillin. Donc, cette hypothèse ne répond pas à nos interrogations.

En réalité, les réponses à nos questions sont bien plus simples qu'on ne le pense. Nous voyons à travers plusieurs Mishnoyôth, Gamorôth et Tashouvôth que dès le départ, les Talmidhé Hakhomim mettaient les Tafillin certains jours, tandis qu'à d'autres moments ils ne les mettaient pas. De la même manière, nous voyons que certains Talmidhé Hakhomim se couvraient la tête constamment, qu'ils soient chez eux ou en public, tandis que d'autres ne la couvraient pratiquement jamais, qu'ils soient chez eux ou en public. Ce que chaque Talmidh Hokhom faisait était évident (puisqu'on pouvait l'observer de ses propres yeux), mais chacun avait des raisons halakhiques différentes pour expliquer son comportement différent de celui des autres.

Contrairement à notre époque, la pratique du Judaïsme était relativement « libre » et certaines choses étaient laissées à l'appréciation de chacun. C'est pourquoi, durant Hôl Hammô´édh, un Talmidh Hokhom se comportait en accord avec la position selon laquelle nous sommes supposés mettre les Tafillin durant Hôl Hammô´édh, tandis qu'un autre se comportait en accord avec la position selon laquelle nous ne sommes pas supposés les mettre durant Hôl Hammô´édh. C'est pourquoi le débat du port des Tafillin durant Hôl Hammô´édh n'est même jamais explicitement mentionné dans le Talmoudh, parce qu'il n'y aucune Halokhoh sur le sujet. Môshah Rabbénou n'a jamais dit quels jours les Tafillin devaient être mises et quels jours elles ne devaient pas l'être.

Vous allez alors répondre à cela que nous avons pourtant vu plus haut, dans le Makhilto`, ainsi que dans la Gamoro` de Manohôth 36b mentionnée dans l'article susmentionné, que Rébbi Yishoq ז״ל et Rébbi Yôsé le Galiléen ז״ל ont expliqué, sur la base du verset de Shamôth 13:10, que l'on ne mettait pas les Tafillin à Shabboth et Yôm Tôv. Ce qui indique donc qu'il y aurait bien une « tradition » qui a déterminé les jours où l'on met les Tafillin et ceux où l'on ne les met pas, à savoir, les jours qui sont liés à un `ôth.

Sauf qu'il y a quatre problèmes à ce raisonnement : le premier est que, bien que Hôl Hammô´édh soit une période liée à un `ôth, il y a une divergence quant à savoir si l'on met ou pas les Tafillin durant cette période. Ce qui montre qu'il n'y a pas de tradition à ce niveau. Le deuxième problème est que, comme nous l'avons dit dans l'article susmentionné, tout le monde n'est pas d'accord sur le fait que ce verset de Shamôth 13:10 se rapporte aux Tafillin. Rébbi ´aqivo` ז״ל, par exemple, explique et démontre que ce verset a à voir avec l'observance de Pésah, et non avec la Miswoh des Tafillin. Troisièmement, si le port des Tafillin était interdit à Shabboth et Yôm Tôv parce que ces jours sont des signes à eux seuls et ne nécessitent pas d'autre signe, pourquoi portons-nous des Sisith à Shabboth et Yôm Tôv, alors que ce sont aussi des signes de notre relation avec HaShem (puisqu'elles nous rappellent les 613 Miswôth de la Tôroh) ? Si le port de Tafillin est interdit les jours de Shabboth, Yôm Tôv et Hôl Hammô´édh sur la base que ces jours-là sont un `ôth à eux seuls et ne nécessitent donc pas un autre `ôth, la même logique devrait être utilisée pour interdire de porter des Sisith ces jours-là ! Et quatrièmement, contrairement à ce que l'on pense généralement, ne pas mettre les Tafillin à Shabboth n'est pas une interdiction gravée dans le marbre. En effet, il y a bel et bien un débat dans le Talmoudh quant à savoir s'il faut ou pas mettre les Tafillin à Shabboth !

Ceux qui préconisent de ne pas mettre les Tafillin durant Hôl Hammô´édh s'appuient toujours sur le fait que Hôl Hammô´édh serait comme Shabboth et Yôm Tôv, c'est-à-dire, un `ôth. On ne devrait donc pas mettre les Tafillin durant Hôl Hammô´édh, puisqu'il aurait été tranché que Shabboth et Yôm Tôv ne sont pas des jours où l'on devrait les mettre. Mais ce raisonnement est complètement rendu irrecevable par la toute première Mishnoh du Chapitre 10 de la Masékhéth ´érouvin ! En effet, là, nous lisons ceci :

Celui qui trouve [à Shabboth] des Tafillin [en chemin] doit les faire entrer4 une paire à la fois. Rabban Gamli`él a dit : « [Il doit emporter] les deux pairs à la fois ! ». Dans quel cas s'applique les paroles susmentionnées ? Dans le cas de vieilles [Tafillin]. Mais dans le cas de [Tafillin] neuves, il est exempt. S'il les trouve rangées dans des étuis ou attachées dans des ballots, il doit rester à côté d'elles jusqu'à ce qu'il fasse sombre, puis il peut les emporter. Mais dans une période de danger, il les recouvre et s'en va.
המוצא תפילין, מכניסן זוג זוג; רבן גמליאל אומר, שניים שניים. במה דברים אמורים, בישנות; אבל בחדשות, פטור. מצאן צבתים או כרכות, מחשיך עליהן ומביאן; ובסכנה, מכסן והולך לו

Analysons cela point par point. Nous ferons une synthèse générale :

Celui qui trouve [à Shabboth] des Tafillin [en chemin] doit les faire entrer une paire à la fois : Lorsqu'on trouve à Shabboth des Tafillin qui pourraient être endommagées, voire même volées, il est strictement interdit de les laisser là. Mais à Shabboth, il est interdit de les prendre et les mettre dans un lieu sûr à cause de l'interdiction de porter dans le domaine public et transférer dans le domaine privé. Par conséquent, la première opinion dans la Mishnoh est qu'il faut mettre une paire à la fois et la garder sur soi jusqu'à ce qu'on arrive dans un lieu sûr. Là, on la retirera, puis on retournera chercher l'autre paire. La raison pour laquelle les mettre est permis à Shabboth est que mettre les Tafillin n'équivaut pas à les porter.

Quant à l'expression « paire », cela fait référence aux deux Tafillin, à savoir, celle de la tête et celle du bras.

Rabban Gamli`él a dit : « [Il doit emporter] les deux pairs à la fois ! » : Mais Rabban Gamli`él est d'avis qu'il est permis de mettre sur soi les deux paires de Tafillin à la fois. On aura donc mis deux Tafillin de la tête et deux Tafillin du bras en une fois, car il y a suffisamment de place sur sa tête pour porter deux paires de Tafillin et suffisamment de place sur son bras pour porter deux paires de Tafillin.

Dans quel cas s'applique les paroles susmentionnées ? Dans le cas de vieilles [Tafillin] : Bien qu'il soit obligatoire de mettre des Tafillin trouvées à Shabboth afin de les emmener en lieu sûr, cela n'est le cas qu'avec des Tafillin où tout indique qu'elles ont déjà servi et qu'elles sont valables.

Mais dans le cas de [Tafillin] neuves, il est exempt : Par contre, si rien n'indique que les Tafillin aient déjà servi, et étant donné que les Tafillin neuves pouvaient ressembler en fait à des amulettes ou des bijoux, et que quand bien même ce serait effectivement des Tafillin, le fait qu'elles soient neuves ne permet pas d'être certain de leur validité (peut être que les parchemins n'ont pas été vérifiés quand ils furent rédigés), il n'y a pas d'obligation de les mettre pour les placer en lieu sûr.

S'il les trouve rangées dans des étuis ou attachées dans des ballots, il doit rester à côté d'elles jusqu'à ce qu'il fasse sombre, puis il peut les emporter : S'il trouve des paires de Tafillin en très grande quantité en un même endroit, il ne peut pas toutes les mettre, parce que sa tête et son bras ne peuvent pas contenir tant de paires, mais il ne peut pas non plus poursuivre sa route et les laisser là, car elles pourraient s’abîmer. Par conséquent, sa seule option consiste à rester assis près de ces paires de Tafillin et attendre que Shabboth soit terminé.

Mais dans une période de danger, il les recouvre et s'en va : Il est expliqué dans la Gamoro` que la période de danger dont on parle ici est la période où les Israélites étaient pourchassés et tués par les Romains, qui avaient interdit l'observance des Miswôth aux alentours de la révolte menée par Bar Kôzivo` en l'an 135 de l'E.C.. Par conséquent, le fait de surveiller des Tafillin ou d'être vu avec des Tafillin sur soi mettait les Israélites en danger.

Surveiller des Tafillin dans une période de danger n'est pas une obligation, car la vie humaine prime sur toutes les Miswôth de la Tôroh (sauf trois). On ne peut pas se mettre en danger pour des paires de Tafillin. C'est pourquoi, si le fait de les surveiller ou même de les mettre peut être un danger, la Mishnoh donne la permission de d'abord les recouvrir (de terre, par exemple) de façon à ce qu'elles ne soient pas remarquées, puis de s'en aller et les laisser là.

La Gamoro` rapporte que cette Mishnoh est liée à la question consistant à savoir s'il est permis ou pas de mettre les Tafillin à Shabboth, et mentionne que certains Tanno`im et `ammôro`im soutiennent que l'argument basé sur le verset de Shamôth 13:10 ne tient pas la route, et qu'il y avait bel et bien une Miswoh de mettre les Tafillin à Shabboth, même si les Tafillin sont un `ôth !

La Gamoro` conclut qu'en réalité, la seule et unique raison pour laquelle il est « interdit » de mettre les Tafillin à Shabboth, est que les Rabbins ont émis une Gazéroh (décret) contre le fait de les mettre à Shabboth. Il n'y a donc pas une tradition remontant au Sinaï selon quoi on ne doit pas mettre les Tafillin à Shabboth ! Et pourquoi les Rabbins ont-ils émis un tel décret ? Parce que les Tafillin font partie de ces choses que les gens pourraient retirer et finir par porter en main, au lieu de les mettre, transgressant ainsi la Malo khoh de porter dans le domaine public. Et la Gamoro` explique que même d'après la position de ceux qui soutiennent que Shabboth n'est pas un jour où l'on doit mettre les Tafillin, celui qui le fait néanmoins n'est pas Hayyov (coupable) de la transgression de la Malo`khoh de porter dans le domaine public, parce que mettre les Tafillin n'équivaut pas à les porter, puisque les Tafillin étaient considérées comme des vêtements (étant donné que contrairement à notre époque, on les portait tous les jours et toute la journée) ou comme des bijoux. Or, on ne peut être Hayyov de la Malo`khoh de porter dans le domaine public si c'est quelque chose que les gens portent en vêtement ou en bijoux. C'est pour cela que les Rabbins annulèrent leur Gazéroh dans le cas de celui qui trouverait des Tafillin dans le domaine public. Si mettre les Tafillin à Shabboth était complètement interdit, les Rabbins n'auraient pas fait d'exception dans ce cas-là. Ils ont tranché que dans un tel cas, on a l'obligation de les mettre et les emporter en lieu sûr.

Mais la Mishnoh nous explique que ce n'est le cas que lorsqu'on est certain que ce sont bien des Tafillin, ce que l'on pouvait déterminer grâce à la façon particulière avec laquelle le nœud de la Tafilloh de la tête était fait. Mais si ce ne sont pas des Tafillin, mais par exemple des amulettes que les gens portaient également comme des Tafillin, la Gazéroh continue à s'appliquer.

Les Tafillin de la tête étaient à l'origine beaucoup plus petites que celles que la majorité des Juifs ont à notre époque. La Gamoro` de ´érouvin 95a explique que les deux paires de Tafillin Shal Rô`sh dont parle la Mishnoh pouvaient être placées sur la tête d'un homme normal. Il y a d'ailleurs une `aggodhoh très intéressante rapportée dans la Gamoro` de Shabboth 49a, concernant un homme que l'on surnommait אלישע בעל כנפים « `élisho´ Ba´al Kanafayim » (`élisho´, maître des ailes) :

Et pourquoi l'appelait-on « Ba´al Kanafayim » ? Parce qu'à l'époque où le méchant régime Romain décréta sur les Israélites que quiconque mettrait les Tafillin serait décapité, `élisho´ les mettait et sortait [avec] en public ! Un soldat le vit et se mit à le poursuivre. Lorsqu'il [vit] qu'il le rattrapait, il les retira de sa tête et les plaça dans sa main. Le soldat lui demanda « Qu'y a-t-il dans ta main ? » Il lui dit : « Des ailes de colombe ! » Il ouvrit sa main et des ailes de colombes s'y trouvaient. C'est pourquoi il fut appelé « `élisho´ Ba´al Kanafayim »
ואמאי קרי ליה בעל כנפים שפעם אחת גזרה מלכות רומי הרשעה גזירה על ישראל שכל המניח תפילין ינקרו את מוחו והיה אלישע מניחם ויוצא לשוק ראהו קסדור אחד רץ מפניו ורץ אחריו וכיון שהגיע אצלו נטלן מראשו ואחזן בידו אמר לו מה זה בידך אמר לו כנפי יונה פשט את ידו ונמצאו כנפי יונה לפיכך קורין אותו אלישע בעל כנפים

Les Tafillin de la tête étaient si petites qu'elles pouvaient tenir dans une main fermée ! Et d'après la Halokhoh, il y a une obligation de toujours mettre les Tafillin du bras sous la manche (contrairement à la majorité des Juifs d'aujourd'hui, qui exposent leurs bras car la boîte de leurs Tafillin sont tellement grosses que la manche de leur chemise est trop étroite que pour couvrir leur bras), et elles étaient tellement plates qu'elles ressemblaient réellement à un bijoux. De ce fait, il n'était pas évident de déterminer ce que portait quelqu'un, s'il s'agissait de Tafillin, d'amulettes ou de bijoux !

Ainsi, la Gamoro` de ´érouvin 95a nous apprend qu'avant l'instauration de cette Gazéroh, les Israélites portaient bel et bien les Tafillin et des bijoux à Shabboth, et il n'était pas évident de déterminer ce qu'ils avaient mis sur leur tête ou leur bras, ou s'ils avaient mis leur Tafillin pour la Miswoh des Tafillin ou juste comme un bijoux (puisque les Tafillin étaient bien plus qu'un objet rituel. Elles étaient aussi des « vêtements » ou des bijoux, tout comme le Tallith était utilisé, pas seulement comme objet rituel, mais aussi comme manteau ou encore comme couverture afin de se garder au chaud la nuit).

Les gens portaient les Tafillin à Shabboth, parce que même si vous souteniez, avant l'instauration de la Gazéroh, que Shabboth n'était pas un jour pour mettre les Tafillin, cela ne signifiait pas qu'il était interdit de les mettre comme bijoux, mais juste qu'en les mettant à Shabboth on n'accomplissait pas la Miswoh des Tafillin avec elles. Il est devenu « interdit » de mettre les Tafillin à Shabboth seulement lorsque les Rabbins émirent une Gazéroh, par crainte qu'étant donné que les gens pouvaient mettre les Tafillin comme un vêtement ou un bijoux, ils finiraient par les porter en main dans le domaine public, plutôt que de les mettre.

Il est donc important d'insister sur le fait que mettre les Tafillin dans ces temps-là n'avait rien à voir avec ce que nous faisons à notre époque. La majorité des Juifs d'aujourd'hui ne les mettent comme une Miswoh que pour Shaharith et les retirent aussitôt après. Mais dans les temps passés, ils les mettaient dès le matin avant de sortir en public et les gardaient sur eux toute la journée, pour ne les retirer que le soir. De l'autre côté, il y avait des situations dans lesquelles les retirer, ou tout simplement ne pas les mettre, était une obligation, comme par exemple lorsqu'on se trouve dans des lieux impurs, sales, malodorants, etc. Il fallait également les retirer chaque fois que l'on allait dans une Béth Hakkissé`. En outre, le Makhilto`5 rapporte que celui qui lit la Tôroh est exempt de la Miswoh des Tafillin ! Et même d'après l'opinion de ceux qui disent qu'en mettant les Tafillin à Shabboth on n'accomplissait pas la Miswoh des Tafillin avec elles, la Gamoro` rapporte que si vous aviez déjà vos Tafillin sur vous le Vendredi avant l'entrée de Shabboth, vous n'avez pas l'obligation de les retirer, indiquant par-là qu'avoir les Tafillin à Shabboth n'était pas un problème en soi, ni une interdiction absolue.

Tous ces faits nous permettent de comprendre comment des Talmidhé Hakhomim ont pu diverger sur la pratique à suivre et semblaient ne pas être au courant de la pratique des générations qui les ont précédés quant au fait de mettre ou pas les Tafillin à Shabboth, Yôm Tôv ou Hôl Hammô´édh. Voir un Talmidh Hokhom mettre ou ne pas mettre de Tafillin (ou quelque chose ressemblant à des Tafillin) à Shabboth ou Hôl Hammô´édh n'indiquait rien du tout sur le fait de savoir si l'on pouvait ou ne pouvait pas mettre les Tafillin à Shabboth, Yôm Tôv ou Hôl Hammô´édh. En effet, cette question était laissée à l'appréciation de chacun, et chacun avait ses propres motivations et raisons pour les mettre ou pas. C'est comme voir un Hosidh porter ou ne pas porter son Shtreimel tel ou tel Shabboth. Il peut arriver que parfois il ne le mette pas pour telle ou telle raison, et qu'un autre Shabboth il le mette pour telle ou telle raison. Et il arrive même que pour telle ou telle raison il mette son Shtreimel durant toute la semaine, et pas qu'à Shabboth !

C'est pour cela que certains ont commencé à creuser dans la Tôroh pour essayer de voir s'il leur était possible de trouver des versets sur lesquels se baser afin de soutenir telle ou telle approche concernant le fait de mettre ou pas les Tafillin à Shabboth et Yôm Tôv. Certains ont utilisé le verset de Shamôth 13:10, qu'ils ont interprété comme voulant dire que la Tôroh l'interdisait. La majorité des `ammôro`im et, par conséquent, des Ri`shônim, ont alors conclu que nous ne portons pas de Tafillin à Shabboth et Yôm Tôv. Mais cela ne veut pas dire que d'après la Tôroh ou la Halokhoh, cela soit bel et bien interdit. Et il en est de même avec Hôl Hammô´édh.

Donc, pour répondre à nos questions de départ, « si nous avons une Tôroh Écrite et Orale fiable, ainsi qu'une chaîne de transmission de la tradition, comment se fait-il que l'on ne sache pas s'il faille mettre ou pas les Tafillin durant Hôl Hammô´édh ? Chaque génération ne pouvait-elle pas voir et savoir si les gens de la génération précédente mettaient ou pas avec les Tafillin durant Hôl Hammô´édh ? Môshah Rabbénou et Yahôshoua´ bin Noun, qui sont les premiers maillons de la chaîne de transmission de la tradition, mettaient-ils ou pas avec des Tafillin durant Hôl Hammô´édh ? », il n'y avait pas de tradition à ce sujet, et chacun faisait comme il le sentait. On voyait des gens mettre les Tafillin (ou quelque chose ressemblant à des Tafillin) à Hôl Hammô´édh, pour la Miswoh ou comme bijoux, tandis que d'autres ne les mettaient pas du tout durant cette période.

Et ils avaient des explications diverses pour expliquer leur comportement. C'est ainsi que de générations en générations, depuis Môshah Rabbénou, d'innombrables explications différentes pouvaient exister pour justifier de mettre ou ne pas mettre les Tafillin tel ou tel jour.

Plus tard, la seule et unique raison de mettre les Tafillin fut dans le cadre d'une Miswoh, et non plus comme bijoux. Et les gens finirent par ne plus les mettre qu'à des occasions particulières et au cours d'activités bien déterminées.

En raison de tout cela, savoir s'il fallait mettre ou pas les Tafillin devint un énorme problème. C'est pourquoi il existe différentes positions quant au fait de mettre ou pas les Tafillin durant Hôl Hammô´édh. Et c'est pourquoi se baser sur la pratique des générations précédentes n'a pas résolu le problème, puisque déjà dans ces temps-là, il n'y avait pas une, mais plusieurs pratiques !

Mais d'un point de vue strictement halakhique, il n'y a aucune interdiction à mettre les Tafillin à Shabboth (dès lors qu'on veille à ne pas les porter en main dans le domaine public), Yôm Tôv ou Hôl Hammô´édh.

1Shamôth 13:10
2Un signe.
3Sur Barokhôth 22b
4Dans un lieu sûr

5À la Parashath Bô`
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