lundi 8 avril 2019

Réflexions sur la bonne et mauvaise éducation torahique – Partie II


בס״ד

Réflexions sur la bonne et mauvaise éducation torahique – Partie II


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  1. La Tôroh et la science

Puisque le même D.ieu a créé aussi bien la Tôroh que la science, il est axiomatique de considérer que la Tôroh et la science ne peuvent pas avoir de conflit fondamental. La Tôroh et la science sont des manifestations du D.ieu Unique, l'Auteur de la vérité. C'est la raison pour laquelle nos Sages ont enseigné qu'HaShem Se comprend à travers Ses œuvres de création. Et sur base de cela, Ribbénou consacre les quatre premiers chapitres de son Mishnéh Tôroh à traiter de la science, car la connaissance scientifique est indispensable dans la foi juive authentique. Si la Tôroh et la science paraissent s'opposer sur certains points, c'est soit parce que nous n'avons pas correctement compris la Tôroh, soit parce que nous n'avons pas bien révisé nos sciences.

La connaissance scientifique a énormément progressé depuis les temps anciens. Chaque génération a contribué au savoir cumulé de l'humanité, et ce processus se poursuit dans notre génération, il se poursuivra également dans les générations futures. Avec l’avènement de nouveaux outils de recherche, les scientifiques ont été capables d'étendre l'horizon de la connaissance scientifique. Si HaZa''l et les rabbins de l'ère médiévale croyaient que la Terre était plate, que la Terre était le centre de l'univers, ou que le soleil tournait autour de la Terre, cela ne peut pas surprendre, puisque c'était là le niveau de leurs connaissances scientifiques en ces temps-là. De même, on ne peut pas leur reprocher de ce ne pas avoir connu des choses qui ne furent découvertes ou théorisées que bien des années ou siècles après leurs morts. Rash''i pensait que l'Océan Atlantique était « l'extrémité du monde » : Ribbénou croyait que le système ptoléméen d'astronomie était correct ; HaZa''l croyaient que les éclipses étaient des signes de la fureur Divine, alors qu'il s'agit simplement de phénomènes naturels prévisibles. Ce serait absurde de défendre les opinions scientifiques caduques de ces Sages et illustres rabbins, puisque nous savons aujourd'hui que leurs opinions ont été démontrées incorrectes. Les Sages et Ri`shônim se basaient sur les meilleures informations scientifiques disponibles à leurs époques ; mais les recherches et découvertes ultérieures ont conduit vers des informations plus précises et exactes. Nous devons traiter les choses sur base du niveau actuel de connaissance scientifique. Penchons-nous donc sur la question de l'âge de l'univers, à la lumière de la tradition torahique et de la science moderne.

Les Sages anciens calculèrent l'âge de l'humanité en additionnant les âges des personnages bibliques depuis le temps de `odhom. Il y avait des divergences d'opinion quant à la datation exacte, étant donné que le récit biblique ouvre la porte à diverses interprétations.1 La Bible elle-même n'utilise jamais le anno mundi (depuis la création du monde) pour dater des événements, et le système que nous utilisons actuellement (5779 au moment de la rédaction de cet article) semble s'être répandu seulement après les temps talmudiques. Les Tôsophôth2 s'étonnaient de la permissivité, à leur époque, de dater les Gittin (documents de divorce) en prenant pour base la création du monde, alors qu'en fait les Gittin d'antan (et d'autres documents légaux) étaient datés sur base de l'année du roi régnant du pays dans lequel les Juifs résidaient.

En fait, bien que le système de datation actuel que nous utilisons ne prend pas pour référence la création du monde, mais celle de `odhom, les littéralistes supposent faussement que l'on pourrait atteindre l'âge de l'univers en ajoutant les cinq premiers jours de la création à l'âge de `odhom ! Cela signifierait que le monde aurait été créé moins de 6 000 ans auparavant, d'où l'impossibilité pour eux que quoique ce soit ait pu exister avant ce temps-là. Mais nous avons des preuves sans équivoque de fossiles d'êtres qui existaient des millions d'années de là, et d'autres preuves scientifiques que l'univers est venu à l'existence il y a des milliards d'années. Les littéralistes résolvent le dilemme en niant l'existence de la moindre chose avant 5779 ans d'ici. Ils considèrent les évidences scientifiques comme imprécises, fausses, ou basées sur de mauvaises suppositions scientifiques. Ils sont prêts à mettre leurs mains à couper que le monde n'a que 5779 ans. Les dinosaures ne peuvent donc pas avoir existé ; quand on voit des ossements de dinosaures, il s'agirait simplement d'ossements de chiens qui furent avalés durant le déluge de Nôah, ou d'ossements qu'HaShem a plantés juste pour nous tester afin de voir si l'on pourrait croire que le monde ait plus de 5779 ans, ou encore qu'il s'agirait d'ossements qui ont mal été datés en raison de l'incompétence des scientifiques.

Pourtant, la Tôroh exige-t-elle réellement que nous nions les évidences scientifiques afin de justifier le système de datation anno mundi ? Ribbénou répondrait que non, puisqu'il insiste à d'innombrables reprises sur le fait que nous devrions rechercher la vérité et nous rapprocher ainsi de l'Auteur de la vérité. Si la science a démontré au-delà de tout doute raisonnable que les dinosaures ont existé il y a plusieurs millions d'années en arrière, nous devons alors rejeter l'opinion littéraliste selon quoi le monde n'aurait que 5779 ans !

Plusieurs de nos Sages et rabbins ont, en outre, mis en avant le fait que les six jours de la création n'étaient pas des jours de 24 heures. En effet, le soleil ne fut créé qu'au quatrième jour ; il ne pouvait donc pas y avoir un coucher ou un lever du soleil lors des trois premiers « jours ». Le mot « jour », tel qu'il est employé au début de la Tôroh, doit plus exactement se comprendre par « période » d'une longueur indéterminée. À chaque période de la création, il y a eu un passage d'une phase plus simple à une phase plus complexe. Puisque ces six « jours » de la création pourraient avoir duré des milliards d'années par calculs humains, les dinosaures peuvent avoir largement le temps d'avoir vécu et disparu avant que `odhom et Hawwoh n'eurent été créés au sixième « jour ».

le Rov `aryéh Kaplan a cité dans ses ouvrages de nombreux textes traditionnels Juifs soutenant que le monde est bien plus âgé que ne les laissent supposer les 5779 ans de notre système de datation actuel. Par exemple, le Séphar Hattamounoh, qui fut rédigé par le Tanno` (Sage de l'époque de la Mishnoh) Ribbi Nahounyoh ban Hakkanoh, avance que d'autres mondes existaient avant que `odhom ne fut créé. Même le Midhrosh Baré`shith Rabboh 1:5 enseigne qu'il existait des « ordres de temps » avant le premier jour de la création rapporté dans la Tôroh. Quant au Talmoudh3, il rapporte l'opinion selon laquelle il exista 974 générations avant `odhom.

Le plus intéressant est l'opinion de Ribbénou Yishoq d'Acre, un disciple et collègue du Rambo''n et l'un des premiers kabbalistes de son époque. En examinant l'un des ouvrages les plus importants de Ribbénou Yishoq, `ôsar Hahayyim, le Rov Kaplan a découvert que Ribbénou Yishoq déduisit que l'univers aurait un peu plus de 15,3 milliards d'années ! Cette théorie avancée par un kabbaliste médiéval, sur la seule base d'interprétations des textes bibliques et rabbiniques, est remarquablement proche des calculs de la science moderne qui date le « Big Bang » à approximativement 15 milliards d'années d'ici.4 Ribbénou Yishoq ne considérait pas être un besoin d'offrir des explications farfelues et tirées par les cheveux pour justifier à tous prix la théorie des 5779 ans. Lui, et ses nombreux pieux collègues et disciples, n'avaient aucun problème à considérer un univers vieux de plusieurs milliards d'années ; ils ne considéraient pas un tel calcul comme compromettant la vérité et véracité de la Tôroh. Il est donc essentiel de retenir que nous possédons des traditions légitimes dans le judaïsme torahique qui estiment que l'univers est plus âgé que 5779 ans.

Nos écoles et les parents ne devraient pas enseigner aux enfants que les ossements de dinosaures seraient des ossements de chiens emportés dans le déluge. Ce n'est pas une éducation torahique, mais de la mauvaise éducation. Il n'y a non seulement aucune nécessité religieuse à enseigner une telle absurdité, mais c'est au contraire un impératif religieux de ne pas enseigner de fausseté. Habiller une fausseté dans des manteaux de religiosité, c'est compromettre la foi véritable.

De même, au sujet de l'emplacement de la trachée et de l’œsophage, c'est un travestissement de l'éducation et de la morale d'enseigner sans honte de fausses informations dans le but de « valider » les notions erronées des rabbins des générations antérieures. Le Talmoudh5 enseigne que s'accouder vers l'arrière ou sur le côté droit n'est pas une façon valable d'accomplir le précepte de Hasibboh (s'accouder en mangeant), et ajoute l'explication que s'accouder d'une façon incorrecte peut mettre en danger la personne en amenant la nourriture à descendre dans la trachée. Commentant ce passage talmudique, Rash''i déclare que cette explication fut donnée en référence au fait de s'accouder vers l'arrière. Mais le Rashba''m s'oppose à la compréhension de Rash''i et cite ses maîtres qui ont plutôt affirmer que la trachée se trouvait à droite ; ainsi, d'après les maîtres du Rashba''m, le Talmoudh interdisait de s'accouder à droite en raison du danger de s'étouffer. Bien que ni Ribbénou ni même le Shoulhon ´oroukh ne citent cette explication farfelue, elle fut reprise par le Moghén `avrohom et le Ta''z, et devint depuis lors un enseignement très répandu dans les milieux orthodoxes. Or, cette explication, qui a commencé par les maîtres du Rashba''m, est factuellement fausse, et ne doit, par conséquent, pas être enseignée pour expliquer la raison pour laquelle nous nous accoudons à gauche lorsque nous mangeons.

Lorsqu'on enseigne aux enfants qu'il faut s'accouder à gauche en mangeant (notamment la nuit du Sédhar de Pasah), la seule explication valide est que dans l'Antiquité les hommes libres mangeaient assis sur des couches. Ils s'accoudaient ensuite sur leur côté gauche pour deux raisons : premièrement pour marquer leur statut d'hommes libres, et deuxièmement parce qu'en s'accoudant de ce côté-là leur main droite était disponible pour prendre la nourriture. C'est aussi simple que cela ! Si quelqu'un demande : « Ne nous accoudons-nous pas à gauche parce que c'est là que se trouve notre œsophage ? », la réponse est : « Certaines personnes pensaient de façon erronée que telle était la raison de notre accoudement à gauche, mais ce n'est pas la raison correcte. l’œsophage et la trachée ne sont pas l'un à côté de l'autre, mais l'un derrière l'autre ! »

C'est un principe général d'insister auprès de nos enfants et élèves que les déclarations scientifiques de HaZa''l et des rabbins des générations antérieurs étaient basées sur le niveau de connaissances scientifiques disponible à leurs époques. Nos Sages ont eux-mêmes admis dans le Talmoudh6 que les hommes instruits parmi les Gôyim étaient de loin plus avancés qu'eux dans les sujets scientifiques, et régulièrement nos Sages se tournaient vers eux lorsqu'ils avaient des questions à ces sujets. Comment donc, tout d'un coup, les Orthodoxes prétendent-ils que nos Sages connaissaient tout ce qui touchait aux domaines scientifiques ? C'est du pur mensonge ! Voici ce que l'un de nos illustres rabbins, le Rov Hayyim Dowidh Halléwi, a remarqué7 :

S'il devient clair au moyen d'une méthode scientifique précise qu'une certaine idée exprimée par nos Sages est complètement incorrecte, cela ne diminue en rien leur grandeur intellectuelle, Hos Washolôm, ni même leur grandeur en tant que sages de la Tôroh. Leurs paroles qui se rapportent à la Tôroh furent émises par la puissance de la sainteté de la Tôroh avec une part de Rouah Haqqôdhash (inspiration Divine) ; mais leurs autres paroles émises sur des sujets généraux furent prononcées uniquement du fond de leur sagesse humaine.

À suivre...
1Ribbénou ´azaryoh de Rossi (1511-1578) énonça toutes les inexactitudes et contradictions dans les calculs rabbiniques dans son ouvrage « Mé`ôr ´énayim »
2Sur Gittin 80b
3Haghighoh 13b
4`aryéh Kaplan, Immortalité, Résurrection et l’Âge de l'Univers : Une Opinion Kabbalistique
5Pasohim 108a
6Ibid., 94b
7´aséh Lakho Rov 5:49

samedi 6 avril 2019

Réflexions sur la bonne et mauvaise éducation torahique – Partie I


בס״ד

Réflexions sur la bonne et mauvaise éducation torahique – Partie I



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Le peuple Juif est profondément attaché à la transmission de la Tôroh d'une génération à la suivante. Nous consacrons des moyens considérables afin de nous assurer que nos enfants et petits-enfants baignent dans la connaissance de la Tôroh et deviennent des Juifs pratiquants. Néanmoins, la communauté Juive orthodoxe présente un défaut aux conséquences catastrophiques : la façon dont les parents et écoles orthodoxes transmettent les paroles de HaZa''l aux enfants et élèves. À l'évidence, les enseignements de nos Sages sont d'une importance centrale ; il est donc malheureux que les paroles de HaZa''l soient enseignées de façon inappropriée. L'éducation religieuse devient alors de la mauvaise éducation.

Dans son introduction au « Péraq Hélaq », Ribbénou critiqua ceux qui suivaient une approche littérale et fondamentaliste des paroles de HaZa''l. Étant donné que les Sages étaient sages et raisonnables, leurs paroles étaient évidemment remplies de sagesse et de rationalité. Lorsque leurs déclarations semblent s'éloigner de la raison, nous devons les comprendre comme étant symboliques, homilétiques ou hyperboliques, et non pas littéralement vraies. Il serait absurde d'appeler à une acceptation littérale d'une déclaration faite dans une `aggodhoh ou dans un Midhrosh qui transgresse la raison ou qui a été démontrée plus tard comme étant factuellement incorrecte.

D'après Ribbénou, ceux qui insistent sur la littéralité de toutes les déclarations de HaZa''l rendent non seulement un mauvais service à nos Sages, mais pire encore ils corrompent notre foi. Voici, entre autres, les propos précis de Ribbénou dans l'introduction susmentionnée :

Concernant ce groupe de personnes à la connaissance appauvrie, on doit avoir pitié de leur folie ! D'après leur compréhension, ils honorent et exaltent nos Sages ; en fait ils les rabaissent à l'extrémité de la bassesse ! Ils ne comprennent même pas cela. Par les Cieux ! Ce groupe dissipe la gloire de la Tôroh et cache ses lumières derrière des nuages, plaçant la Tôroh de D.ieu à l'extrême opposé de son intention.

Ribbénou explique qu'exiger une acceptation des paroles de HaZa''l même lorsqu'elles sont ouvertement déraisonnables ou incorrectes, n'est pas une démonstration de loyauté envers les Sages, mais est plutôt un rabaissement grave de leur crédibilité intellectuelle. Des gens raisonnables en viendraient à ne pas prendre au sérieux les rabbins et perdraient confiance en leur autorité religieuse.

Ribbénou `avrohom ז״ל, le fils de Ribbénou, a ajouté que l'on ne doit pas accepter la vérité d'une déclaration simplement sur l'autorité de la personne qui l'a émise. Plutôt, nous devons utiliser notre raison pour déterminer sa validité. De plus, il est intellectuellement problématique d'accepter aveuglément les enseignements de nos Sages dans les domaines de la médecine et des sciences naturelles, étant donné qu'elles ne faisaient pas partie de leurs domaines d'expertise. Pour citer Ribbénou `avrohom1 :

Nous, et toute personne sage et intelligente, sommes obligés d'évaluer chaque idée et chaque déclaration, afin de trouver le moyen par lequel la comprendre ; d’éprouver la vérité et confirmer ce qu'il convient de confirmer, et annuler ce qu'il convient d'annuler... Nous voyons que nos Sages eux-mêmes ont dit : « Si c'est une Halokhoh (une tradition légale unanimement acceptée par les Sages), nous l'accepterons ; mais s'il s'agit d'un Din (basé sur une opinion individuelle), il y a matière à discuter ».

Ribbénou et son fils ont avancé qu'il n'était pas nécessaire de supprimer la raison pour être quelqu'un de religieux. Lorsque nous évaluons des déclarations rabbiniques, on ne doit pas attendre de nous d'abandonner la raison. Nous ne devons pas non plus enseigner la Tôroh à nos enfants et élèves d'une manière qui exige une obéissance aveugle et une suspension de la raison. Autrement, ils grandiront un jour et découvriront que nous leur avons enseigné des choses irrationnelles et incorrectes ; cela les amènera à douter de tout ce que nous leur aurions transmis.

Voici quelques anecdotes réels qui illustrent l'importance de ces propos :

  1. Un garçon de 10 ans s'est fait enseigner par son enseignant de Tôroh que les dinosaures n'ont jamais existé. Étant donné que la tradition rabbinique enseigne que le monde a moins de 6 000 ans, il n'est pas possible que les scientifiques puissent avoir raison lorsqu'ils déclarent que les dinosaures ont vécu sur la Terre il y a des millions d'années. Le garçon a répondu à son enseignant qu'il avait récemment visité le Musée des Histoires Naturelles à New York et avait vu des ossements de dinosaures de ses propres yeux ! Comment donc l'enseignant pouvait-il nier que les dinosaures aient pu exister ? L'enseignant lui répliqua ceci : « Ce ne sont pas des ossements de dinosaures que tu as vus ; ce que tu as vu, c'était des ossements de chiens qui se sont élargis durant le Déluge de Nôah ! »
  2. Un professeur de science dans une école du mouvement « Orthodoxe moderne » disséquait le larynx d'un mouton dans le cadre de son cours. Certains élèves remarquèrent que la trachée se trouvait à l'avant et l’œsophage derrière elle. Les élèves dirent au professeur : « Cela ne peut pas être correct ! Nous avons appris au cours de Tôroh que l’œsophage se trouve à gauche et la trachée à droite. C'est pourquoi nous nous accoudons à gauche la nuit de Pasah lors du Sédhar, de façon à ce que la nourriture descende directement dans l’œsophage. Si nous nous accoudions à droite, la nourriture entrerait dans la trachée et nous risquerions de nous étouffer ». Le professeur demanda aux élèves d'observer le larynx du mouton : ils pouvaient voir par eux-mêmes que les canaux étaient situés l'un derrière l'autre, pas côte à côte. Un élève suggéra que cela pouvait être vrai pour les moutons, mais que ce ne pouvait être le cas pour les humains. Le professeur leur expliqua, illustrations à l'appui, que la physiologie des humains était la même que celle des moutons. Après le cours, le professeur discuta de ce problème avec quelques enseignants d'études Juives et des responsables de l'école. La plupart d'entre eux croyaient que les canaux étaient situés côte à côte. Même après que le professeur leur présenta les faits scientifiques, ils se refusèrent d'accepter cette information. Un enseignant lui répliqua même ceci : « Je trouverais difficile d'enseigner quelque chose qui va à l'encontre des enseignements de HaZa''l ! » (Mais il ne trouverait apparemment pas difficile d'enseigner quelque chose qui fut démontré comme étant faux !)
  3. Une classe étudiait les lois relatives au lavage des mains le matin. L'enseignant expliqua, sur base du Shoulhon ´oroukh2, que les mains sont lavées afin d'éliminer un mauvais esprit (Rouah Ro´oh). Il n'est pas permis de toucher ses yeux ou d'autres parties sensibles du corps avant de s'être lavé les mains, car autrement il y a un danger que le mauvais esprit nous nuise. Un élève demanda : « Quelle est la signification du mauvais esprit ? L'écrasante majorité des gens dans le monde ne lavent pas dès le réveil leurs mains de la façon rituelle prescrite. Ils touchent leurs yeux et oreilles, mais aucun mal ne leur arrive ! Le mauvais esprit n'affecte-t-il que les Juifs religieux, et personne d'autre ? » L'enseignant répondit à l'élève qu'il était impertinent, et qu'un des principes de la foi est que nous devons faire confiance en la sagesse de nos Sages. Si le Shoulhon ´oroukh dit qu'il y a un mauvais esprit dangereux sur nos mains le matin, c'est donc un fait absolu, non sujet au doute de notre part.
  4. En étudiant la Sidhroh de la Tôroh qui traite du mariage de Yishoq `ovinou et Rivqoh `imménou, des élèves se firent enseigner par leur enseignant que Rivqoh n'avait que trois ans lorsqu'elle abreuva les chameaux du serviteur de `avrohom `ovinou, et lorsqu'elle se maria juste après avec Yishoq. Ceci est, évidemment, un enseignement midrashique, à ne pas prendre littéralement. Un élève demanda : « Comment fut-il possible pour une fille de trois ans d'abreuver des chameaux ? Cela aurait nécessité trop de forces pour un enfant si jeune. De plus, si elle n'était âgée que de trois ans, pourquoi son père lui demanda-t-elle si elle acceptait de quitter pour toujours la maison afin d'épouser le fils de `avrohom ? Elle aurait certainement été beaucoup trop jeune que pour prendre une telle décision ! Enfin, est-ce raisonnable de penser qu'un homme de quarante ans comme Yishoq épouserait réellement une petite fille de trois ans ? La description faîte par la Tôroh implique qu'elle était beaucoup plus âgée que trois ans ! » Le rabbin répondit : « Si HaZa''l disent que Rivqoh avait trois ans, c'est que c'était là son âge ! Il n'y a pas matière à débattre à ce sujet ! »
  5. Un élève d'une école maternelle rapporta à la maison des images décrivant l'histoire de la Maghillath `astér. L'une des images illustrait Washti avec une queue verte et une gueule d'un animal. Les parents de l'enfant demandèrent à l'institutrice la raison pour laquelle elle avait inclus une image si bizarre, alors que rien dans le texte de la Maghilloh ne justifiait une représentation si étrange de Washti. L'institutrice répondit que c'est de cette façon qu'on lui avait appris l'histoire, et que c'était basé sur une description midrashique de Washti. Les parents demandèrent alors à l'institutrice la raison pour laquelle elle n'avait pas informé les élèves que cela venait du Midhrosh, et non du texte de la Maghilloh. Elle répondit que les enseignements de HaZa''l dans le Midhrosh donnaient les sens réels du texte, et qu'il n'y avait nullement besoin de différencier entre le texte biblique et l'interprétation rabbinique.

Les cinq cas susmentionnés, qui sont un portrait fidèle de l'approche éducationnelle de nombreuses écoles Juives orthodoxes et de bon nombre de parents Juifs orthodoxes, sont symptomatiques des graves problèmes dans la façon dont la communauté Juive orthodoxe transmet les enseignements de la Tôroh. La position fondamentaliste et littéraliste, critiquée avec tant de virulence par Ribbénou, tient bon encore chez beaucoup de Juifs orthodoxes. Il incombe aux rabbins, enseignants et parents d'orienter l'éducation religieuse vers une compréhension rationnelle et raisonnable des paroles de nos Sages.

Dans les prochains articles, nous passerons en revue ces cinq cas pour en déceler les problèmes et déterminer comment y répondre convenablement.
1Ma`amor `ôdhôth Daroshôth HaZa''l
2`ôrah Hayim 4:2-3

vendredi 5 avril 2019

Ribbénou sur le calendrier


בס״ד

Ribbénou sur le calendrier


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La Sidhroh de cette semaine, Sidhrath Hahôdhash, contient une fameuse Miswoh appelée קידוש החודש « Qiddoush Hahôdhash », littéralement « la Délimitation du Mois », ou, peut-être plus précisément « la Mise à part du Mois ». HaShem ית׳ apparaît à Môshah Ribbénou ע״ה et `aharôn Hakkôhén ע״ה en Égypte la veille de la libération et déclare1 : הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁיםרִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה « Ce mois-ci est pour vous la tête des mois ; c'est le premier pour vous pour les mois de l'année ». Ribbénou ז״ל, dans son Séphar Hammiswôth2, cite ce Posouq en tant que la source biblique de l'obligation de « délimiter les mois et les années ». Il développe davantage cette Miswoh dans les Hilkôth Qiddoush Hahôdhash de son Mishnéh Tôroh, où il détaille, sur base du Talmoudh, la procédure par laquelle le Sanhédhrin écoutait les témoignages sur l'apparition de la nouvelle lune, et proclamait alors le commencement du nouveau mois. Cette Miswoh requiert également l'ajustement du calendrier Hébraïque par l'ajout occasionnel d'un treizième mois pour s'assurer une correspondance approximative entre le calendrier Hébraïque basé sur le cycle de la lune et le cycle agricole qui résulte de la rotation de la terre autour du soleil.
Cet article explorera quelques-uns des commentaires de Ribbénou concernant cette Miswoh qui ont donné lieu à quelques confusions et controverses. Mais avant d'analyser les passages pertinents, il est nécessaire de premièrement clarifier quelques termes et concepts de base au sujet du calendrier Hébraïque. Tout d'abord, nous devons insister sur l'importance et centralité du calendrier pour la vie Juive, étant donné qu'aucune fête ne peut être célébrée sans un système permettant de déterminer des dates. Si nous devons célébrer Pasah et apporter à cette fête les Qorbonôth appropriées requises par la Tôroh, nous devons avoir un système par lequel déterminer quand tombe le quinze Nison. D'innombrables lois, incluant des domaines tels que les Qorbonôth, les obligations agricoles, et les pratiques personnelles, dépendent d'une date calendaire halakhique.
Le calendrier Hébraïque fonctionne sur la base du cycle de la révolution de la lune autour de la terre, ce qui se produit grosso-modo tous les 29,5 jours. En conséquent, le mois Hébraïque dure soit vingt-neuf ou trente jours, et douze de tels mois constituent une année Hébraïque. Cependant, cette période possède onze jours de moins que les 365 jours de la révolution de la terre autour du soleil, de sorte qu'au fur et à mesure du temps, le calendrier Hébraïque sera désynchronisé avec le cycle solaire agricole. Cela signifierait que Pasah ne tomberait plus aux alentours du début du printemps, et Soukkôth ne marquerait plus la fin de l'été. La Miswoh de Qiddoush Hahôdhash implique donc également le concept de עיבור שנים « ´ibbour Shonim », l'addition d'un treizième mois lorsque cela est nécessaire pour prolonger le calendrier Hébraïque et conserver sa correspondance avec le cycle solaire. (C'est la raison pour laquelle un deuxième mois de `adhor est quelques fois ajouté au calendrier.)
Au niveau historique, deux méthodes étaient employées pour déterminer quand un nouveau mois Hébraïque commencerait ou se terminerait ; c'est-à-dire, pour décider si un certain mois devait se terminer après vingt-neuf jours, ou devait se poursuivre jusqu'au trentième jour. À l'origine, le système appelé קידוש על פי ראיה « Qiddoush ´al Pi Ra`iyoh » (délimitation par l'observation) était utilisé, ce qui signifiait que les gens qui avaient vu de leurs yeux la nouvelle lune témoignerait à cet effet devant le Sanhédhrin à Yarousholayim, qui déclarerait Rô`sh Hôdhash – le début du nouveau mois – le lendemain de la nuit où la nouvelle lune avait été observée. À un moment donné durant l'ère talmudique, les Juifs adoptèrent le système d'un calendrier fixe appelé קידוש על פי חשבון « Qiddoush ´al Pi Hashbôn » (délimitation par le calcul) ou חשבון האמצעי « Hashbôn Ho`amso´i » (calcul de la moyenne), qui fonctionne sur la base d'une supputation mathématique et astronomique fixe. Plutôt que décider de la longueur de chaque mois en se basant sur l'observation empirique de la fin du cycle lunaire, les Juifs calculaient un système basé sur la période moyenne de la révolution de la lune. Ce système prend également en compte l'écart entre les cycles lunaires et solaires et ajoute par conséquent des ajustements périodiques par l'addition du treizième mois. Ce système calculé en avance, qui est toujours en usage jusqu'à nos jours, fut fameusement attribué à Hillél Hannosi` ז״ל, un arrière-petit-fils de Yahoudhoh Hannosi` ז״ל, le compilateur de la Mishnoh. (La source la plus ancienne connue de cette attribution se trouve dans les écrits des Ga`ônim ; mais le Talmoudh lui-même ne fait jamais référence à ce Hillél comme étant l'initiateur du système.)
  • La relation entre la Ra`iyoh et le Hashbôn
La classification halakhique précise de ces deux méthodes – Ra`iyoh et Hashbôn – est l'objet d'une divergence d'opinion entre Ribbénou et le Rambo''n ז״ל. Ribbénou, dans son Mishnéh Tôroh3, écrit qu'en l'absence d'un Sanhédhrin siégeant en `aras Yisro`él, une Halokhoh Lamôshah Missinay – tradition orale remontant à Môshah au Sinaï – oblige à ne faire usage que du système du Hashbôn. Le calendrier « préfabriqué » en usage depuis l'ère talmudique n'est pas seulement une mesure d'urgence décrétée une fois que le Sanhédhrin ne pouvait plus entendre les témoignages concernant la nouvelle lune, mais reflète plutôt une seconde méthode parallèle permettant de conserver un calendrier qui suit la Halokhoh. En même que la Tôroh, HaShem a donné au peuple Juif un moyen de déterminer les mois et les années sans recevoir de témoignages ; Hillél Hannosi` (mais il convient de noter que Ribbénou lui-même ne fait jamais mention de Hillél Hannosi`) n'a donc pas initié une nouvelle méthode, mais s'est simplement contenté d'appliquer la tradition orale qui s'était transmise d'une génération à l'autre.
Le Rambo''n (Ribbénou Môshah ban Nahmon), dans sa critique du Séphar Hammiswôth de Ribbénou, affirme que cette notion « n'est jamais stipulée dans le Talmoudh ni nul part ailleurs ». Accusant Ribbénou de fabriquer une Halokhoh Lamôshah Missinay n'ayant jamais existé, le Rambo''n avance une théorie totalement différente concernant la nature de la méthode du Hashbôn initiée par Hillél Hannosi`. Prévoyant la disparition imminente de Talmidhé Hakhomim qualifiés et de Botté Dinim faisant autorité, Hillél Hannosi` considéra nécessaire, en guise de mesure extraordinaire, de déterminer les mois à l'avance par un calcul. Ce n'était donc pas basé sur une quelconque tradition formelle ou Halokhoh ; Hillél Hannosi` sentit tout simplement qu'il n'y avait pas d'autre alternative que de déterminer les mois à l'avance pour les siècles et millénaires qui allaient suivre pendant que les Juifs possédaient encore un Béth Din doté de l'autorité pour le faire.
Ainsi, alors que Ribbénou voit la Ra`iyoh et le Hashbôn comme deux institutions parallèles explicitement mises en place à l'avance au Sinaï, le Rambo''n croyait que la Ra`iyoh représente la vraie méthode du Qiddoush Hahôdhash, et que le Hashbôn fut inventé en urgence pour conserver le système calendaire en l'absence de Botté Dinim compétents.
Nous pouvons faire remonter cette divergence entre Ribbénou et le Rambo''n à des textes divergents du Midhrosh4. Le passage en question décrit comment les membres de la tribu de Yissoskhor reçurent un statut d'autorité sur les questions complexes se rapportant au calendrier Hébraïque. Une version du texte stipule que lorsqu'une question se posait, le Talmidh Hokhom de Yissoskhor « leur répondait comme s'il était une Halokhoh Lamôshah Missinay », alors qu'une deuxième version stipule qu'il « leur répondait une Halokhoh Lamôshah Missinay ». La première version présente le Talmidh Hokhom de Yissoskhor comme une autorité rabbinique comparable à une Halokhoh Lamôshah Missinay. Mais d'après la deuxième version, le Talmidh Hokhom de Yissoskhor transmettait des informations qui lui étaient parvenues à travers une Halokhoh Lamôshah Missinay. Cette deuxième version est la source sur laquelle s'appuie la position de Ribbénou, que ces calculs, concernant lesquels les descendants de Yissoskhor devinrent les plus grands spécialistes, furent communiqués à Môshah Ribbénou au Sinaï. Quant au Rambo''n, il avait en sa possession la première version, qui compare simplement l'autorité de Yissoskhor à celle d'une Halokhoh Lamôshah Missinay, sans insinuer que les informations qu'il communiquait avaient été transmises par une tradition orale.
Il convient de noter qu'il existe également une troisième position. Ribbénou Sa´adhyoh Go`ôn ז״ל soutenait que le Qiddoush Hahôdhash se déroulait exclusivement sur la base du système de Hashbôn. L'audition des témoins, d'après lui, remplissait un objectif purement cérémoniel ou procédural, alors que la détermination réelle du début du nouveau mois résultait du calcul des Sages du Sanhédhrin. Cette position représente l'inverse total de celle du Rambo''n, qui percevait le système de Hashbôn comme une mesure initiée en derrière recourt lorsque le système de Ra`iyoh ne pouvait plus être utilisé. Ribbénou est en désaccord avec les deux positions, et soutient que les deux systèmes avaient été prévus et autorisés dès l'époque du Mathan Tôroh. La Ra`iyoh est la méthode principale de détermination, qui devrait être utilisée chaque fois que le peuple Juif possède un Sanhédhrin opérationnel, tandis que le Hashbôn prend sa place en l'absence d'un Sanhédhrin.
  • La Ra`iyoh dans les temps talmudiques
Comme mentionné plus haut, Ribbénou fait dépendre le système de Ra`iyoh à la présence d'un Sanhédhrin. Il écrit dans son Mishnéh Tôroh5 : כָּל שֶׁאָמַרְנוּ מִקְּבִיעַת רֹאשׁ הַחֹדֶשׁ עַל הָרְאִיָּה, וְעִבּוּר הַשָּׁנָה...אֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ אֵלָא סַנְהֶדְּרִין שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, אוֹ בֵּית דִּין הַסְּמוּכִים שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתְנוּ לָהֶן הַסַּנְהֶדְּרִין רְשׁוּת « Tout ce que nous avons dit concernant la détermination du Rô`sh Hôdhash sur base de la Ra`iyoh et une année embollismique...n'est réalisé que par un Sanhédhrin qui se trouve en `aras Yisro`él ou par [les membres d']un Béth Din ayant la Samikhoh qui se trouvent en `aras Yisro`él, à qui le Sanhédhrin a donné la permission ».Ribbénou poursuit en citant pour preuve de sa position le Posouq que nous avions rapporté au début de cet article, lorsque HaShem dit à Môshah et `aharôn : הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁיםרִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה « Ce mois-ci est pour vous la tête des mois ; c'est le premier pour vous pour les mois de l'année ». Il rapporte une tradition orale qui interprète ce Posouq comme voulant dire que cette question, la désignation des mois basée sur l'observation de la nouvelle lune, a été confiée « à vous » - aux gens d'une stature et niveau d'autorité similaire à ceux de Môshah et `aharôn. Cette stature n'était atteinte que par les membres du Sanhédhrin et par les Botté Dinim ayant reçu une autorité explicite par le Sanhédhrin. En l'absence d'un Sanhédhrin, la Ra`iyoh tombe donc en désuétude et est remplacé par le système de Hashbôn. Une base partielle de la position de Ribbénou est la Makhilto` (le Midhrosh halakhique du Séphar Shamôth), qui commente ceci sur ce Posouq : « Une année embollismique n'est fixée que par le Béth Din Haggodhôl à Yarousholayim ». Ribbénou semble avoir compris cela comme ne s'appliquant pas uniquement à la détermination d'une année embollismique, mais aussi à celle des mois.
Mais le Rambo''n n'est pas d'accord, et fait remarquer que les preuves historiques attestent de l'inverse. Ribbénou lui-même6 écrit explicitement que le système de Ra`iyoh resta en vigueur durant les temps talmudiques, jusqu'à la génération des légendaires `ammôro`im `abbayé ז״ל et Rabbo` ז״ל. D'après Ribbénou, qui exige la présence d'un Sanhédhrin faisant autorité pour que s'applique le système de Ra`iyoh, comment ce système aurait-il pu survivre trois siècles après le déclin du Sanhédhrin ?
Nous pouvons répondre à cette question de la manière suivante : en général, le Sanhédhrin fonctionnait de deux façons différentes. La plupart du temps, c'était l'instance religieuse suprême à qui revenait la responsabilité de clarifier la Halokhoh et les mesures législatives de façon à s'assurer que le peuple s'y soumette et aussi pour préserver la loi de la Tôroh. Ces tâches et celles qui leur ressemblent incombaient exclusivement et directement au Sanhédhrin. Mais en plus de cela, nous trouvons que de temps en temps le Sanhédhrin agissait non pas en tant qu'autorité suprême, mais plutôt comme le représentant légal, ou halakhique, de la nation. Ainsi, par exemple, lorsque Ribbénou décrit comment un territoire peut obtenir le statut halakhique formel de « `aras Yisro`él » par rapport aux diverses lois agricoles qui ne s'appliquent qu'au Pays, il exige que le dit-territoire ait été conquis par un roi ou un prophète Juif מִדַּעַת רֹב יִשְׂרָאֵל « avec le consentement de la majorité de Yisro`él ».7 Mais, ailleurs, lorsqu'il décrit le processus en question, il exige le consentement du Béth Din.8 Ainsi, le Sanhédhrin, en plus, de sa fonction la plus courante d'autorité légale suprême, servait également d'instance représentative de la nation, parlant et décidant au nom de l'ensemble du peuple Juif.
Nous pouvons avancer que c'est cette deuxième fonction que remplissait le Sanhédhrin lorsqu'il proclamait Rô`sh Hôdhash et une année embollismique. En effet, un certain nombre de sources9 mentionnent « Yisro`él » - au lieu de seulement le Béth Din – déclarant le nouveau mois. Le Talmoudh explique d'ailleurs que c'est la raison pour laquelle la Barokhoh récitée durant le Qiddoush et les prières de Yôm Tôv se conclut en décrivant HaShem comme מקדש ישראל והזמנים « Celui qui sanctifie Yisro`él et les temps ». Nous mentionnons la sanctification de Yisro`él avant celle des temps parce que c'est uniquement à travers la sanctification de Yisro`él, peuple qui s'est vu accorder le droit de déclarer le début d'un nouveau mois, qu'un certain jour reçoit son statut de sanctification en tant que « Yôm Tôv ». Cela indique clairement que toute la nation, et pas seulement le Sanhédhrin, s'est vue accorder la responsabilité de préserver le calendrier.
Apparemment, dans le domaine du Qiddoush Hahôdhash, le Sanhédhrin opère en tant qu'instance représentative de l'entièreté de la nation. Comme dans le cas d'une guerre livrée pour étendre les frontières du Pays, la responsabilité repose essentiellement entre les mains des Bané Yisro`él, mais au niveau pratique, c'est le Sanhédhrin qui exécute la tâche.
Sur la base de cette théorie, nous pouvons proposer une résolution possible pouvant expliquer le maintien du Qiddoush ´al Pi Ra`iyoh après le démantèlement du Sanhédhrin peu avant la destruction du Bayith Shéni. Étant donné que le processus du Qiddoush ´al Pi Ra`iyoh est, fondamentalement, le devoir de l'intégralité de la nation, et ne fut pas directement assigné au Sanhédhrin, il est possible que ce rôle soit rempli par une instance représentative différente. Même après la dissolution du Sanhédhrin, il resta en `aras Yisro`él des Talmidhé Hakhomim qui exercèrent une autorité halakhique sur l'entièreté de la nation, et dans ce sens constituaient l'organe représentatif du peuple Juif. Ils étaient par conséquent habilités à poursuivre le système du Qiddoush ´al Pi Ra`iyoh. Ce ne fut que durant la dernière partie de la période `ammoraïque, à l'époque de `abbayé et Rabbo`, lorsque `aras Yisro`él ne possédait plus une telle instance faisant autorité, que le Qiddoush ´al Pi Ra`iyoh tomba en désuétude.
  • Qiddoush Hahôdhash de nos jours
Ribbénou écrit ceci dans son Mishnéh Tôroh10 :
זֶה שֶׁאָנוּ מְחַשְּׁבִין בַּזְּמָן הַזֶּה כָּל אֶחָד וְאֶחָד בְּעִירוֹ וְאוֹמְרִין שֶׁרֹאשׁ חֹדֶשׁ יוֹם פְּלוֹנִי, וְיוֹם טוֹב בְּיוֹם פְּלוֹנִי--לֹא בְּחֶשְׁבּוֹן שֶׁלָּנוּ אָנוּ קוֹבְעִין וְלֹא עָלָיו אָנוּ סוֹמְכִין, שְׁאֵין מְעַבְּרִין שָׁנִים וְקוֹבְעִין חֳדָשִׁים בְּחוּצָה לָאָרֶץ; וְאֵין אָנוּ סוֹמְכִין, אֵלָא עַל חֶשְׁבּוֹן בְּנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּקְבִיעָתָם. וְזֶה שֶׁאָנוּ מְחַשְּׁבִין, לְגַלּוֹת הַדָּבָר בִּלְבָד
Ce que nous calculons en cette époque-ci, chacun dans sa ville, et disons que Rô`sh Hôdhash est tel jour ou Yôm Tôv est tel jour – ce n'est pas sur base de nos calculs que nous le déterminons, et ce n'est pas sur cela que nous nous appuyons, car les années embollismiques et les mois ne sont pas fixés en-dehors du Pays. Et nous ne nous appuyons que sur le calculs des habitants de `aras Yisro`él et leur détermination. Et ce que nous calculons sert uniquement à dévoiler la chose.



Ces commentaires pourraient être classés comme faisant partie des passages les plus difficiles et obscurs du Mishnéh Tôroh, car ils sont troublés bon nombre de rabbins à travers les siècles. Ribbénou affirme ici que les Juifs vivant en-dehors de `aras Yisro`él ne proclament pas Rô`sh Hôdhash et les années embollismiques sur la base de leur supputation. Plutôt, ils dépendent entièrement des communautés Juives de `aras Yisro`él. Ce sont elles qui déterminent quand tombe Rô`sh Hôdhash et quand un treizième mois doit être ajouté, et c'est leur supputation qui octroie formellement le dit-statut aux jours et aux mois en question.
Déjà, le Rambo''n, dans ses remarques, s'oppose aux remarques de Ribbénou, se demandant à qui Ribbénou fait exactement référence quand il parle de ceux qui déclarent les nouveaux mois en `aras Yisro`él. Après tout, le système de Hashbôn fut établi et implémenté des siècles plus tôt, par Hillél Hannosi`. Pourquoi Ribbénou exige-t-il donc une déclaration formelle même de nos jours, et qui en `aras Yisro`él faisait de telles déclarations à son époque ?
La position de Ribbénou a eu une attention considérable quelques siècles plus tard, durant la fameuse « Controverse sur la Samikhoh » qui survint en `aras Yisro`él au début du 16ème siècle. Les deux Talmidhé Hakhomim impliqués dans ce débat agité – Ribbénou Ya´aqôv Bérav de Saphoth et Ribbénou Léwi ban Haviv de Yarousholayim – rapportèrent les propos de Ribbénou dans leurs tentatives d'appuyer leurs positions respectives concernant la possibilité de restaurer formellement la Samikhoh qui avait été interrompu quelques siècles auparavant. Beaucoup ont tenté d'interpréter les propos de Ribbénou, mais leur sens reste un mystère jusqu'à nos jours !

PS: Un ami m'a fait remarquer que très fréquemment, Ribbénou rapporte des Halokhôth d'après la façon la plus idéale, et comme si le Sanhédhrin était en existence. Ainsi, les propos de Ribbénou pourraient se comprendre comme décrivant la loi à suivre en présence d'un Sanhédhrin légitime, à savoir que lorsque le Sanhédhrin existe, seul lui est habilité à supputer les mois. Mais en son absence, n'importe quel Béth Din, même en Hous Lo`oras pourrait le faire. J'essaierai de creuser le sujet pour voir si cette approche pourrait être soutenue par d'autres propos de Ribbénou.
1Shamôth 12:2
2Miswath ´aséh 153
3Hilkôth Qiddoush Hahôdhash 5:2
4Baré`shith Rabboh 72:18
5Hilkôth Qiddoush Hahôdhash 5:1
6Ibid., 5:3
7Hilkôth Taroumôth 1:2
8Hilkôth Malokhim Oumilhomôth 5:6
9Barokhôth 49a ; Midhrosh Shamôth Rabboh 15:3, 24, 30
10Hilkôth Qiddoush Hahôdhash 5:13

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