mercredi 28 octobre 2015

Combien mesurait ´ôgh, le Roi de Boshon ?

ב״ה

Combien mesurait ´ôgh, le Roi de Boshon ?


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Dans l'article intitulé « Qui sont les Bané Ho`alôhim et les Nafilim ? », j'ai expliqué que d'après nos Sages et l'écrasante majorité des Ri`shônim, les Bané Ho`alôhim n'étaient pas des anges déchus ayant eu des relations sexuelles avec des êtres humains, ni les Nafilim des géants ou les enfants nés de la présumé relation entre des anges et des êtres humains.

Beaucoup de gens supposent que la Tôroh parle de divers « géants » et attribuent des tailles monumentales à ces « géants ». Deux des « géants » les plus célèbres du TaNa''kh sont ´ôgh, le roi de Boshon, et évidemment Golyoth. Commençons par parler de ´ôgh.

Le problème ne vient pas de la Tôroh mais des Midhroshim, qui sont d'ailleurs plein de contradictions.

D'un côté, nous lisons ceci dans le Séfar Hayyoshor :

Et ´ôgh monta sur le Mont Yohaz, et y prit une grosse pierre, dont la longueur était de trois Parsa`ôth, et il la plaça sur sa tête, et résolu de la jeter sur le camp des enfants d'Israël, afin de tuer tous les Israélites avec cette pierre. Et l'ange du Seigneur vint et perça la pierre sur la tête de ´ôgh, et la pierre tomba sur le cou de ´ôgh, de sorte que ´ôgh tomba à la terre en raison du poids de la pierre à son cou. À ce moment, le Seigneur dit aux enfants d'Israël : « N'ayez pas peur de lui, car je le livre, ainsi que tout son peuple et tout son pays, entre vos mains, et vous lui ferez ce que vous avez fait à Sihôn ». Et Môshah descendit vers lui avec un petit nombre des enfants d'Israël, et frappa ´ôgh avec un bâton au niveau des chevilles de ses pieds et le tua.

Pour information, une Parsa` varie entre 3,84 km et 4,6 km. Ce Midhrosh susmentionné indique donc que ´ôgh aurait été capable de soulever une pierre faisant entre 11,52 km et 13,8 km ! Et c'est avec un simple bâton qu'il aurait utilisé pour le frapper aux chevilles que Môshah Rabbénou ע״ה aurait été capable de le tuer !

Le Midhrosh Rabboh explique que Môshah Rabbénou, qui mesurait dix `ammôth de haut d'après lui, utilisa un long bâton de dix `amôth comme perche avec lequel il parvint à s'élever à dix `amôth de haut pour atteindre les chevilles de ´ôgh. Pour information, une `ammoh vaut 45 cm. (Bien que les Pôsqim actuels évaluent une `ammoh entre 48 et 57,6 cm, la `ammoh biblique est plus petite et vaut bien 45 cm.) Ce Midhrosh indique donc que Môshah Rabbénou aurait mesuré 4,50 m, utilisé un bâton de la même longueur, et parvint à atteindre les chevilles de ´ôgh situées à une hauteur de 4,50 également, sous-entend par-là que ´ôgh était encore beaucoup plus grand que cela, puisque 4,50 m n'était que la hauteur de ses chevilles ! Quel fou peut croire que ces Midhroshim rapportent des faits ?

Comment ces deux Midhroshim, ainsi que le Séfar Hayyoshor et le Midhrosh Rabboh qui affirment que ´ôgh aurait survécu au Déluge en s'accrochant à l'arche de Nôah, peuvent-ils tous être vrais ? Même s'il avait survécu au Déluge, avec ses plus de 4,50 m et sa force monumentale, il aurait fait couler l'arche, les animaux et tout ce qui s'y trouvait, et n'oubliez pas que d'après le Midhrosh, les 4,50 m n'équivalaient qu'à la hauteur nécessaire pour atteindre ses chevilles, ce qui laisse entendre qu'il était largement plus grand que cela encore ! Et s'il avait survécu au Déluge, il est impossible qu'il ait pu exister encore des siècles jusqu'à l'époque de Môshah Rabbénou, qui le tua ! Dans les Pirqé DaRébbi `ali´azar, on raconte que Nôah ע״ה aurait nourri ´ôgh à travers une petite fenêtre située sur les côtés de l'arche. Mais comment toute la nourriture à bord de l'arche pouvait-elle nourrir un géant de cette envergure ? Enfin, que faire du commentaire de Rash''i ז״ל dans Baré`shith 14:13 qui, citant plusieurs Midhroshim (Midhrosh Tanhoumo`, Houqqath 25 et Baré`shith Rabboh 42:8), affirme que le fuyard qui a échappé aux cinq rois pour informer `avrohom `ovinou ע״ה du fait que Lôt avait été pris en otage n'était nul autre que ´ôgh ! Comment se pourrait-il qu'un géant capable de soulever au-dessus de sa tête une pierre faisant entre 11,52 et 13,8 km ait eu à fuir et devenir un réfugié de guerre ?

Rien de tout cela n'a du sens, et il est incroyable que des dizaines de milliers de Juifs religieux à travers le monde, non seulement croient en la littéralité de ces passages midrashiques, mais en plus sont incapables de voir à quel point ils sont contradictoires et ne tiennent pas la route !

La clef pour résoudre la question de la taille de ´ôgh n'est pas à rechercher dans les Midhroshim fantaisistes, mais dans la Tôroh elle-même. Voici le seul passage où il est implicitement fait mention de la taille de ´ôgh1 :

Car ´ôgh, roi de Boshon, était le seul du reste des Rafo`im ; voici, son lit, un lit de fer, n'est-il pas à Rabboh des Enfants de ´ammôn ? Sa longueur est de neuf `ammôth, sa largeur de de quatre `ammôth, dans la `ammoh d'un homme.
כִּי רַק-עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן, נִשְׁאַר מִיֶּתֶר הָרְפָאִים--הִנֵּה עַרְשׂוֹ עֶרֶשׂ בַּרְזֶל, הֲלֹה הִוא בְּרַבַּת בְּנֵי עַמּוֹן: תֵּשַׁע אַמּוֹת אָרְכָּהּ, וְאַרְבַּע אַמּוֹת רָחְבָּהּ--בְּאַמַּת-אִישׁ

Une `ammoh est la longueur d'un avant-bras, c'est-à-dire entre le coude (d'où la raison pour laquelle on la traduit par « coudée ») et le sommet des doigts ; de façon standard, la Halokhoh considère que cela vaut 45 cm pour un avant-bras « ordinaire » (le mien fait exactement 45 cm également). Notez que la Tôroh ne parle pas de la taille de ´ôgh, mais de celle de son lit qui, dans les temps bibliques, était encore visible de tous et exposé dans la ville de Rabboh, dans le territoire des Ammonites. Les dimensions standards pour un lit d'une place sont de 90 cm en largeur (ce qui fait pile poil deux `ammôth) sur 1,90 m de longueur (10 cm de plus que quatre `ammôth). Maintenant, notez les dimensions du lit de ´ôgh : 4 `ammôth de largeur sur 9 `ammôth de longueur, c'est-à-dire 1,80 m de largeur sur 4,05 m de longueur.

Relevez à présent les deux derniers mots du verset susmentionné : בְּאַמַּת-אִישׁ « Ba`ammath `ish – dans la `ammoh d'un homme », ce qui indique clairement que ses mesures furent faites sur base de la coudée d'un homme normal, impliquant par-là que l'on n'a pas construit ce lit à partir des mesures de ´ôgh, s'il était un géant ! Mais bien à partir des coudées d'un homme normal, moyen ! De ce fait, nous ne pouvons pas du tout déduire de ce verset que ´ôgh mesurait 4,05 m et était doté d'avant-bras faisant beaucoup plus qu'une coudée ordinaire ! Deuxièmement, nous savons tous que la longueur d'un lit doit toujours être plus grande que la longueur même de l'homme qui dort dedans, pour des questions de confort, notamment. Il n'est pas rare qu'un lit fasse au moins 30 cm de plus que celui qui dort dedans. De ce fait, nous pouvons déduire que ´ôgh faisait moins que 4,05 m de haut. Troisièmement, n'oublions pas que ´ôgh était un roi, et on faisait beaucoup de choses démesurées pour honorer les rois et afficher leurs puissances (cela se fait encor aujourd'hui dans de nombreux pays, même présidentiels, et pas seulement monarchiques, où les chefs d’État se font faire des choses des choses démesurées). Le fait d'avoir construit un lit si immense n'indique en rien du tout que ´ôgh était si grand. C'était une façon d'honorer ce roi par les gens de son peuple, et afficher sa puissance aux yeux de tous. Et enfin, ce verset de la Tôroh ridiculise totalement ceux qui prennent les Midhroshim au sens littéral. D'après les Midhroshim, les chevilles de ´ôgh étaient situées à 4,50 de haut, et Môshah Rabbénou, qui mesurerait 4,50 m d'après le Midhrosh (ce qui est impossible, car il n'aurait jamais pu entrer dans la tente d'assignation), aurait eu besoin d'un bâton de 4,50 qu'il utilisa pour frapper les chevilles de ´ôgh situées à 4,50 de haut ! Or, la Tôroh nous dit que son lit faisait 4,05 m, ce qui est très loin de la taille phénoménale que lui attribuent les littéralistes du Midhrosh. De ce fait, à moins d'apporter des preuves autres que les Midhroshim (qui, d'ailleurs, se contredisent et sont farfelus s'ils sont pris littéralement), il n'y a aucune raison de penser que ´ôgh était un super géant de près de cinq mètres.

Quant à Golyoth, combien mesurait-il ?

Malheureusement pour ceux qui aiment la science-fiction et les fantaisie, il n'avait pas des mesures aussi grandes qu'on le représente souvent dans bon nombre de livres pour enfants. En effet, sa taille nous est explicitement donnée dans le TaNa''Kh. Voici ce qui est dit2 :

Et un duelliste sortit du camp des Philistins ; Golyoth était son nom, de Gath, haut de six `ammôth et d'une paume.
וַיֵּצֵא אִישׁ-הַבֵּנַיִם מִמַּחֲנוֹת פְּלִשְׁתִּים, גָּלְיָת שְׁמוֹ מִגַּת: גָּבְהוֹ, שֵׁשׁ אַמּוֹת וָזָרֶת

Une paume correspond à la largeur de la paume de la main sans compter le pouce, et équivaut ainsi à 7,62 cm. Si une `ammoh vaut 45 cm, multiplié par 6, cela nous donne 2,70 m, auxquels nous devons ajouter les 7,62 cm de la paume, et cela nous donne 2,78 m (si on arrondit) ! La Tôroh est donc de très loin plus raisonnable que tous ceux qui prennent bêtement les Midhroshim au pied de la lettre. La prochaine fois que vous verrez des livres pour enfants dans lesquels Golyoth est représenté comme un géant de près de 5 m, sachez que ce n'est que du mensonge ! Il faisait 2,78 m !

De ce fait, lorsque les Israélites se décrivirent comme ayant paru comme des moustiques face aux habitants de la terre de Canaan, ce n'était pas dans un sens littéral, mais imagé, afin d'indiquer l'importante différence de taille entre eux et bon nombre des habitants de Canaan. Nous employons des expressions similaires aujourd'hui lorsque nous faisons face à quelqu'un de beaucoup plus grands que nous ! Il est évident que quelqu'un faisant 1,50 m se sentira très petit en face de quelqu'un faisant 2,50 m. Les « géants » du TaNa''Kh étaient donc des gens à la taille en fait pas si démesurée que cela, mais ils étaient décrits ainsi, non pas parce qu'ils faisaient cinq mètres, mais parce que les gens se sentaient littéralement comme n'étant rien du tout face à eux.

Que Golyoth ait fait 2,78 m est tout à fait réaliste et ne doit pas être considéré comme étant exagéré. Contrairement aux fantaisies des Midhroshim, cette mesure nous est explicitement donnée dans le TaNa''kh, et est raisonnable. Il n'y a absolument aucune raison de ne pas le croire. En outre, l'homme le plus grand à avoir été mesuré dans l'ère moderne fut un américain nommé Robert Wadlow, décédé en 1940, et qui mesurait 2,72 m (à peine six centimètres de moins que Golyoth). Il est clair et évident que quiconque se retrouverait à ses côtés se sentirait soudainement très minuscule. Voici sa photo :


Cela nous donne une excellente représentation de ce qu'on dû ressentir les Israélites face à un homme comme Golyoth ! Les deux autres hommes les plus grands à avoir été mesurés dans l'ère moderne furent John Rogan (décédé en 1905), qui mesurait 2,68 m, et John F. Carroll (décédé en 1969), qui mesurait 2,63 m. Quant à la femme la plus grande à avoir été mesurée, il s'agit de Zeng Jinlian (décédée en 1982), qui mesurait 2,48 m !

Tout cela nous montre à quel point il faut prendre les Midhroshim avec des pincettes, du moins lorsqu'on croit qu'ils sont littérales. Que le temps où les gens apprécieront la sagesse incroyable de la Tôroh puissent bientôt arriver, et puissions-nous débarrasser des fausses croyances qui pullulent parmi nous !

1Davorim 3:11

21 Shamou`él 17:4

L'interdiction du Path ´akkou''m

ב״ה

L'interdiction du Path ´akkou''m


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  1. Dans le Talmoudh

La Mishnoh1 rapporte que HaZa''l ont interdit aux Israélites la consommation du פַּת עַכּוּ״ם « Path ´akkou''m », c'est-à-dire le pain cuit par les idolâtres. La Gamoro` sur cette Mishnoh explique que la raison à ce décret est de limiter l'interaction sociale avec les idolâtres, réduisant ainsi les risques des mariages mixtes et d'une trop grande fraternisation avec les idolâtres. Ailleurs2, la Gamoro` rappelle ce décret faisait partie des fameux dix-huit décrets émis par Béth Hillél et Béth Shamma`y. De manière générale, ces dix-huit décrets sont considérés comme étant très stricts et difficiles, voire impossible, à annuler. (Mais voir le Chapitre 2 des Hilkôth Mamrim dans le Mishnéh Tôroh, où le Ramba''m ז״ל explique bien que ces décrets peuvent être annulés, ainsi que comment et pourquoi. Et nous verrons que certains d'entre eux furent effectivement annulés. De ce fait, le raisonnement qui veut que ces décrets ne peuvent être annulés ne tient pas.)

La Mishnoh susmentionnée rapporte également que HaZa''l ont interdit la consommation du ֶמֶן עַכּוּ״ם « Shaman ´akkou''m », c'est-à-dire l'huile des idolâtres. Mais de façon tout à fait intéressante, la Gamoro` sur cette Mishnoh rapporte que Rébbi Yahoudhoh Hannosi` ז״ל (le compilateur de la Mishnoh) annula ce décret parce qu'il était avéré qu'il était trop difficile à respecter pour la majorité de la communauté israélite. Dans le monde pré-moderne, où les poêles en Téflon n'étaient pas disponibles, l'huile était souvent essentielle pour cuisiner (autrement, la nourriture brûlait), et il était par conséquent extrêmement difficile d'adhérer au décret de Shaman ´akkou''m.

Le Ri''f ז״ל (Rabbi Yishoq `alfasi, 1013-1103)3 et les Tôsofôth ז״ל (les gendres, disciples et petits-fils de Rash''i ז״ל)4 rapporte d'ailleurs le Talmoudh Yarousholmi5 qui déclare que HaZa''l ont en fait également annulé le décret de Path ´akkou''m en raison de la difficulté pour la majorité des Israélites d'y adhérer, étant donné que le pain est חַיֵּי נֶפֶשׁ « Hayé Nafash » (la vie en dépend ; c'est-à-dire que c'est un élément vital et essentiel de l'alimentation humaine). Il convient donc de rappeler que dans les temps pré-modernes et même encore aujourd'hui dans de nombreuses sociétés, le pain est l'élément principal du repas. Citons d'ailleurs le verset suivant, de Dowidh Hammalakh ע״ה dans ses Tahillim6 : וְיַיִן, יְשַׂמַּח לְבַב-אֱנוֹשׁ-- לְהַצְהִיל פָּנִים מִשָּׁמֶן; וְלֶחֶם, לְבַב-אֱנוֹשׁ יִסְעָד « le vin qui réjouit le cœur du mortel, l'huile qui rend brillante sa face, et le pain qui soutient le cœur du mortel ». La société Nord-Américaine dans lequel le pain ne remplit pas une telle fonction est une exception. À l'évidence, dans les temps bibliques, mishnaïques et talmudiques, le pain était un élément indispensable à un repas, à tel point que du point de vue de la Halokhoh, seul un repas au cours duquel du pain aura été consommé est considéré comme un repas. Puisque restreindre les Israélites en leur interdisant de consommer le pain des idolâtres n'était pas pratique et trop difficile à respecter, ce décret fut annulée.

Mais attention, le Talmoudh Yarousholmi est très précis, et cite également une opinion selon laquelle ce décret ne fut annulé que pour permettre le פת פלטר « Path Paltér », c'est-à-dire le pain provenant d'un boulanger idolâtre et que l'on achète dans un contexte commercial, mais pas le pain qui fut obtenu auprès d'un idolâtre dans un contexte social. Étant donné que l'annulation du décret de Path `akkou''m fut motivée par des soucis de Hayé Nafash, cette opinion citée par le Talmoudh Yarousholmi soutient que HaZa''l ne l'ont annulé que lorsqu'on achète son pain auprès d'un boulanger idolâtre, et non pas lorsqu'un idolâtre nous offre du pain ou nous propose d'en manger avec lui. Cela reste interdit afin de limiter les interactions et la fraternisation avec les idolâtres. Mais le fait d'acheter son pain dans une boulangerie n'est pas un problème (dès lors que les ingrédients du pain sont évidemment Koshér.)

Ce qui est fascinant, c'est que contrairement au Talmoudh Yarousholmi qui est clair, le Talmoudh Bavli (que l'on traite généralement comme faisant autorité) semble être volontairement ambiguë sur la question. Tout d'abord, la Gamoro`7 rapporte l'affirmation faite par Rov Yôhonon ז״ל selon laquelle le décret de Path ´akkou''m ne fut pas annulé. Mais la Gamoro` ajoute toutefois que le besoin pour Rov Yôhonon d'affirmer cela découlait du fait que quelqu'un l'avait effectivement annulé, mais qu'il n'était pas d'accord avec son annulation ! La Gamoro` cite alors quelques épisodes ambigus dans lesquels il semble que Rébbi Yahoudhoh Hannosi` ait annulé ce décret partiellement ou entièrement. Une possibilité proposée par la Gamoro` est qu'il a permis de ne consommer que le pain acheté auprès d'un boulanger idolâtre (le « Path Paltér »). Ce passage se conclut en rapportant que `ibbou ז״ל (l'une des premiers `ammôro`im, et le père de Rov) consommait sans problème du Path ´akkou''m et que certains autres `ammôro`im venus après lui refusaient systématiquement de citer ses enseignements sur la Tôroh à cause de cela (ce qui peut expliquer pourquoi `ibbou est rarement mentionné dans la Gamoro`).

Un peu plus loin8, la Gamoro` du Bavli rapporte une anecdote sur Rébbi Yahoudhoh Hannosi` et son assistant, Rébbi Simla`y ז״ל. Rébbi Yahoudhoh Hannosi` fit remarquer à Rébbi Simla`y qu'il (Rébbi Simla`y) avait manqué la séance dans le Béth Midhrosh au cours de laquelle les Sages ont annulé le décret de Shaman ´akkou''m. Entendant cela, Rébbi Simla`y répondit en demandant pourquoi est-ce qu'ils n'avaient pas non plus annulé le décret de Path ´akkou''m. Rébbi Yahoudhoh Hannosi` lui répondit que s'ils l'avaient fait, son Béth Din aurait été considéré comme trop permissif.

Ainsi, le Talmoudh Bavli sous-entend qu'il y avait une bonne raison d'annuler le décret de Path ´akkou''m, mais ne dit jamais explicitement que cela a été fait. Ces anecdotes révèlent que la majorité des Israélites trouvaient trop difficile d'adhérer au décret de Path ´akkou''m. C'est pourquoi Rébbi Yahoudhoh Hannosi` était désireux d'annuler, du moins en théorie, ce décret, mais craignait qu'il ne soit pas approprié de le faire (alors que le Talmoudh Yarousholmi dit explicitement et sans ambiguïté qu'il l'a bel et bien annulé). L’ambiguïté du Talmoudh Bavli est le point de départ pour les différentes approches existant aujourd'hui sur cette question du Path ´akkou''m. En effet, on retrouve diverses positions aujourd'hui, des plus permissives (les communautés qui permettent tous les pains des non Juifs) aux plus strictes (les communautés qui interdisent catégoriquement tout pain cuit par des non Juifs), en passant par les modérées (les communautés qui ne permettent que le pain des boulangers non Juifs, mais s'interdisent les pains cuits par les particuliers).

  1. Les Ri`shônim : Ramba''m et les Tôsofôth

Beaucoup font souvent dire au Ramba''m ce qu'il n'a pas dit. Ainsi, le passage suivant du Mishnéh Tôroh est souvent cité pour démontrer que le Ramba''m était d'avis que l'interdiction du Path ´akkou''m est encore en vigueur9 :

Et il y a d'autres choses que les Sages ont interdites. Bien qu'il n'y ait pas de base provenant de la Tôroh pour les interdire, ils ont émis un décret contre elles afin de s'éloigner des Gôyim, de sorte que les Israélites ne se mélangent pas à eux et n'en arrivent au mariage [mixte]. Les voici : ils ont interdit de boire avec eux, même là où il n'est pas à soupçonner qu'il y ait du vin de libation ; ils ont interdit de consommer leur pain ou leur plats cuits, même là où il n'est pas à soupçonner que la nourriture est interdite.
וְיֵשׁ שָׁם דְּבָרִים אֲחֵרִים, אָסְרוּ אוֹתָן חֲכָמִים, וְאַף עַל פִּי שְׁאֵין לְאִסּוּרָן עִיקָר מִן הַתּוֹרָה, גָּזְרוּ עֲלֵיהֶן כְּדֵי לְהִתְרַחַק מִן הַגּוֹיִים--עַד שֶׁלֹּא יִתְעָרְבוּ בָּהֶן יִשְׂרָאֵל, וְיָבוֹאוּ לִידֵי חַתְנוּת; וְאֵלּוּ הֶן: אָסְרוּ לִשְׁתּוֹת עִמָּהֶן, וְאַפִלּוּ בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא לָחוּשׁ לְיֵין נֶסֶךְ; וְאָסְרוּ לֶאֱכֹל פִּתָּן אוֹ בִּשּׁוּלֵיהֶן, וְאַפִלּוּ בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא לָחוּשׁ לְגֵעוּלֵיהֶן

Étant donné que le Ramba''m mentionne l'interdiction de Path ´akkou''m dans ce contexte-ci, avec les interdictions de boire le vin des idolâtres et consommer leurs plats cuits (interdiction de « Bishoul ´akkou''m ». Nous en avions parlée ici), beaucoup déduisent que le Ramba''m considérait que cette interdiction s'applique encore. Mais c'est complètement faux ! Le Ramba''m ne fait que citer le décret d'origine, et va seulement après expliquer, dans les autres Halokhôth, comment les comprendre et appliquer. Ainsi, par exemple, concernant le décret interdisant de boire du vin des idolâtres, notez que le Ramba''m ne dit pas qu'il est interdit d'en boire, mais qu'il est interdire d'en boire avec eux. C'est pourquoi, dans les deux Halokhôth juste après (Halokhôth 10 et 11), il écrit ceci :

10. Comment ça ? Un homme ne doit pas boire à une fête des Gôyim, quand bien même ce serait du vin cuit qui n'est pas versé en libation, ou même s'il buvait de ses propres ustensiles. Mais si la majorité des convives sont Israélites, c'est permis. On ne peut pas boire une bière qu'ils ont faite à partir de dattes, de figues, et de choses semblables, et cela n'est interdit que là où ils la vendent. Mais si on a apporté la bière dans sa maison et qu'on la boit là, c'est permis, car la base du décret est afin que l'on ne dîne pas avec eux.
י  כֵּיצַדלֹא יִשְׁתֶּה אָדָם בִּמְסִבָּה שֶׁלַּגּוֹיִים, וְאַף עַל פִּי שְׁהוּא יַיִן מְבֻשָּׁל שְׁאֵינוּ נֶאֱסָר, אוֹ שֶׁהָיָה הַשּׁוֹתֶה מִכֵּלָיו לְבַדּוֹ; וְאִם הָיָה רֹב הַמְּסִבָּה יִשְׂרָאֵל, מֻתָּר. וְאֵין שׁוֹתִין שֵׁכָר שֶׁלָּהֶן שֶׁעוֹשִׂין מִן הַתְּמָרִים וְהַתְּאֵנִים וְכַיּוֹצֶא בָּהֶן; וְאֵינוּ אָסוּר אֵלָא בִּמְקוֹם מְכִירָתוֹ, אֲבָל אִם הֵבִיא הַשֵּׁכָר לְבֵיתוֹ וְשָׁתָהוּ שָׁם, מֻתָּר: שֶׁעִיקַר הַגְּזֵרָה, שֶׁמֶּא יִסְעֹד אֶצְלוֹ
11. Du vin de pommes, du vin de grenades, et des choses semblables, il est permis d'en boire en tout lieu. Ils n'ont pas émis de décret contre une chose qui n'est pas courante. Du vin de raisins est comme du vin [ordinaire] et il a été versé en libation.
יא  יֵין תַּפּוּחִים וְיֵין רִמּוֹנִים וְכַיּוֹצֶא בָּהֶן, מֻתָּר לִשְׁתּוֹתָן בְּכָל מָקוֹם--דָּבָר שְׁאֵינוּ מָצוּי, לֹא גָזְרוּ עָלָיו; יֵין צִמּוּקִים, הֲרֵי הוּא כְּיַיִן וּמִתְנַסֵּךְ

Le Ramba''m est très clair sur le fait que lorsque nos Sages ont interdit le vin des idolâtres, ce n'était pas le vin en lui-même qu'ils ont interdit, mais plutôt trois choses :

  1. boire du vin avec eux, lors de leurs fêtes, car cela crée une trop grande promiscuité, alors que c'est justement pour éviter que l'on soit trop proches d'eux que cela fut interdit. Et pour bien faire comprendre que cela n'a rien à voir avec la Kashrouth des ustensiles utilisés pour boire le vin, le Ramba''m précise que même si on a apporté nos propres ustensiles, il restera interdit de boire du vin avec des Gôyim lors de leurs fêtes. Par contre, si la majorité de ceux qui assistent à cette fête sont des Israélites, l'interdiction ne s'applique plus ;
  2. consommer des bières là où les Gôyim les vendent est interdit, puisqu'en les consommant là, on va en arriver à discuter avec eux, à être trop familier avec eux, etc. Mais si on rapporte ces bières chez soi pour les boire chez nous, cela ne pose aucun problème, puisque ce n'était pas les boissons des Gôyim en tant que telles qui furent interdites, mais le fait de dîner, manger avec eux, créant ainsi un lien trop étroit. Par conséquent, le fait de les boire chez soi ne pose aucun problème ;
  3. boire du vin à base de raisin a été interdit parce que cette sorte de vin s'utilise dans un culte idolâtre, pour offrir des libations à des faux dieux, ce qui n'est pas le cas des autres sortes de vin. Voilà pourquoi les vins qui ne sont pas à base de raisins sont autorisés, et puisque ce ne sont pas des boissons de fête si courantes, même en boire en présence des Gôyim est permis, car nos Sages n'émettent jamais de décret contre ce qui est inhabituel.

Il faut donc mettre les propos du Ramba''m en perspective, plutôt que simplement citer une partie. Ainsi, pour revenir au sujet du Path ´akkou''m, après avoir dit que nos Sages l'ont interdit, voici ce qu'explique le Ramba''m10 :

Bien qu'ils aient interdit le pain des Gôyim, il y a des endroits qui sont indulgents à ce sujet et achètent du pain des boulangers Gôyim là où il n'y a pas de boulangers Israélites, ainsi qu'en campagne, parce que c'est une situation de grande nécessité. Mais du pain de particuliers, il n'y a aucune opinion qui permette d'être indulgent, car la base du décret est causé [par l'interdiction] du mariage [mixte] et parce que si on mange du pain de particuliers, on en arrivera à dîner avec eux.
אַף עַל פִּי שֶׁאָסְרוּ פַּת גּוֹיִים, יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁמְּקִילִין בַּדָּבָר וְלוֹקְחִין פַּת מִן הַנַּחְתּוֹם הַגּוֹי, בִּמְקוֹם שְׁאֵין שָׁם נַחְתּוֹם יִשְׂרָאֵל; וּבַשָּׂדֶה, מִפְּנֵי שְׁהִיא שָׁעַת הַדֹּחַק. אֲבָל פַּת בַּעֲלֵי בָּתִּים, אֵין שָׁם מִי שֶׁמּוֹרֶה בָּהּ לְהָקֶל: שֶׁעִיקַר הַגְּזֵרָה מִשּׁוֹם חַתְנוּת; וְאִם יֹאכַל פַּת בַּעֲלֵי בָּתִּים, יָבוֹא לִסְעֹד אֶצְלָן

En d'autres mots, le Ramba''m, en rapportant qu'à certains endroits on se permet de manger du pain de boulangers Gôyim, et en prenant la peine d'expliquer pourquoi cela est permis à ces endroits-là, veut nous faire comprendre qu'il existe des raisons valables pour permettre le pain des Gôyim. Le Ramba''m ne dit pas s'il fait comme eux ou s'il considère que c'est interdit, mais montre que ceux qui le permettent ont sur quoi s'appuyer. En fait, cette non prise de décision du Ramba''m est normale en quelque sorte : puisque le Talmoudh Bavli est ambiguë sur la question, il préfère ne pas se prononcer définitivement sur la question, et fait comprendre que même si on permet le pain des Gôyim, c'est une position valable. Et notez là encore que le Ramba''m est clair sur le fait que ce décret n'a rien à voir avec des soucis de Kashrouth, mais le fait d'être trop proche des Gôyim. C'est pourquoi, il y a une différence entre acheter du pain chez un boulanger Gôy et accepter du pain qu'un particulier Gôy nous offre ou a cuit spécialement pour nous. Dans le premier cas, la relation n'est que commerciale, et cela ne crée donc aucun lien, alors que dans le deuxième cas, c'est un rapprochement qui peut amener à accepter de manger avec le Gôy, fraterniser, etc.

Il est très important et primordial de toujours avoir le réflexe de se demander pourquoi HaZa''l ont émis certains décrets, voir si leurs raisons s'appliquent encore et chercher ce qu'en ont dit les Ri`shônim. C'est comme ça que l'on étudie le Talmoudh avec sagesse et que l'on ne peut pas se tromper dans sa pratique religieuse, en dépit du fait que la majorité fasse autrement. Et croire que parce que HaZa''l ont émis un décret, il est impossible qu'il ne s'applique plus, est totalement faux !

Les Tôsofôth11 adoptent une approche totalement différente de celle du Ramba''m. Alors que le Ramba''m reste plutôt neutre et permet aussi bien d'être strict qu'indulgent sur la question du Path ´akkou''m, les Tôsofôth sont catégoriques sur le fait que ce décret ne s'applique plus du tout ! Ils font remarquer qu'à leur époque, la pratique commune consistait à consommer du Path ´akkou''m. Ils relèvent également que la Gamoro` du Talmoudh Bavli implique clairement qu'il y a une base valable pour annuler le décret du Path ´akkou''m. Les Tôsofôth déduisent également du comportement des Juifs de leur époque qu'un Béth Din a bien dû, à un moment donné, annuler cette interdiction du Path ´akkou''m, bien que cela ne soit pas explicitement dit dans le Talmoudh Bavli, car autrement il serait impossible d'expliquer pourquoi tant de Juifs se permettaient de consommer du Path ´akkou''m. Enfin, ils citent dans ce contexte l'affirmation faite dans le Talmoudh Yarousholmi selon quoi ce décret a bien été annulé. (De toute façon, bien que les gens suivent généralement le Talmoudh Bavli, lorsqu'un sujet n'y est pas clairement expliqué, tandis que dans le Talmoudh Yarousholmi (qui est toujours plus clair) il y est expliqué clairement, c'est l'approche du Yarousholmi qu'il faut suivre.) C'est ainsi que les Pôsqim `ashkanazim de l'ère des Ri`shônim permettaient sans aucun problème le Path ´akkou''m. Citons par exemple le Ra''n12 ז״ל, le Rô''sh13 ז״ל, ou encore le Mordékhay14 ז״ל. Les Tôsofôth notent toutefois que certains sont stricts et ne s'appuient pas sur leur approche indulgente, et concluent en disant que ceux qui suivent l'approche indulgente et ceux qui suivent l'approche stricte peuvent coexister et manger ensemble à la même table !

  1. Les `aharônim : Le Shoulhon ´oroukh et ceux qui l'ont commenté

Rabbi Yôséf Qa`rô ז״ל tranche dans son Shoulhon ´oroukh que le décret de Path ´akkou''m est encore d'application, mais il admet toutefois qu'il existe des endroits qui permettent le Path ´akkou''m dans des situations où du Path Yisro`él (pain cuit par un Israélite) n'est pas disponible.15 Un peu plus loin16, il rapporte que certains s'appuient sur l'opinion du Rashba''` ז״ל (Rabbi Shalômôh ban `addarath, 1235-1310) selon qui, si du Path ´akkou''m est d'une qualité supérieure à du Path Yisro`él disponible dans une certaine localité, dans ce cas, dans cette localité, on doit considérer que du Path Yisro`él n'est pas disponible, et on peut donc consommer du Path ´akkou''m, bien qu'il y ait du Path Yisro`él en vente dans cette localité. HoRov Môshah Feinstein (1895-1986)17 fait remarquer que Rabbi Yôséf Qa`rô ne cite pas le Tour ז״ל, qui était pourtant opposé à l'approche du Rashba''`, et conclut donc que cela indique que bien que Rabbi Yôséf Qa`rô soit d'avis que le décret de Path ´akkou''m s'applique encore, il n'est pas opposé à ceux qui suivent la position du Rashba''`. Cela nous montre clairement que même Rabbi Yôséf Qa`rô n'était pas d'avis que sa position était définitivement celle de la Halokhoh, et il permet donc d'être indulgent, car il y a des bases solides (comme nous l'avons montré) pour permettre le Path ´akkou''m.

De même, dans ses gloses sur le Shoulhon ´oroukh, le Ramo''` ז״ל (Rabbi Môshah `issarlès de Cracovie, 1520-1572)18 note qu'une opinion permet de consommer du Path ´akkou''m même lorsque du Path Yisro`él est disponible dans cette localité. Là encore, HoRov Môshah Feinstein fait remarquer que le Ramo''` ne cite aucune opinion divergente, indiquant par-là que c'est la position à adopter. Le Sha''h ז״ל (Rabbi Shabbatha`y ban Mé`ir Hakkôhén, 1621-1662)19 relève que la pratique courante parmi les `ashkanazim consiste à permettre de consommer du Path ´akkou''m même lorsque du Path Yisro`él est disponible. Cependant, il adopte personnellement une position e compromis et écrit qu'il croit qu'il ne faudrait pas suivre l'opinion indulgente, à moins que le Path ´akkou'''m soit d'une qualité supérieure au Path Yisro`él disponible (en accord avec la position du Rashba''`, et non celle du Ramo''`).

Le Hokhmath `odhom ז״ל (Rabbi `avrohom ban Yahi`él Mikhél Danzig, 1748-1820)20 rapporte que la pratique courante consiste à suivre la décision indulgente du Ramo''`. Cependant, il tranche qu'il serait préférable pour un individu pieux de suivre quelque peu la position plus stricte du Sha''h.

Le ´oroukh Hashoulhon ז״ל (Rabbi Yahi`él Mikhél Epstein, 1829-1908)21 adopte une approche plus stricte. Il semble dire que la pratique dans sa localité (il ne précise pas si telle était la pratique seulement dans sa ville, Navaradok, ou dans toute la région où il vivait) consistait à adopter l'opinion stricte du Ramba''m et du Shoulhon ´oroukh, à savoir, que le décret du Path ´akkou'''m s'appliquait encore et que l'on ne devait pas en consommer (or, nous avons vu que ce n'est pas exactement ce que dit le Ramba''m). Ainsi, dans sa localité, les Juifs évitaient soigneusement de consommer du Path ´akkou''m même lorsqu'il était de qualité supérieure à du Path Yisro`él disponible. Il écrit que « C'est l'approche appropriée, et on ne doit pas en dévier ». (Voir cependant dans le ´oroukh Hashoulhon, `ôrah Hayim 603:2, où il se contredit.)

Le Hofés Hayim ז״ל (Rabbi Yisro`él Mé`ir Hakkôhén Kagan, 1838-1933)22 écrit qu'il est « approprié » qu'à Shabboth et Yôm Tôv on ne consomme que du Path Yisro`él, car cela constitue un accomplissement du Kavôdh Shabboth et Yôm Tôv (honneur dû au Shabboth et à Yôm Tôv). Il s'appuie en cela sur une déclaration explicite du Moghén `avrohom ז״ל (Rabbi `avrohom `avéli Halléwi Gombiner, 1635-1682)23. Cela sous-entend donc que le Hofés Hayim n'était pas opposé au fait de consommer du Path ´akkou''m le reste de l'année, et qu'en abstenir pour Shabboth et Yôm Tôv n'est qu'une recommandation, pas une obligation !

Enfin, terminons par rapporter qu'aussi bien le Darkhé Tashouvoh (Rabbi Savi Hirsch Spira de Mounkatch, qui fut le quatrième Rébbé de la secte hassidique Mounkatch)24 que le Kaf Hahayim (Rabbi Ya´aqôv Hayim Sôfér, 1870-1939)25 citent le `ari comme ayant exhorté à scrupuleusement éviter de consommer du Path ´akkou''m sur base de considérations kabbalistiques (et même pas halakhiques. Ainsi, manger du Path ´akkou''m amènerait, entre autres choses, à boucher le cœur du Juif, ce qui le désensibiliserait à la Tôroh, etc. Bref, des sottises comme la « Qabboloh » en raffole). Cela explique pourquoi les Hasidhim (qui prennent énormément en compte les choses kabbalistiques) sont plus particulièrement minutieux sur cette question, et évitent plus que n'importe quel autre Juif de consommer du Path ´akkou''m.

  1. Conclusion

Notons qu'aucune de ces autorités venus après les Ri`shônim ne prend réellement en compte le Talmoudh. Ces Pôsqim ne tranchent pas sur base du Talmoudh, sur base de ce qu'untel et untel a dit ! À la différence d'eux, les Ri`shônim débattaient sur base du Talmoudh, et uniquement du Talmoudh ! Et d'un point de vue strictement talmudique, nous voyons dans le Yarousholmi que le décret du Path ´akkou''m a été annulé par HaZa''l. Et bien que le Bavli ne soit pas aussi clair sur ce sujet que le Yarousholmi, il indique qu'il y a des bases raisonnables et valables pour conclure que le décret a été annulé.

Par conséquent, ceux qui veulent être stricts et ne consommer que du Path Yisro`él ont parfaitement le droit de le faire. Néanmoins, ils n'ont pas le droit de prétendre que « la Halokhoh interdit le Path ´akkou'''m », car nous avons vu que non seulement le Talmoudh implique que ce décret n'est plus d'application, mais qu'en plus il existe parmi les `aharônim différentes positions sur la question : certains tranchent que le décret de Path ´akkou'''m est encore d'application, un deuxième groupe soutient qu'il fut annulé et ne s'applique plus si on achète du Path Paltér, un troisième groupe soutient que le Path Paltér n'est permis que si du Path Yisro`él n'est pas disponible, et un quatrième groupe soutient que même si du Path Yisro`él est disponible mais que le Path Paltér est de meilleur qualité que le Path Yisro`él disponible, on pourra consommer le Path Paltér. Il est donc faux de prétendre que « la Halokhoh interdit de consommer du Path ´akkou''m ».

Le décret a été annulé, comme l'atteste le Talmoudh Yarousholmi, de la même façon que celui interdisant l'huile des Gôyim fut annulé ! Et il n'y a pas lieu d'être « fanatique », surtout si c'est sur base de considérations « kabbalistiques » sans tête ni queue !

1´avôdhoh Zoroh 35b
2Shabboth 17b
3Commentaire sur ´avôdhoh Zoroh 14b
4Commentaire sur ´avôdhoh Zoroh 35b
5´avôdhoh Zoroh 2:8
6Tahillim 104:15
7´avôdhoh Zoroh 35b
8Ibid., 37a
9Hilkôth Ma`akholôth `asourôth 17:9
10Ibid., 17:12
11Commentaire sur ´avôdhoh Zoroh 35b
12Sur ´avôdhoh Zoroh 14b
13´avôdhoh Zoroh 2:27
14´avôdhoh Zoroh 830
15Yôréh Dé´oh 112:1-2
16Ibid., 112:5
17Tashouvôth `iggarôth Môshah, Yôréh Dé´oh 2:33
18Yôréh Dé´oh 112:2
19Yôréh Dé´oh 112:9
2065:2
21Yôréh Dé´oh 112:17
22Mishnoh Barouroh 242:6
23242:4
24112:18

25Yôréh Dé´oh 112:56

Qui sont les « Bané Ho`alôhim » et les « Nafilim » ?

ב״ה

Qui sont les « Bané Ho`alôhim » et les « Nafilim » ?


Cet article peut être téléchargé ici.

Dans la Sidhroh de cette semaine suivant le cycle triennal, la Sidhroh de « Zah Séfar Tôldhôth `odhom » (que vous pouvez télécharger ici), nous lisons un passage que beaucoup interprètent d'une façon plus qu'étrange. Avant de nous parler du Déluge, la Tôroh rapporte les raisons qui ont amené HaShem ית׳ à faire tomber le Déluge et détruire les hommes et les animaux :

Baré`shith 6:1־4
Et il arriva que lorsque l'homme commença à se multiplier sur la face de la terre et que des filles leur naquirent, les fils des `alôhim virent les filles de l'homme car elles étaient belles. Et ils prirent pour eux des femmes parmi toutes celles qu'ils avaient choisies. Et `adhônoy dit : « Mon esprit ne combattra pas toujours dans l'homme ; puisqu'il est aussi de chair, ses jours seront de cent vingt ans ». Et les Nafilim furent sur la terre en ces jours־là, et même après que les fils des `alôhim sont venus vers les filles de l'homme et qu'elles engendraient pour eux. Ce sont les forts qui depuis toujours sont les hommes de renom.
וַיְהִי כִּי־הֵחֵל הָאָדָם, לָרֹב עַל־פְּנֵי הָאֲדָמָה; וּבָנוֹת, יֻלְּדוּ לָהֶם. וַיִּרְאוּ בְנֵי־הָאֱלֹהִים אֶת־בְּנוֹת הָאָדָם, כִּי טֹבֹת הֵנָּה; וַיִּקְחוּ לָהֶם נָשִׁים, מִכֹּל אֲשֶׁר בָּחָרוּ. וַיֹּאמֶר יְהוָה, לֹא־יָדוֹן רוּחִי בָאָדָם לְעֹלָם, בְּשַׁגַּם, הוּא בָשָׂר; וְהָיוּ יָמָיו, מֵאָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה. הַנְּפִלִים הָיוּ בָאָרֶץ, בַּיָּמִים הָהֵם, וְגַם אַחֲרֵי־כֵן אֲשֶׁר יָבֹאוּ בְּנֵי הָאֱלֹהִים אֶל־בְּנוֹת הָאָדָם, וְיָלְדוּ לָהֶם: הֵמָּה הַגִּבֹּרִים אֲשֶׁר מֵעוֹלָם, אַנְשֵׁי הַשֵּׁם

Beaucoup comprennent l'expression ְנֵי־הָאֱלֹהִים « Bané Ho`alôhim » comme voulant littéralement « les fils de Dieu » et se référant à des anges ou d'autres êtres célestes. Ils s'imaginent donc que des anges ou êtres célestes ont commencé à avoir des rapports sexuels avec les filles des êtres humains. Ils interprètent également le terme נְפִלִים « Nafilim », de la racine נפל qui signifie « tomber », comme se référant aux enfants nés de l'union entre ces anges « déchus » (anges qui sont tombés, qui ont été chassés, des cieux)) et les êtres humains, enfants qui devinrent des « géants ». Tout cela n'est que pure mythologie !

L'écrasante majorité des commentateurs de l'ère des Ri`shônim interprètent l'expression « Bané Ho`alôhim », non pas comme les fils de Dieu, mais par « les membres de la noblesse », « les membres de la classe supérieure » de la société (ceux qui étaient puissants), ou « les juges ». Nous voyons dans la Tôroh que très souvent lorsque l'expression « Bané » (les fils de) est employée, cela se réfère aux membres d'un groupe, d'une caste de la société, et non pas littéralement aux fils de quelqu'un. Par exemple, l'expression ְנֵי הַנְּבִיאִים « Bané Hannavi`im », qui signifie littéralement « les fils des Prophètes », désigne tout simplement les élèves qui étudiaient dans les écoles des Prophètes, et non pas littéralement leurs fils. De même, contrairement à ce que certains peuvent penser, le terme « `alôhim » n'est pas exclusivement employé pour désigner Dieu. Tout au long du TaNa''kh, on l'emploie aussi pour se référer aux juges, aux hommes d'autorité, ainsi qu'aux faux dieux. C'est ainsi que la Tôroh rapporte ceci1 :

Et `adhônoy dit à Môshah : « Vois, Je fais de toi `alôhim pour Pharaon, et `aharôn sera ton prophète ».
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, רְאֵה נְתַתִּיךָ אֱלֹהִים לְפַרְעֹה; וְאַהֲרֹן אָחִיךָ, יִהְיֶה נְבִיאֶךָ

Est-ce que cela signifie qu'HaShem à fait de Môshah Rabbénou ע״ה un « dieu » pour Pharaon ? Absolument pas ! Le terme « `alôhim » se comprend ici par « position d'autorité ». HaShem plaça Môshah Rabbénou en position d'autorité sur Pharaon, tandis que `aharôn ע״ה  serait son porte-parole (car Môshah Rabbénou avait des difficultés à s'exprimer). De même, Dowidh Hammalakh ע״ה écrit ceci2 : אֱלֹהִים, נִצָּב בַּעֲדַת-אֵל; בְּקֶרֶב אֱלֹהִים יִשְׁפֹּט « `alôhim Se tient dans l'assemblée divine ; au milieu des `alôhim Il juge ». Le premier « `alôhim » se réfère à HaShem, tandis que le deuxième se réfère aux juges. Ce verset se comprend donc par « Dieu Se tient dans l'assemblée divine ; au milieu des juges Il juge ». Et tout le contexte du Tahillim 82 démontre que l'on parle de juges humains, à qui Dieu demande plus qu'aux autres hommes, car en tant que juges ils sont Ses représentants sur terre. (C'est d'ailleurs pour cela que le terme « `alôhim » s'emploie pour toute personne en position d'autorité.) Mais au lieu de cela, les juges se sont corrompus et ont refusé de juger avec justice, et se comportent comme n'importe lequel des hommes sans intelligence. C'est pour cela que le Tahillim 82 se termine par une exhortation que Dieu seul nous juge et débarrasse le peuple d'Israël des juges corrompus. Il y a un très grand nombre de cas où « `alôhim » n'est pas utilisé en référence à Dieu, mais aux juges, aux hommes en position d'autorité, ainsi qu'aux faux dieux.

Une croyance en des « anges déchus » qui auraient eu des rapports sexuels avec des êtres humains est une expression supplémentaire de la fantaisie humaine. Car si quelqu'un engageait sa raison, il saurait qu'il ne peut y avoir aucun contact physique entre un ange métaphysique et un être humain. Cette erreur provient d'une dichotomie : la capacité que l'homme a de séparer la religion de la raison. Lorsqu'on fait cela, il devient impossible d'avoir une approche raisonnée et rationnelle. En fait, plus on croit sans preuves, plus les gens se sentent « religieux ». Or, le Judaïsme pense différemment. HaShem désire que l'homme engage sa raison aussi bien dans le monde naturel que dans sa vie religieuse. Car ce n'est que par la sagesse que nous découvrons les merveilles que le Créateur a placées dans la nature et la Tôroh. Ce n'est que par la sagesse que nous nous rendrons compte de notre faculté unique à raisonner, de notre faculté unique de l'intelligence, et que nous atteindrons une plus grande appréciation pour le Créateur.

Que veut-on dire par « Bané Ho`alôhim » et « Nafilim » ? Voici comment le Targoum `ônqalôs traduit les passages susmentionnés (et je vous rappelle que le Targoum `ônqalôs était la traduction araméenne officielle de toutes les Synagogues de `aras Yisro`él dans les temps mishnaïques et talmudiques. De ce fait, il reflète la manière dont la Tôroh était réellement comprise par nos Sages) :

Et ce fut lorsque les fils des hommes commencèrent à se multiplier sur la terre, et que des filles leurs naquirent, que les fils des puissants virent les filles des hommes qu'elles étaient belles, et prirent pour eux des femmes de toutes celles qui leur plaisaient. Et `adhônoy dit : « Cette génération mauvaise ne se tiendra pas devant Moi pour toujours, parce qu'ils sont chair, et leurs œuvres sont mauvaises. Un terme3 leur sera donné, cent vingt ans, s'ils peuvent être ramenés ». Des forts étaient sur terre en ces jours-là ; et aussi lorsque, après que les fils des puissants étaient venus vers les filles des hommes, il naquit d'elles des forts qui, depuis toujours, furent des hommes de renom.
וַהֲוָה כַּד שָׁרִיאוּ בְּנֵי אֲנָשָׁא, לְמִסְגֵּי עַל אַפֵּי אַרְעָא; וּבְנָתָא, אִתְיְלִידָא לְהוֹן. וַחֲזוֹ בְּנֵי רַבְרְבַיָּא יָת בְּנָת אֲנָשָׁא, אֲרֵי שַׁפִּירָן אִנִּין; וּנְסִיבוּ לְהוֹן נְשִׁין, מִכֹּל דְּאִתְרְעִיאוּ. וַאֲמַר יְיָ, לָא יִתְקַיַּם דָּרָא בִּישָׁא הָדֵין קֳדָמַי לְעָלַם, בְּדִיל דְּאִנּוּן בִּסְרָא, וְעוֹבָדֵיהוֹן בִּישִׁין; אַרְכָּא יְהִיב לְהוֹן, מְאָה וְעַסְרִין שְׁנִין אִם יְתוּבוּן. גִּבָּרַיָּא הֲווֹ בְּאַרְעָא, בְּיוֹמַיָּא הָאִנּוּן, וְאַף בָּתַר כֵּין דְּעָאלִין בְּנֵי רַבְרְבַיָּא לְוָת בְּנָת אֲנָשָׁא, וְיָלְדָן לְהוֹן: אִנּוּן גִּבָּרַיָּא דְּמֵעָלְמָא, אֲנָשִׁין דִּשְׁמָא

Il n'y a aucun ange là-dedans, ni êtres célestes, et il est clair que l'on parle d'êtres humains de chair et de sang ! Les « Bané Ho`alôhim » sont les fils des hommes puissants. Dans son commentaire sur ce passage, Rash''i ז״ל nous explique d'ailleurs ceci :

Les Bané Ho`alôhim : Les fils des princes et des juges. Autre explication : les Bané Ho`alôhim sont les princes qui vont en tant qu'émissaires de l'Omniprésent. Eux aussi se sont mélangés avec eux. Toutes les fois que l'on trouve dans l’Écriture le mot « `alôhim », il y a un sens de « suprématie ». En voici la preuve : « tu seras pour lui un `alôhim »4, ou bien : « Vois ! Je fais de toi `alôhim »5.
בְּנֵי הָאֱלֹהִיםבְּנֵי הַשָּׂרִים וְהַשּׁוֹפְטִים. דָּבָר אַחֵר בְּנֵי הָאֱלֹהִים הֵם הַשָּׂרִים הַהוֹלְכִים בִּשְׁלִיחוּתוֹ שֶׁל מָקוֹם אַף הֵם הָיוּ מִתְעָרְבִין בָּהֶם. כָּל אֱלֹהִים שֶׁבַּמִּקְרָא לָשׁוֹן מָרוּת וְזֶה יוֹכִיחַ אַתָּה תִהְיֶה לוֹ לֵאלֹהִים. רְאֵה נְתַתִּיךָ אֱלֹהִים


Nous ne pouvons être plus clair que cela, qu'il n'y a aucune connotation de divinité dans ce passage. On parlait simplement des fils des princes et des juges, d'hommes d'autorité qui étaient censés représenter la justice de Dieu sur terre ! Ils se sont corrompus et se sont mélangés aux impies. Même ces gens d'autorité se sont corrompus, alors que plus que n'importe qui, ils auraient dû se conduire avec justice et faire appliquer la justice sur terre. La raison pour laquelle HaShem nous en parle, c'est afin que l'on comprenne bien pourquoi Il a détruit le monde par le Déluge. L'humanité s'était corrompue à un tel point que même ceux qui avaient été désignés pour faire appliquer la justice et punir les criminels et les impies avaient corrompu leurs voies. Dans un tel monde où la justice ne peut plus du tout être appliquée et dans lequel plus aucun crime ne peut être puni, il n'y a pas d'autre recours que l'annihilation. Mais néanmoins, HaShem, dans Son incroyable bonté, accorda un délai avant d'exterminer le monde : il accorda aux êtres humains cent vingt ans pour qu'ils se repentent ! Beaucoup de gens croient faussement que lorsque la Tôroh parle de cent vingt ans, c'est la limite d'âge que HaShem imposa aux hommes, alors que le Targoum (ainsi que Rash''i ז״ל, le Rashba''m ז״ל, le `ibn ´azro` ז״ל, et beaucoup d'autres Ri`shônim) explique clairement que cela signifie simplement qu'HaShem accorda un délai de cent vingt ans aux hommes afin qu'ils se repentent. C'est au bout de ces cent vingt ans, s'ils ne s'étaient pas repentis, qu'Il appliquerait le décret d'extermination ! C'est la grande bonté d'HaShem ! Mais les hommes ne se sont pas repentis. Interpréter « Bané Ho`alôhim » comme se référant à des anges n'a aucun sens avec tout le contexte de ce passage ! Et lorsque la Tôroh dit qu'ils se choisirent des femmes parmi les « fils des hommes », c'est un euphémisme pour dire qu'ils violaient ou prenaient comme bon leur semblait les filles des hommes simples, démunis, sans pouvoir, et avaient un appétit sans borne. Il n'y avait plus de justice, et ils faisaient tout ce qu'ils voulaient, sans aucune limite.

Qu'en est-il des « Nafilim » ? La plupart des gens interprètent ce terme comme désignant les anges déchus, qui ont été précipités des cieux pour avoir eu des rapports sexuels avec les filles des êtres humains. Mais cela ne se peut pas. Premièrement, les anges ne sont ps physiques, et de ce fait, aucune connotation physique telle que la localisation ou la chute ne peut s'appliquer à eux. Deuxièmement, la Tôroh est claire sur le fait que les « Nafilim » étaient déjà sur terre en ces temps-là, et qu'ils continuèrent à être là même après que les « Bané Ho`alôhim » (c'est-à-dire les fils des juges et des princes) commencèrent à s'en prendre aux filles des hommes simples. De ce fait, il ne se peut pas qu'il s'agisse des anges ayant eu des rapports avec des êtres humains. Les Sages nous disent qu'il s'agit tout simplement d'hommes à la carrure si impressionnante (ils étaient robustes et très forts) que rien que les voir amenaient les cœurs des gens « à tomber », c'est-à-dire à être terrifiés. Raison pour laquelle le Targoum traduit « Nafilim » par גִּבָּרַיָּא « Gibborayo` », c'est-à-dire « les forts », ceux qui étaient de forte corpulence et dotés d'une force physique impressionnante. (Notez que ni la Tôroh, ni le Targoum, ne parle de « géants ». Il s'agissait juste d'hommes de corpulence impressionnantes.) Ils terrorisaient les gens et faisaient répandre la violence. En nous disant qu'ils continuèrent à être là même après que les fils des princes et des juges se débauchèrent, la Tôroh veut nous dire qu'ils continuèrent à commettre leurs méfaits en toute impunité, puisque dorénavant, ils n'avaient rien à redouter des juges et des princes, qui ne faisaient de toute façon plus appliquer le droit et la justice, mais étaient autant corrompus et débauchés que tous les autres !

Tout cela ajoute à notre compréhension du Déluge, l'histoire qui sera rapportée dans la Sidhroh de la semaine prochaine. Car ce fut la grande stature d'autorité des hommes qui contribua au sentiment d'impunité dont il croyait pouvoir jouir, ainsi que son appétit débridé pour le sexe, la richesse et le pouvoir, au point que les hommes prenaient de force ce qui étaient aux autres (leurs filles, leurs femmes, leurs biens, etc.).

Mis bout à bout, tout cela a du sens, contrairement à cette compréhension infantile et mythologique selon quoi des anges déchus auraient eu des rapports sexuels avec des êtres humains, compréhension qui n'est pas soutenue par HaZa''l, les Ri`shônim, et encore moins par la sage Tôroh d'HaShem !

En outre, nous savons que les anges sont entièrement spirituels, et tous disent que contrairement à nous, les anges ne sont pas dotés de libre-arbitre. S'il en est ainsi, comment peut-on croire que des anges aient pu avoir des désirs pour des femmes humaines, avoir des relations sexuelles avec elles, et désobéir à HaShem ? Cela ne tient pas la route ! Nos Sages ont clairement expliqué que dans les mondes spirituels, il n'y avait pas de libre-arbitre, ni de désirs, ni rien que ce soit associé à des actes physiques. C'est ainsi que nos Sages ont, par exemple, affirmé que dans les mondes spirituels, les notions de s'asseoir ou se lever n'existaient pas. Le physique n'est lié qu'aux gens de ce monde, et il n'y a rien de compatible entre des êtres métaphysiques comme les anges et des êtres physiques comme les êtres humains !

Les gens devraient faire attention avant d'accepter n'importe quelle explication ou commentaire, et ne pas oublier de sortir leur raison du placard !

1Shamôth 7:1
2Tahillim 82:1
3Ou « une longueur »
4Shamôth 4:16, en référence à Môshah Rabbénou, qui aura autorité sur Pharaon. On voit bien que cela ne veut pas dire que Môshah Rabbénou était un « dieu »

5Shamôth 7:1, là encore en référence à Môshah Rabbénou, qui sera en position d'autorité sur Pharaon
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