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mercredi 9 décembre 2020

La Polygamie Juive

 

בס״ד

 

La Polygamie Juive

 

 

Cet article peut être téléchargé ici.

 

Un article publié cette semaine dans le Jerusalem Post (que vous pouvez lire en anglais ici) affirmant que l’acteur et chanteur Shuli Rand, un Ḥassid Breslev qui a notamment joué dans le film « Ushpizin », avait entrepris des démarches pour épouser une seconde femme, a suscité des réactions enflammées sur les réseaux sociaux contre la polygamie. Dans l’Etat d’Israël, un Juif ne peut pratiquer la polygamie qu’après avoir obtenu la signature de 100 rabbins le lui autorisant. Mais cette loi n’ aucune base halakhique sur laquelle s’appuyer. En outre, contrairement à ce qui est soutenu par les ignorants et détracteurs de la polygamie, le judaïsme n’interdit pas cette pratique, ni dans la Ṭôroh, ni dans le Talmoudh, ni dans le Mishnéh Ṭôroh, ni dans le Shoulḥon ´oroukh, et encore moins dans le célèbre décret de Ribbénou Gérshôm Méˋor Haggôloh ז״ל, qui est souvent utilisé pour affirmer qu’une telle interdiction existerait.

 

Dans cet article, nous analyserons et passerons en revue le Ḥéram de Ribbénou Gérshôm et le sujet de la polygamie pour les Juifs. Mais avant tout, je me dois de poser les bases de tout ce qui va suivre :

 

1.     Hashshém ית׳ est le Créateur ;

2.     Hashshém a donné aux Juifs l'entièreté de la Ṭôroh, Orale et Écrite ;

3.     ḤaZa’’l nous ont transmis avec exactitude l'interprétation correcte et légale de la Ṭôroh ;

4.     La Halokhoh est absolument obligatoire pour nous, plus qu'elle ne l'était dans les temps passés ;

5.     Uniquement ceux qui sont imprégnés de la Loi Juive, de la Tradition et de l'étude de la Ṭôroh peuvent correctement interpréter les lois de la Ṭôroh ;

6.     Tout comme nous devons suivre la Ṭôroh elle-même, nous devons aussi suivre les décrets émis par nos Sages du Sanhédhrin qui existait à Jérusalem qui ont pour but de préserver ou de renforcer l'observance de la Ṭôroh ou protéger la société.

 

Par conséquent, même si la base et l’objectif de cet article sont contraires à la pratique majoritaire, ils sont basés sur le plus haut niveau de respect et d'obéissance à la Ṭôroh, à la Tradition et au processus halakhique.

 

Par exemple, un argument selon lequel la polygamie est bonne pour la société ne pourrait être un argument valable que s'il était possible de montrer que la polygamie fut permise par la Halokhoh.

 

Chaque jour, dans la Ṭaphilloh de « Ouvoˋ Laṣiyôn », nous disons : תִּתֵּן אֱמֶת לְיַעֲקֹב חֶסֶד לְאַבְרָהָם « Tu as donné la vérité à Ya´aqôv, la bonté à ˋavrohom ». Il n’y a donc pas de corruption dans la Ṭôroh ! Et trop souvent, ceux qui s’opposent à la polygamie corrompent la Ṭôroh !

 

Le Gaon de Vilna ז״ל fut la plus grande autorité rabbinique durant une centaine d'années. Il était également un grand Ṣaddiq. Il a déclaré :[1]

 

Si je parviens à accomplir deux choses, je serai exempté d'étudier la Ṭôroh et de faire la Ṭaphilloh, et je me rendrai de ville en ville {pour faire accepter ces deux choses}. La première est d'éliminer le Ḥéram de Ribbénou Gérshôm contre la polygamie, car grâce à cela, la Gaˋoulloh se rapprochera ; et la seconde chose est qu'il puisse y avoir la Birkath Kôhanim chaque jour.

 

De son vivant, il n'y est pas parvenu, mais ses Ṭalmidhim qui se rendirent en ˋaraṣ Yisroˋél sont parvenus à imposer la Birkath Kôhanim chaque jour en ˋaraṣ Yisroˋél, et pas seulement à Shabboth et Yôm Tôv.

 

Par cet article sur la polygamie, nous espérons rapprocher la Gaˋoulloh et contribuer à accomplir l'objectif du Gaon de Vilna.

 

·        Ma´aséh ˋovôth Simon Lavonim

 

Nous avons un principe halakhique générale : « Ma´aséh ˋovôth Simon Lavonim – Les Actes des Patriarches Sont Un Signe Pour Leurs Enfants ». La raison pour laquelle la Ṭôroh nous raconte des histoires sur la vie des ˋovôth est afin que nous puissions apprendre de leurs vies des leçons de morale et d’éthique, et parce qu'elles nous racontent l'histoire future du peuple juif.

 

Dans la Ṭôroh,[2] Ya´aqôv ˋovinou ע״ה, fuyant la colère de son frère, ´ésow, se rend chez sa parenté, à Ḥoron. Rivqoh ˋimménou ע״ה donna à Yiṣḥoq ˋovinou ע״ה que la raison de ce voyage était qu'elle ne voulait pas que Ya´aqôv épouse une Kana'anith.

 

Ya´aqôv arriva à Ḥoron et se reposa près d'un puits afin d'attendre la suite des évènements. Roḥél ע״ה arriva, et dans son excitation en la voyant, il fut capable, d'un seul coup, de retirer le rocher qui couvrait le puits, une tache qui nécessitait généralement la force combinée de tous les bergers du village. Ya´aqôv embrassa Roḥél et se mit ensuite à pleurer. Rash’’i ז״ל explique qu'il pleura parce qu'il était venu les mains vides, alors que lorsque ˋali´azar était allé chercher une femme pour son père Yiṣḥoq, il avait emporté avec lui de nombreux présents.

 

Roḥél courut chez son père, Lovon, et lui raconta que son cousin était arrivé dans le village. Lovon se leva, et alla à sa rencontre, plein d'excitation, car il se souvenait à quel point Yiṣḥoq était riche et aussi de tous les beaux présents que ˋali´azar avait amené avec lui lorsqu'il était venu chercher et conclure un Shiddoukh pour Yiṣḥoq.

 

Lovon avait deux filles, Léˋoh ע״ה et Roḥél. Depuis qu'elles étaient toutes petites, toutes les discussions dans le village avaient toujours été, « Oh, que c'est beau. Léˋoh peut épouser ce beau garçon qu'est ´ésow et Roḥél peut épouser Ya´aqôv ». Léˋoh avait versé toutes les larmes de son corps durant des années à l'idée d'avoir un Shiddoukh si misérable.

 

Ya´aqôv avait immédiatement vu la beauté extérieure et la spiritualité intérieure de Roḥél, et avec cette combinaison, il était tombé amoureux d'elle dès le premier regard.

 

Il déclara à Lovon qu'il travaillerait sept ans et que son « salaire » sera qu'il lui donne Roḥél comme épouse. Sachant que Lovon était un malicieux, Ya´aqôv précisa « Roḥél, ta plus jeune fille ». Pas n'importe quelle Roḥél, pas n'importe quelle fille, mais cette personne en particulier. Lovon accepta, mais Ya´aqôv suspectant encore un mauvais coup, prépara un mot de passe secret entre lui et Roḥél pour la nuit de noce, de sorte que même s'il faisait sombre et qu'elle était voilée, il pourrait être sûr qu'il avait la bonne femme à ses côtés.

 

Ya´aqôv travailla durant sept années, et finalement, le temps du mariage avec sa bien-aimée était arrivé. Lovon le trompeur se prépara au mariage, mais aussi à tromper Ya´aqôv en remplaçant Roḥél par Léˋoh. Pourquoi désirait-il faire le remplacement ? Soit parce qu'il prenait plaisir à manipuler et à tromper les gens juste pour le plaisir que cela lui apportait, soit parce qu'il pensait pouvoir pousser Ya´aqôv à rester plus longtemps en donnant Roḥél plus tard. Oui, Lovon savait que Ya´aqôv était la meilleure chose qu'il pouvait avoir chez lui pour s'occuper du troupeau et le faire prospérer financièrement et matériellement.

 

Roḥél ne voulait pas que sa sœur soit embarrassée, elle donna alors à Léˋoh le mode de passe secret, et Ya´aqôv n'y vu que du feu. Le matin, il alla se plaindre auprès de Lovon, et Lovon lui présenta une excuse minable et feignit l'insulte. Ya´aqôv accepta de travailler sept années supplémentaires à condition qu'il puisse se marier à Roḥél. Tout de suite après la semaine de réjouissance avec Léˋoh, Ya´aqôv se maria à Roḥél.

 

La vie ne fut pas toute rose. Roḥél avait des problèmes de fertilité. Quand elle se plaignit à Ya´aqôv, il lui répondit, « J'ai eu des enfants avec Léˋoh, donc je ne suis à l'évidence pas le problème ». Elle répondit, « Mais quand ta grand-mère avait eu le même problème, ton grand-père a prié pour elle ». Il répondit, « Écoute, tu veux faire ce que ma grand-mère a fait ? » Et elle répondit, « Tu blagues ? Prends Bilhoh ma servante. Peut-être que je peux avoir des enfants à travers elle ».

 

Après quelques temps, Léˋoh vit qu'elle n'engendrait plus d'autres enfants, et elle proposa alors un arrangement similaire avec sa servante, Zilpoh. Ya´aqôv, sous la suggestion de ses épouses, épousa Bilhoh et Zilpoh, ce qui lui fit un total de quatre épouses.

 

C'est à partir de Ya´aqôv et de ses quatre épouses que l'entièreté du peuple juif a été construite.

 

Les commentateurs se demandent comment est-ce que Ya´aqôv a pu épouser deux sœurs, alors que la Ṭôroh interdit d'épouser la sœur de son épouse du vivant de cette dernière. Et diverses réponses ont été apportées pour expliquer cette anomalie. Mais ce qui est important à signaler, en comparaison de la pratique, de la « morale » et de l'attitude d'aujourd'hui sur la question de la polygamie, est que PAS UN SEUL commentateur Juif ne posa la question de savoir comment se fait-il que Ya´aqôv a pu épouser quatre femmes à la fois. La raison est simple : la Ṭôroh, le Ṭalmoudh, les Pôsaqim et la Halokhoh ont toujours considéré la polygamie comme autorisée : avoir plusieurs femmes est permis, normal et parfaitement convenable sous tous les angles. D'où le silence des commentateurs sur cette question.

 

·        L’Opposition Chrétienne à la Polygamie

 

Les commentateurs chrétiens, avec une perspective pervertie héritée de la tradition catholique romaine, ont d'énormes difficultés avec le fait que Ya´aqôv eut quatre épouses. Rien que ce point montre à quel point l'Église Romaine n'est pas une continuation des traditions, de la société et de la moralité juives, mais plutôt une continuation des traditions, sociétés et moralités païennes gréco-romaines.

 

L'homosexualité était une activité puissante dans la Grèce Antique. La caste des guerriers se considérait elle-même comme étant super masculine, et par conséquent, le plus grand objet de leur affection et attention était les autres hommes. La relation préférée était un soldat âgé avec un jeune garçon. Ils voyaient les femmes comme des « éleveuses », et les relations hétérosexuelles comme une nécessité malheureuse de la vie pour perpétuer la race humaine, mais certainement pas comme une relation idéale. À Sparte, chaque nouvelle recrue dans l'armée (à l'âge de 12 ans) se voyait assigner un soldat plus âgé et devenait son esclave sexuel durant deux années. Platon et Socrate, les soi-disant plus grands philosophes grecs étaient aussi homosexuels, et étaient férus de la pratique.

 

Le christianisme découragea quelque peu l'homosexualité, mais adopta entièrement l'attitude grecque envers les femmes et les relations normales entre hommes et femmes. Le christianisme adopta l'opinion selon laquelle la relation normale entre un homme et une femme est intrinsèquement pécheresse, et ne peut être justifiée que dans le but d'avoir des enfants, et que l'entièreté de l'institution du mariage n'est qu'une concession faite au Yéṣar Hora´. Le christianisme, basé sur une lecture de Matthieu 19:12, soutient que l'idéal pour un homme est de se castrer, et sur une interprétation faite d'une lettre de Paul, que l'homme devrait, si possible, tendre vers le célibat. Même n'avoir qu'une seule femme n'est qu'une concession faite au Yéṣar Hora´, et avoir plus qu'une femme est hors de question !

 

C'est en opposition totale avec les idéaux juifs. L'homosexualité est un péché passible de la peine de mort. Les relations maritales normales ne sont pas une concession faite au Yéṣar Hora´ ; elles représentent l'idéal. Un verset dans Qôhalath dit :[3] בַּבֹּקֶר זְרַע אֶת-זַרְעֶךָ, וְלָעֶרֶב אַל-תַּנַּח יָדֶךָ « Au matin, sème ta semence, et au soir, ne laisse pas ta main se reposer ». ḤaZa’’l interprètent ce verset pour dire qu'il faut se marier jeune et avoir des relations sexuelles normales, et même après avoir passé les années où l'on n'est plus capable d'engendrer des enfants il ne faut pas cesser d’avoir des rapports sexuels. Dans de nombreuses communautés, un homme ne recevait pas de Samikhoh (ordination rabbinique) tant qu'il n'était pas marié. Quelqu'un ne peut pas être un enseignant de petits enfants s'il n'est pas marié, d’après le Rambo’’m ז״ל. Nous considérons l'état marital comme l'état idéal.

 

L'opposition Chrétienne à la polygamie est profondément enracinée et toujours aussi virulente. Et cela nous permet de comprendre l'arrière-plan dans lequel le Ḥéram de Ribbénou Gérshôm a été émis. De même, les chrétiens censurèrent le Siddour, et à cause de cela, certains passages des prières qui furent interprétés comme étant contre la religion chrétienne furent retirés de la prière. Ce n'est que très récemment que les Siddourim sont en train d'être restaurés et que les Juifs se sentent à nouveau libres de retourner à leurs prières d'origine. De même, la Ṭaqqonoh contre la polygamie qui fut décrétée pour éviter des massacres de la part des chrétiens, disparaitra totalement lorsque nous nous rendrons compte que nous n'avons plus à avoir peur de ce que les chrétiens attendent de nous. Et peut-être que c'est une autre interprétation de ce que le Gaon de Vilna voulait dire lorsqu'il a dit qu'éliminer le Ḥéram de Ribbénou Gérshôm rapprocherait la Gaˋoulloh. Lorsque nous pouvons adorer Hashshém et accomplir Ses Miṣwôth sans s'inquiéter de ce que les Gôyim pensent, nous serons beaucoup plus proches de la Rédemption.

 

Comme nous le disons dans les prières des jours de fêtes, וּמִפְּנֵי חֲטָאֵינוּ גָּלִינוּ מֵאַרְצֵנוּ « Et à cause de nos péchés, nous avons été exilés de notre terre ». Nous sommes allés en exil au milieu des descendants de ´ésow. Rome et l'Église furent notre cadre de vie depuis 1900 ans. Durant cette période, nous nous sommes défendus du mieux que nous l'avons pu. Parmi les moyens de défense se trouvait le Ḥéram contre la polygamie, quelque chose considéré par Hashshém et Sa Ṭôroh comme étant moral, correct et normal. Quelque chose considéré correct et normal dans la vaste majorité des sociétés humaines depuis le commencement de l'humanité (comme si nous avions besoin de cela pour nous justifier). Mais à cause de notre exil en Europe, nous avons pris ici et là quelques valeurs étrangères. Nous avons pris la polygamie, quelque chose pratiqué par nos Patriarches, par Dowidh Hammalakh, etc., tout au long de notre histoire, et l'avons associé à des pratiques sexuelles dépravées. Nous devons divorcer avec cette attitude étrangère à notre foi. La polygamie a fait partie de la fondation de notre peuple, et faisait partie du plan Divin de Hashshém pour nous.

 

·        L'Attitude Juive Face à la Polygamie

 

Qu'en est-il donc du fait d'avoir plus qu'une femme du point de vue halakhique ? La Halokhoh claire est que Min Haṭṭôroh et Middarabbonon, un homme peut avoir autant d’épouses qu'il le souhaite (tant qu'il peut s'en occuper de façon équitable, dans le manger, les besoins matériels et les relations intimes). Personne n'a jamais sous-entendu que c'est moins moral ni quelques peu anormal.

 

·        Ḥéram de Ribbénou Gérshôm

 

Il y a approximativement mille ans, Ribbénou Gérshôm, l'un des plus grands rabbins de son époque, promulgua une Ṭaqqonoh contre le fait d'épouser plus qu'une femme. Depuis ce temps, dans de nombreuses communautés ashkénazes, dans la majorité des circonstances, les hommes ont été limités à une seule femme à la fois.

 

La compréhension courante est que cette interdiction s'applique à tous les Juifs ashkenazi peu importe le pays où il pourrait se trouver, pour toutes les générations et sous toutes les circonstances.

 

En l'honneur de Ya´aqôv ˋovinou, dont la Middoh était la Vérité, nous essayerons de corriger cette mauvaise compréhension.

 

Comme nous l'avons dit, le Gaon de Vilna déclara qu'abolir ce Ḥéram rapprocherait la Gaˋoulloh. Peut-être que l'idée de rapprocher la Gaˋoulloh est basée sur l’enseignement talmudique selon quoi Moshiaḥ ne viendra pas tant que toutes les âmes ne seront pas descendues et entrées dans des corps.

 

La plupart des gens considèrent l'idée d'un homme ayant deux épouses comme quelque peu immoral. En fait, toutes les autorités halakhiques déclarent sans la moindre hésitation ou doute que la raison pour le Ḥéram n'était pas pour des raisons ou considérations morales, ni pour protéger la Ṭôroh, mais pour des raisons purement sociales.

 

Rov Ya´aqôv d’Emden ז״ל dit que la raison pour le Ḥéram était le danger provenant du peuple des incirconcis (c-à-d., les chrétiens) au milieu duquel nous vivons. Le christianisme travailla dur entre l'an 600 et 900 de l'E.C., pour éradiquer d'Europe la pratique de la polygamie. En l'an 858, Hérard de Tours, archevêque de la ville de Tours, parvint à limiter les hommes à deux femmes (jusque là, la polygamie était encore pratiquée par les chrétiens). Peu de temps après, le décret contre les chrétiens d'Europe fut pratiquement achevé, et ils furent limités à une seule femme.

 

Puisque les chrétiens étaient à présent interdits de quelque chose qui avait été la pratique normale depuis des siècles, ils furent dégoûtés du fait que les Juifs, eux, pourraient continuer à avoir plus qu'une femme. Quand les Gôyim prennent en haine les Juifs, les Juifs se font évidemment massacrer. Par conséquent, afin d'empêcher les massacres de Juifs, Ribbénou Gérshôm, en sa qualité de chef et berger d’Israël, promulgua un Ḥéram contre la polygamie.

 

Rov Ya´aqôv d’Emden écrit que la Ṭaqqonoh est le résultat du fait que nous vivons au milieu des Gôyim. Il serait donc préférable d'éliminer le Ḥéram. Le Ḥéram n'était destiné à durer que jusqu'en l'an 5000 de notre calendrier. N'ajoutons pas à ce Ḥéram. Interdire totalement la polygamie va à l’encontre de ce Ḥéram et équivaut à imiter les Gôyim. La seule raison qui poussa Ribbénou Gérshôm à émettre ce Ḥéram, c'est que s’il ne l’avait pas fait cela aurait causé des massacres de Juifs par les chrétiens. En outre, Ribbénou Gérshôm n’en fit pas une interdiction absolue. Voici les propos exacts du Rov Ya´aqôv d’Emden :[4]

 

En nous s'est accompli, à cause de nos nombreux péchés, le verset : « Et ils se mélangeront aux milieux des Gôyim, etc. » Par conséquent, il convient de l'éliminer (le Ḥéram interdisant de prendre plus qu'une femme). N'ont-ils pas dit qu'il (Ribbénou Gérshôm) n'a émis ce Ḥéram que jusqu'en l'an 5000 ? Mais à coté de cela, n'ajoutons pas à ce Ḥéram, et vous ne pouvez avoir dans une nouvelle Ṭaqqonoh que les choses qui sont spécifiquement mentionnées dedans... Il aurait été préférable de ne même pas émettre une telle interdiction à cause de l'interdiction de marcher dans les voies des Gôyim, mais à cause du fait que cela ne nécessitait pas une action positive pour s'y conformer, et aussi à cause du danger guettant les Juifs qui vivent au milieu des incirconcis s'ils épousent deux épouses, Ribbénou Gérshôm, la Lumière de l'Exil, avait besoin d'émettre ce Ḥéram qui n'était pas convenable d'émettre.

 

Les détracteurs de la polygamie ne vous diront pas (peut-être par ignorance) que le Ḥéram fut géographiquement limité à l'Allemagne et aux parties de la France qui étaient limitrophes à l'Allemagne. Il s'est répandu en Pologne et en Russie occidentale. Il ne fut pas accepté dans le sud de la France, en Espagne, en Italie, en Grèce, en Turquie, en ˋaraṣ Yisroˋél, en Afrique et en Asie.

 

Dans les régions où il fut accepté, la Ṭaqqonoh incluait un Ḥéram (excommunication) pour ceux qui le transgresseraient. Dans les régions où il ne fut pas accepté, il n'avait aucune autorité de toute façon.

 

Selon la majorité des Pôsaqim, y compris le Shoulḥon ´oroukh et le Ramo’’ˋ, l'interdiction était temporaire jusqu'à l'an 5000 (qui correspond à l’an 1239 de l’7re Courante). Il s'est poursuivit par la suite comme Minhogh dans de nombreux endroits d'Europe, mas n'a plus la force d'un Ḥéram.

 

La plupart des gens présument que cette coutume s'applique à un ashkénaze même s'il s'installe là où le Ḥéram ne fut jamais accepté, comme par exemple en ˋaraṣ Yisroˋél. Cette position n'est pas universellement acceptée par les Pôsaqim. En fait, le Rashba’’ˋ ז״ל,[5] le Mahari’’l ז״ל[6] et le Rov Yôséph Qaˋrô ז״ל,[7] ainsi que le Rov d’Emden, soutiennent tous que dès qu'un ashkénaze s'est installé de façon permanente là où le Ḥéram ne fut pas accepté, il est entièrement libre du Ḥéram et peut épouser autant de femmes qu'il aura les moyens d’épouser et d'entretenir. Dans cette même Ṭashouvoh, Rov Yôséph Qaˋrô écrit qu'en Salonique, à Constantinople et à Adrianople, il y avait de larges communautés ashkénazes et personne ne questionna jamais le fait qu'un ashkénaze pouvait y épouser plusieurs femmes. Il cite aussi le cas d'un Ṭalmidh Ḥokhom ashkénaze à Jérusalem qui avait une femme et des enfants et qui épousa une seconde femme, et des Ṭalmidhé Ḥakhomim ashkénazes de renom assistèrent au mariage, venant d'aussi loin que Ṣaphoth et d'Égypte. Le Ra’’n ז״ל hésitait. D’après lui, le Ḥéram suivait un ashkénaze où qu’il aille. Rov Yôséph Qaˋrô affirme que si le Ra’’n avait vu la Ṭashouvoh du Rashba’’ˋ, il aurait été d'accord avec le Rashba’’ˋ que la Ṭaqqonoh est géographiquement limitée. Rov Ya´aqôv d’Emden écrit que puisque la seule raison pour l'institution de cette Ṭaqqonoh était la peur des chrétiens, dès que quelqu'un n'est plus situé dans un pays chrétien, le Ḥéram ne s'applique évidemment plus à lui. (Par « pays chrétien », on parle d'un pays non pas à majorité chrétienne, mais dont le christianisme est la religion d'état. Autrement dit, il n'y a pratiquement plus aucun pays de la sorte à notre époque.)

 

Ribbénou Gérshôm lui-même a rédigé trois Ṭashouvôth dans lesquelles il déclare que sa Ṭaqqonoh ne s'applique pas dans le cas où la femme n'a pas d'enfants ou a cessé d'avoir des enfants.[8] Si la femme consent à ce que son mari prenne une seconde épouse, le Ṭashbé’ṣ ז״ל dit que le Ḥéram ne s’applique alors pas.[9] Le Ra’’n soutient qu'il est probable, mais pas absolument certain, que dans un tel cas, le Ḥéram ne s'applique pas.[10]

 

Une lecture objective de la littérature halakhique indique qu'un ashkénaze vivant en Terre Sainte aujourd'hui est totalement libéré du Ḥéram pour trois raisons :

1.     la Ṭaqqonoh ne s’est jamais appliquée en Terre Sainte,

2.     elle n’a jamais visé l’intégralité des ashkénazes, et encore moins l’intégralité des Juifs,

3.     et elle est expirée depuis l'an 5000.

 

Si sa femme est d'accord qu'il prenne une seconde épouse, peu importe les raisons, cela lui sera permis, qu’il y ait une Ṭaqqonoh ou pas, car avec la permission de sa femme il peut tout faire. (Je rappelle que cela ne concerne que ceux qui acceptent ce décret. Les séfarades n’ayant jamais accepté ce décret, ainsi que les orientaux, ils n’ont pas besoin du moindre consentement de leur première femme pour en épouser une deuxième.) S'il y a un problème de fertilité, Ribbénou Gérshôm lui-même a écrit que le Ḥéram ne s'applique pas, donc un homme pouvait prendre une seconde épouse même en Allemagne avant l'année 5000, et à combien plus foret raison maintenant, et sans aucun doute en Terre Sainte, où la Ṭaqqonoh n'a jamais été appliquée.

 

·        La Promesse de Hashshém

 

Hashshém a promis à ˋavrohom ˋovinou que ses enfants seraient aussi nombreux que les étoiles du ciel. Jusqu'à présent, il semble que la constellation arabe ait plus d'étoiles que la nôtre. Nous devrions imiter nos ancêtres comme les arabes le font à leur façon, et rejeter la moralité chrétienne, pour embrasser la moralité de Hashshém. Il est( ironique que les chrétiens interdisent la polygamie mais n’ont aucun problème avec le fait qu’un homme ait de nombreuses maîtresses ou sortent avec plusieurs filles à la fois ! La récurrence du phénomène d’adultère dans les sociétés occidentales démontre que de nombreux hommes ne sont pas faits pour vivre uniquement avec une seule femme. Et le créateur connaissant la nature de l’être qu’Il a créé inclut dans Sa sainte Ṭôroh une autorisation d’épouser plusieurs femmes (dès lors qu’il y a une équité avec toutes les femmes, et qu’aucun de leurs besoins n’est négligé).

 

En outre, il y a statistiquement plus de femmes que d’hommes un peu partout dans le monde, et en tolérant la polygamie il sera plus facile pour les femmes de trouver un Shiddoukh, ce qui est un problème très récurrent dans de nombreuses communautés juives où les femmes célibataires ont toujours plus de mal à trouver un Shiddoukh que les hommes. Il n’y a pas assez d’hommes par rapport aux femmes désireuses d’être épousées.

 

En conclusion, selon la Halokhoh, en mettant de côté la notion de « Loi du pays », un Juif peut épouser plus qu'une femme, et non seulement cela lui est permis, mais dans de nombreux cas c'est une Miṣwoh, et peut aider à rapprocher la Rédemption.



[1] Ma´aséh Rov Hashsholém, page 276

[2] À partir de Baˋshith 28 :10.

[3] Qôhalath 11 :6

[4] Shaˋélôth Yaˋavé’’ṣ, Volume 2, Simon 15

[5] Shaˋélôth Outhshouvôth HaRashba’’ˋ, Volume 3, Simon 446

[6] Shaˋélôth Outhshouvôth Hammahari’’l Hahadhoshôth, Makhôn Yarousholayim, Simon 202

[7] Shaˋélôth Outhshouvôth Habbéth Yôséph, Kathoubbôth, Shaˋéloh 14

[8] Voir ˋôṣar Happôsaqim, ˋévan Ho´azar 1 :10, pages 14a-b.

[9] Ṭashbé’ṣ, Shaˋéloh 94

[10] Shaˋélôth Outhshouvôth HaRa’’nfin du Simon 48, cite par le Béth Yôséph.

mercredi 14 septembre 2016

Les prières de Rô`sh Hashonoh & Yôm Hakkippourim d'après le Go`ôn de Wilno`

ב״ה

Les prières de Rô`sh Hashonoh & Yôm Hakkippourim d'après le Go`ôn de Wilno`

Illustration : un portrait du Go`ôn de Wilno` ז״ל

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Poursuivons notre analyse des lois, pratiques et coutumes relatives aux fêtes de Tishri.

Chaque année, à l'approche de Rô`sh Hashonoh, de nombreuses personnes se demandent pourquoi les prières de Rô`sh Hashonoh et Yôm Hakkippourim sont si longues, et si cela est vraiment nécessaire.

La réponse est que les Mahzôrim standards sont constitués de prières supplémentaires composées par les kabbalistes ainsi que d'un large rassemblement de Piyoutim (poème liturgiques). Comme pour toutes les pratiques n'ayant pas été instituées par HaZa''l, ces prières et Piyoutim vont du méritoire et désirable au carrément interdit d'après les enseignements de HaZa''l, mais ne sont jamais, par définition, obligatoires.

Un autre problème causé par l'ajout de toutes ces prières et Piyoutim est que l'écrasante majorité des gens sont incapables de prier avec concentration tout au long des offices, et à un moment donné ils fatiguent, perdent leur concentration et ne suivent plus du tout les offices. Quant à ceux qui font l'intégralité des offices, la vérité est que la majorité d'entre eux ne font que de la récitation, mais n'ont pas même le temps de penser à ce qu'ils disent, ce qui rend leur prière פָּסוּל « Posoul » (invalide). C'est Rabbi Yôséph Qa`rô ז״ל qui écrivait dans son Shoulhon ´oroukh que טוב מעט תחנונים בכוונה, מהרבות בלא כוונה « mieux vaut peu de supplications avec concentration que beaucoup [de supplications] sans concentration. »1

En outre, ces prières et Piyoutim ont, pour la plupart d'entre eux, été composés sur base de la Qabboloh et autres enseignements profonds et cryptiques, et leur sens est tout bonnement incompréhensible à la majorité des gens. Les gens récitent donc des choses sans même vraiment comprendre ce que veut dire ce qu'ils ont récité. Or, savoir ce que l'on dit fait partie du minimum requis pour qu'une bénédiction ou prière soit valable !

Mentionnons également le fait que tous les Piyoutim imprimés dans les Mahzôrim ne l'avaient pas été dans le but d'être tous récités. En fait, cela servait de support pour que le Hozzon ou la communauté puisse sélectionner quelques Piyoutim à réciter durant l'office. On en choisissait deux ou trois parmi ceux qui étaient imprimés et on les chantait. Mais il ne fut jamais question, à l'origine, de réciter la centaine de prière et Piyoutim contenue dans le Mahzôr.

Un dernier problème à prendre en compte est celui de ceux qui n'ont l'habitude de ne se rendre à la synagogue que pour Rô`sh Hashonoh et Yôm Hakkippourim. C'est donc très souvent la seule expérience qu'ils ont avec la prière juive. Croyez-vous que la longueur de ces offices et le fait qu'ils ne comprennent pas le sens de ce qui est récité vont leur donner envie de fréquenter la synagogue plus souvent ? Absolument pas, et bien au contraire ! Il est gravé dans leur esprit que la prière est ennuyante, et que c'est trop dur d'être un bon Juif. Plutôt que de leur donner envie de pleinement se connecter avec le Judaïsme et d'être régulier à la synagogue, on les fait fuir.

Certains pourraient alors se demander comment est-ce qu'un Minhogh suivi presque universellement pourrait ne pas être considéré obligatoire ?

Le fait qu'un Minhogh soit largement répandu, voire même pratiqué par tous, n'est pas suffisant pour le faire tomber dans la catégorie de מִנְהַג יִשְׂרָאֵל תּוֹרָה הִיא « Minhagh Yisro`él Tôroh Hi` - la coutume d'Israël est la Tôroh » de la façon dont HaZa''l comprenaient ce concept. Par exemple, une coutume basée sur une erreur, une mauvaise compréhension d'un Din, ou encore sur de la superstition, etc., n'a jamais de valeur contraignante. De plus, j'ai souvent remarqué que ceux qui invoquent le concept de « Minhagh Yisro`él Tôroh Hi` » pour s'opposer à toute forme de changement sont également ceux qui parviennent toujours à justifier, par des explications souvent à dormir debout, tout changement opéré par leur rabbin ou leur Rebbe. Ceux qui suivent les nouveaux Minhoghim institués par la Qabboloh parviennent toujours à justifier de faire différemment des autres ; les Sapharadhim qui auraient accepté sur eux de suivre le Shoulhon ´oroukh parviennent toujours à se justifier dans les cas où ils suivent le `ari plutôt que le Shoulhon ´oroukh ; les Hasidhim n'ont pas eu de scrupule à abandonner le Nousah `ashkanaz de leurs ancêtres pour inventer un nouveau Nousah (le Nousah Saphardh). Donc, jusqu'à quelle mesure un Minhogh est-il contraignant ?

Nous allons ici passer en revue les positions du Go`ôn de Wilno` ז״ל (Rabbi `éliyohou ban Shalômôh Zalman, 1720-1797) concernant les prières de Rô`sh Hashonoh et Yôm Hakkippourim. Pourquoi particulièrement les positions du Go`ôn de Wilno` ? Ce n'est pas parce qu'il a toujours raison. Mais il s'avère qu'il a raison dans la majorité des cas. Et même le Ramba''m ז״ל n'a pas toujours raison. Mais comme le Ramba''m, le Go`ôn de Wilno` était profondément convaincu que la lettre exacte de la Halokhoh devait n'être déterminée que sur base du TaNa''Kh, du Talmoudh, du Sifré et du Sifro`, et de ce fait, ses décisions nous renvoient très souvent aux avis déjà exprimés par le Ramba''m et d'autres Ri`shônim, mais qui furent plus tard rejetés sur base de motifs erronés.

Prenez ceci en considération : si quelqu'un devait étudier la Halokhoh maïmonidienne ou vilnienne, il en arriverait à voir comment chaque décision peut tirer sa source du Talmoudh. Mais de l'autre côté, si quelqu'un devait étudier, par exemple, le Shoulhon ´oroukh de Rabbi Yôséph Qa`rô et les gloses faites par Rabbi Môshah `Issarlès ז״ל sur le Shoulhon ´oroukh, il aurait une grande difficulté à déterminer et expliquer pourquoi les décisions prises par ces autorités rabbiniques dévient de celles que l'on peut lire dans le Talmoudh ! Par conséquent, si quelqu'un cherche à déterminer une question de Halokhoh d'un point de vue critique, objectif et apolitique, c'est-à-dire en étudiant la Halokhoh comme une forme d'interprétation du Talmoudh, il ferait mieux de suivre les méthodes du Ramba''m et du Go`ôn de Wilno`. Cela aura pour effet de créer en lui une satisfaction intellectuelle et une compréhension honnête de la Halokhoh.

Passons donc à présent au sujet de cet article !

  1. La prière du soir

  1. « ´ôsah Hasholôm » en conclusion de la dernière bénédiction de la ´amidhoh à la place de l'habituel « Hammavorékh `éth ´ammô Yisro`él Basholôm »

Bien que le Go`ôn de Wilno` fut opposé à ce changement, car il pensait que cela équivalait à dévier de la formulation instituée par nos Sages, de nombreux chercheurs ont découvert après son époque de plus en plus de preuves dans les Ganizôth et des manuscrits retrouvés que les anciens rites Israélites (ashkénazes y compris) utilisaient cette formule quotidiennement.

Grâce aux documents découverts dans la Ganizoh du Caire, nous savons même que cette formule remonte justement au moins jusqu'au dernier Sanhédhrin en `aras Yisro`él. C'est la formule que j'utilise également.

Lui qui était profondément talmudique et pro-HaZa''l, il ne fait aucun doute que s'il avait vécu assez longtemps que pour être au courant de ces découvertes, il aurait accepté sans réserve d'opérer un tel changement, tout comme il accepta d'autres changements lorsqu'il voyait qu'ils pouvaient être soutenus par ce qui se faisait du temps de HaZa''l.

  1. Les Salihôth la nuit de Yôm Hakkippourim

La Halokhoh suivante du Mishnéh Tôroh du Ramba''m a une résonance importante sur de nombreuses pratiques de Rô`sh Hashonoh que le Go`ôn de Wilno` rejetait. Dans cette Halokhoh, le Ramba''m traite des Tahanounim (les supplications ajoutées après les Shamônah ´asréh des jours de semaine)2 :

15. Lorsqu'on fait la Naphilath Ponim après la prière, il y en a qui font une Qidhoh et d'autres qui font une Hishtahawoyoh. Mais il est défendu de faire une Hishtahawoyoh sur des pierres, si ce n'est dans le Sanctuaire, comme nous l'avons expliqué dans les Hilkôth ´avôdhoh Zoroh. Un homme important n'a pas le droit de tomber sur sa face, à moins qu'il sache en lui-même qu'il est intègre comme Yahôshoua´. Mais il doit tourner son visage légèrement et ne pas le presser contre le sol. Il est permis à quelqu'un de prier à un endroit et tomber sur sa face à un autre endroit.
טו  כִּשְׁהוּא עוֹשֶׂה נְפִילַת פָּנִים אַחַר תְּפִלָּה, יֵשׁ מִי שְׁהוּא עוֹשֶׂה קִדָּה, וְיֵשׁ מִי שְׁהוּא עוֹשֶׂה הִשְׁתַּחֲוָיָה; וְאָסוּר לַעֲשׂוֹת הִשְׁתַּחֲוָיָה עַל הָאֲבָנִים אֵלָא בַּמִּקְדָּשׁ, כְּמוֹ שֶׁבֵּאַרְנוּ בְּהִלְכּוֹת עֲבוֹדָה זָרָה. וְאֵין אָדָם חָשׁוּב רַשָּׁאי לִפֹּל עַל פָּנָיו, אֵלָא אִם כֵּן הוּא יוֹדֵעַ בְּעַצְמוֹ שְׁהוּא צַדִּיק כִּיהוֹשׁוּעַ; אֲבָל מַטֶּה הוּא פָּנָיו מְעַט, וְאֵינוּ כּוֹבֵשׁ אוֹתוֹ בַּקַּרְקָע. וּמֻתָּר לָאָדָם לְהִתְפַּלַּל בְּמָקוֹם זֶה, וְלִנְפֹּל עַל פָּנָיו בְּמָקוֹם אַחֵר
16. Il est un Minhogh communément accepté par tous les Israélites qu'il n'y a pas de Naphilath Ponim les Shabbothôth et les fêtes, ni à Rô`sh Hashonoh, ni aux Ro`shé Hôdhoshim, à Hanoukkoh et à Pourim, ni à Minhoh des veilles des Shabbothôth et Yomim Tôvim, ni durant le ´arbith de chaque jour. Mais certains individus tombent sur leurs faces à ´arbith. Il n'y a qu'à Yôm Hakkippourim que l'on tombe sur sa face dans chaque [office de] prière, parce que c'est un jour de supplication, de requête et de jeûne.
טז  מִנְהָג פָּשׁוּט בְּכָל יִשְׂרָאֵל, שְׁאֵין נְפִילַת פָּנִים בְּשַׁבָּתוֹת וּבְמוֹעֲדוֹת, וְלֹא בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְלֹא בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבַחֲנֻכָּה וּפוּרִים, וְלֹא בַּמִּנְחָה שֶׁלְּעַרְבֵּי שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים, וְלֹא בָּעַרְבִּית שֶׁבְּכָל יוֹם. וְיֵשׁ יְחִידִים שֶׁנּוֹפְלִין עַל פְּנֵיהֶם, בָּעַרְבִּית. וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים בִּלְבָד, נוֹפְלִין עַל פְּנֵיהֶם בְּכָל תְּפִלָּה וּתְפִלָּה, מִפְּנֵי שְׁהוּא יוֹם תְּחִנָּה וּבַקָּשָׁה וְתַעְנִית

C'est sur base de ce passage du Mishnéh Tôroh que le Go`ôn de Wilno` s'est opposé aux supplications faites la nuit de Rô`sh Hashonoh (et même durant la journée de Rô`sh Hashonoh), puisque Rô`sh Hashonoh est non seulement un Yôm Tôv, mais que l'on ne fait pas non plus de supplications durant la prière de ´arbith. Mais par contre, il a approuvé parfaitement la pratique consistant à faire des supplications à Yôm Hakkippourim après la ´amidhoh de chaque office, puisque Yôm Hakkippourim est un jour fait justement pour élever des supplications, bien que ce soit aussi un Yôm Tôv. (Voir l'article intitulé « Le Ramba''m sur la Tashouvoh durant la période des Dix Jours » concernant les confessions et supplications à Yôm Hakkippourim.)

Remarquez également qu'encore à l'époque du Ramba''m la pratique était de littéralement se prosterner face contre terre lorsqu'on faisait des supplications. Il est important de le signaler, car trop de gens croient faussement que la pratique consistant à se prosterner face contre terre en priant fut abandonnée parce que les musulmans le faisaient aussi. Premièrement, l'Islam a émergé au 7ème siècle, alors que le Ramba''m était du 12ème siècle. Par conséquent, l'émergence de l'islam n'a rien à voir là-dedans, puisque la pratique était encore suivie plus de cinq siècles après l'émergence de l'Islam. Deuxièmement, en quoi le fait que nos pratiques soient reprises ou existent également chez les musulmans, les chrétiens ou membres de toute autre religion, doit nous amener à y renoncer ? Cela n'a aucun sens ! Si ce raisonnement était vrai et fondé, il y aurait alors de très nombreuses pratiques que nous aurions dû abandonner, et il ne resterait plus rien du judaïsme. (Voir l'article intitulé « Origine et signification de la Nafillath Ponim » concernant la prosternation dans les prières de supplication qui suivent la ´amidhoh.) Il est incompréhensible que la Naphilath Ponim ne soit pratiquement plus du tout accomplie par le moindre Sépharade, et que les ashkénazes se contentent de simplement poser leur tête contre leur avant-bras, tout en s'asseyant !

  1. La récitation du Tahillim 24 après l'office de ´arbith, et la récitation du Tahillim 27 aussi bien à Shahrith qu'à ´arbith de Rô`sh Hôdhash `aloul jusqu'à Shamini ´asarath

Le Go`ôn de Wilno` s'oppose à ces deux pratiques.3 Ce rejet, qui fut d'abord exprimé par le Ramba''m, est tout à fait logique si le point de départ est que les prières doivent être limitées à ce qu'ont ordonné HaZa''l. Les ajouts comme ces deux pratiques sont :
  1. un fardeau sur la communauté, et
  2. ils renforcent la croyance erronée, voire même idolâtre, que la récitation de certaines parties du TaNa''Kh ont le « pouvoir » d'influencer HaShem ית׳ et Son monde. (Voir, par exemple, l'article intitulé « Lire des Tahillim pour un malade. »)

Plus spécifiquement, le Tahillim 24 fut choisi pour servir d'introduction à la prière pour la Parnosoh qui est imprimée immédiatement après dans les Mahzôrim, et il va sans dire que cette prière est également inappropriée pour les Shabbothôth et les Yomim Tôvim.

  1. « Shahahayonou » la deuxième nuit de Rô`sh Hashonoh

Contrairement à la pratique consistant à ne pas réciter שֶׁהֶחֱיָנוּ « Shahahayonou » la deuxième nuit de Rô`sh Hashonoh si l'on ne consomme pas un fruit nouveau ou que l'on ne porte pas un vêtement neuf, le Go`ôn de Wilno` est d'avis que « Shahahayonou » doit être récité par celui qui fait le Qiddoush, même si un fruit ou un vêtement nouveau n'est pas consommé ou porté. La raison à cela est très simple : la bénédiction de « Shahahayonou » est avant tout récitée pour remercier HaShem d'avoir permis que nous vivions jusqu'à ce jour de fête. De ce fait, que l'on porte ou pas un vêtement neuf, ou que l'on consomme ou pas un fruit nouveau, cela n'a aucune incidence sur la récitation du « Shahahayonou. »

  1. Shahrith et Mousoph

  1. La prière publique et le premier Qaddish

D'après le Ramba''m, la prière publique de chaque matin commence après que chaque individu ait récité chez lui les bénédictions du matin et les Pasouqé Dazimro`. Il rapporte ceci dans son Mishnéh Tôroh4 :

L'ordre de la prière publique est ainsi : Au matin, tous les gens s'asseyent et le Shaliah Sibbour descend devant l'arche et se tient debout au milieu des gens. Il commence en disant le « Qaddish », et tous les gens répondent « `omén ! Yahé` Shaméh Rabbo` Mavorakh » de toute leur force, et ils répondent « `omén » à la fin du Qaddish. Ensuite, il dit « Borakhou `éth HaShem Hammavôrokh », et ils répondent « Boroukh HaShem Hammavôrokh La´ôlom Wo´adh. » Il commence alors à s'étendre sur le Shama´ à voix haute, et ils répondent « `omén » après chacune des bénédictions. Celui qui sait bénir peut procéder à la récitation avec lui jusqu'à ce qu'il récite « Gô`al Yisro`él. »
סֵדֶר תְּפִלַּת הַצִּבּוּר, כָּךְ הוּא: בַּשַּׁחַר--כָּל הָעָם יוֹשְׁבִין, וּשְׁלִיחַ צִבּוּר יוֹרֵד לִפְנֵי הַתֵּבָה וְעוֹמֵד בְּאֶמְצַע הָעָם; וּמַתְחִיל וְאוֹמֵר קַדִּישׁ, וְכָל הָעָם עוֹנִין אָמֵן יְהֶא שְׁמֵיהּ רַבָּא מְבָרַךְ בְּכָל כּוֹחָן, וְעוֹנִין אָמֵן בְּסוֹף קַדִּישׁ; וְאַחַר כָּךְ אוֹמֵר בָּרְכוּ אֶת ה' הַמְּבֹרָךְ, וְהֶם עוֹנִים בָּרוּךְ ה' הַמְּבֹרָךְ, לְעוֹלָם וָעֶד. וּמַתְחִיל וּפוֹרֵס עַל שְׁמַע בְּקוֹל רָם, וְהֶן עוֹנִין אָמֵן אַחַר כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה, וְהַיּוֹדֵעַ לְבָרַךְ וְלִקְרוֹת קוֹרֶא עִמּוֹ, עַד שֶׁמְּבָרֵךְ גָּאַל יִשְׂרָאֵל

Le Go`ôn de Wilno` est tout à fait d'accord avec cette Halokhoh. Cela a donc pour conséquence que la récitation des sacrifices (qui est censée être une étude et non une récitation. Voir l'article intitulé « Y a-t-il une obligation de réciter trois fois par jour le Tahillim 145 ? ») qui précèdent généralement les Pasouqé Dazimro` est :
  1. inutile, et
  2. ne mérite pas la récitation du Qaddish qui vient juste après, à moins que cela n'ait été accompli par dix Juifs qui ont réellement étudié ensemble les lois relatives aux sacrifices.

Quant à la récitation du Tahillim 29 chaque matin avant les Pasouqé Dazimro`, cette pratique ne fut inventée que plusieurs siècles après l'époque du Ramba''m, et le Go`ôn de Wilno`, qui vécu à une époque où cette pratique était nouvelle dans sa communauté, s'y opposa. (Par contre, le Tahillim 29 doit bien être récité en guise de Cantique du Jour durant les huit jours de Hanoukkoh.) Le Ramba''m et le Go`ôn de Wilno` s'opposaient également tous deux à l'ajout d'un Qaddish inutile à réciter après le Tahillim 29.

Quant au reste des Pasouqé Dazimro`, puisqu'ils ne font pas partie de l'office de prière en tant que tel (HaZa''l n'ont jamais exigé comme une obligation de faire des Pasouqé Dazimro`, et ne l'ont jamais inclus dans les offices de prière), chacun doit les réciter lui-même, individuellement, jusqu'à ce que le Shaliah Sibbour se lève pour terminer sa récitation de יִשְׁתַּבַּח « Yishtabbah » ou juste avant.5

La pratique consistant à réciter le Tahillim 130 entre « Yishtabbah » et le Qaddish est également d'une origine plus tardive et fut rejetée par le Go`ôn de Wilno`.

  1. Les Piyoutim

Le Go`ôn de Wilno` soutenait qu'il est approprié de chanter aux Yomim Tôvim, mais plus particulièrement lorsqu'on sortait la Tôroh du `arôn Qôdhash et durant les Qaddishim finaux. Mais il n'exigeait pas la récitation de tous les Piyoutim imprimés dans le Mahzôr (voir plus haut, où nous avons expliqué que les Piyoutim furent imprimés dans les Mahzôrim pour servir de répertoire et permettre à chacun d'en sélectionner quelques-uns parmi tous ceux imprimés, et non pas pour qu'ils soient tous récités), et il estimait également que l'inclusion de Piyoutim à certains endroits de l'office était inappropriée, comme par exemple ceux qui sont insérés en plein milieu de la Qadhoushoh. (Voir l'article intitulé « Mishnéh Tôroh VS Shoulhon ´oroukh : La récitation du Shama´ III » où nous avions expliqué qu'insérer des Piyoutim en plein milieu des bénédictions du Shama´, par exemple, était strictement défendu.)

Quels Piyoutim réciter et à quel moment sont des questions nécessitant de prendre en considération plusieurs paramètres, comme par exemple les contraintes du temps, la patience de l'assemblée, ou encore la qualité de chant du Hozzon. Les Piyoutim perdent la plupart de leur beauté transcendantale s'ils ne sont pas chantés correctement, et les Piyoutim spécifiquement choisis peuvent varier d'une année à l'autre. Il n'est pas obligatoire de chanter chaque année les mêmes.

  1. « Boroukh Hou` Ouvoroukh Shamô » entre chaque bénédiction de la ´amidhoh

Le Go`ôn de Wilno` était opposé à cette pratique, tout comme le Ramba''m et tous les autres Ri`shônim. Le ´oroukh Hashoulhon explique notamment que cette pratique, dont l'origine est attribuée au Ro`''sh ז״ל, n'est pas en accord avec la compréhension simple de la source talmudique sur laquelle elle serait prétendument basée. En effet, le Talmoudh parlait de l'attitude appropriée à avoir lorsqu'on entendait la vraie prononciation du Shém Hammaphôrosh (י־ה־ו־ה) dans le Béth Hammiqdosh. En outre, comme l'ajoute le ´oroukh Hashoulhon, répondre בָּרוּךְ הוּא וּבָרוּךְ שְׁמוֹ « Boroukh Hou` Ouvoroukh Shamô » durant les bénédictions de la ´amidhoh crée d'autres difficultés halakhiques et incohérences, notamment le fait que ce ne soit pas fait systématiquement lorsqu'on entend בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ « Boroukh `Attoh HaShem » dans des contextes autres que la ´amidhoh, comme par exemple dans la récitation du Qiddoush. (Voir l'article intitulé « Répondre ''Boroukh Hou` Ouvoroukh Shamô'' », où le sujet a longuement été traité.)

  1. Les autres additions à la ´amidhoh durant les dix jours entre Rô`sh Hashonoh et Yôm Hakkippourim

Le Go`ôn de Wilno` n'y était( pas opposé, mais il note que la pratique la plus appropriée durant la répétition de la ´amidhoh consiste à ce que le Shaliah Sibbour les récite comme il le ferait pour le reste de la prière, sans que l'assemblée ne l'interrompe pour les dire à voix haute. (Voir l'article intitulé « Les ajouts dans les Shamônah ´asréh de la période des Dix Jours », où nous avions traité du sujet.)

  1. La récitation de la Birakhath Kôhanim durant la répétition de la ´amidhoh de chaque prière du matin et de Mousoph

Le Go`ôn de Wilno` était d'avis que la בִּרְכַת כֹּהֲנִים « Birakhath Kôhanim » devait être récitée quotidiennement lors de toutes les prières de Shahrith et de Mousoph lors de la répétition de la ´amidhoh, ainsi qu'aux offices de Na´iloh ou de Minhoh des jours de jeûne, conformément à la décision du Ramba''m et aux instructions du Talmoudh. C'est devenu la pratique standard de toutes les communautés non-ashkénazes à travers le monde, ainsi que des communautés ashkénazes en `aras Yisro`él. Beaucoup ont essayé de restaurer cette pratique dans les communautés ashkénazes en-dehors de `aras Yisro`él, mais ont échoué.

Le Go`ôn de Wilno` a exprimé le fait que lorsque les `ashkanazim annuleront l'interdiction de la polygamie (ce sont les seuls qui acceptent encore de façon erronée comme contraignant le décret de Rabbénou Gérshôm ז״ל. Voir les articles intitulés « La source de la moralité juive et du Pésaq Halokhoh » et « Discussion sur la polygamie et la polyandrie ») et qu'ils restaureront la pratique ancestrale de réciter la Birakhath Kôhanim tous les jours (et pas qu'à Shabboth et Yôm Tôv), ce sera un grand pas vers la rédemption finale.

  1. La récitation du « `ovinou Malkénou »

En raison de la pratique consistant à ne pas faire de supplications après la ´amidhoh à Rô`sh Hashonoh, pratique que nous avons rapportée plus haut, le Go`ôn de Wilno` était opposé à la récitation du אָבִינוּ מַלְכֵּנוּ « `ovinou Malkénou » à Rô`sh Hashonoh après la ´amidhoh, mais l’approuvait à Yôm Hakkippourim même si Yôm Hakkippourim tombe un Shabboth. Sa position est l'opposé total de la pratique standard d'aujourd'hui, qui consiste à dire « `ovinou Malkénou » à Rô`sh Hashonoh et Yôm Hakkippourim, mais pas si l'un de ces jours tombe un Shabboth.

Il convient de signaler que ne pas faire de prière de supplication à Rô`sh Hashonoh fut très longtemps la norme, et cette pratique était basée sur le passage biblique suivant6 :

Et Nahamyoh, qui est le gouverneur, dit, ainsi que ´azro` le Kôhén Scribe et aux Lawiyim qui expliquaient à tout le peuple : « Ce jour est sanctifié à `adhônoy, votre Dieu ; ne vous affligez pas et ne pleurez pas », car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Tôroh. Et il leur dit : « Allez ! Mangez des [viandes] grasses et buvez des [breuvages] doux, et envoyez des parts à celui pour qui rien n'a été préparé, car ce jour est consacré à notre Seigneur, et ne vous attristez point, car la joie de `adhônoy est votre force. »
וַיֹּאמֶר נְחֶמְיָה הוּא הַתִּרְשָׁתָא וְעֶזְרָא הַכֹּהֵן הַסֹּפֵר וְהַלְוִיִּם הַמְּבִינִים אֶת-הָעָם לְכָל-הָעָם, הַיּוֹם קָדֹשׁ-הוּא לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם--אַל-תִּתְאַבְּלוּ, וְאַל-תִּבְכּוּ: כִּי בוֹכִים כָּל-הָעָם, כְּשָׁמְעָם אֶת-דִּבְרֵי הַתּוֹרָה. וַיֹּאמֶר לָהֶם לְכוּ אִכְלוּ מַשְׁמַנִּים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים, וְשִׁלְחוּ מָנוֹת לְאֵין נָכוֹן לוֹ--כִּי-קָדוֹשׁ הַיּוֹם, לַאֲדֹנֵינוּ; וְאַל-תֵּעָצֵבוּ, כִּי-חֶדְוַת יְהוָה הִיא מָעֻזְּכֶם

Comme l'indique le verset 2, cela s'est passé le jour de Rô`sh Hashonoh. De ces versets nous apprenons donc qu'il n'est pas approprié de faire des Tahanounim (supplications) à Rô`sh Hashonoh, mais également les autres jours de Yôm Tôv (excepté Yôm Hakkippourim) et Shabboth, qui sont des jours consacrés à HaShem.

  1. Les prières supplémentaires après avoir retiré le Séphar Tôroh du `arôn Qôdhash

Ces prières sont également des supplications, et sont par conséquent tout autant inappropriées à Yôm Tôv comme elles le sont à Shabboth. Le Go`ôn de Wilno` demande donc de les omettre à Rô`sh Hashonoh, mais peuvent être inclues à Yôm Hakkippourim, même s'il tombe un Shabboth.

  1. Soulever et montrer la Tôroh avant de la lire

Voici ce que nous lisons dans le TaNa''Kh7 :

´azro` ouvrit le rouleau aux yeux de tout le peuple, car il était élevé au-dessus de tout le peuple, et lorsqu'il l'ouvrit tout le peuple se tint debout.
וַיִּפְתַּח עֶזְרָא הַסֵּפֶר לְעֵינֵי כָל-הָעָם, כִּי-מֵעַל כָּל-הָעָם הָיָה; וּכְפִתְחוֹ, עָמְדוּ כָל-הָעָם

Nous avons donc une source biblique nous expliquant que le Séphar Tôroh doit d'abord être ouvert et soulevé de sorte que tous puissent voir. C'est également ce qu'indique le traité post-talmudique de Sôphrim. Et telle est la pratique de la quasi totalité des communautés non ashkénazes. Ce sujet avait été traité dans l'article intitulé « Comment faire la Haghbohoh d'une manière authentique ? »

  1. La prière du Hozzon avant Mousoph

Aucun autre office n'est précédé par une prière personnelle faite par le Hozzon. Pourquoi donc l'office de Mousoph devrait-il être différent ? En outre, la prière qui précède Mousoph inclut de nombreuses lignes problématiques, plus particulièrement à la fin. D'après le Go`ôn de Wilno`, cette prière n'aurait jamais dû se trouver dans le Mahzôr et il ne faut pas la réciter.

  1. Sonner du Shôphor durant la ´amidhoh silencieuse de Mousoph

D'après la compréhension classique du Talmoudh, le Shôphor ne doit pas être sonné durant la ´amidhoh silencieuse de Mousoph.

  1. Se prosterner durant le « ´olénou » et le récit de la ´avôdhoh qui se faisait dans le Béth Hammiqdosh

Le Go`ôn de Wilno` était catégoriquement opposé à toute forme de prosternation à des endroits non mandatés par HaZa''l. En d'autres mots, excepté au début et à la fin de la première bénédiction de la ´amidhoh, au début et à la fin de la bénédiction de « Môdhim », après la dernière bénédiction de la ´amidhoh, et durant les supplications qui suivent la ´amidhoh (les jours où faire des supplications est permis), on ne doit pas se prosterner. Par conséquent, le Go`ôn de Wilno` s'oppose au fait de se prosterner dans la prière de « ´olénou », pour deux raisons :
  1. cette prière est post-talmudique, et
  2. elle a été insérée en plein milieu de la répétition de la ´amidhoh de Mousoph, ce qui fait que l'on ne peut s'y prosterner, puisqu'on ne peut se prosterner dans la ´amidhoh qu'aux endroits prescrits par HaZa''l.

  1. Les prières qui suivent les « Malakhiyôth », « Zikhrônôth » et les « Shôphorôth »

Les Mahzôrim standards incluent une note selon laquelle la deuxième prière qui suit chacune des trois sections de la prière de Mousoph, אֲרֶשֶׁת שְׂפָתֵינוּ « `arashath Saphothénou », ne doit pas être récitée à Shabboth, et c'est en raison du fait qu'il s'agit d'une supplication. Or, comme nous l'avons expliqué plus haut, le Go`ôn de Wilno` soutient que si une supplication est inappropriée pour Shabboth, elle l'est alors tout autant pour Yôm Tôv. Par conséquent, on ne doit pas réciter « `arashath Saphothénou » durant la prière de Mousoph. Cependant, le Go`ôn de Wilno` approuve la récitation de הַיּוֹם הַרַת עוֹלָם « Hayyôm Harath ´ôlom », puisqu'il ne s'agit pas d'une supplication mais simplement de déclarations de fait sur ce qui se passe à Rô`sh Hashonoh (le monde passe en jugement devant HaShem ; c'est à Rô`sh Hashonoh qu'est décidé qui vivra et qui mourra, etc.).

  1. L'après-midi de Rô`sh Hashonoh et Minhoh

  1. Tashlikh

Le Go`ôn de Wilno` était opposé à la pratique du Tashlikh. (Voir l'article intitulé « Les origines superstitieuses du Tashlikh. »)

  1. Faire le Qiddoush Lavonoh le plus tôt possible

Plutôt que de perdre son temps avec la cérémonie stupide du Tashlikh et essayer d'apaiser les démons, le Go`ôn de Wilno` était d'avis qu'il valait mieux, en fin d'après-midi de Rô`sh Hashonoh, tenter d'apercevoir la nouvelle lune dans le ciel, de façon à réciter le קִידּוּשׁ לְבָנָה « Qiddoush Lavonoh » (sanctification de la lune) le plus tôt possible.

Tout cela permet d'éliminer bon nombre de prières inutiles et inappropriées et faire des prières de Rô`sh Hashonoh une expérience plus authentique et sincère, que de la simple récitation de longues et nombreuses prières dont le sens échappe à la plupart d'entre nous.

1`ôrah Hayim 1:4
2Hilkôth Taphilloh Ouvirakhath Kôhanim 5:15-16
3Voir Ma´asah Rov 43 et 66
4Hilkôth Taphilloh Ouvirakhath Kôhanim 9:1
5Voir Ma´asah Rov 126
6Nahamyoh 8:9-10

7Ibid.,   8:5
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