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mercredi 29 janvier 2020

Les raisons et dangers d'une Houmroh


בס״ד

Les raisons et dangers d'une Houmroh


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Une חֻמְרָה « Houmroh » est définie comme la pratique de la Halokhoh d'une manière plus stricte que ce qui est absolument nécessaire. Pourquoi quelqu'un agirait-il d'une manière plus stricte que nécessaire ? Quelle est la place de la rigueur dans notre pratique halakhique ? Nous trouvons plusieurs justifications à une Houmroh dans les enseignements de HaZa''l.

  • Justification n°1 : Crainte d'en arriver à une ´avéroh

La première Mishnoh de de la Masakhath `ovôth rapporte l'enseignement suivant des `anshé Kanasath Haggadhôloh : וַעֲשׂוּ סְיָג לַתּוֹרָה « Et faites une clôture autour de la Tôroh ». La Mishnoh nous enseigne que l'on doit interdire même les actions autorisées afin d'éviter les situations sujettes à l'erreur ou à la tentation, qui pourraient nous amener à transgresser la Halokhoh elle-même. La Gamoro` applique ce principe dans un certain nombre de contextes, en utilisant la formulation alternative suivante : « Va, va, disons-nous à un Nozir. Ne t'approche pas du vignoble ! ».1

Ainsi, une justification possible pour être plus rigoureux que nécessaire est afin d'éviter de transgression la Halokhoh de base. Si l'on sait que se livrer à une certaine activité crée un risque de mener à une ´avéroh, alors il faut certainement être Mahmir et éviter cette activité.

  • Justification n°2 : Prendre en compte une opinion halakhique plus stricte

La plupart des Houmrôth pratiquées de nos jours, cependant, ne sont pas basés sur la Mishnoh susmentionnée, mais plutôt sur une Gamoro` qui apparaît dans la Masakhath Shabboth2 :

Ribbi Yôhonon suit [ici] son opinion générale. Car Ribbi Yôhonon a dit : « Les chaussures sont comme les Taphillin : tout comme les Taphillin [sont attachées] sur [le bras] gauche, de même, les chaussures [sont mises au pied] gauche [en premier] ». Une objection a été soulevée : [N'est-il pas enseigné que] lorsqu'on met ses chaussures, on met d'abord la droite et puis la gauche ? Rov Yôséph a dit : « Il a été enseigné ceci : bien que Ribbi Yôhonon ait dit l'inverse, celui qui agit d'une ou l'autre manière fait [bien] »3. `abbayé lui a dit : « Mais peut-être que Ribbi Yôhonon n'a pas entendu cette Barrayatho`, mais s'il l'avait entendue il se serait rétracté ? Ou peut-être qu'il l'a entendue mais soutenait que la Halokhoh n'est quand même pas comme cette Mishnoh4 ? ». Rov Nahmon bar Yishoq a dit : « Celui qui craint les Cieux satisfait aux deux opinions ». Et qui est-ce ? Mor le fils de Ravino`. Que faisait-il ? Il mettait [la sandale] au pied droit, mais ne la laçait pas. Puis, il mettait la [sandale] gauche et la laçait. Ensuite, il laçait la [sandale] droite. Rov `ashi a dit : « J'ai vu que Rov Kahano` n'était pas méticuleux5 ».
ואזדא רבי יוחנן לטעמיה דאמר ר' יוחנן כתפילין כך מנעלין מה תפילין בשמאל אף מנעלין בשמאל מיתיבי כשהוא נועל נועל של ימין ואחר כך נועל של שמאל אמר רב יוסף השתא דתניא הכי ואמר רבי יוחנן הכי דעבד הכי עבד ודעבד הכי עבד אמר ליה אביי דילמא רבי יוחנן הא מתני' לא הוה שמיע ליה ואי הוה שמיע ליה הוה הדר ביה ואי נמי שמיע ליה וקסבר אין הלכה כאותה משנה אמר רב נחמן בר יצחק ירא שמים יוצא ידי שתיהן ומנו מר בריה דרבנא היכי עביד סיים דימיניה ולא קטר וסיים דשמאליה וקטר והדר קטר דימיניה אמר רב אשי חזינא לרב כהנא דלא קפיד

Ni R. Kahano` ז״ל ni R. Yôséph ז״ל n'étaient méticuleux quant à l'ordre de mettre des chaussures. Cela suit la méthodologie halakhique standard ; l'une ou l'autre option remplit l'une des deux opinions, et nous n'avons pas affaire à une transgression grave qui pourrait nous obliger à nous prononcer strictement en cas de doute pour l'une ou l'autre opinion. Néanmoins, Mor le fils de Ravino` ז״ל, craignant Hashshém ית׳, était Mahmir avec lui-même et s'efforçait de s'assurer qu'il était à l'abri de toute possibilité de la moindre transgression en remplissant les deux opinions.

De même, dans une Gamoro` de la Masakhath Houllin6 il est déduit d'un Posouq de Yahazqé`l7 ע״ה qu'une personne juste ne mangerait pas la viande si un doute se posait quant à son admissibilité bien qu'elle ait été jugée Koshér par le jugement d'un Rov. Bien que le Rov ait tranché avec indulgence et que la viande est donc licite sur le plan halakhique, une personne juste (un Saddiq) soupçonnerait peut-être que la décision du Rov était erronée et s'abstiendrait donc de manger un aliment qui renfermerait en lui la moindre possibilité de transgression.

Nous voyons à partir de ces deux sources qu'il est considéré comme digne d'éloges d'être plus Mahmir que nécessaire en guise qu'expression de Yir`ath Shomayim, la crainte du Ciel. Bien que la Halokhoh puisse trancher avec indulgence dans un cas douteux, la Houmroh est encouragée afin d'éviter même la possibilité d'une transgression.

  • Justification n°3 : Amélioration de l'accomplissement d'une Miswoh

Une troisième justification à une Houmroh se trouve dans une Mishnoh de la Masakhath Soukkoh8 :

Mishnoh : On peut manger et boire dans le cadre d'un repas occasionnel en dehors de la Soukkoh ... Un incident s'est produit dans lequel ils ont apporté un plat cuisiné à Rabban Yôhonon ban Zakka`y pour qu'il le goûte, et à Rabban Gamli`él ils ont apporté deux dates et un seau d'eau. Et ils ont chacun dit : « Emmenez-les à la Soukkoh et nous les mangerons là-bas ! ». [En revanche,] quand ils ont donné à R. Sadhôq moins que le volume d'un œuf de nourriture, il a pris la nourriture dans un chiffon à des fins de propreté.9 Et il l'a mangée à l'extérieur de la Soukkoh et n'a pas récité une Barokhoh après l'avoir mangée.

Gamoro` : [La Mishnoh cite-t-elle] un incident pour contredire [la Halokhoh citée dans la Mishnoh précédente selon quoi on peut manger ou boire dans le cadre d'un repas occasionnel en dehors de la Soukkoh] ? [L'incident impliquant Rabban Yôhonon ban Zakka`y et Rabban Gamli`él indique que l'on ne peut rien manger en dehors de la Soukkoh. La Gamoro` répond :] La Mishnoh est incomplète [car il manque un élément significatif], et elle enseigne ce qui suit : Si l'on cherche à s'imposer une Houmroh et à ne rien manger en dehors de la Soukkoh, on peut être Mahmir, et il n'y a pas d'élément d'arrogance [en adoptant cette Houmroh]. Et il y avait aussi un incident à l'appui de cette décision : Ils ont apporté un plat cuisiné à Rabban Yôhonon ban Zakka`y pour qu'il le goûte, et à Rabban Gamli`él ils ont apporté deux dates et un seau d'eau et ils ont chacun dit : « Emmenez-les à la Soukkoh et nous les mangerons là-bas ! ».

Rabban Yôhonon ban Zakka`y ז״ל et Rabban Gamli`él ז״ל ont agi avec Houmroh et sont entrés dans la Soukkoh même pour une petite collation, ce qui est compris comme accordant une légitimité universelle à la Houmroh de manger même la plus petite collation dans la Soukkoh. Cette Houmroh a été assumée non par crainte que manger en dehors de la Soukkoh puisse constituer une transgression, ce qui n'est clairement pas le cas, ni même par crainte que cela puisse conduire à une transgression, mais plutôt pour une raison positive. Bien que l'on ne soit pas obligé de grignoter dans la Soukkoh, le faire constitue un accomplissement supplémentaire de la Miswoh de vivre dans la Soukkoh. Ces Hakhomim ont été Mahmirim afin d'améliorer leur accomplissement de la Miswoh de résider dans la Soukkoh, par désir de maximiser leur ´avôdhath Hashshém.

  • Justification n°4 : Accomplissement de l'Esprit de la Loi

Une quatrième justification à une Houmroh, quelque peu similaire à la troisième, se trouve mentionnée en thème général dans le commentaire du Rambo''n ז״ל sur la Tôroh. Le Rambo''n souligne à plusieurs endroits10 que la Tôroh comprend à la fois des commandements spécifiques et des directives générales, car des commandements techniques et des interdictions spécifiques peuvent toujours être contournés tout en violant l'esprit de la loi. Une personne intelligente pourrait techniquement accomplir tous les commandements interpersonnels, tout en étant une personne cruelle et égoïste. Elle pourrait respecter toutes les lois du Shabboth, et pourtant en faire une journée de travail, et elle pourrait s'abstenir des actions qui sont rituellement interdites et néanmoins mener une vie hédoniste et profane. Par conséquent, la Tôroh nous ordonne d'être saints et pas seulement de s'abstenir d'activités rituellement interdites, d'être honnêtes et bons et pas seulement de s'abstenir de vol et de péchés similaires, et de se reposer à Shabboth et pas seulement de s'abstenir des Malo`khôth interdites.

Alors que le commandement de suivre l'esprit de la loi est contraignant et pas seulement une Houmroh, la mise en œuvre de ces directives peut être classée comme une Houmroh dans un certain sens, car elles exigent que chaque individu, en fonction de sa situation unique, s'abstienne d'activités qui pourraient être techniquement admissibles, et même appropriées, dans différentes circonstances.11

Nous pouvons donc conclure que le phénomène d'une Houmroh est fermement enraciné dans la tradition halakhique. Il convient d'être Mahmir afin d'éviter des situations de tentation, afin de respecter l'esprit de la loi ou de renforcer une Miswoh, et d'éviter un acte douteux pouvant entraîner une transgression, même si le processus halakhique le permet.

Il convient de noter que même si la Houmroh est considérée comme juste et louable, elle n'est pas nécessairement nécessaire, même pour les grands Hakhomim de la Tôroh, car R. Kahano` n'était pas Mahmir concernant la façon de mettre ses chaussures et R. Sadhôq n'était pas Mahmir quant au fait de ne rien manger en-dehors de la Soukkoh.12 Cependant, de telles Houmrôth sont certainement une expression valable et louable de la crainte et de l'amour envers Hashshém lorsqu'elles sont assumées par celui qui se sent inspiré à le faire.

  • Est-ce une folie ou un acte de piété d'adopter une Houmroh ?

Maintenant que nous avons établi une base solide pour la pratique de la Houmroh, il est surprenant de voir une décision dans le Shoulhon ´oroukh qui semble délégitimer cette pratique même. Le Shoulhon ´oroukh13 stipule que celui qui est exempté de la Miswoh de la Soukkoh, et reste néanmoins dans la Soukkoh, ne reçoit aucune récompense céleste pour sa Houmroh et est plutôt considéré comme un idiot. Le Moghén `avrohom14 ז״ל tranche de la même manière en ce qui concerne celui qui est exempté de l'obligation de s'accouder à la table du Sédhar de Pasah et le fait néanmoins, et indique la source de cette décision dans le Talmoudh Yaroushlami, qui déclare que quiconque qui est exempté de quelque chose et le fait néanmoins est considéré comme un idiot.15 Le Moghén `avrohom souligne cependant que cette déclaration ne peut pas être prise à la lettre, car nous pratiquons de nombreuses Houmrôth qui sont considérées appropriées et même louables. Il est d'avis que le Talmoudh Yaroushlami doit certainement se référer à un sous-ensemble spécifique de Houmrôth qui sont inappropriées et contre-productives. Malheureusement, le Moghén `avrohom ne définit pas la nature de ces Houmrôth qui sont considérées comme stupides plutôt que pieuses.

Plusieurs tentatives d'explications ont été entreprises pour clarifier cette décision déroutante du Talmoudh Yaroushlami.

  • Problème n°1 : Inventer une nouvelle religion

Ribbénou Manahém Hammé`iri ז״ל explique que le Yaroushlami se réfère au cas de celui qui est Mahmir d'une manière qui n'entraîne aucun accomplissement spirituel, car la Houmroh qu'il a adoptée n'amène à l'accomplissement d'aucune Miswoh, ni ne stimule le développement intellectuel ou éthique.16 Celui qui invente un acte d'adoration inutile qui n'apporte aucun avantage halakhique ou éthique mérite certainement d'être qualifié d'imbécile. Bien que son intention soit sincère, il invente une nouvelle religion au lieu d'améliorer son accomplissement du judaïsme.

  • Problème n°2 : Transgression d'une autre Halokhoh

Alors que le Mé`iri a interprété la critique du Yaroushlami comme dirigée contre celui dont le Houmroh n'a pas de substance positive, la plupart des Maphôrashim comprennent que le Yaroushlami critique celui dont la Houmroh pourrait contenir un élément positif tout en ayant également des ramifications négatives qui l'emportent sur son avantage. Le Shavouth Ya´aqôv17 ז״ל suggère que ce principe est cité par le Shoulhon ´oroukh spécifiquement en ce qui concerne celui qui est assis dans la Soukkoh sous la pluie parce que bien qu'une telle personne améliore son accomplissement de la Miswoh de résider sous la Soukkoh, il transgresse la Miswath ´aséh de se réjouir de la fête, ainsi que le principe de la Tôroh selon quoi דְּרָכֶיהָ דַרְכֵי-נֹעַם « ses voies sont des voies de contentement ».18 De plus, le Shavouth Ya´aqôv cite la Mishnoh qui compare la chute de pluies durant Soukkôth à un serviteur qui a préparé une coupe pour le roi et le roi l'a jetée à son visage. Lorsque Hashshém fait pleuvoir pendant Soukkôth, cela constitue un rejet explicite de notre Miswoh de s'asseoir dans la Soukkoh, et donc celui qui continue de s'asseoir dans la Soukkoh au mépris de ce message clair fait preuve de manque de respect envers le Roi des rois.

Le principe de la chose, selon le Shavouth Ya´aqôv, est facilement généralisable. Chaque fois qu'agir de manière stricte concernant une Halokhoh entraîne une transgression d'une autre Halokhoh, une telle Houmroh est clairement contre-productive, et nous pouvons à juste titre attribuer la folie à celui qui la pratique.

  • Problème n°3 : L'arrogance

Si nous examinons cette citation du Yaroushlami dans son contexte d'origine, nous constatons que le Yaroushlami critique en effet celui dont la Houmroh constitue une transgression d'une autre exigence halakhique. Cependant, l'exigence halakhique concurrente ne réside pas dans le domaine de Bén `odhom Lammoqôm, des Miswôth entre l'homme et Hashshém, mais plutôt dans le domaine de Bén `odhom Lahavérô, entre l'homme et son prochain.

Le Yaroushlami introduit ce principe vers la fin d'une discussion complexe sur l'interdiction de montrer sa religiosité. Le Yaroushlami analyse un différend concernant la possibilité d'être Mahmir d'une manière qui rend publique sa piété extraordinaire, en distinguant entre la Houmroh qui implique le sacrifice de soi et qui ne fait que susciter l'éloge, et entre un Hokhom ou dirigeant communautaire établi et un citoyen moyen. Au cours de cette discussion, le Yaroushlami rapporte une histoire19 :

R. Za´iro` a dit : « [Un Talmidh des Hakhomim peut suivre une ligne de conduite qui entraînera pour lui une difficulté] uniquement s'il ne fait pas ridiculiser les autres ». [L'histoire suivante illustre cela :] Une fois R. Mayasho` et R. Shamou`él bar R. Yishoq étaient assis et mangeaient dans l'un des Botté Kanosiyôth à l'étage, et il était temps de prier. R. Shamou`él bar R. Yishoq s'est levé et a prié [interrompant son repas]. R. Mayasho` lui a dit : « Ribbi n'a-t-il pas enseigné : ''S'ils ont commencé [à manger], ils n'interrompent pas [leur repas pour prier]'' ? Et Hizqiyoh [n'a-t-il pas] enseigné : ''Quiconque est exempté d'une obligation et l'accomplit est appelé un simplet'' ? ».

Les critiques de R. Mayasho` ז״ל à l'encontre de R. Shamou`él bar R. Yishoq n'étaient pas simplement qu'il se livrait à la pratique d'une Houmroh, mais qu'il le faisait d'une manière qui pouvait être considérée comme insultante pour ses collègues et pouvait être interprétée à tort comme une expression d'arrogance et supériorité religieuse.

Le Talmoudh Bavli considère également comme axiomatique qu'il est interdit de se livrer à la pratique d'une Houmroh si cette pratique donne une apparence d'arrogance, bien que les détails de cette interdiction soient sujets à débat. À deux endroits de la Mishnoh, Rabban Gamli`él ז״ל et les Hakhomim se demandent s'il est permis de respecter une Houmroh particulière. Ils discutent dans la Masakhath Barokhôth20 sur la permissivité pour un Hothon, qui est exempté de l'obligation de réciter le Shama´, de suivre la pratique de Rabban Gamli`él, qui a récité le Shama´ le soir de son mariage. Dans la Masakhath Pasohim21, ils discutent de la permissivité pour Juif ignorant de s'abstenir de travailler à Tish´oh Ba`ov, comme c'était la coutume des Talmidhé Hakhomim.

La Gamoro` conclut que, fondamentalement, tout le monde convient que l'on ne peut pas s'engager dans une Houmroh qui pourrait sembler être une expression d'arrogance. Les débats ne portent que sur les détails d'une telle interdiction. Lors d'un mariage, si tous les invités récitent le Shama´ et que le Hothon récite avec eux, il peut sembler arrogant parce qu'il récite le Shama´ dans des circonstances où d'autres Hathonim ne l'ont pas fait, mais peut-être qu'il ne semble pas arrogant, parce qu'il agit comme tout le monde au mariage. En ce qui concerne Tish´oh Ba`ov, il est peut-être arrogant pour un Juif ignorant de prendre congé de son travail et d'agir comme s'il était capable de passer une journée entière à méditer sure la perte du Béth Hammiqdosh. D'un autre côté, celui qui l'observe pourrait peut-être supposer que sa journée de travail était courte ce jour-là et qu'il est rentré plus tôt parce qu'il n'y avait pas de travail disponible.

Il est clair, cependant, que HaZa''l s'inquiétaient de la possibilité que quelqu'un en arrive à abuser du concept de la Houmroh afin de démontrer sa supériorité religieuse. Non seulement cela, mais même une personne sincère ne pourrait pas agir d'une manière qui pourrait être mal interprétée comme une expression d'arrogance, et donc provoquer une discorde sociale ou engendrer du cynisme à propos de la pratique religieuse.

  • D'autres problèmes potentiels

Nous trouvons également d'autres contextes dans lesquels HaZa''l étaient sensibles aux dangers Bén `odhom Lahavérô qui pouvaient découler de la pratique d'une Houmroh. Un exemple simple se trouve dans une Gamoro` de la Masakhath Sôtoh22. La Mishnoh y déclare qu'un « piétiste insensé » provoque la destruction du monde. La Gamoro` illustre le sens d'une piété folle en décrivant un homme qui voit une femme se noyer dans la rivière mais s'abstient de la sauver parce qu'il est inapproprié de regarder les femmes. Ceci est un exemple évident d'une Houmroh qui a mal tourné.

Un exemple plus subtil se trouve dans la Tôsaphto`23, qui stipule que l'on n'est pas autorisé à nous affliger par un jeûne excessif, de peur qu'on ne nuise à notre santé et qu'on ne puisse pas travailler, et que l'on devienne ainsi un fardeau pour la communauté. Nous apprenons d'ici que la Houmroh est encouragé au détriment de ses propres ressources financières, mais pas si cela conduit les autres à s'occuper financièrement de nous.

En fait, dès le tout début de la Tôroh, on nous enseigne qu'il ne faut pas s'engager dans une Houmroh au détriment des autres. `avrohom `ovinou ע״ה, après avoir conquis les quatre rois et acquis ainsi tout le butin qu'ils avaient pris aux cinq rois conformément aux lois de la guerre contemporaines, a décidé d'être Mahmir et refusa de garder le butin de Sodome.24 Mais il savait que sa Houmroh exercerait une pression sociale sur ses alliés païens, qui avaient tout droit à leur part dans le butin de la guerre et seraient poussés à renoncer à leurs parts afin de ne pas apparaître moins droits que lui. `avrohom n'était pas disposé à faire pression sur les autres pour qu'ils soient Mahmirim s'ils ne voulaient pas sincèrement l'être de leur propre gré, et il a donc explicitement stipulé qu'il n'était Mahmir que pour son propre compte, mais pas pour les autres. Cela a établi un précédent pour les pieux Juifs qui doivent Mahmirim à leurs propres frais, tout en veillant à ne pas nuire ou gêner les autres, ni à leur imposer leurs propres Houmrôth. Or, beaucoup de personnes aujourd'hui qui ont pris sur elles certaines Houmrôth se comportent avec arrogance et extrémisme, et pensent qu'il est bien que les autres soient aussi Mahmirim qu'elles-mêmes. Cela a pour conséquence de développer un radicalisme idiot et des sentiments de supériorité qui amènent à mépriser les autres qui sont moins Mahmirim. Cela n'est pas la voie de la Tôroh ! Si quelqu'un veut être Mahmir dans un domaine, qu'il s'applique lui-même cette Houmroh sans l'imposer à qui que ce soit d'autre, ni rabaisser ceux qui ne seraient pas à son niveau de rigueur religieuse.

  • Conclusion

Nous avons vu plusieurs critiques de la pratique inappropriée d'une Houmroh. Le Mé`iri a critiqué la Houmroh dépourvue de signification halakhique ou qui ne cause pas une amélioration éthique. Le Shavouth Ya´aqôv a critiqué une Houmroh adoptée au détriment de notre respect pour Hashshém, pour Ses Miswôth ou pour les principes généraux de la Tôroh. Et de nombreuses sources ont critiqué la Houmroh qui se fait au détriment des autres, qui affecte leurs vies, leurs gagne-pains ou leurs sentiments. Il est clair que la pratique d'une Houmroh, bien que louable, requiert de l'intelligence et du jugement, afin de s'assurer que son bénéfice n'est pas contrebalancé par l'insensibilité aux autres valeurs de la Tôroh.
1Shabboth 14a, Pasohim 40b, Yavomôth 46a, Bavo` Masi´a` 92a, ´avôdhoh Zoroh 17a, 58b-59a. Un Nozir a une interdiction Min Hattôroh de consommer des raisins, et de ce fait, une Houmroh consiste à s'éloigner d'un vignoble afin d'éviter la tentation.
261a
3Il est laissé à l'appréciation de chacun de choisir de placer sa chaussure droite ou sa chaussure gauche en premier, car d'un côté, ceux qui mettent leur chaussure gauche en premier le font parce que c'est du côté gauche que l'on attache les Taphillin du bras, tandis que de l'autre côté, ceux qui mettent la chaussure droite en premier le font parce que la règle générale veut qu'on donne priorité au côté droit en toute chose.
4C'est-à-dire, qu'elle n'est qu'une Barrayatho`, mais pas une Mishnoh.
5C'est-à-dire, parfois il commençait par mettre la chaussure droite, parfois il commençait par mettre la chaussure gauche.
644b
74:14
826a-b
9Il ne s'est pas lavé les mains au préalable, car d'après son opinion on n'est pas obligé de se laver les mains pour de la nourriture valant moins que le volume d'un œuf.
10Voir, par exemple, ses commentaires sur Wayyiqro` 19:2, 23:24 et Davorim 6:18.
11De plus, il est probable que dans ces Miswôth, selon le Rambo''n, est incluse à la fois une obligation absolue de respecter l'esprit de la loi et des encouragements à être Mahmir et à la hauteur d'une version plus idéalisée de l'esprit de la loi, que le Rambo''n appelle Parishouth.
12Il semble cependant, d'après le passage de la Masakhath Houllin, que chaque Hokhom devrait être Mahmir et éviter les éléments douteux qui ont été autorisés uniquement par le jugement subjectif du Rov local.
13`ôrah Hayyim 639:7
14`ôrah Hayyim 472:6
15Talmoudh Yaroushlami, Barokhôth 2:5 et Shabboth 1:2.
16Béth Habbahiroh, Bavo` Qammo` 87a. Il cite le passage du Yaroushlami au nom du Midhrosh.
17Tashouvôth Shavouth Ya´aqôv 3:45, cité dans le Sha´aré Tashouvoh sur le Shoulhon ´oroukh, `ôrah Hayyim 639:5.
18Mishlé 3:17. Voir Soukkoh 32a, Yavomôth 15a et 87b.
19Talmoudh Yaroushlami, Barokhôth 2:5 et Shabboth 1:2.
2016b
2154b
2221a
23Ta´nith 2:12
24Baré`shith 14:21-24

vendredi 17 janvier 2020

Les souffrances des Saddiqim et la prospérité des Rasho´im – Première Partie


בס״ד

Les souffrances des Saddiqim et la prospérité des Rasho´im – Première Partie


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L'un des principes majeurs de la foi est la croyance que Hashshém ית׳ récompense les Saddiqim et punit les Rasho´im. Mais cette croyance semble contredite par la souffrance des premiers et la prospérité des derniers, qui se manifestent à chaque génération. Cette question fondamentale est soulevée dans le TaNa''Kh par Yirmayohou Hannovi` : מַדּוּעַ דֶּרֶךְ רְשָׁעִים צָלֵחָה « Pourquoi la voie des Rasho´im a-t-elle prospéré ? ».1 Cette interrogation est le sujet de tout le livre de `iyôv. Et d'après HaZa''l,2 au Har Sinay, Môshah Rabbénou ע״ה a lui-même demandé à Hashshém pourquoi certains des Saddiqim prospèrent mais d'autres souffrent, et pourquoi certains des Rasho´im souffrent mais d'autres prospèrent. Les tentatives d'expliquer le problème des souffrances des Saddiqim et la prospérité des Rasho´im sont ce que l'on appelle les théodicées.

  • Les amis de `iyôv

La réponse simple, peut-être trop simpliste, à cette question est donnée par les amis de `iyôv dans le livre du même nom. Les amis de `iyôv lui disent que s'il souffre c'est qu'il doit l'avoir mérité. Hashshém est un juge juste, et `iyôv n'aurait pas été puni s'il n'avait pas été mauvais.3

Notre intuition morale et notre expérience rejettent cette réponse. Nous savons qu'il y a des gens dans ce monde qui souffrent et ne le méritent pas, et `iyôv est apparemment l'un d'entre eux. À la fin du livre de `iyôv, Hashshém Lui-même apparaît à `iyôv hors du tourbillon et lui dit qu'il ne comprendra jamais vraiment la réponse à ce problème philosophique profond. Dans le même temps, Hashshém indique très clairement que, même si le questionnement de `iyôv était approprié, les amis de `iyôv ont mal compris la façon dont Hashshém dirige le monde. En fait, les amis de `iyôv ont besoin ensuite que `iyôv intercède en leur nom afin que Hashshém leur pardonne leur erreur philosophique.4

Non seulement l'accusation des amis de `iyôv était inappropriée, mais elle constituait une violation de l'interdiction biblique de וְלֹא תוֹנוּ אִישׁ אֶת-עֲמִיתוֹ « Et ils ne se léseront pas, un homme quelqu'un de son peuple ».5 Il est interdit d'opprimer verbalement son semblable, et l'un des exemples d'oppression verbale interdite par cette Miswoh est le fait de dire à quelqu'un que sa souffrance est due à ses péchés.6 Il est clair que nous n'approuvons pas l'approche simpliste des amis de `iyôv, qui croient qu'il existe une corrélation directe entre le sort de chacun dans la vie et ce que l'on mérite en fonction de son accomplissement moral et spirituel.

Le premier chapitre du livre de `iyôv nous explique en fait pourquoi `iyôv a souffert (bien que les personnages du récit ignorent ce contexte). C'est parce que Hashshém a fait un pari avec le Soton. Mais c'est une réponse philosophique insatisfaisante. Pensons-nous vraiment que les Saddiqim souffrent à cause des disputes entre le Soton et Hashshém ? Le livre de `iyôv obscurcit beaucoup plus le problème qu'il ne l'éclaire, et nous nous retrouvons, comme `iyôv lui-même, sans savoir pourquoi il y a tant d'injustice dans le monde si Hashshém est finalement juste.

  • Le ´ôlom Habbo` dans la théodicée

Il existe un certain nombre d'approches de la philosophie juive normative à ce problème. L'une des approches les plus populaires soutient que les amis de `iyôv avaient presque raison. Le Talmoudh7 cite une Mahlôqath entre Ribbi Yôsé ז״ל et Ribbi Mé`ir ז״ל sur la question. Le premier croit fermement que la souffrance peut toujours être expliquée, tandis que le second rejette cela.

Selon R. Yôsé, toute souffrance est le résultat du péché et toute prospérité est due à de bonnes actions. Une personne juste qui ne souffre jamais est pleinement juste; une personne juste avec quelques méfaits souffre pour ces quelques péchés. De même, quelqu'un qui est complètement mauvais ne pourrait jamais prospérer, mais quelqu'un qui est majoritairement mauvais mais qui accomplit encore quelques Miswôth peut prospérer grâce à ces quelques bonnes actions.8

Comment cela peut-il avoir du sens ? Rash''i ז״ל et d'autres commentateurs expliquent que dans le calcul de Hashshém, il y a deux domaines dans lesquels Il peut appliquer récompense et punition - ce monde (´ôlom Hazzah) et le monde-à-venir (´ôlom Habbo`). Si quelqu'un est complètement juste, il n'a besoin d'aucune punition et il prospérera dans ce monde et dans le suivant. Mais une personne majoritairement juste mérite beaucoup de récompenses et peu de punitions, et Hashshém décide qu'Il préférerait lui donner la punition dans ce monde et réserver toutes les récompenses pour le monde-à-venir. Il veut que cette personne majoritairement juste ait un bonheur absolu dans le ´ôlom Habbo`, et donc Il lui fait payer pour tous ses péchés dans ce monde. Il semble que le juste souffre beaucoup dans ce monde parce que ce monde est si court, c'est pourquoi bien qu'il ne mérite qu'une légère punition, il semble souffrir terriblement dans ce monde. Mais même des souffrances terribles dans ce monde ne sont qu'une infime fraction par rapport à l'éternité du monde-à-venir. Ainsi, une personne majoritairement juste qui ne mérite qu'une punition d'un pour cent peut souffrir terriblement dans ce monde, mais sa souffrance n'est rien comparée à la béatitude éternelle dont elle héritera dans le monde-à-venir.

De même, quelqu'un qui est complètement mauvais sera puni dans les deux mondes. Mais si quelqu'un est majoritairement mauvais, Hashshém ne veut pas qu'il reçoive de récompense dans le ´ôlom Habbo`, donc Il doit remplir Son obligation de lui donner sa pleine récompense dans ce monde. En conséquence, le majoritairement mauvais peut ressentir beaucoup de bonté dans ce monde, car du point de vue de l'éternité, la petite quantité de récompense qu'il mérite se traduit par une grande récompense dans ce monde, mais c'est minuscule par rapport à la punition qu'il reçoit dans le monde-à-venir.

Le Rambo''n ז״ל propose une application fascinante de cette idée dans son Tôrath Ho`odhom, son ouvrage qui traite des lois de la vie et de la mort, dans la section intitulée Sha´ar Haggamoul, qui traite de la philosophie de la récompense et de la punition.9 Le Rambo''n utilise cette idée de manière polémique pour défendre le judaïsme contre un argument chrétien très populaire, puissant et menaçant qui a été avancé tout au long du Moyen Âge. Les chrétiens, dans une tentative de convertir les Juifs, ont apporté une preuve apparemment solide que le christianisme a raison et que les Juifs ont été rejetés par Hashshém : Après tout, il est dit dans la Tôroh que ceux qui sont bons sont récompensés par Hashshém et que le mal est puni, et les Juifs sont opprimés, persécutés, réduits en esclavage et exilés, tandis que les chrétiens gouvernent le monde ! Ce fait, selon les chrétiens, prouve que Hashshém a choisi les chrétiens et rejeté les Juifs.

De nombreux Juifs étaient menacés par le pouvoir intellectuel de cet argument, mais le Rambo''n a renversé cet argument et l'a utilisé pour prouver que les Juifs sont en fait le peuple élu. Après tout, aucune nation entière ne peut être complètement juste ou complètement mauvaise ; il y a toujours une gamme ou une variété de personnes. Les Gôyim peuvent être majoritairement mauvais ou majoritairement justes ou quelque part entre les deux. En conséquence, le Rambo''n fait valoir que si une nation est majoritairement juste, Hashshém la traite comme Il le ferait pour une personne majoritairement juste, en mettant de côté toutes les récompenses pour le monde-à-venir et punissant la nation pour ses quelques péchés dans ce monde, et ils endurent ainsi beaucoup de souffrance. Si une nation est majoritairement mauvaise, alors Hashshém doit les payer pour leurs quelques bonnes actions, et donc Il les récompense avec de grandes récompenses dans ce monde pour s'acquitter de l'obligation créée par ces quelques bonnes actions. Ensuite, Il peut les envoyer directement à la damnation dans le ´ôlom Habbo`. Ainsi, dit le Rambo''n, c'est la preuve de la vérité du judaïsme ! Les Juifs souffrent parce que nous devons être si justes que nous avons peu de péchés, et donc Hashshém réserve notre récompense pour le monde-à-venir et nous punit pour nos péchés dans ce monde. Les chrétiens prospèrent parce qu'ils sont des idolâtres qui transgressent la Tôroh, et donc Hashshém les traite comme des gens majoritairement impies et leur réserve la damnation éternelle dans le monde-à-venir, les récompensant pour les actes de bonté qu'ils font dans ce monde en leur accordant domination, richesse et pouvoir.10

Cette approche, selon laquelle toute souffrance est une punition pour un acte répréhensible, n'a pas été acceptée par tous les rabbins talmudiques. Comme indiqué plus haut, dans la Gamoro` de Barokhôth, R. Mé`ir rejette cette approche et soutient que cette explication n'a pas été donnée à Môshah Rabbénou au Sinaï, où il a en fait été informé qu'il n'y a aucune explication philosophique pour la récompense et la punition : וְחַנֹּתִי אֶת-אֲשֶׁר אָחֹן « Et Je serai gracieux envers qui Je serai gracieux » - même s'il n'est pas digne; וְרִחַמְתִּי אֶת-אֲשֶׁר אֲרַחֵם « Et J'aurai pitié de qui J'aurai pitié » - même s'il n'est pas digne.11 De même, alors que R. ´ammi ז״ל a initialement soutenu que toute souffrance est le résultat du péché, le Talmoudh rejette cette opinion et conclut que toutes les souffrances ne peuvent pas être attribuées au péché.12 De même, nous trouvons un débat entre R. Ya´aqôv ז״ל et les rabbins dans lequel les rabbins semblent dire qu'il y a récompense et punition dans ce monde, tandis que R. Ya´aqôv pense qu'il n'y a pas de récompense et punition dans ce monde.13 C'est peut-être aussi l'intention de la déclaration de R. Yanna`y dans les Pirqé `ovôth :14 אֵין בְּיָדֵינוּ לֹא מִשַּׁלְוַת הָרְשָׁעִים וְאַף לֹא מִיִּסּוּרֵי הַצַּדִּיקִים « Nous n'avons pas entre nos mains ni la tranquillité des Rasho´im ni les afflictions des Saddiqim ». La plupart des commentaires comprennent que cela signifie que nous ne pouvons pas comprendre pourquoi les Rasho´im prospèrent et les Saddiqim souffrent. Ainsi, nous devons explorer d'autres explications de la souffrance des Saddiqim.

  • Souffrances d'amour

Une autre théodicée possible est évoquée dans Barokhôth 5a. Le Talmoudh donne des conseils pratiques : si une personne voit qu'elle souffre, elle doit examiner ses actions et les améliorer par la Tashouvoh. Si quelqu'un vérifie et ne peut pas trouver où il aurait fait quelque chose de mal, alors il doit considérer que ses souffrances furent causées par le fait qu'il néglige l'étude de la Tôroh. Et s'il ne peut pas non plus attribuer ses souffrances à une négligence de l'étude de la Tôroh, alors Ravo` ז״ל nous dit que ce sont des יסורין של אהבה « Yissourin Shal `ahavoh », des « souffrances d'amour », comme le dit le Posouq : כִּי אֶת אֲשֶׁר יֶאֱהַב יְהוָה    יוֹכִיחַ « Car celui qu'Il aime, `adhônoy le châtie ».15 Une personne qui souffre à cause de l'amour de Hashshém accepte volontiers la souffrance et aime de plus en plus Hashshém puisqu'il accepte la souffrance.

Nous pouvons certainement admirer une personne qui accepte de souffrir avec amour, mais on ne nous explique pas pourquoi Hashshém provoquerait la souffrance par amour. Si j'aime quelqu'un, je veux l'aider et ne pas lui faire de mal, et il n'est pas clair pourquoi Hashshém n'agirait pas de la même manière. En fait, plusieurs philosophes Juifs ne pouvaient accepter le sens simple de ce passage. Par exemple, le Rambo''m ז״ל,16 en discutant de l'opinion juive dominante, nous dit que certains de nos Hakhomim croyaient à la souffrance par amour, mais c'est une théorie ultérieure qui n'a aucune source dans la Tôroh et est simplement une opinion minoritaire.

Le Rambo''n, en revanche, réinterprète brillamment la Gamoro` en la lisant de très près. La Gamoro` ne dit pas que nous parlons d'une personne qui n'a pas péché. Il s'agit plutôt d'un cas dans lequel on a examiné ses actions et n'a trouvé aucun péché. Cela prouve simplement qu'il n'a commis aucun péché dont il a connaissance. Dans le langage halakhique, nous dirions qu'il est innocent des péchés intentionnels, mais il peut encore avoir accidentellement ou par négligence péché. Peut-être qu'il ne se rend même pas compte qu'il pèche parce qu'il n'a pas enquêté correctement sur ses actions. Peut-être ne connaît-il pas tous les détails de la Halokhoh et pèche constamment. Les « souffrances de l'amour » signifient que Hashshém punit les justes dans ce monde non seulement pour les péchés commis intentionnellement, mais même pour les péchés involontaires, de sorte qu'Il n'aura pas à les punir dans le monde-à-venir.17 En conséquence, cette explication ne contredit pas l'hypothèse selon laquelle toute souffrance est le résultat du péché. Toute souffrance doit résulter du péché de quelqu'un, que ce soit sciemment ou inconsciemment.

Cependant, la plupart des commentateurs comprennent ce passage de la Gamoro` dans son sens littéral comme signifiant que Hashshém cause parfois des souffrances simplement par amour. Les Yissourin Shal `ahavoh sont des souffrances qui sont bonnes pour vous et non des punitions. Parfois, les justes souffrent parce qu'ils sont mieux lotis pour avoir souffert. En fait, la Gamoro` nous dit que les Yissourin Shal `ahavoh font référence à ces types de souffrances qui ne distraient pas une personne de ses entreprises spirituelles (c'est-à-dire qu'elles n'interfèrent pas avec sa Taphilloh ou son Limoudh), faisant peut-être allusion au fait qu'il existe un type de souffrance qui est bon pour nous.

Comment cela se peut-il ? Rash''i18 explique de manière cryptique qu'en souffrant, le juste amasse encore plus de mérite et obtient une récompense encore plus grande dans le monde-à-venir. Peut-être que Hashshém fait s'abattre la souffrance sur les justes afin qu'ils amassent encore plus de récompenses en réussissant le test et en continuant d'augmenter leur dévotion religieuse et leurs activités spirituelles malgré leurs souffrances.19

D'autres philosophes suggèrent d'autres raisons pour lesquelles il est bon pour les justes de souffrir. Le Pané Yahôshoua´ ז״ל, en analysant les paroles de Rash''i, suggère que la souffrance du juste est en fait lié au mérite de toute une génération; parfois, lorsque Hashshém a besoin de punir les pécheurs du peuple juif, il punit plutôt les justes, et la souffrance des justes réalise l'expiation pour toute la génération. C'est en fait une faveur pour le Saddiq, car le mérite d'avoir sauvé toute la communauté juive est une grande Miswoh pour laquelle il sera récompensé dans le monde-à-venir.

Le Rov Sa´adhyoh Go`ôn ז״ל20 suggère que peut-être Hashshém fait souffrir les justes même s'ils ne le méritent pas afin de montrer à tous les autres ce qu'est un Saddiq et quelles hauteurs de spiritualité peuvent être atteintes . Si le Saddiq sert Hashshém et a une vie confortable, alors tout le monde dira qu'il était religieux uniquement parce que cela fonctionnait bien pour lui. Mais si le Saddiq souffre et reste ferme dans sa `amounoh et son dévouement, le monde entier est impressionné et voit la sincérité de la foi religieuse. Cette fonction didactique de la souffrance du juste correspond bien au thème de `iyôv. Pourquoi `iyôv a-t-il souffert ? Pour que Hashshém puisse montrer au Soton, représentant les sceptiques du monde, que `iyôv était un vrai Saddiq, qui a conservé sa `amounoh même face à ses souffrances.

D'autres philosophes Juifs comprennent cela d'une manière plus simple. Le Ra''n ז״ל,21 le Pané Yahôshoua´22 et le Mahara''l ז״ל23 supposent que pour un vrai Saddiq, la souffrance est bonne car elle diminue son aspect physique. Plus on souffre physiquement, moins on a d'attirance pour le monde physique, et plus on est purifié et spiritualisé. Quelqu'un qui n'a aucun plaisir dans le monde physique déplacera naturellement son attention du physique au spirituel, en se concentrant sur son âme à l'exclusion de son corps. Il peut devenir purement spirituel par sa retraite du monde physique. Bien sûr, une personne moyenne qui souffre pourrait simplement se concentrer sur ses souffrances physiques. Mais, nous dit le Ra''n, un vrai Saddiq peut utiliser la souffrance comme un moyen de se distancier de ce monde physique et de se concentrer uniquement sur son âme et de la purifier afin qu'elle puisse atteindre les sommets les plus élevés possible dans la récompense ultime du monde-à-venir.

  • En résumé

Nous avons vu trois approches pour expliquer pourquoi les justes souffrent. La première, qui est inacceptable et ne doit pas être suivie, est celle des amis de `iyôv, qui prétendent que plus quelqu'un prospère, plus il doit être juste et plus quelqu'un souffre, plus il doit être mauvais. Nous avons discuté de deux approches plus sophistiquées et acceptables. Le Rambo''n, suivant Ribbi Yôsé, soutient que toute prospérité est une récompense pour la Miswoh, toute souffrance est une punition pour le péché, et la seule raison pour laquelle les justes souffrent est parce qu'ils ne sont pas des Saddiqim complets et Hashshém veut les purifier de leurs quelques péchés dans ce monde. Inversement, la raison pour laquelle les méchants prospèrent est parce qu'ils ne sont pas complètement méchants et Hashshém veut les récompenser pour toutes leurs bonnes actions dans ce monde afin qu'Il puisse les punir sévèrement dans le monde-à-venir.24 L'autre approche, la simple compréhension des mots de Ravo` dans Barokhôth 5a, est que parfois un Saddiq souffre parce que c'est bon pour lui. Cela peut être dû au fait que la souffrance peut augmenter son mérite lorsqu'il réussit le test en acceptant la souffrance avec amour (comme Rash''i l'indique); alternativement, le Saddiq peut souffrir parce qu'il aide sa génération, soit en fournissant un exemple à sa génération (Rov Sa´adhyoh Go`ôn), soit en réalisant l'expiation au nom de sa génération (Pané Yahôshoua´). Ou, comme le Ra''n, le Mahara''l et d'autres le prétendent, la souffrance physique est bonne pour quelqu'un à un niveau de spiritualité très élevé, car elle l'aide à purifier son âme de la physicalité. Parfois, ce qui vous semble mauvais est en fait bon pour vous, et pour un vrai Saddiq, la souffrance physique peut être une récompense.
1Yirmayohou 12:1
2Barokhôth 7a
3Voir, par exemple, `iyôv 4:7-9, 8:3-4, 11:4-6, 34:10-12.
4`iyôv 42:7-10
5Wayyiqro` 25:17
6Bavo` Masi´a` 58b. Bien que la Gamoro` interdise simplement de verbaliser cette pensée et ne déclare pas explicitement qu'elle est philosophiquement erronée, `iyôv 42:7 déclare explicitement que les amis de `iyôv ont parlé incorrectement de Hashshém, et pas seulement à `iyôv.
7Barokhôth 7a
8Cette approche est adoptée par de nombreux Ri`shônim, parmi lesquels le Rambo''n (Nahmanide). Au niveau exotérique, le Rambo''n accepte systématiquement l'approche de R. Yôsé, et le Mé`iri à de nombreux endroits (par exemple dans son commentaire sur Qiddoushin 39b) adopte également cette approche. De même, le Rambo''m (Maïmonide) dans son Môréh Navoukhim (Volume 3, Chapitre 17), déclare que l'approche juive dominante consiste à considérer toute prospérité comme une récompense pour les bonnes actions et la souffrance comme une punition pour le péché.
9Dans ce contexte, nous ne discuterons pas de l'approche kabbalistique du Rambo''n. Il suggère fortement dans Tôrath Ho`odhom que, d'après la Qabboloh, un juste souffre à cause des péchés qu'il a commis dans une vie antérieure, sur la base de la doctrine du Gilgoul Nashomôth, la transmigration des âmes. Selon cette notion, les mauvais prospèrent grâce aux bonnes actions accomplies dans une vie antérieure. Le Rambo''n laisse cette notion kabbalistique au rang d'indice, suivant son approche habituelle d'attribuer la vérité ultime à la Qabboloh mais trouvant une explication rationnelle à tout dans la Tôroh sans avoir à recourir à la Qabboloh.
10Il semble douteux que le Rambo''n ait réellement accepté cet argument dans tous les domaines, car il aurait alors du mal à expliquer les périodes de l'histoire juive, telles que les règnes de Dowidh et de Shalômôh, lorsque les Juifs ont prospéré et que leurs ennemis ont souffert.
11Shamôth 33:19
12Shabboth 55a-b
13Qiddoushin 39b et Houllin 142b.
144:15
15Mishlé 3:12
16Môréh Navoukhim Volume 3, Chapitre 17
17Le Rambo''n précise que même si une personne généralement juste ne recevrait pas de punition réelle dans le monde-à-venir pour ses péchés accidentels, sa récompense dans le monde-à-venir serait réduite
18Commentaire sur Barokhôth 5a
19Le Rambo''m comprend également la Gamoro` de cette façon, mais comme mentionné ci-dessus, il rejette cette position.
20`amounôth Wadhé´ôth Chapitre 5
21Daroshôth n°9
22Commentaire sur Barokhôth 5a
23Nativôth ´ôlom, Nativ Hayyissourin, Chapitre 1
24Comme mentionné ci-dessus, c'est également l'approche juive dominante selon le Rambo''m (Môréh Navoukhim, Volume 3, Chapitre 17).

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