lundi 23 décembre 2019

Quelle forme avait la Manôroh ?


ב״ה

Quelle forme avait la Manôroh ?


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La Manôroh est fréquemment employée pour représenter le judaïsme. Néanmoins, l'authenticité de la forme par laquelle elle est généralement présentée fait l'objet d'une Mahlôqath. Car il existe quelques incohérences entre les formes généralement employées et la description qui est faite de la Manôroh dans les sources traditionnelles. Les branches de la Manôroh en sont un exemple criant.

Généralement, ses branches sont représentées comme ayant une forme semi-circulaire ou oblongue. Et pourtant, Rash''i ז״ל, dans son commentaire sur la Tôroh, écrit ceci sur le verset qui déclare que les branches יֹצְאִים מִצִּדֶּיהָ « sortaient de ses côtés »1 :

De part et d’autre et en oblique, s’étirant en longueur jusqu’au niveau de la Manôroh elle-même, à savoir de sa tige centrale. Elles prenaient naissance sur la tige centrale, l’une au-dessus de l’autre, celle du dessous étant la plus longue et celle du dessus la plus courte. Il fallait en effet que tous leurs sommets se situent à la même hauteur que celui de la tige centrale, la septième, d’où sortaient les six autres branches.
לְכָאן וּלְכָאן בַּאֲלַכְסוֹן נִמְשָׁכִין וְעוֹלִין עַד כְּנֶגֶד גּוֹבְהָה שֶׁל מְנוֹרָה שֶׁהוּא קָנֶה הָאֶמְצָעִי וְיוֹצְאִין מִתּוֹךְ קָנֶה הָאֶמְצָעִי זֶה לְמַעְלָה מִזֶּה. הַתַּחְתּוֹן אָרוֹךְ וְשֶׁל מַעֲלָה קָצָר הֵימֶנוּ וְהָעֶלְיוֹן קָצָר הֵימֶנוּ לְפִי שֶׁהָיָה גּוֹבַהּ רָאשֵׁיהֶן שָׁוֶה לְגוֹבְהוֹ שֶׁל קָנֶה הָאֶמְצָעִי הַשְּׁבִיעִי שֶׁמִּמֶּנּוּ יוֹצְאִים הַשִּׁשָׁה קָנִים.

Il est donc clair d'après Rash''i que les branches de la Manôroh étaient obliques, et non semi-circulaires ni même oblongues comme on les représente généralement.

De même, aussi bien dans son commentaire sur la Mishnoh que dans son Mishnéh Tôroh, le Rambo''m ז״ל a inclus des dessins dans lesquels il décrit la forme exacte de la Manôroh. Et dans les deux cas, il montre les branches comme s'étendant diagonalement, dans des lignes droites, exactement comme Rash''i. Voici ci-dessous les propres dessins du Rambo''m quant à la forme réelle de la Manôroh :


Malheureusement, à l'époque où le Rambo''m rédigea ces ouvrages, les presses à imprimer n'avaient pas encore été inventées. Ce ne fut que plusieurs siècles après sa mort que ses livres furent imprimés, et dans ces éditions imprimées, ses dessins originels furent omis.

Une preuve supplémentaire de l'opinion du Rambo''m peut être tirée du commentaire sur la Tôroh rédigé par son propre fils, Ribbénou `avrohom ban HaRambo''m ז״ל. En commentant le verset susmentionné de Shamôth 25:32, qui décrit la forme de la Manôroh, Ribbénou `avrohom déclare : « Les six branches...s'étendaient en longueur depuis la tige centrale de la Manôroh dans une ligne droite, tel que dessiné par mon père, et non en demi-cercle tel que dessiné par les autres ».

D'où provient donc l'erreur de représenter la Manôroh avec des branches semi-circulaires ou oblongues ? La source des représentations communément acceptées de la Manôroh est le dessin qui en a été fait sur l'Arche de Tite à Rome. Lorsque Tite revint de sa conquête de Jérusalem, il fit construire une arche en l'honneur de sa glorieuse armée, et sur cette arche apparaît une scène qui inclut une reproduction de la Manôroh :


La représentation sur cette arche est à l'évidence une interprétation artistique romaine, et non une réplique exacte de la Manôroh du Béth Hammiqdosh. Cela se reflète par le fait que plusieurs éléments de la Manôroh sont omis dans cette représentation. Par exemple, la Manôroh avait des pieds qui s'étendaient de sa base2, alors que la Manôroh sur l'Arche de Tite n'a pas de pieds. De même, la représentation contient des ajouts, comme par exemple le fait que sur sa tige se retrouve l'image d'un dragon marin, l'une des divinités adorées par les romains3. De ce fait, il est clair et évident qu'on ne peut s'appuyer sur cette description et en faire une source fiable concernant la forme qu'avait la Manôroh. C'est encore plus évident lorsque cette représentation contredit les descriptions faîtes par des Talmidhé Hakhomim beaucoup plus fiables que des idolâtres romains.

C'est là que se cache un point essentiel : comme dit plus haut, la Manôroh sert souvent de symbole de la foi juive elle-même. Et la concernant, nos Sages ont enseigné que la Manôroh était « un témoignage fait à tous les habitants du monde que la Shakhinoh repose au sein d'Israël ».4 S'il en est ainsi, il est totalement déplacé et inapproprié qu'au lieu de dessiner ce symbole tel qu'il est décrit par les Talmidhé Hakhomim, l'es gens préfèrent adopter la représentation se trouvant sur l'Arche de Tite (sur laquelle il est d'ailleurs écrit en latin : « La Judée est vaincue ! ») !

Ce message est particulièrement pertinent alors que nous sommes entrés dans les festivités de Hanoukkoh, où nous commémorons la victoire de la vérité sur le mensonge, de la lumière sur les ténèbres, et où nous sommes exhortés à rejeter catégoriquement toute autre idéologie que celle qui nous a été transmise au Sinaï par l'intermédiaire de Môshah Rabbénou ע״ה. Cela nécessite donc également que l'on répudie la représentation semi-circulaire ou oblongue de la Manôroh, pour revenir progressivement, mais sûrement, vers la représentation droite et oblique que l'on retrouve dans nos sources les plus authentiques !
1Shamôth 25:32
2Talmoudh, Manohôth 28b ; Mishnéh Tôroh, Hilkôth Béth Habbahiroh 3:2
3Cette divinité romaine est mentionnée dans ´avôdhoh Zoroh 42b
4Manohôth 86b

lundi 16 décembre 2019

Le concept de « Résurrection des Morts »


בס״ד

Le concept de « Résurrection des Morts »


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Qu'est-ce que la résurrection des morts et comment s'inscrit-elle dans le schéma de la récompense et de la punition ultimes ?

Comme nous l'avons expliqué dans les précédents articles, d'après le Rambo''n (Nahmanide) et de nombreux autres philosophes, la résurrection des morts est le mécanisme pour entrer dans le ´ôlom Habbo`. Lorsque ce monde prendra fin et que le ´ôlom Habbo` le remplacera, les justes ressusciteront et vivront ainsi dans le ´ôlom Habbo`. L'espoir et la prière des justes sont donc de mériter la résurrection et d'entrer dans le ´ôlom Habbo`.

Ces philosophes trouvent des preuves de l'identification de la résurrection avec le ´ôlom Habbo` dans la discussion de la Gamoro` sur la Mishnoh qui déclare que celui qui nie la résurrection n'a aucune part au ´ôlom Habbo` (Sanhédhrin 90a). La Gamoro` explique que cette punition est appropriée sur la base de la doctrine de la réciprocité, Middoh Kanaghadh Middoh. Puisque cette personne a nié la résurrection, elle ne sera pas ressuscitée. Ce passage assimile la sanction de perdre le ´ôlom Habbo` au fait de ne pas être ressuscité, prouvant ainsi que le ´ôlom Habbo` et la résurrection sont équivalents.

  • La position du Rambo''m (Maïmonide)

La position de Rambo''m sur cette question n’est cependant pas très claire. Il croit que les plus grands plaisirs ne peuvent être atteints que par des âmes désincarnées. Avoir un corps est un handicap qui empêche l'âme d'atteindre la pleine proximité avec HaShem. Pourquoi, alors, une personne juste voudrait-elle un jour ressusciter ? Si son âme va directement au ´ôlom Habbo` à sa mort, il lui faudra alors quitter le bonheur ultime du ´ôlom Habbo` pour être ressuscité. Comment laisser le bonheur ultime et retrouver le handicap de l'existence physique peut-il être considéré comme une récompense souhaitable ? Cette énigme a intrigué les interprètes du Rambo''m de son vivant jusqu'à ce jour.

Le Rambo''m a aggravé cette interrogation en n'expliquant jamais les détails de la résurrection dans ses œuvres classiques. Dans son commentaire sur la Mishnoh (Sanhédhrin, chapitre 10), il la répertorie comme l'un des treize principes de foi, et il précise que seul la juste méritera la résurrection mérite, mais il ne l'explique pas davantage. Il le répertorie également parmi les croyances obligatoires dans son Mishnéh Tôroh (Hilkôth Tashouvoh 3: 14), mais ne précise jamais exactement quand et pourquoi cela se produit.

  • Interprétation du Ra`ava''d sur le Rambo''m

Il existe deux approches générales pour comprendre la position du Rambo''m. Le Ra`ava''d (commentaires sur les Hilkôth Tashouvoh 8: 2) accuse le Rambo''m de soutenir qu'il n'y a pas de résurrection physique des morts. D'autres penseurs contemporains ont également interprété le Rambo''m de cette façon, mais contrairement au Ra`ava''d, ils étaient d'accord avec cette position et ont prêché publiquement qu'il n'y aurait pas de résurrection physique, invoquant l'autorité du Rambo''m. Selon cette interprétation, le Rambo''m n'a jamais expliqué les détails de la Tahiyath Hamméthim parce qu'il ne croyait pas réellement à la résurrection physique. Au contraire, chaque fois que la Tahiyath Hamméthim est mentionné dans le TaNa''Kh ou par HaZa''l, c'est une métaphore de l'existence continue de l'âme après sa mort physique. La résurrection ne signifie pas que les morts reviendront à la vie, mais plutôt que leurs âmes continueront à vivre éternellement dans le ´ôlom Habbo`.

  • L'explication que le Rambo''m lui-même a donnée

Le Rambo''m lui-même, cependant, a donné une interprétation différente de sa relation particulière au concept de résurrection à travers ses écrits. Dans la `iggarath Tahiyath Hamméthim, l'essai du Rambo''m sur la résurrection des morts, il s'étonne de l'accusation selon laquelle il ne croit pas à la résurrection physique. Comment ne pouvait-il pas croire à la résurrection s'il la considérait comme l'un des treize principes de foi ?! Pourquoi, alors, ne l'explique-t-il pas en détails ou ne lui donne-t-il pas une place importante dans ses ouvrages ?

Le Rambo''m explique que la résurrection des morts n'est pas liée à la récompense et à la punition ultimes, qui sont purement spirituelles. La résurrection des morts est une vraie croyance, mais ce n'est pas le but ultime d'un être humain, et elle n'est donc pas philosophiquement importante. Il s'agit plutôt simplement d'un événement historique qui se produira à un moment donné, et ses effets ne seront que temporaires, car les individus ressuscités mourront à nouveau. Le Rambo''m n'a pas expliqué ce concept car il n'y a rien à expliquer. Un événement historique, par opposition à un concept philosophique, ne peut être prouvé ou analysé à l'aide d'un raisonnement abstrait. La seule chose pertinente à dire à propos d'un événement historique est soit qu'il s'est produit dans le passé, soit qu'il se produira dans le futur, et c'est exactement ce qu'il a dit dans ses précédents écrits.

  • Le but de la résurrection

Le Rambo''m n'a jamais répondu, cependant, à la question très pratique de quel avantage il y a pour une personne juste de voir son âme quitter le ´ôlom Habbo` et retourner dans ce monde matériel pour vivre dans un corps physique. Un certain nombre de réponses ont été proposées par des penseurs ultérieurs pour expliquer la position du Rambo''m.

Le Séphar Ho´iqqorim (Livre 4, chapitre 30) suggère trois explications pour le but de la résurrection d'après le Rambo''m. Peut-être que le miracle de la résurrection n'est pas au profit de celui qui est ressuscité, mais plutôt pour ceux qui seront en vie au moment où elle aura lieu - afin de renforcer leur `amounoh en HaShem. Alternativement, peut-être que les justes méritent une récompense physique pour compenser la souffrance physique qu'ils ont endurée au cours de leur vie. Puisque cette récompense physique ne peut pas leur être donnée dans le ´ôlom Habbo`, ils sont ressuscités dans le monde physique afin de jouir de la quantité de plaisirs physiques qu'ils méritent, avant de mourir à nouveau et de retourner à leur bonheur spirituel éternel. Troisièmement, un séjour répété dans le monde physique post-messianique donne aux justes l'occasion d'atteindre des objectifs spirituels qu'ils n'ont pas pu atteindre dans leur vie d'origine en raison de l'exil et de la persécution. Par conséquent, lorsqu'ils meurent une fois de plus après leur deuxième vie, leurs âmes peuvent retourner à un niveau encore plus élevé de félicité éternelle dans le ´ôlom Habbo`.

Bien que ces explications semblent raisonnables, le Rambo''m lui-même n'a donné aucune explication de la nécessité de la résurrection. Dans son `iggarath Tahiyath Hamméthim, il explique pourquoi il a compté la doctrine de la résurrection comme l'un de ses treize principes de croyance juive, mais son explication ne se rapporte pas à l'importance de la résurrection elle-même. Il laisse entendre qu'il n'est pas réellement philosophiquement important de croire que HaShem ressuscitera les morts; il est plutôt crucial de croire que HaShem peut ressusciter les morts. C'est cet aspect qui constitue un principe de foi. Il n'est pas important qu'un juif croie que certaines personnes seront ressuscitées à un certain moment et à un certain endroit pour une certaine raison. Il est plutôt important de croire en la résurrection des morts parce que le TaNa''Kh dit que HaShem ressuscitera les morts, et nous acceptons la signification littérale de chaque verset du TaNa''Kh tant que l'interprétation littérale reste dans le domaine du possible.

Ainsi, nier la résurrection équivaut à nier la possibilité d'une résurrection, et la croyance en la résurrection physique est fondamentalement la croyance selon laquelle HaShem a la capacité de ressusciter les morts. Cette croyance est d'une importance cruciale, car la résurrection des morts est le plus grand miracle, et la croyance en la résurrection comprend donc la croyance en la possibilité des miracles. Il y a des hérétiques qui croient que HaShem existe, mais qu'Il ne peut pas modifier les règles de la physique et accomplir des miracles. Le Rambo''m considérait donc la résurrection comme le treizième principe de foi afin de définir la croyance aux miracles comme axiomatique du judaïsme. Quiconque nie la résurrection, explique le Rambo''m, nie également tous les miracles et croit que HaShem ne peut pas passer outre les rouages de la nature, ce qui constitue en effet une grave hérésie.

D'après cette lecture, il est possible que le Rambo''m n'ait aucune explication sur la raison pour laquelle les morts devraient être ressuscités, mais cette question ne le dérangeait pas du tout. Puisqu'il n'attribue une signification philosophique qu'à la possibilité de résurrection et non à la résurrection elle-même, il peut confortablement accepter la vérité de la résurrection elle-même basée uniquement sur le témoignage du TaNa''Kh et avoir confiance que HaShem ne ressuscitera personne à moins qu'il n'ait une bonne raison de le faire.

  • En résumé

Nous avons vu trois approches sur la résurrection des morts. Le Rambo''n et d'autres croient que la résurrection est identique au ´ôlom Habbo` et que la récompense ultime est de ressusciter dans votre corps et de vivre éternellement dans un monde physique parfait. La deuxième approche est l'interprétation extrêmement rationaliste du Rambo''m, qui comprend la résurrection comme une métaphore de la vie de l'âme dans le ´ôlom Habbo`. La troisième approche est celle que le Rambo''m lui-même a exprimé, à savoir que la résurrection n'a rien à voir avec la récompense ultime des justes. La récompense ultime n'est pas de ressusciter, mais plutôt de vivre éternellement comme une âme désincarnée. La résurrection n'est qu'un phénomène temporaire; ceux qui reviennent à la vie vivront dans le monde physique pendant une durée limitée, puis mourront et récupéreront leur ultime récompense dans le ´ôlom Habbo`. Dans l'approche du Rambo''m, nous avons développé deux façons de considérer l'importance de la résurrection temporaire. Soit elle est importante parce qu'elle apporte un avantage à ceux qui sont ressuscités ou sont témoins de la résurrection, soit la croyance en la résurrection est significative parce qu'elle représente la croyance aux miracles et à la toute-puissance divine.

vendredi 13 décembre 2019

La Kashrouth du foie gras


בס״ד

La Kashrouth du foie gras


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Bonjour Rav

Le foie gras kasher est-il...kasher ?

Comment se fait il que cet aliment soit permis alors qu'on fait souffrir inutilement l'animal et qu'on déforme son foie d'une façon que ce foie devient malade ? Comment l'animal reste-t-il kasher ?

C'est une question extrêmement intéressante qui touche à plusieurs notions techniques, historiques, halakhiques et hashkaphiques que je vais tenter d'adresser de la manière la plus claire et large possible. Comme vous vous en rendrez compte, la Kashrouth du foie gras n'est pas blanche ou noire.

Tout d'abord, comment obtient-on le foie gras ?

L'oie est élevée normalement jusqu'à ce qu'elle atteigne son poids naturel d'environ 4 kg. Le gavage commence alors, où les oies sont nourries environ 450 g de nourriture trois fois par jour avec une machine d'alimentation spécialisée qui mesure la quantité de nourriture et possède un tube qui est inséré dans le canard ou l'oie. Cela se fait pendant environ trois semaines, jusqu'à ce que l'oie atteigne un poids incroyable de 8 kg. Le foie se développe à un rythme disproportionné, augmentant à environ quatre à six fois son poids naturel.

Certains endroits gavent manuellement à travers ce qui semble être un énorme compte-gouttes qui est forcé dans la gorge de l'oie, ce qui pourrait blesser l'œsophage. De nos jours, le gavage Koshér fait en France et en Hongrie se fait à travers un tuyau en pvc souple.

Le type d'aliment utilisé est également crucial. Si l'aliment est finement broyé, il y a moins de blessures, mais des problèmes peuvent toujours survenir. Historiquement, après que l'échange colombien ait apporté du maïs en Europe, les agriculteurs ont réalisé les capacités de marbrage du maïs dans la graisse et ont commencé à utiliser le maïs comme aliment au lieu des céréales.

Ces dernières années, les partisans de la production de foie gras Koshér affirment que le maïs est moulu extra-fin et cuit jusqu'à avoir la consistance d'une fine farine d'avoine. Il y a aussi des Bôdhaqim qui inspectent les gavages et même après la Shahitoh, retirant entièrement l'œsophage, le séparant entièrement de la muqueuse et l'examinant à fond.

Ceux qui s'opposent à la consommation du foie gras invoquent majoritairement la notion de צַעַר בַּעֲלֵי חַיִּים « Sa´ar Ba`aHayyim », l'interdiction de causer une souffrance à des créatures vivantes.

La majorité des Ri`shônim sont d'avis que le concept de Sa´ar Ba´aHayyim est, en fait, une interdiction biblique, tout comme le sous-entend le Talmoudh (Shabboth 128b). Le Rambo''m ז״ל, cependant, est interprété par la majorité des commentateurs comme soutenant qu'il s'agit plutôt d'une interdiction d'origine rabbinique. [Par contre, le Kasaph Mishnéh ז״ל lit le Rambo''m comme soutenant que l'interdiction est également biblique].

Ceux qui soutiennent la production de foie gras répondent à cela en citant une Tashouvoh du Ramo''` ז״ל (Tashouvoh n°79). Il tranche que si une oie a l'habitude d'être gavée et qu'elle souffre si elle n'est pas gavée et qu'on est en plein Shabboth, on peut demander à un Gôy de nourrir de force l'oie pour qu'elle ne subisse pas Sa´ar Ba´aHayyim. Les défenseurs du foie gras Koshér déduisent donc que si le Ramo''` considérait que le gavage forcé était une transgression, il l'aurait clairement mentionné en premier lieu. Ce qu'il n'a pas fait.

Une autre question est de savoir si les oies ou les canards ressentent réellement une douleur excessive. Il y a des vétérinaires, partisans du foie gras, qui prétendent que les canards et les oies n'ont pas de réflexe nauséeux et ne souffrent donc pas comme un être humain le ferait lorsqu'un tube est forcé dans la gorge. Il est vrai que ces oies ont un œsophage recouvert de collagène qui permet aux oies d'avaler de gros poissons et autres proies sans douleur. D'autres, par contre, ont rapporté que « la zone oropharyngée est particulièrement sensible et est physiologiquement adaptée pour effectuer un réflexe nauséeux afin d'empêcher les liquides de pénétrer dans la trachée. Le gavage forcé devra passer outre ce réflexe et, par conséquent, les oiseaux peuvent initialement trouver cela stressant et des blessures peuvent en résulter. »

Qui a raison en ce qui concerne le « réflexe nauséeux »? Il est difficile de savoir avec certitude, puisque cela va dépendre de quel côté se trouve le vétérinaire, car cela influencera son argumentaire. Mais ce qui est certain est que l'œsophage de la sauvagine commence directement sous la langue - ainsi le réflexe nauséeux est significativement différent de celui des êtres humains.

Les vétérinaires qui sont partisans du foie gras affirment également que les volailles sont différentes des mammifères quant à la question de savoir si c'est la norme pour leurs foies de stocker les graisses. Ils affirment que pour les humains, cela indique une maladie, tandis que chez la volaille, il est naturel que le foie de la volaille stocke les graisses. Ces vétérinaires renvoient à des études menées en France selon lesquelles les canards et les oies subissent plus de stress en se nourrissant dans la nature qu'en étant nourris de force dans les fermes.

D'autres sont en désaccord avec véhémence sur ce point de vue et affirment que le fait même que les canards et les oies halètent et fuient de ceux qui les nourrissent, plutôt que d'aller vers eux, montre qu'ils sont tout sauf les oies et canards heureux décrits par les fermiers.

De plus, le Taroumath Haddashan (105) tranche, comme le font de nombreux Pôsaqim, que lorsqu'une créature peut servir à l'usage de l'humanité, les problèmes de Sa´ar Ba´aHayyim ne sont plus des facteurs à prendre en compte. Sur base de cela, certains disent que, puisque ces oiseaux sont engraissés pour la consommation humaine, Sa´ar Ba´aHayyim n'est plus un problème.

Le contre-argument ici est que les propos du Taroumath Haddashan n'impliquent pas forcément une permission de gaver ces oiseaux. En effet, le Hozôn `ish ז״ל écrit (Shabboth 48: 7) qu'un travail excessif au-delà de la norme pour un animal doit être considéré comme du Sa´ar Ba´aHayyim. L'intention du Hozôn `ish n'est pas nécessairement limitée au travail des animaux. Il se pourrait très bien qu'un Sa´ar excessif au-delà de la norme naturelle pour l'animal soit également interdit, qu'il soit provoqué par le travail ou par un autre aspect de l'élevage.

Il y a aussi un autre facteur au-delà du Sa´ar Ba´aHayyim, que certains des `aharônim citent. La Tôroh nous dit d’imiter HaShem ית׳ et de marcher dans Ses voies. De nombreux Maphôrashim expliquent que certains des principaux Sages se sont abstenus d’actes de cruauté envers les animaux même si la cruauté servait un usage pour l’humanité en raison du fait que cela constituait une transgression de « et tu marcheras dans Ses voies » - et non de Sa´ar Ba´aHayyim. Ainsi, on peut interdire le foie gras sur base du fait que c'est immoral.

Bien que le problème de Sa´ar Ba´aHayyim soit une chose - il peut y avoir d'autres problèmes relatifs à la Kashrouth. Afin de comprendre ces autres problèmes, une brève introduction anatomique est nécessaire.

Le וֵשֶׁט « Wéshat », ou l'œsophage, est composé de deux tubes, le tube rouge extérieur et le tube blanc intérieur. Le tube externe est fait de tissu musculaire qui amène les aliments à descendre le long des voies, en les serrant en exerçant une pression sur le tube blanc. Le tube blanc n'est pas du tout un tissu musculaire. Il s'agit d'une membrane muqueuse quelque peu visqueuse, qui permet aux aliments de descendre avec moins de friction.

Si un seul des tubes (que ce soit le חִיצוֹן « Hisôn » [tube extérieur] ou le פְּנִימִי « Panimi » [tube intérieur]) du Wéshat est percé mais que l'autre est intact, l'animal n'est pas considéré comme une Taréphoh. Cependant, Rabboh ז״ל tranche (Talmoudh, Houllin 43a) qu'il est presque impossible de détecter un petit trou minuscule de l'extérieur dans la couche rouge externe de l'œsophage. En fonction de la taille du tube et du type de nourriture forcée dans la gorge de l'oie, la probabilité d'endommager l'œsophage peut parfois être quelque peu élevée.

Que se passe-t-il alors si une épine ou un morceau de nourriture dure et mince se trouve logé dans l'œsophage de l'animal ?

La question est traitée par ´oullo` ז״ל tout en haut de Houllin 43b. Il déclare : « Si une épine est trouvée logée dans l'œsophage, nous ne sommes pas préoccupés par le fait que peut-être que l'œsophage a été perforé puis a guéri ». La Gamoro` se demande en quoi ce cas est-il différent du cas d'un animal ayant peut-être été mutilé, cas pour lequel la Gamoro` présume que ´oullo` est strict. La Gamoro` répond que ´oullo`, en fait, tranche avec indulgence dans ce cas aussi, et n'exige pas que l'animal sur lequel il y a un doute s'il a été mutilé soit examiné.

Rash''i ז״ל offre deux explication au problème soulevé par ´oullo` :

La première explication est que peut-être qu'une membrane s'est étendue sur la plaie de ponction d'origine et l'a recouverte. Puisqu'il ne s'agit pas d'un type de membrane qui colmate halakhiquement une ponction, puisqu'elle est survenue à la suite d'une blessure, le problème n'est pas résolu si la zone est inspectée. Une Badhiqoh du Wéshat n'aiderait pas du tout. Le Rambo''m est d'accord avec cette explication de Rash''i.

La deuxième explication de Rash''i est que le souci est que peut-être que l'épine a percé les deux couches de l'œsophage. Le Ri''ph ז״ל est d'accord avec cette explication de Rash''i.

La différence entre les deux approches est essentielle pour déterminer la Halokhoh. Selon le Ri''ph, si quelqu'un inspectait l'autre couche et ne trouvait rien, l'animal pourrait toujours être considéré comme étant Koshér. Selon le Rambo''m, une inspection serait complètement futile et l'animal ne serait plus considéré comme Koshér.

Bien que ´oullo` ait tranché avec indulgence, le Ri''ph, le Rambo''m et le Rashba''` ז״ל tranchent tous de manière stricte, car la Gamoro` conclut finalement que nous devons inspecter un animal sur lequel il y a un doute de mutilation (que l'on appelle en terme talmudique un « Sophéq Darousoh »). Ils concluent donc que le point de vue de ´oullo` a été rejeté par la position finale de la Gamoro`. Cela indiquerait que chaque fois qu'une épine ou une longue particule de nourriture fine se trouve dans l'œsophage - l'oie serait rendue non Koshér.

Cependant, le Ro`''sh ז״ל et le Ra`ava''n ז״ל tranchent comme ´oullo` et ne sont pas inquiets lorsqu'une épine est trouvée dans l'œsophage. Ils tranchent de cette manière car ils assimilent le cas de l'épine trouvée dans l'œsophage au cas d'une aiguille trouvée dans le בֵּית הַכּוֹסוֹת « Béth Hakkôsôth » (le réticulum), où s'il est trouvé d'un seul côté, il est considéré comme autorisé. [Le Rambao''m n'accepterait pas cette position car il ferait la différence entre les deux cas puisque les parois du réticulum sont beaucoup plus épaisses que les tissus de l'œsophage.]

Le Shoulhon ´oroukh tranche comme le Rambo''m, l'interdisant, tandis que le Darakhé Môshah tranche avec indulgence comme le Ro`''sh.

Un autre problème est de savoir s'il y a du sang autour de l'épine qui est trouvé ou non. Concernant une aiguille dans le réticulum, elle n'est interdite qu'en présence de sang. ´oullo` discutait-il d'un cas où il y a du sang coagulé ou d'un cas où il n'y a pas de sang coagulé ? Rash''i, Rashba''` et Rambo''m comprennent tous que ´oullo` discute d'un cas où il n'y a ni goutte de sang ni sang coagulé, car l'œsophage est une zone dans laquelle les liquides sont constamment lavés ou nettoyés. Les Tôsophôth, d'autre part, ne sont pas d'accord et déclarent que ´oullo` le permet même lorsqu'il y a du sang.

Encore un autre problème est la position dans laquelle l'épine se trouve dans l'œsophage. A-t-elle été trouvée dans la longueur de l'œsophage ou dans la largeur ? Le Rambo''m tranche que si elle est trouvée dans la longueur, alors ce n'est pas un problème. Cela donnerait plus de marge d’indulgence. Cependant, il y a un débat sur la façon de comprendre cette décision du Rambo''m. Le Kasaph Mishnéh comprend que le Rambo''m veut dire que chaque fois qu'elle se trouve dans une position latérale, elle est considérée comme si elle était logée. Le Radba''z comprend que le Rambo''m veut dire que, peu importe qu'elle soit trouvée dans le sens de la longueur ou de la largeur tant qu'elle n'est pas logée dans la membrane œsophagienne, il est autorisé.

Le Sha''h (33:21 et 23) stipule que le Ramo''` est dans le fond d'accord avec la position du Shoulhon ´oroukh, mais il fournit simplement la raison pour laquelle certaines personnes sont indulgentes. Le Ramo''` exige que le Wéshat soit vérifié car le pourcentage de problèmes est significativement plus élevé avec les oies gavées. Néanmoins, il écrit qu'il est préférable de ne pas les vérifier et d'ignorer les éventuels problèmes.

Le Ba''h ז״ל était très strict sur ces questions et a interdit le gavage. En effet, il écrit que s'il avait le pouvoir, il abolirait le gavage forcé du milieu de l'intégralité du peuple juif. En revanche, le propre gendre du Ba''h, le Ta''Z (33:18), était indulgent sur la question des oies gavées. Il a statué qu'en fait, l'examen de l'œsophage peut être effectué à l'extérieur. Il fonde sa clémence sur l'opinion des Tôsophôth selon qui lorsque le trou intérieur n'est pas détectable à l'extérieur et que cela était dû à une blessure physique plutôt qu'à une maladie, nous ne supposons pas que l'épine a pénétré à l'extérieur. Le Sha''h dans le Naqoudhath Hakkasaph, cependant, conteste l'interprétation que le Ta''z fait des Tôsophôth en ce qui concerne le gavage.

Quoi qu'il en soit, trouver des aliments dans l'œsophage n'est pas rare lors de la manipulation d'animaux nourris de force. Bien que le pourcentage de cas problématiques varie considérablement entre les éleveurs, il est clair que l'exécution d'une opération parfaitement fluide peut parfois être difficile.

Le gavage peut également causer d'autres problèmes. Très souvent, les animaux gavés ont de la difficulté à manger régulièrement. Cette difficulté peut, en soi, entraîner des complications Taréphôth au-delà de l'idée d'une épine trouvée dans l'œsophage, car les oies ne peuvent pas vivre beaucoup plus longtemps après avoir été gavées de force d'un kilo d'aliments pendant trois semaines. Le Darakhé Tashouvoh (Yôréh Dé´oh 33: 132) cite le point de vue du `éshal `avrohom que si le gavage devait cesser, les oies ne vivraient certainement pas douze mois. Un autre problème confirmant l'idée qu'il existe d'autres complications est qu'il est allégué que de nombreux animaux nourris de force peuvent à peine marcher. Cela peut indiquer un problème sous-jacent de Taréphoh. Or, il est défendu pour des Juifs de consommer des animaux ayant le statut de « Taréphoh ».

Il y a essentiellement trois opinions parmi les `aharônim concernant les implications halakhiques du gavage des oies.

L'opinion clémente du Hathom Sôphér ז״ל (expliquée dans le Sha´aré Sadhaq Yôréh Dé´oh # 44) d'après laquelle il suffit d’examiner la section intérieure de l’œsophage. Si elle est percée ou endommagée d'un seul côté, il le permet et nous ne nous soucions pas que la deuxième couche ait été également percée.

En effet, les Talmidhim de Hathom Sôphér ont contribué à normaliser la pratique de ceux qui hésitaient à adopter l'ancienne coutume juive allemande de consommer du foie gras.

Selon l'opinion du Mahar''i ´assadh, il faut examiner la couche extérieure de l'intérieur, et même si la couche blanche sous-jacente est percée, l'oiseau est considéré comme Koshér. Le Rov Wosner (Yôréh Dé´oh VIII # 153) recommande de s'appuyer sur ce point de vue, compte tenu du fait que l'alimentation et le processus d'alimentation ont été modifiés.

Et enfin, il y a le point de vue des autorités séfarades et hassidiques qui ne permettent pas du tout la consommation d'oies gavées.

De nombreux Pôsaqim Litvishim étaient également fortement opposés à la pratique. Le Rov Savi Pasah Frank (Tashouvath Har Savi Yôréh Dé´oh # 26) écrit qu'il n'a jamais été de coutume en Terre d'Israël d'autoriser le gavage et dit à celui qui l'a interrogé sur le sujet que ce serait une bonne réussite s'il réussissait à faire cesser la pratique. Le Hozôn `ish était également fermement opposé à l'adoption de cette pratique à l'intérieur des frontières d'Israël, comme le rapporte le Rov Wosner (Shévat Halléwi Yôréh Dé´oh IX # 153).

Il convient également de souligner que l'examen minutieux de l'œsophage discuté par les `aharônim était en réalité très différente de la production commerciale de masse des temps modernes. Il peut être simple de vérifier un ou deux œsophages. C'est une tout autre affaire lorsque l'on vérifie les parties du corps de plus d'un millier d'oiseaux abattus par jour. Voilà pourquoi s'appuyer sur les autorités passées qui auraient permis le gavage ne rend pas certaine la pratique pour notre époque, car la réalité de production est différente de celle qui prévalait à leurs époques, où il était plus facile de garantir la Kashrouth de l'œsophage, contrairement à notre époque où plus il y a d'enjeux économiques moins les Mashgihim sont réellement minutieux dans les inspections.

Il est intéressant de signaler que le Rov ´ôvadhyoh Yôséph (Yabbia´ `ômér Vol. IX Yôréh Dé´ôh # 3) condamne également fermement la pratique - mais pas seulement à cause des problèmes de Kashrouth. Il met dans l'équation la question de Sa´ar Ba´aHayyim. Bien qu'il aborde le fait que la logistique du processus s'est considérablement améliorée, il écrit toujours qu'il y a encore de sérieux Saphéqôth (doutes) sur la question.

Comme vous le voyez, les questions entourant la permissivité ou pas du foie gras sont nombreuses. Et chacun agira en âme et conscience, bien qu'il y ait davantage de raisons pour interdire catégoriquement la production et consommation de cet aliment, non seulement pour des raisons halakhiques, mais aussi éthiques et morales.

lundi 9 décembre 2019

Pourquoi n'y a-t-il aucune mention du ´ôlom Habbo` dans la Tôroh ?


בס״ד

Pourquoi n'y a-t-il aucune mention du ´ôlom Habbo` dans la Tôroh ?


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Nous avons consacré les trois précédents articles au sujet du ´ôlom Habbo`. Tous les philosophes juifs conviennent que la récompense ultime est le ´ôlom Habbo`, l'au-delà du monde à venir. Il est donc extrêmement déroutant que cette récompense ne soit mentionnée nulle part dans la Tôroh écrite. La Tôroh promet une grande récompense à ceux qui respectent les Miswôth qu'elle contient, mais cette récompense est terrestre et physique, incluant, par exemple, le succès militaire et économique, la longue vie et la bonne santé, et d'autres récompenses matérielles. Pourquoi la récompense ultime n'est-elle jamais mentionnée explicitement dans la Tôroh ?

De nombreuses réponses ont été apportées à cette question par les philosophes juifs à travers les époques, et nous en analyserons certaines.

  • Réponses techniques et / ou historiques

Un groupe de réponses est technique, ne se rapportant pas à l'essence du ´ôlom Habbo`, mais à la question de savoir s'il est nécessaire que la Tôroh l'enseigne. Par exemple, le Rov Sa´adhyoh Go`ôn ז״ל et le Rambo''n ז״ל expliquent que l'on peut logiquement déduire l'existence de l'au-delà à partir de la nature de l'âme humaine, qui n'est pas sujette à la destruction physique; mais on ne peut pas philosophiquement prouver que HaShem ית׳ accordera une récompense matérielle aux justes. Par conséquent, la Tôroh développe ces récompenses que nous n'aurions pas connues par nous-mêmes et omet celles qui peuvent être découvertes au moyen de la philosophie et de la réflexion.

Le Rov Hay Go`ôn ז״ל explique de la même manière qu'au moment où la Tôroh a été donnée, les Juifs avaient une longue tradition de croyance dans l'au-delà, et il n'était pas nécessaire de renforcer cette croyance.

Une approche très différente est suivie par le `ibn ´azro` ז״ל, qui explique que la Tôroh a été donnée à tout le peuple juif, et ne comprend donc que des idées compréhensibles par les masses. Les récompenses physiques sont facilement comprises par tout le monde, mais l'idée du ´ôlom Habbo` est très difficile à saisir, et elle est donc sous-entendue dans la Tôroh, mais pas discutée explicitement.

Le Kali Yoqor ז״ל mentionne également une autre explication technique, à savoir que HaShem savait qu'il y aurait ceux qui douteraient de la véracité de la Tôroh. Si la Tôroh s'était concentrée sur la récompense et la punition dans un monde futur, les cyniques auraient conclu que la Tôroh promet des choses que nous ne pouvons jamais vérifier ou voir de nos propres yeux car il n'y a en fait ni récompense ni punition. Pour contrer cette croyance erronée, la Tôroh promet des récompenses et des punitions concrètes que nous pouvons vérifier en analysant l'histoire, afin que tous les Juifs puissent croire en la Tôroh.

Le Hôvôth Hallavovôth ז״ל ajoute une dimension historique à l'explication citée ci-dessus du `ibn ´azro`. Il explique que lorsque les Juifs ont reçu la Tôroh pour la première fois, ils étaient intellectuellement peu raffinés et spirituellement immatures. Si la récompense ultime promise dans la Tôroh avait été quelque chose qu'ils ne pouvaient pas comprendre, ils n'auraient jamais pris l'engagement d'observer la Tôroh, qui n'aurait alors jamais été donnée. Par conséquent, HaShem ne promet explicitement que des récompenses matérielles, auxquelles les gens pourraient facilement se rapporter et qui les éveilleraient à un développement spirituel. Au fur et à mesure que les Juifs se sont développés spirituellement, ils sont devenus capables de déduire la promesse d'une vie après la mort à partir des indices disséminés dans la Tôroh et d'accepter cette croyance également.

Le Rov Sa´adhyoh Go`ôn suggère également une réponse historique, qui est que la nature de la Navou`oh (prophétie) est de se concentrer sur l'information qui est immédiatement nécessaire. Lorsque les Juifs ont reçu la Tôroh, le prochain défi était la conquête et le peuplement de la Terre d'Israël. Par conséquent, la Tôroh se concentre uniquement sur les récompenses et les punitions qui se rapportent à la qualité de leur existence nationale en Terre d'Israël, qui sont terrestres, pas d'un autre monde.

Une autre explication historique fascinante est donnée par le `abbarvna`él ז״ל, qui explique que lorsque la Tôroh a été donnée, les Juifs allaient bientôt être tentés par les croyances païennes des Cananéens, qui croyaient que le culte des dieux locaux apportait fertilité, santé, victoire militaire et autres formes de réussite matérielle. Les Cananéens ne croyaient cependant pas que leurs divinités promettaient une vie après la mort. Par conséquent, il n'était pas nécessaire de se concentrer sur l'au-delà, car il n'y avait aucune tentation d'adorer d'autres forces afin de mériter un au-delà. Plutôt, il était nécessaire que la Tôroh enseigne que les Juifs ne devraient pas adorer les dieux cananéens afin d'atteindre la fertilité et d'autres succès matériels, car seul le culte du vrai Dieu (HaShem) mériterait une bénédiction matérielle, et le culte des idoles serait puni de destruction physique.

Bien sûr, toutes ces explications conviennent que HaShem inclut la croyance en un ´ôlom Habbo` dans la Tôroh ; mais Il le fait au moyen d'indices qui seraient élucidés par les Sages, en utilisant les méthodes traditionnelles d'interprétation exégétique, telles que nous les trouvons dans le Midhrosh et la Gamoro`. Ces philosophes expliquent simplement pourquoi la doctrine de l'au-delà n'est pas mentionnée explicitement dans la Tôroh écrite.

  • Réponses substantielles

Beaucoup de philosophes juifs ont suggéré des réponses plus substantielles à ce problème qui se rapportent à la nature et au but de l'au-delà et de la Tôroh elle-même. Nous allons à présent les passer en revue.

    • Le `abbarvna`él : ´avôdhoh Lishmoh

Le `abbarvna`él cite l'opinion du Rambo''m ז״ל selon qui nous ne sommes pas censés garder les Miswôth afin de recevoir les récompenses matérielles promises par la Tôroh. Cela constituerait une עֲבוֹדָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ « ´avôdhoh Shallô` Lishmoh », c'est-à-dire, servir HaShem pour des arrière-pensées. L'intention de la Tôroh, quand elle mentionne des récompenses matérielles, est de promettre que si nous accomplissons les Miswôth, HaShem nous facilitera la tâche pour accomplir plus de Miswôth et apprendre plus de Tôroh, en nous libérant de l'oppression, de la maladie et de la pauvreté.

Se basant sur cela, le `abbarvna`él explique que la Tôroh ne mentionne pas de récompense ou de punition dans l'au-delà parce que nous ne devrions pas servir HaShem pour la récompense. La Tôroh mentionne seulement les conséquences matérielles dans ce monde parce qu'elles ne sont pas conçues comme des récompenses, mais plutôt comme des opportunités de servir davantage HaShem. On doit servir HaShem dans le but d'élargir et d'approfondir notre ´avôdhath HaShem, pas dans le but de récolter des bénéfices personnels. La vraie récompense et la punition, par conséquent, sont volontairement omises de la Tôroh afin de nous enseigner le principe philosophique selon lequel il faut servir HaShem par de purs motifs, pas pour un gain personnel.

    • Séphar Ho´iqqorim : Récompense collective

Le Séphar Ho´iqqorim suggère une autre explication philosophique, soulignant que la Tôroh se concentre sur la récompense et la punition collectives du peuple juif, par opposition à l'individu. Par conséquent, la Tôroh ne mentionne pas la récompense et la punition dans l'au-delà, car dans l'au-delà, chaque individu est jugé indépendamment et il n'y a pas de récompense ou de punition collective. Dans ce monde, cependant, le succès physique et matériel est accordé à une nation juste même si certains de ses membres sont impies, et ils partagent naturellement le succès et la prospérité de leur nation. De même, les châtiments physiques et matériels seront infligés à une nation impies, et même les justes parmi eux souffriront nécessairement avec leurs compatriotes. La Tôroh ne mentionne donc que la récompense et la punition de ce monde, afin de n'orienter son attention que sur le collectif juif.

D'après le Séphar Ho´iqqorim, il ressort que la Tôroh est disposée à omettre la mention explicite de l'un des principes de la foi juive afin d'éviter de se concentrer sur l'individu par opposition à la nation. Ceci est compréhensible dans le contexte d'une conception particulière de la nature de la Tôroh. La Tôroh n'est pas une alliance entre HaShem et un individu, mais plutôt entre HaShem et le peuple juif dans son ensemble. Un Juif est astreint à six cent treize Miswôth, contrairement à un Noahide, non pas à cause de sa dignité individuelle, mais parce qu'il est un membre du peuple qui conclut une alliance avec HaShem au Mont Sinaï et reçoit la Torah. Il n'est donc pas étonnant que la Tôroh regorge de promesses de réussite et de prospérité nationales, ainsi que de menaces de défaite et d'exil nationaux. Mettre l'accent sur la récompense et la punition individuelles minerait la nature même de la Tôroh.

    • Le Mahara''l : Focalisation sur le monde physique

Une explication philosophique alternative, et peut-être encore plus fondamentale, est avancée par le Mahara''l. Il explique que le but de la Tôroh n'est pas d'enseigner sur les royaumes célestes, mais de perfectionner le monde physique. La Tôroh contient toutes les instructions nécessaires pour amener ce monde à la perfection, et les récompenses mentionnées dans la Tôroh font partie du plan de perfectionnement de ce monde. Si nous nous perfectionnons en gardant les Miswôth, cela améliorera le monde non seulement éthiquement, moralement et spirituellement, mais même médicalement, agricolement et économiquement. La Tôroh ne mentionne que les effets salutaires des Miswôth dans ce monde, car le but de la Tôroh est d'améliorer ce monde. Étant donné que le ´ôlom Habbo` est déjà parfait et n'a besoin d'aucune amélioration, la Tôroh omet toute mention du monde futur. La Tôroh ne vise pas à nous enseigner quelles récompenses nous gagnerons en gardant les Miswôth qu'elle contient, mais plutôt ce que nous pouvons améliorer et perfectionner au moyen de ces Miswôth, et cette tâche n'est pertinente que dans ce monde.

Selon le Mahara''l, la Tôroh est spécifiquement un document de ce monde, non pas parce que ce monde est plus grand que le monde à venir, mais plutôt parce que ce monde est défectueux et imparfait. Bien que la plus grande récompense pour un être humain puisse être la béatitude éternelle du ´ôlom Habbo`¸, la plus grande réussite de la Tôroh n'est pas de nous amener au ´ôlom Habbo` mais d'apporter la piété et la spiritualité dans ce monde imparfait.

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