jeudi 15 août 2019

Le Rambo''m, le Christianisme, l'Islam et le véritable Moshiah


בס״ד

Le Rambo''m, le Christianisme, l'Islam et le véritable Moshiah


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Beaucoup, au sein des Juifs qui promeuvent le dialogue interreligieux avec le Christianisme et l'Islam, ont tendance à prendre hors de leur contexte certains propos tenus par le Ramb''om ז״ל dans son Mishnéh Tôroh, qu'ils interprètent comme voulant dire que le Rambo''m aurait enseigné que bien que ces deux religions soient fausses, elles jouent un rôle de grande importance dans le plan Divin pour la Gua`ouloh (rédemption) de l'humanité entière en répandant une sorte de monothéisme éthique impliquant une idée quelque peu incorrecte du Moshiah, de la Tôroh et des Miswôth. Mais le Rambo''m a-t-il réellement écrit une telle chose ?

Pour le savoir, nous devons d'abord rapporter l'intégralité du passage en question. Après avoir décrit avec précision les missions que devra remplir le Moshiah, et démontré que si le présumé Moshiah ne remplissait pas ces missions en une seule fois, ou était exécuté sans avoir rempli toutes ces missions, c'est qu'avec certitude il s'agit d'un faux Moshiah, le Rambo''m enchaîne immédiatement en écrivant ceci dans son Mishnéh Tôroh, aux Hilkôth Malokhim Oumilhomôth 11:10-13 :

10. Même Yéshoua´ le Nôsri qui s'est imaginé être Moshiah et fut exécuté par un Béth Din, Doniyé`l avait déjà prophétisé le concernant, ainsi qu'il est dit1 : « Et les fils pervers de ton peuple s'élèveront pour réaliser la vision, mais ils trébucheront ». Peut-il y avoir un trébuchement plus grand que celui-ci ? Car tous les Prophètes ont parlé que le Moshiah est le rédempteur de Yisro`él et leur sauveur, et le rassembleur de leur dispersés, et l'affermisseur de leurs Miswôth, alors que celui-ci a amené Yisro`él à être détruit par l'épée, leurs restes à être exilés et à être humiliés, la Tôroh à être altérée, et la majorité du monde à adorer une divinité autre que HaShem.
י  אַף יֵשׁוּעַ הַנּוֹצְרִי שֶׁדִּמָּה שֶׁיִּהְיֶה מָשִׁיחַ, וְנֶהְרַג בְּבֵית דִּין--כְּבָר נִתְנַבֵּא בּוֹ דָּנִיֵּאל, שֶׁנֶּאֱמָר "וּבְנֵי פָּרִיצֵי עַמְּךָ, יִנַּשְּׂאוּ לְהַעֲמִיד חָזוֹן--וְנִכְשָׁלוּ".  וְכִי יֵשׁ מִכְשׁוֹל גָּדוֹל מִזֶּהשֶׁכָּל הַנְּבִיאִים דִּבְּרוּ שֶׁהַמָּשִׁיחַ גּוֹאֵל יִשְׂרָאֵל וּמוֹשִׁיעָם, וּמְקַבֵּץ נִדְחֵיהֶם וּמְחַזֵּק מִצְווֹתָן; וְזֶה גָּרַם לְאַבַּד יִשְׂרָאֵל בַּחֶרֶב, וּלְפַזַּר שְׁאֵרִיתָם וּלְהַשְׁפִּילָם, וּלְהַחְלִיף הַתּוֹרָה, וּלְהַטְעוֹת רֹב הָעוֹלָם לַעֲבֹד אֱלוֹהַּ מִבַּלְעָדֵי ה׳
11. Mais les pensées du Créateur du monde, il n'y a pas la capacité en l'être humain de les comprendre, car nos voies ne sont pas Ses voies, et nos pensées Ses pensées. Et toutes ces choses de Yéshoua´ le Nôsri et de l'Ismaélite qui s'est levé après lui, ne sont que pour aplanir la voie du Malakh Hammoshiah, et pour corriger l'intégralité du monde, pour servir HaShem ensemble, ainsi qu'il est dit2 : « Car alors Je retournerai aux peuples une langue claire, pour invoquer eux tous dans le nom de HaShem, et pour Le servir par une même pensée ».
יא  אֲבָל מַחְשְׁבוֹת בּוֹרֵא עוֹלָם--אֵין כּוֹחַ בָּאָדָם לְהַשִּׂיגָם, כִּי לֹא דְּרָכֵינוּ דְּרָכָיו וְלֹא מַחְשְׁבוֹתֵינוּ מַחְשְׁבוֹתָיווְכָל הַדְּבָרִים הָאֵלּוּ שֶׁלְּיֵשׁוּעַ הַנּוֹצְרִי, וְשֶׁלְּזֶה הַיִּשְׁמְעֵאלִי שֶׁעָמַד אַחֲרָיו--אֵינָן אֵלָא לְיַשַּׁר דֶּרֶךְ לַמֶּלֶךְ הַמָּשִׁיחַ, וּלְתַקַּן אֶת הָעוֹלָם כֻּלּוֹ לַעֲבֹד אֶת ה' בְּיַחַדשֶׁנֶּאֱמָר--כִּי-אָז אֶהְפֹּךְ אֶל-עַמִּים, שָׂפָה בְרוּרָה, לִקְרֹא כֻלָּם בְּשֵׁם ה', וּלְעָבְדוֹ שְׁכֶם אֶחָד
12. Comment ça ? L'intégralité du monde a déjà été rempli des sujets du Moshiah, et des sujets de la Tôroh, et des sujets des Miswôth. Et ces choses ont été répandues dans des îles éloignées, ainsi que dans de nombreux peuples incirconcis de cœur. Et ils font commerce de ces choses, ainsi que des Miswôth de la Tôroh. Ceux-ci disent : « Ces Miswôth étaient la vérité, mais ont déjà été annulées en cette époque, et elles n'étaient pas destinées à être appliquées pour des générations ». Et ceux-là disent : « Ils contiennent des choses cachées qui ne sont pas comme leur sens simple, mais le Moshiah est déjà venu et a révélé leurs mystères ».
יב  כֵּיצַדכְּבָר נִתְמַלָּא הָעוֹלָם כֻּלּוֹ מִדִּבְרֵי הַמָּשִׁיחַ, וּמִדִּבְרֵי הַתּוֹרָה וּמִדִּבְרֵי הַמִּצְווֹת, וּפָשְׁטוּ דְּבָרִים אֵלּוּ בְּאִיִּים רְחוֹקִים, וּבְעַמִּים רַבִּים עַרְלֵי לֵב; וְהֶם נוֹשְׂאִים וְנוֹתְנִים בִּדְבָרִים אֵלּוּ, וּבְמִצְווֹת הַתּוֹרָה--אֵלּוּ אוֹמְרִים מִצְווֹת אֵלּוּ אֱמֶת הָיוּ, וּכְבָר בָּטְלוּ בַּזְּמָן הַזֶּה, וְלֹא הָיוּ נוֹהֲגוֹת לְדוֹרוֹתוְאֵלּוּ אוֹמְרִים דְּבָרִים נִסְתָּרוֹת יֵשׁ בָּהֶם, וְאֵינָן כִּפְשׁוּטָן, וּכְבָר בָּא מָשִׁיחַ, וְגִלָּה נִסְתְּרֵיהֶם
13. Mais lorsque le Malakh Hammoshiah se lèvera véritablement, et qu'il réussira, qu'il sera élevé et exalté, immédiatement eux tous retourneront et sauront que leurs pères leur ont fait hériter du mensonge, et que leurs prophètes et pères les ont trompés.
יג  וּכְשֶׁיַּעֲמֹד הַמֶּלֶךְ הַמָּשִׁיחַ בֶּאֱמֶת, וְיַצְלִיחַ וְיָרוּם וְיִנָּשֵׂא--מִיָּד הֶם כֻּלָּן חוֹזְרִין וְיוֹדְעִים שֶׁשֶּׁקֶר נָחֲלוּ אֲבוֹתֵיהֶם, וְשֶׁנְּבִיאֵיהֶם וַאֲבוֹתֵיהֶם הִטְעוּם

Beaucoup citent ainsi une partie de la Halokhoh 11, mais omettent ce qu'il y a avant et après.

Le Rambo''m n'indique pas ici que le Christianisme contiendrait une quelconque vérité ; bien au contraire, tout dans le Christianisme (et même l'Islam) sont des mensonges (et il le redit à plusieurs reprises à travers les lettres qu'il a rédigées). N'en déplaise à ceux qui font du dialogue interreligieux leur fond de commerce et pour être bien vu des autres religions, HaShem ית׳ n'a pas d'autre vérité que celle qui se trouve dans la Tôroh. Tout ce que dit ici le Rambo''m est que le plan de HaShem ne sera jamais altéré par la montée d'autres religions que le Judaïsme. Le fait que le Christianisme et l'Islam répandent (malgré eux) les Miswôth n'équivaut pas à dire que HaShem a suscité le Christianisme et l'Islam, ni même confié une quelconque mission aux fidèles de ces religions. L'expansion du Christianisme et de l'Islam pourrait avoir éveillé une certaine conscience de HaShem, mais comme le Rambo''m lui-même le déclare, il s'agit d'une conscience fausse que, pour finir, toutes les nations reconnaîtront comme n'étant effectivement que du mensonge : מִיָּד הֶם כֻּלָּן חוֹזְרִין וְיוֹדְעִים שֶׁשֶּׁקֶר נָחֲלוּ אֲבוֹתֵיהֶם, וְשֶׁנְּבִיאֵיהֶם וַאֲבוֹתֵיהֶם הִטְעוּם « immédiatement eux tous retourneront et sauront que leurs pères leur ont fait hériter du mensonge, et que leurs prophètes et pères les ont trompés ».

Il aurait été préférable que le Christianisme et l'Islam n'aient jamais existé. Mais à présent qu'ils existent, le Rambo''m indique qu'ils ne peuvent pas compromettre le plan de HaShem : אֲבָל מַחְשְׁבוֹת בּוֹרֵא עוֹלָם--אֵין כּוֹחַ בָּאָדָם לְהַשִּׂיגָם, כִּי לֹא דְּרָכֵינוּ דְּרָכָיו וְלֹא מַחְשְׁבוֹתֵינוּ מַחְשְׁבוֹתָיו « Mais les pensées du Créateur du monde, il n'y a pas la capacité en l'être humain de les comprendre, car nos voies ne sont pas Ses voies, et nos pensées Ses pensées ». Nous ne pouvons concevoir le plan de HaShem. Le Rambo''m écrit que nous pourrions ne pas comprendre le but positif que pourrait remplir l'expansion du Christianisme et de l'Islam dans le monde, mais peu importe, vu qu'ils existent HaShem S'accommode de leur existence et est aux manettes pour S'assurer qu'ils ne compromettront pas Son plan final, car HaShem, pour une raison que nous pourrions peut-être ignorer (mais que le Rambo''m va expliquer), a fait le choix de ne pas empêcher leur expansion malgré tout le mal que les fidèles de ces religions nous ont fait, nous font et nous feront encore. HaShem S'occupera Lui-même d'utiliser le négatif pour du positif. Mais le Christianisme et l'Islam restent en eux-mêmes restent du négatif. (D'où le fait que les nations finiront par s'en détourner.) On ne peut donc pas utiliser ce passage du Mishnéh Tôroh pour affirmer qu'il y aurait du bien dans ces deux religions ; c'est seulement HaShem qui les utilisera pour du bien, ce qui n'est pas la même chose.

Dire que ces deux religions « contribuent » au plan de HaShem est très différent de dire qu'elles ne « compromettent pas » le plan de HaShem. La première phrase sous-entend qu'elles auraient un bien inhérent, alors que la deuxième phrase réaffirme que ces deux religions constituent les pires maux de l'histoire humaine. Donc, pour nous répéter à nouveau, le Rambo''m ne dit pas qu'elles contribuent au plan de HaShem, car ce serait attribuer un quelconque bienfait et bien à ces religions. Il écrit plutôt que : וְכָל הַדְּבָרִים הָאֵלּוּ שֶׁלְּיֵשׁוּעַ הַנּוֹצְרִי, וְשֶׁלְּזֶה הַיִּשְׁמְעֵאלִי שֶׁעָמַד אַחֲרָיו--אֵינָן אֵלָא לְיַשַּׁר דֶּרֶךְ לַמֶּלֶךְ הַמָּשִׁיחַ, וּלְתַקַּן אֶת הָעוֹלָם כֻּלּוֹ לַעֲבֹד אֶת ה' בְּיַחַד « Et toutes ces choses de Yéshoua´ le Nôsri et de l'Ismaélite qui s'est levé après lui, ne sont que pour aplanir la voie du Malakh Hammoshiah, et pour corriger l'intégralité du monde, pour servir HaShem ensemble ». Cette phrase vient après qu'il ait déclaré que le Christianisme était le plus grand trébuchement (pierre d'achoppement). Donc, le Rambo''m ne peut pas faire un tour à 180° et déclarer dans la même phrase que le Christianisme est bien ou contient du bien. Mettez et gardez bien devant vous toutes les paroles de l'auteur, pas seulement une partie.

Comprenons donc les paroles du Rambo''m :

12. Comment ça ? L'intégralité du monde a déjà été rempli des sujets du Moshiah, et des sujets de la Tôroh, et des sujets des Miswôth. Et ces choses ont été répandues dans des îles éloignées, ainsi que dans de nombreux peuples incirconcis de cœur. Et ils font commerce de ces choses, ainsi que des Miswôth de la Tôroh. Ceux-ci disent : « Ces Miswôth étaient la vérité, mais ont déjà été annulées en cette époque, et elles n'étaient pas destinées à être appliquées pour des générations ». Et ceux-là disent : « Ils contiennent des choses cachées qui ne sont pas comme leur sens simple, mais le Moshiah est déjà venu et a révélé leurs mystères ».
יב  כֵּיצַדכְּבָר נִתְמַלָּא הָעוֹלָם כֻּלּוֹ מִדִּבְרֵי הַמָּשִׁיחַ, וּמִדִּבְרֵי הַתּוֹרָה וּמִדִּבְרֵי הַמִּצְווֹת, וּפָשְׁטוּ דְּבָרִים אֵלּוּ בְּאִיִּים רְחוֹקִים, וּבְעַמִּים רַבִּים עַרְלֵי לֵב; וְהֶם נוֹשְׂאִים וְנוֹתְנִים בִּדְבָרִים אֵלּוּ, וּבְמִצְווֹת הַתּוֹרָה--אֵלּוּ אוֹמְרִים מִצְווֹת אֵלּוּ אֱמֶת הָיוּ, וּכְבָר בָּטְלוּ בַּזְּמָן הַזֶּה, וְלֹא הָיוּ נוֹהֲגוֹת לְדוֹרוֹתוְאֵלּוּ אוֹמְרִים דְּבָרִים נִסְתָּרוֹת יֵשׁ בָּהֶם, וְאֵינָן כִּפְשׁוּטָן, וּכְבָר בָּא מָשִׁיחַ, וְגִלָּה נִסְתְּרֵיהֶם
13. Mais lorsque le Malakh Hammoshiah se lèvera véritablement, et qu'il réussira, qu'il sera élevé et exalté, immédiatement eux tous retourneront et sauront que leurs pères leur ont fait hériter du mensonge, et que leurs prophètes et pères les ont trompés.
יג  וּכְשֶׁיַּעֲמֹד הַמֶּלֶךְ הַמָּשִׁיחַ בֶּאֱמֶת, וְיַצְלִיחַ וְיָרוּם וְיִנָּשֵׂא--מִיָּד הֶם כֻּלָּן חוֹזְרִין וְיוֹדְעִים שֶׁשֶּׁקֶר נָחֲלוּ אֲבוֹתֵיהֶם, וְשֶׁנְּבִיאֵיהֶם וַאֲבוֹתֵיהֶם הִטְעוּם

Le Rambo''m suggère que le fait que HaShem n'entrave pas le libre-arbitre des hommes, qui s'exprime dans la montée de religions corrompues, a un bienfait. Ce ne sont pas les idées de ces religions qui contiennent un bienfait, mais l'application libre du libre-arbitre. Nous nous expliquerons.

Pour répéter : מִיָּד הֶם כֻּלָּן חוֹזְרִין וְיוֹדְעִים שֶׁשֶּׁקֶר נָחֲלוּ אֲבוֹתֵיהֶם, וְשֶׁנְּבִיאֵיהֶם וַאֲבוֹתֵיהֶם הִטְעוּם « immédiatement eux tous retourneront et sauront que leurs pères leur ont fait hériter du mensonge, et que leurs prophètes et pères les ont trompés ». Le Rambo''m souhaitait transmettre la leçon suivante : une fausseté antérieure sert à valider une vérité ultérieure. Telle est l'idée de toute la citation du Rambo''m. Expliquons-nous :

Si quelqu'un s'est égaré, en croyant qu'une fausseté est vraie, et que par la suite il apprend la vérité, il abandonne alors son ancienne erreur. Si le vrai Moshiah vient, et enseigne la Tôroh, tout deviendra clair, et on reconnaîtra que toutes les religions post-mosaïques n'étaient que mensonge. Par leurs fausses interprétations de la vraie Tôroh, Jésus, Mouhammad et d'autres faux prophètes, se sont trompés eux-mêmes et ont trompé les autres, en faisant croire qu'ils ont correctement interprété de nouveaux événements comme étant l'accomplissement par HaShem de sa promesse de rédemption. Mais puisqu'ils ont enseigné que ces événements faisaient partie du plan de HaShem, si ce qu'ils avaient annoncé avoir accompli (sans les avoir véritablement accompli) était plus tard parfaitement accompli lors de l'arrivée du véritable Moshiah, leurs interprétations de la Tôroh seraient ouvertement exposées comme ayant été fausses, et tous ceux qui avaient précédemment cru en eux seront dans une confusion et reconnaîtront avoir été trompés : מִיָּד הֶם כֻּלָּן חוֹזְרִין וְיוֹדְעִים שֶׁשֶּׁקֶר נָחֲלוּ אֲבוֹתֵיהֶם, וְשֶׁנְּבִיאֵיהֶם וַאֲבוֹתֵיהֶם הִטְעוּם « immédiatement eux tous retourneront et sauront que leurs pères leur ont fait hériter du mensonge, et que leurs prophètes et pères les ont trompés ». Ce scénario précis empêche toutes les futures distorsions de la Tôroh et du Moshiah, alors que si de fausses religions ne s'étaient pas levées avant la vraie venue du Moshiah, la Tôroh aurait pu continuer à être tordue dans tous les sens, et sa vérité n'aurait pas été évidente pour tous les Gôyim. Par conséquent, HaShem a laissé ces fausses religions exister, se répandre et tordre la Tôroh, de façon à ce que, lorsque le vrai Moshiah viendra et accomplira en une seule foi toutes les prophéties le concernant, dont celles que les fausses religions prétendaient s'être déjà réalisées, cela exposera de façon phénoménale l'invalidité de toutes les religions, excepté le Judaïsme. De cette manière, le Judaïsme restera à jamais la seule véritable parole de Dieu.

Donnons un autre exemple de cette méthode utilisée par HaShem, où une fausseté antérieure sert à valider une vérité ultérieure : Rash''i ז״ל (commentaire sur Bamidhbor 13: 2) cite l'enseignement du Midhrosh Tanhoumo` selon lequel, lorsque les Bané Yisro`él exigèrent qu'on envoie des explorateurs explorer le pays, HaShem S'offusqua du fait qu'ils aient osé demander une chose pareille, alors qu'Il avait promis que le pays était agréable, spacieux, etc. HaShem S'est alors exclamé : חַיֵּיהֶם שֶׁאֲנִי נוֹתֵן לָהֶם מָקוֹם לִטְעוֹת בְּדִבְרֵי הַמְרַגְּלִים לְמַעַן לֹא יִירָשׁוּהָ « Je jure par leurs vies que Je leur donnerai une occasion de se tromper par les paroles des espions pour qu'ils n'héritent pas de la terre d'Israël ». Cela semblerait être une déclaration vindicative, mais comme HaShem est dépourvu d'émotions, comment pouvons-nous la comprendre ? Le sens est le suivant : Si HaShem n'avait pas permis aux espions d'espionner la Terre d'Israël, ils auraient gardé une fausse erronée en ce qui concerne HaShem, c'est-à-dire que leur désir « d'envoyer des espions » témoignait de leur mécréance face à la promesse faite par HaShem qu'ils conquerraient avec succès la Terre d'Israël. Si cette incrédulité n'était pas révélée, ils resteraient avec cette fausse notion, ce qui n'est pas tolérable pour HaShem. Qu'entend-on par « HaShem leur a donné l'occasion de se tromper » ? Cela signifie que HaShem leur a donné l'occasion d'appliquer cette notion dans la réalité afin qu’ils puissent par la suite comprendre que le but de HaShem n'était pas de leur faire perdre la Terre d'Israël. En leur donnant « une occasion de ne pas hériter d’Israël », HaShem offrait à ces Juifs une opportunité généreuse de se rendre compte qu'en réalité, dès le départ, au fond de leur cœur, ce sont eux qui ne voulaient pas véritablement hériter de la Terre d'Israël. Et c'est pour cela qu'ils se voyaient retirer la promesse de HaShem d'en hériter. De cette manière, HaShem permit aux Juifs de faire face à leur erreur et peut-être de la corriger. C'est également le cas avec le fait que HaShem permit la montée de fausses religions avant qu'Il n'envoie le vrai Moshiah. HaShem préfère certainement que les fausses religions n'aient jamais existé, mais Il permet à l'homme d'appliquer son libre-arbitre, et à l'histoire de suivre un cours où la vérité sera finalement sans opposition. En permettant aux fausses religions de se répandre avant la venue du Moshiah, HaShem assure à l'homme un avenir où tous les arguments contre la Tôroh ont été traités.

L’institution du concept d'un Moshiah par la Torah sert un objectif primordial : unir tous les peuples dans la ´avôdhath HaShem. HaShem savait comment l'histoire se déroulerait, que le Judaïsme serait fragmenté en de nombreuses branches et que des écarts dans les niveaux d'observance de la Tôroh seraient observés. Un remède à ce problème était nécessaire. Et le Moshiah est ce remède. À son arrivée, le Judaïsme sera ainsi unifié et sera suivi dans sa forme originelle. Puisque tous les membres du Judaïsme acceptent la venue du Moshiah comme un principe de foi fondamental, contrairement à toutes les autres lois, qui sont tellement négligées et sujets à discussion, l'institution du Moshiah est la seule institution que tous les Juifs acceptent. Tous les Juifs suivront les enseignements du Moshiah. Le Judaïsme reviendra à sa forme pure et originelle, bientôt, espérons-le, pour être enseigné par le Moshiah, le véritable messager de HaShem.

Ceci est vrai non seulement pour les diverses factions juives, mais aussi à l'échelle mondiale pour toutes les religions. Le Moshiah est devenu le centre de la différence religieuse. À son arrivée, non seulement tous les Juifs s'uniront dans une même pratique, mais toutes les autres religions abandonneront également leurs idées fausses, acceptant le Judaïsme comme l'unique véritable parole de Dieu.

L'institution du Moshiah sert à unir tous les Juifs et toutes les nations pour servir HaShem dans une même pratique. Toutes les autres religions seront rejetées comme des mensonges complets. Un tel rejet de l’erreur antérieure garantit qu’il n’y aura pas de futurs écarts d'avec la parole de Dieu.

HaShem préférait que l'homme ne dévie jamais de la Tôroh, qu'il soit Juif ou Gôy. Et même si l’homme a dévié en créant de fausses religions, ses actions ne peuvent compromettre le plan de HaShem, mais Il utilise l’erreur de l’homme pour un bien ultime. Mieux vaut que l'homme ne se trompe pas, mais nous sommes reconnaissants que HaShem utilise ses erreurs et applique des mesures correctives pour toute l'humanité.
1Doniyé`l 11:14
2Saphanyoh 3:9

mercredi 14 août 2019

L'histoire trouble du Qaddish des Orphelins II


בס״ד

L'histoire trouble du Qaddish des Orphelins

Deuxième Partie


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La plupart des chercheurs qui se sont penchés sur les questions que nous avions posées à la fin de la première partie de cet article ont invoqué les attaques de 1096 contre les communautés juives de Rhénanie en guise d'explication, suggérant qu'une nouvelle prière commémorative pour les morts devint une nécessité suite au traumatisme collectif causé par les massacres commis par les Croisés. Cette explication est basée sur une approche intuitive, car des attaques contre les communautés achkénazes provoquèrent effectivement des réponses liturgiques tout au long du Moyen-âge, comme par exemple la prière du « `âv Horahamim » (qui fut composée à la suite de nombreux épisodes de persécution), celle du Yizkôr (qui fut composée à la suite du massacre de 10961), diverses Qinôth et de nombreux Piyoutim. Néanmoins, ce récit sur les origines du Qaddish des endeuillés est difficile à accepter, car les tous premiers textes prescrivant sa récitation considèrent ce Qaddish non pas comme une prière commémorative, mais plutôt comme une prière d'intercession—ce Qaddish, ainsi que nous le verrons, est censé être récité spécifiquement afin de libérer les membres de sa famille de la punition du Géhinnom. Pour les Juifs de l'Europe du Nord médiéval, il aurait été inconcevable d'imaginer que les martyrs de 1096—des héros qui laissèrent une trace indélébile sur l'identité et la conscience collective du judaïsme achkénaze—souffraient en enfer, ou qu'ils avaient besoin d'une quelconque intercession. Voici d'ailleurs ce le Rov Hayyim Soloveitchik écrivit sur eux2 :

La communauté franco-allemande était imprégnée d'une profonde perception de sa propre religiosité, de la justesse de ses traditions, et ne pouvait pas imaginer la moindre différence notoire entre ses pratiques et la Halokhoh que ses membres étudiaient et mettaient en pratique avec une telle dévotion.

En effet, comme l'ont montré un certain nombre de récentes études, les Juifs médiévaux croyaient que les martyrs se voyaient immédiatement accorder l'entrée au paradis—et le désir d'atteindre une telle récompense céleste pourrait même avoir motivé les Juifs à sacrifier leurs vies face aux massacres des Croisés. D'ailleurs, même après que le Minhogh consistant à réciter le Qaddish des endeuillés fut devenu omniprésent dans les communautés achkénazes, et que sa récitation atteint le statut d'obligation incombant à tous les orphelins, certaines figures achkénazes n'étaient pas à l'aise avec le fait de demander aux enfants des martyrs de le réciter, et continuèrent à se questionner s'il leur était véritablement requis de le faire. Par exemple, dans les Sha`élôth Outhashouvôth du Rov Ya´aqôv Môlin3, on demanda à se dernier si le Qaddish devait être récité en faveur des martyrs, et son interlocuteur attribua au Rov Mé`ir de Rothenburg (1215-1293) l'opinion selon laquelle ce Qaddish ne devait pas être dit. Le Rov Môlin soutint que ce Qaddish devait quand même être dit, mais l'échange illustre que la question n'était pas encore résolue au 15ème siècle. En fait, même le Rov Môlin rapporte dans le cours de sa réponse que les Juifs de Prague n'avaient pas voulu s'endeuiller pour les martyrs du massacre de 1389 ayant eu lieu dans cette ville, ajoutant ainsi du crédit à la présomption que ce Qaddish pourrait ne pas être nécessaire. Autre exemple : un questionneur de la fin du Moyen-âge argua que, certainement la mort d'un martyr « lui apportait l'expiation pour ses péchés, et de ce fait il ne peut pas être considéré comme un impie. La Houmroh [d'exiger de ses enfants qu'ils récitent le Qaddish] créerait une tache [spirituelle] sur la famille »4.

Au vue de tout cela, il est impossible que l’invention du Qaddish des endeuillés ait été suscitée à la suite de massacres, et certainement pas en guise de prière commémorative. La vérité est plutôt que la naissance et propagation du Qaddish des endeuillés fut une manifestation d'un changement de croyances sur la nature de l'au-delà et la relation entre les vivants et les morts. Au cours du Haut Moyen-âge, aussi bien les Juifs que les Chrétiens développèrent de nouvelles idées sur la nature et but des souffrances postmortems. Ces penseurs mettaient en particulier en avant la durée fondamentalement temporaire de la punition Divine dans l'au-delà, et la notion concomitante selon laquelle les vivants pouvaient aider à purifier les péchés, et donc raccourcir les souffrances, de leurs proches décédés. C'est une doctrine purement Catholique Chrétienne, que les Juifs achkénazes finirent aussi par embrasser. Ce consensus théologique en développement permit, et rendit même nécessaire, de nouveaux outils rituels d'intercession. Les halakhistes de l'achkénazie médiévale ajoutèrent ainsi une prière d'intercession à leur liturgie plus particulièrement à la fin du 12ème siècle parce que c'est précisément à ce moment-là que la base théologique fut posée sous leurs pieds. En standardisant et formulant une prière d'intercession, et en faisant de sa récitation une obligation incombant à tous les orphelins, les Juifs du 12ème siècle « codifièrent » cette position, reliant ainsi une « croyance » à une pratique d'une façon qui renforçait les deux.
À suivre...
1Voir « La commémoration des âmes dans le Judaïsme », Revue des études juives 29, par Israël Lévi
2Religious Law and Change : The Medieval Ashkenazic Example, AJS Review 12, n°2 (1987), pages 205-221
3Sha`élôth Outhashouvôth Mahari''l n°99
4Ibid.

mercredi 7 août 2019

L'histoire trouble du Qaddish des Orphelins - Première Partie


בס״ד

L'histoire trouble du Qaddish des Orphelins

Première Partie


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À un certain moment de la fin du 12ème ou début du 13ème siècle, les communautés juives d'Europe du Nord commencèrent à réciter une prière hebdomadaire pour les morts. Cette prière est le Qaddish. Or, le Qaddish ne contenait aucune référence aux morts, et était déjà devenu un élément central de la liturgie juive depuis de nombreux siècles. Le changement qui s'opéra au 12ème siècle fut très subtil : lors d'un seul office par semaine – celui du samedi soir, à la conclusion du Shabboth – un orphelin était expressément choisi pour réciter la prière du Qaddish. Cette innovation à première vue mineure et anodine prit, en à peine une dizaine d'années, des proportions extrêmes. Comme l'attestent les toutes premières mentions du Qaddish des orphelins dans quelques guides liturgiques allemands1, sa récitation s'étendit à travers la Rhénanie, le Nord et le Sud de la France, en Bavière et en Autriche, et pour finir en Espagne et en Italie. Plus il se répandait, et plus la pratique prenait de nouvelles proportions—après peu de temps, le Qaddish des orphelins finit par être récité quotidiennement, et ensuite trois fois par jour, et des décisions rabbiniques germèrent en profusion et contenaient des questions halakhiques complexes quant aux détails de sa place dans la liturgie. Parmi les questions traitées dans les premières sources faisant mention du Qaddish des orphelins lorsque sa récitation quotidienne se développa, nous pouvons citer celles-ci :
  • Combien de temps après le décès d'un parent le Qaddish des endeuillés doit-il être récité ?
  • La récitation du Qaddish des endeuillés doit-elle être prolongée plus que d'habitude durant une année où un treizième mois a été ajouté au calendrier ?
  • Peut-on réciter le Qaddish des orphelins pour sa mère lorsque son père est encore vivant ?
  • Le Qaddish des orphelins doit-il être considéré comme un « Dovor Shabbiqqadhoushshoh » ? Cette question fut posée pour déterminer si les orphelins de moins de 13 ans pouvaient réciter le Qaddish, car, en principe, les enfants de moins de 13 ans ne pouvaient pas conduire un « Dovor Shabbiqqadhoushshoh » pour la communauté.

Peu après qu'on se mit à le réciter quotidiennement, les orphelins rivalisaient les uns les autres pour avoir la chance de réciter le Qaddish, et les dirigeants des communautés devaient faire preuve d'ingéniosité pour élaborer des systèmes par lesquels déterminer qui aurait priorité pour le faire. Voici quelques-unes des solutions préconisées dans ces sources :
  • donner priorité aux résidents locaux de la communauté sur des invités en visite ;
  • donner priorité à ceux qui ont perdu récemment un proche sur ceux qui ont perdu un proche il y a bien plus longtemps ;
  • tirer au sort, pour déterminer de façon aléatoire quel endeuillé aurait priorité.

Cette pratique devint si populaire que, très vite, il fut impossible de se souvenir du temps où le Qaddish des endeuillés n'était pas un élément central de la liturgie—au point que les fidèles nourrissaient de plus en plus de doutes quant à savoir si des personnes qui n'étaient pas orphelines pouvaient diriger les offices les samedis soirs si aucun orphelin n'était présent. Ribbénou Ya´aqôv Môlin de Mayence (décédé en 1427), par exemple, se mit à rassurer les gens dans une de ses Tashouvôth2 : « Ceux dont les parents sont vivants ne doivent pas craindre de réciter le Qaddish ou de prier le samedi soir », tandis que le jeune contemporain de Ribbénou Môlin, Ribbénou Yisro`él Isserlein de Wiener Neustadt déclara de façon catégorique que : « il n'y a pas d'interdiction à la chose—car la prière du soir ne fut pas instituée [seulement] pour les orphelins »3. Toutefois, de nombreuses personnalités rabbiniques considéraient excessif cet engouement pour le Qaddish des orphelins, et cherchèrent à l'atténuer. C'est ainsi que Ribbénou Môlin lui-même fit remarquer que4 :

Même des adultes accordent une plus grande Kawwonoh au Qaddish de l'endeuillé, plus qu'à d'autres Qaddishin et au Borakhou, parce que ce Qaddish est supplémentaire, et n'est pas obligatoire, et ils croient par conséquent que cela causera un plus grand soulagement aux proches que d'autres prières. Mais je ne suis pas d'accord avec eux à ce sujet. Car c'est l'opposé qui est vrai. Celui qui accomplit un acte obligatoire est plus grand [que celui qui accomplit un acte volontaire].

Ribbénou Yishoq Tyrnau (décédé en 1425) se lamentait quant à lui sur le fait que5 : « on trouve communément dans les bouches des gens que le Qaddish est [le rituel de deuil] le plus important », une croyance que Ribbénou Yishoq Tyrnau déplorait puisque, évidemment, elle est fausse, étant donné que ce rituel ne fut inventé qu'à partir de la fin du 12ème siècle, et n'est jamais mentionné dans nos sources anciennes. Et comme le Talmoudh et le Rambo''m ne mentionnent jamais cette prière à réciter pour les morts, notre pratique n'est pas de réciter un Qaddish des endeuillés ou des orphelins.

Comment donc une innovation si mineure—qu'un élément préexistant de la liturgie soit simplement récité par un orphelin une fois par semaine—s'étendit si rapidement et s'encra si profondément ? Alors que le texte du Qaddish n'a, à l'évidence, aucune connexion avec la mort, mais était plutôt toujours associé dans le Talmoudh et jusqu'au début de la période médiévale à des aspirations rédemptrices et eschatologiques. Pourquoi une nouvelle prière pour les endeuillés fut-elle introduite dans l'Europe du Nord médiéval ? Nous y répondrons dans la deuxième partie, B''H. Et nous verrons que, comme beaucoup d'autres pratiques nées dans le monde achkénaze du Moyen-âge, l'origine du Qaddish des endeuillés/orphelins est enracinée dans de la superstition et fut influencée par des croyances chrétiennes qui se répandirent au sein des communautés juives achkénazes, en dépit de l'interdiction biblique de copier les pratiques des Gôyim.
1Voir, par exemple, Péroush Siddour Hattaphilloh Loroqéah ; Séphar `ôr Zoroua´ ; le Mahzôr Witry ; `ôsar Happôsaqim, etc.
2Sha`alôth Outhashouvôth Mahari''l Hahadhoshôth, paragraphe 28
3L'opinion de Ribbénou Isserlein est rapportée dans Laqat Yôshér 56
4Sha`alôth Outhashouvôth Mahari''l Hahadhoshôth, paragraphe 28
5Ribbénou Tyrnau, Séphar Hamminhoghim

vendredi 2 août 2019

Qui sont les Dorda´im ?


בס״ד

Qui sont les Dorda´im ?


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Depuis les premières années du Moyen-âge la communauté juive yéménite suivait les enseignements du Rambo''m (Ribbénou Môshah ban Maymôn, dit Maïmonide, que nous appelons simplement « Ribbénou ») sur pratiquement toutes les questions halakhiques, et leur Siddour était quasiment identique au texte de la prière se retrouvant dans le Séphar Ho`ahavoh du Mishnéh Tôroh de Ribbénou. La tradition yéménite est, de ce fait, complètement distincte des branches séfarades et achkénazes du judaïsme.

Aux 16ème et 17ème siècles les enseignements de la Qabboloh, plus particulièrement sous la forme promue par Yishoq Louria (le `ari) et son école, devinrent très populaires au Yémen comme dans d'autres pays. À la suite de cela, de nombreux individus et communautés à travers le monde (principalement les Mizrohim et les Hasidhim) abandonnèrent les rites traditionnels en faveur du rite séfarade modifié utilisé par Louria et son cercle immédiat de disciples.

Cette division se refléta également au sein des Juifs yéménites. Le sous-groupe Sha`am adopta un rite influencé par le séfaradisme kabbalistique. D'autres conservèrent la liturgie yéménite ancestrale, qu'ils acceptaient ou non les enseignements kabbalistiques lurianiques. Au 18ème siècle, afin d'assurer la survie et continuité du texte yéménite originel, le Rov Yihya` Sa`lah (surnommé le Mahari''s) fit la promotion d'un compromis et introduisit une nouvelle édition du Siddour yéménite qu'il créa. Il suivait dans le fond le rituel yéménite traditionnel (maïmonidien), mais faisait quelques concessions aux kabbalistes, comme par exemple en incluant le Piyout du Lakhoh Dhôdhi, la prière de `onno` Bakhôah, etc. Cette nouvelle tendance fût appelée « Baladh » (qui signifie « du pays », c'est-à-dire du Yémen), par opposition au rituel séfarade lurianique qui fût appelé « Sha`am » (littéralement, « du nord », en référence à la Syrie, d'où venaient les Juifs qui introduisirent la Qabboloh au Yémen). La différence entre les Baladhim et les Sha`amim affecta également les questions halakhiques, la communauté Baladhi continuant à suivre Ribbénou de façon quasiment exclusive, tandis que la communauté Sha`ami accepta le Shoulhon ´oroukh.

Les Dorda´im émergèrent sur le devant de la scène à la fin du 19ème siècle. Le mouvement Dôr Dé´oh fût formé par des individus qui s'opposaient à l'influence de la Qabboloh qui avait été introduite au Yémen au 17ème siècle. Ils soutenaient que les croyances fondamentales du judaïsme étaient progressivement et rapidement piétinées et abandonnées en faveur du mysticisme de la Qabboloh. Scandalisés par la direction que prenaient l'éducation et le développement social du Yémen, ils ouvrirent leur propre réseau éducatif dans le pays. Ils étaient également mécontents de l'influence que les kabbalistes étaient en train d'avoir sur diverses coutumes et rites, en plus de voir dans la Qabboloh une influence hautement superstitieuse contraire à la philosophie rationaliste de Ribbénou. Par exemple, au Yémen, beaucoup avaient adopté la pratique superstitieuse de cuire du pain sans sel et de préparer « la table de l'apaisement », en invitant plus de dix enfants âgés de 7 ou 8 ans qui attendaient à l'extérieur. Les adultes préparaient la table, puis répandaient sur elle des cendres fines. Ils émiettaient du pain, plaçaient les miettes sur la table contenant les cendres, et sortaient de la cuisine en s'adressant aux démons, leur disant : « Ceci est votre part ! » Quelques secondes après, ils ouvraient brusquement les portes, et les enfants accouraient dans la pièce, saisissaient les morceaux de pain sans sel et les mangeaient. Les Dorda´im s'opposèrent vigoureusement à ces Minhoghim car, en plus de la stupidité de la chose, ils étaient bibliquement prohibés à cause de l'interdiction des Darakhé Ho`amôri.

Les Dorda´im considéraient les kabbalistes comme des êtres irrationnels qu'ils contribuaient à un déclin dans le statut social et économique des Juifs yéménites. Tous ces problèmes amenèrent le Rov Yihya` Qa`phih à établir le mouvement Dôr Dé´oh. Ses objectifs étaient :

  1. combattre l'influence du Zôhar et les développements successifs de la Qabboloh moderne, qui était alors trop intrusive dans la vie yéménite, et que les Dorda´im considéraient irrationnelle et idolâtre ;
  2. restaurer une approche rationnelle du judaïsme enracinée dans les sources authentiques, comme le Talmoudh, les écrits du Rov Sa´adhyoh Go`ôn, et plus particulièrement ceux du Ribbénou ;
  3. préserver l'observance de la pratique traditionnelle et originelle du judaïsme tel qu'il fût enseigné et codifié par le Sanhédhrin jusqu'au 3ème siècle.

Depuis, la communauté juive yéménite peut être classée en trois catégories : Sha`ami, Baladhi et Dôr Dé´oh (ou « Rambamiste »). Et toute personne ou communauté adhérant aux principes énumérés plus haut et ci-dessous peut être considérée comme faisant partie des Dorda´im, même si elle n'est pas d'origine yéménite.

Les Dorda´im accordent une importance particulière à la doctrine juive de l'unité absolue d'HaShem, qu'ils considèrent avoir été compromise par les formes populaires de la Qabboloh qui prévalent aujourd'hui. Pour soutenir cette approche, ils font appel aux écrits philosophiques de Ga`ônim et Ri`shônim tels que le Rov Sa´adhyoh Go`ôn, Ribbénou Bahayé `ibn Paqoudhoh, le Rov Yahoudhoh Halléwi et Ribbénou.

Les points suivants sur l'unité du Tout-Puissant sont d'une importance capitale pour les Dorda´im et les Talmidhé HaRambo''m :

  • Il est incomparable à quoi que ce soit ayant été créé ;
  • Il n'est ni mâle ni femelle, mais en raison des limites du langage humain nous devons employer certains termes allégoriques et métaphoriques afin de transmettre le fait qu'Il existe ;
  • Son existence est qualitativement différente de toutes les autres existences, et ces dernières dépendent de Lui et sont préservées par Lui, alors que Lui demeure infiniment et inaltérablement distinct et indépendant de toute création ;
  • Il est une unité incomparable à la moindre unité dans la création. Son unité n'en est pas une qui pourrait être divisée ou qui comprendrait des parties, ce qui ne pourrait avoir lieu que dans le cas d'une unité soumise au temps et à l'espace. Son unité n'est pas non plus à comprendre dans le sens d'une espèce ou d'une sorte ;
  • aucune qualité de la création ne s'applique à Lui, que ce soit l'espace, le temps, le changement, le concept d'un corps, d'une forme, d'une image, le concept de remplir un corps, une forme, ou un lieu, ni d'autres facettes de la création, car Il est parfait, unique, qu'Il Se suffit à Lui-même et n'a aucun besoin de toutes ces choses. Il n'est pas une force ni une puissance qui possède ou remplit quelque chose d'autre, et il n'y a pas non plus en Lui le moindre aspect de multiplicité, ce qui aurait été le cas si le monde était littéralement en Lui. Toute phrase biblique ou talmudique donnant l'impression d'attribuer la moindre qualité de la création à HaShem doit être comprise différemment que dans son sens littéral, car Il transcende tous les aspects de la création. Aucun d'eux ne peut s'appliquer à Lui ;
  • la Splendeur de la Réalité de Son Être est si grande qu'aucun esprit ne peut saisir même la plus infime partie d'elle, car Il n'a point de parties, ainsi qu'il est écrit : גָּדוֹל יְהוָה וּמְהֻלָּל מְאֹד;    וְלִגְדֻלָּתוֹ, אֵין חֵקֶר « Grand est `adhônoy et abondante est la reconnaissance de Sa guidance ; et Sa grandeur n'a point d'investigation ». (Tahillim 145:3) Il faut, de ce fait, être conscient constamment que la Vérité Sublime de Son Être transcende absolument tout ce qu'on pourrait exprimer, mais que toute référence à Lui ne doit se faire que pour parler de ce qu'Il n'est pas ou par des métaphores.

Concernant la Qabboloh, les points les plus fondamentaux pour comprendre l'opposition des Dorda´im vis-à-vis de la compréhension communément acceptée de la Qabboloh portent sur la Singularité transcendante absolue du Créateur et les lois relatives à la ´avôdhoh Zoroh (idolâtrie). Les Dorda´im soutiennent que les formes populaires de la Qabboloh prévalant aujourd'hui sont contraires à l'Unité absolue et incomparable du Créateur et transgressent diverses lois interdisant l’idolâtrie et le polythéisme, et plus particulièrement l'interdiction du Ribbouy Rashouyôth (le fait d'adorer ou de concevoir dans son esprit une multiplicité de règnes), dont Ribbénou traite dans son Mishnéh Tôroh.

Le problème ne concerne pas l'existence de la Qabboloh en tant que telle, mais sa compréhension et définition. Le mot « Qabboloh » est employé dans des sources juives anciennes et par Ribbénou lui-même pour simplement désigner « la tradition » reçue des Prophètes, et non un mysticisme de quelque nature que ce soit. En outre, les Dorda´im acceptent que dans les temps talmudiques il existait une tradition mystique secrète dans le judaïsme, connue sous les noms de Ma´aséh Markovoh et Ma´aséh Varé`shith. Et Ribbénou explique que ces termes désignent respectivement quelque chose de similaire à la physique et à la métaphysique d'Aristote telles qu'interprétées à la lumière de la Tôroh. Les Dorda´im rejettent donc la notion selon laquelle la tradition serait représentée par les idées et idéaux populairement appelés aujourd'hui « Qabboloh ».

Les Dorda´im et Talmidhé HaRambo''m ne s'opposent pas non plus au mysticisme en tant que tel. Par exemple, le Rov Yôséph Qa`phih, illustre dirigeant des Dorda´im en `aras Yisro`él, publia l'ancien texte mystique appelé « Séphar Yasiroh » avec sa traduction du commentaire que le Rov Sa´adhyoh Go`ôn avait fait sur ce livre. De même, Ribbénou Bahayé `ibn Paqoudhoh et Ribbénou `avrohom ban HaRambo''m sont particulièrement respectés parmi les Dorda´im et Talmidhé HaRambo''m, alors qu'ils ont composé de nombreux textes mystiques.

Ainsi, les Dorda´im ne rejetteront pas la théorie des dix Saphirôth telle qu'elles sont mentionnées dans le Séphar Yasiroh. En effet, contrairement à la Qabboloh actuelle, les Saphirôth n'y sont absolument pas décrites comme des entités divines ni même des attributs ; elles sont simplement des nombres, considérés comme les paramètres dimensionnels utilisés dans la création du monde.

Par contre, les Dorda´im considèrent que le problème provient du Séphar Habbahir et du Zôhar, où les Saphirôth ont été hypostasiées comme des attributs divins ou des émanations divines, et où il est enseigné que l'on ne peut pas vraiment s'adresser directement au `én Sôph mais uniquement par l'une ou plusieurs de ces Saphirôth, et dans les Siddourim séfarades actuels chaque fois que le Nom Divin apparaît il est vocalisé différemment sous forme de code afin de montrer quelle Saphiroh il faudrait avoir à l'esprit. Ce problème est omniprésent dans les écrits de Yishoq Louria, où il est enseigné qu'en raison de certaines catastrophes dans les cieux, les récipients des Saphirôth se seraient fracturés et leurs canaux se seraient reformés en des aspects personnalisés à l'intérieur de la Manifestation d'HaShem appelés Parsouphim, enseignant que le but de chaque pratique religieuse serait d'assister leur unification. Pour les Dorda´im, cet enseignement est proche du polythéisme.

Le Zôhar est également considéré comme une véritable supercherie et un livre rempli d'hérésies et d’idolâtries.

Concernant la pratique religieuse, les Dorda´im s'opposent à l'abandon par l'orthodoxie juive d'un grand nombre de pratiques talmudiques qu'elle remplace par des coutumes nouvelles et des innovations, dont certaines sont clairement contraire à la loi talmudique. Cela concerne premièrement, mais pas uniquement, les coutumes dérivées de la Qabboloh. Aux yeux des Dorda´im et Talmidhé HaRambo''m, il n'existe aucune autorité ayant le pouvoir d'instituer des règles et pratiques nouvelles, que ce soit dans le sens de l'indulgence ou de la rigueur, depuis la dissolution du Sanhédhrin en l'an 425 de l'ère courante, ou au plus tard depuis que le Talmoudh fût scellé, et le rôle des rabbins venus après cette période consiste uniquement à enseigner et codifier la loi telle qu'elle a été enseignée et codifiée par le Sanhédhrin.

Pour les Dorda´im et Talmidhé HaRambo''m, le Mishnéh Tôroh de Ribbénou est le code halakhique le plus complet et fidèle au Talmoudh ; de ce fait, c'est le seul ouvrage qu'il est utile d'étudier et d'appliquer afin de mettre en pratique la loi talmudique. En outre, le texte actuel du Talmoudh est majoritairement corrompu par de très nombreuses variations textuelles et des censures. Or, les Ri`shônim, dont Ribbénou fait partie, possédaient les manuscrits les plus anciens et authentiques. Par conséquent, les Dorda´im et Talmidhé HaRambo''m concluent que le Mishnéh Tôroh est le meilleur accès à ce qu'enseignait originellement le Talmoudh.

Les Dorda´im ne considèrent toutefois pas que toutes les coutumes locales, qu'elles soient séfarades ou achkénazes ou d'une autre ethnie, seraient illégitimes si elles diffèrent de la Halokhoh de Ribbénou. C'est ainsi qu'eux-mêmes ont préservé certaines pratiques non maïmonidiennes sur des sujets mineurs (il existe entre trente et cinquante divergences entre les Dorda´im et le Mishnéh Tôroh). Cependant, ils soutiennent, sur base d'anciennes autorités telles que le Rov Yôséph Qa`rô ou encore le Rov Dowidh `ibn `abbi Zimro`, que les positions de Ribbénou doivent faire autorité non seulement au Yémen mais également en `aras Yisro`él, en Égypte et au Proche-Orient en général.

Il y a un rapport entre la position des Dorda´im sur la Halokhoh et sur tous les autres sujets, puisque l'un des arguments des Dorda´im pour accepter le Mishnéh Tôroh comme étant l'ouvrage halakhique le plus fidèle est que l'écrasante majorité des Pôsaqim (décisionnaires) ultérieurs, y compris le Rov Yôséph Qa`rô, étaient des croyants en la Qabboloh, ce qui a grandement influencé leurs positions, et ils ne devraient donc pas être acceptés comme faisant autorité au niveau pratique.

Les aspects de la loi juive talmudique sur lesquels les Dorda´im pourraient particulièrement insister, et qu'ils considèrent comme ayant été abandonnés par l'écrasante majorité des Juifs d'aujourd'hui incluent :

  • les lois sur la ´avôdhoh Zoroh qui interdisent tout usage d'intermédiaires ou de médiateurs entre l'homme et HaShem, de prier ou faire des requêtes à des forces invisibles telles que les rabbins passés ou les Saphirôth, de supplier tout être invisible autre qu'HaShem, etc. ;
  • les lois sur la législation se rapportant à la fonction et à la nécessité d'un Sanhédhrin ;
  • les lois sur le peuplement de la Terre d'Israël telles qu'elles ont été rapportées par Ribbénou dans les Hilkôth Malokhim Oumilhomôth ;
  • certaines lois concernant la Kashrouth, comme par exemple le fait d'immerger la viande dans de l'eau bouillante avant de la cuire ;
  • la préservation de la prononciation exacte et précise de toutes les lettres hébraïques, et l'enseignement de la grammaire hébraïque ancienne ;
  • un système éducatif conservant les méthodes d'enseignement talmudiques ;
  • une insistance sur la mémorisation de la Tôroh. Par exemple, les sept hommes appelés à la Tôroh doivent lire par eux-mêmes la portion qui leur est dévolue, et non pas par l'intermédiaire d'un Ba´al Qôré` qui lirait pour tout le monde ;
  • l'obligation même pour les femmes non mariées de couvrir leurs têtes, et pas uniquement les femmes mariées ;
  • un homme devrait aspirer à porter un Talith Godhôl et des Taphillin toute la journée, chaque fois que cela est possible, et en conformité avec la loi talmudique, contrairement à la pratique orthodoxe consistant à ne les porter que pour les prières du matin. C'est ainsi que les Dorda´im et Talmidhé HaRambo''m portent un Talith Godhôl même pour la prière du soir, et tout au long de la journée même en-dehors des moments de prière. Et conformément à la loi talmudique, même les garçons âgés de moins de 13 ans peuvent porter des Taphillin et un Talith Godhôl, ou encore lire dans la Tôroh en public ;
  • les Dorda´im n'utilisent pas les Siddourim modernes, car ils incluent des prières et Piyoutim composés par les kabbalistes. Les Dorda´im se réfèrent plutôt à des Siddourim antérieurs à la Qabboloh, comme par exemple le Siddour de Ribbénou, le Siddour du Rov Sa´adhyoh Go`ôn, le Nôsah `aras Yisro`él, etc. Cela a pour résultat que les offices de prières de ces communautés sont relativement courts par rapport à ceux du monde orthodoxe.

Comme cela a été dit plus haut, tout individu ou communauté adhérant à ces points peut être appelé « Dôr Dé´oh » ou « Rambamiste ».

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