mercredi 24 mars 2021

Cashériser les ustensiles dans les temps modernes

 

בס״ד

 

Cashériser les ustensiles dans les temps modernes

 


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L'obligation de rendre des ustensiles Koshér était à l'origine mentionnée dans la Ṭôroh concernant les ustensiles pillés à des Gôyim en temps de guerre.[1] Elle est basée sur la notion que le goût de la nourriture non Koshér a été absorbée dans les ustensiles. S'ils sont utilisés sans avoir été cashérisés, le goût sera expulsé dans la nourriture et la rendra non Koshér. Il existe une règle simple qui régit le processus de cashérisation des ustensiles : - כבולעו כך פולטו Il expulse de la même manière qu'il absorbe.

 

La signification de cette règle est que si un certain ustensile est utilisé avec des liquides bouillants, le goût doit en être extrait en utilisant de l'eau bouillante. S'il est utilisé directement sur le feu, il doit être chauffé, vide, à la température la plus élevée. Il y a une discussion approfondie dans la littérature halakhique concernant les petits détails de cette exigence, mais ils dépendent tous de l'hypothèse que l’ustensile est poreux et a absorbé le goût de l'aliment non Koshér. Ce facteur doit être pris en compte afin de déterminer comment cashériser des ustensiles et s’ils nécessitent vraiment une cashérisation.

 

Lorsque nous discutons de la qualité des matériaux des ustensiles à l’époque moderne, nous devons prendre en considération les énormes progrès réalisés dans le domaine depuis la révolution industrielle. Certains matériaux, tels que l'argile, étaient utilisés dans l'antiquité mais ne sont pas utilisés aujourd'hui, tandis que d'autres, tels que l'acier inoxydable, le téflon, la bakélite (poly-oxy-benzyl-méthyl-englycol-anhydride), le plastique et le pyrex, sont de nouvelles inventions.

 

La littérature halakhique reconnaît deux systèmes pour déterminer la méthode de cahsérisation. L'un est la division poreux / non poreux, et l'autre est la classification par matériau : bois / métal / argile et ainsi de suite. Étant donné que les matériaux modernes diffèrent de leurs homonymes dans l'Antiquité, il est entendu que lorsque nous voulons définir le statut d'un certain ustensile, nous devons utiliser le critère général de porosité halakhique et non l'étiquette du matériau de l’ustensile.

 

Voici quelques exemples documentés de changements physiques dans la porosité ou absorption des ustensiles :

 

·        Le Ṭalmoudh parle d’ « ustensiles transpirants »[2] en référence à des ustensiles dans lesquels la nourriture pénètre à travers l’ustensile et peut être vue de l'extérieur - cela ne se produit jamais avec les ustensiles modernes.

·        La Mishnoh dit que les liquides sont absorbés dans les ustensiles qui les contiennent, à un niveau compris entre 1,5% et 15% du volume initial du liquide.[3] Dans les ustensiles d’aujourd’hui, l’absorption est inférieure à 1/175 000 ou 0,00000006 %.

·        Ribbénou Nissim écrit[4] que lors de la cashérisation de nombreux ustensiles, il faut changer l'eau fréquemment parce que le résidu expulsé des ustensiles pourrait transformer l'eau en sauce épaisse. Cela ne se produit pas non plus aujourd'hui.

 

Il y a des gens aujourd’hui qui prétendent que la mesure du niveau d'absorption ou porosité dans les ustensiles ne devrait pas être testée et que d’office tout ustensile nécessite une cashérisation, et que même si on faisait des tests de porosité les résultats pourraient ne pas être fiables. Cette approche est anti-halakhique ! En effet, nous savons que le Ṭalmoudh dit[5] que pour vérifier si le goût a été absorbé dans un ustensile ou un plat, on pouvait le goûter, au cas où ce ne serait pas un goût interdit. Par exemple, si de la Ṭaroumoh (nourriture sacrée que seuls les Kôhanim pouvaient manger) était cuite avec de la nourriture ordinaire, un Kôhén goûtait la nourriture. S'il avait le goût de la Ṭaroumoh, la nourriture était donnée aux Kôhanim, et sinon, les gens ordinaires pouvaient la manger. Dans le cas où le goût est interdit, comme dans un mélange de produits laitiers et de viande, la Halokhoh est que nous devons demander à un chef cuisinier Gôy de le goûter. Tout cela démontre que la règle a toujours été de s’appuyer sur la réalité des faits !

 

La fameuse règle du rapport de 1/60ème entre les ingrédients du mélange n'est utilisée que s'il n'y a pas de Gôy disponible pour le goûter, ou si les deux ingrédients ont le même goût, par exemple dans un mélange de graisses Koshér et de graisses non Koshér. L’affirmation du Ṭalmoudh selon laquelle nous nous appuyons sur nos papilles gustatives est soutenue par les décisions de grands Ṭalmidhé Ḥakhomim, qui disent que les lois qui dépendent des sens humains sont définies par ces mêmes sens et non par des outils scientifiques.

 

En suivant les directives du Ṭalmoudh et de ces grands Ṭalmidhé Ḥakhomim, nous pouvons maintenant dire que pour vérifier si un certain plat ou ustensile absorbe les goûts, nous sommes autorisés, voire obligés, de nous fier à nos papilles gustatives. Voici comment procéder : Demandez à une personne ayant un bon sens du goût de mener l'expérience suivante :

 

1.     Dans une casserole, faites cuire 450 grammes de piments avec de l'huile et de l'ail ;

2.     Videz la casserole et rincez-la soigneusement avec un détergent comme vous la lavez habituellement ;

3.     Dans la casserole propre, faites cuire 450 grammes de riz fade, sans sel ni épices ;

4.     Goûtez le riz.

 

Si vous ressentez le goût épicé, cela signifie que la casserole a absorbé le piment et l’a rejeté dans le riz. Sinon, cela signifie qu'il n'y a pas d'absorption ou de porosité.

 

Cette expérience simple qui a déjà été menée par beaucoup a permis de déterminer avec certitude qu’à l’exception du bois et de l’argile, les ustensiles de la cuisine moderne n’absorbent pas le goût. Cela est vrai pour tous les types de métaux, plastiques, verres et Pyrex.

 

Comme expliqué ci-dessus, la cuisine moderne utilise de la vaisselle, des ustensiles, des couverts et des casseroles non absorbants. À cela, nous devons ajouter que même si un certain goût a été absorbé, si l'ustensile n'a pas été utilisé pendant 24 heures, ce goût qui est considéré comme abimé et indésirable (נותן טעם לפגם).

 

L'implication de ces faits et règles halakhiques est qu'une fois que nous savons qu'un certain plat n'est pas absorbant ou poreux, nous pouvons l'utiliser après l'avoir nettoyé selon la méthode habituelle, sans devoir le faire bouillir ni le brûler. Cela est vrai également en ce qui concerne la cashérisation d'un plat pour Pasaḥ, ou encore pour la conversion d’ustensiles carnés en ustensiles laitiers et vice versa.

 

L'idée de convertir des ustensiles de produits laitiers en ustensiles de produits carnés peut sembler étrange pour certains lecteurs pour deux raisons. La première est que bien que le Shoulḥon ´oroukh autorise la cashérisation d’ustensiles carnés pour en faire des ustensiles laitiers,[6] le Moghén ˋavrohom, qui est suivi par la plupart des Juifs ashkénazes, a établi une pratique consistant à éviter de le faire.[7] La deuxième est qu'aujourd'hui les ustensiles de cuisine sont produits en masse et que la plupart des gens peuvent se permettre d'avoir deux ensembles différents, de sorte que la question d'une telle conversion se pose très rarement.

 

Cependant, le fait que l'on ne soit pas au courant d'une certaine Halokhoh n'invalide pas cette Halokhoh. En fait, les Saphoraddim suivent cette décision depuis assez longtemps. Nous utilisons des ustensiles en verre pour les produits laitiers et les produits carnés, avec seulement un lavage entre les deux. Il en va de même pour la cashérisation des ustensiles en verre pour Pasaḥ. Seul le lavage est nécessaire, ce qui signifie que la vaisselle en verre propre dans vos armoires est prête pour Pasaḥ.

 

Le Rov ´ôvadhyoh Yôséph, par exemple, a énoncé cette Halokhoh avec beaucoup de force et l'a appliquée même au fait de faire passer des ustensiles de cuisine de « carné » à « lacté » :[8]

 

Nous [les Saphoraddim] ne suivons pas la décision du Moghén ˋavrohom, et nous convertissons les ustensiles carnés en ustensiles laitiers et vice versa en les cashérisant. Nous sommes donc autorisés à utiliser des ustensiles en verre aussi bien pour la viande et les produits laitiers tant que nous les lavons entre les deux. Cela fait suite à la décision du Shoulḥon ´oroukh selon laquelle les ustensiles en verre de tous les jours doivent être lavés uniquement pour être cashérisés pour Pasaḥ. J'ai donc décidé que l'on pouvait utiliser un plat en Pyrex pour cuire la viande, puis le nettoyer soigneusement et l'utiliser pour faire bouillir le lait et vice versa. Il n'y a aucune inquiétude [comme certains l'ont suggéré] qu'il y aura confusion ou oubli [et que les gens cuisineront de la viande et des produits laitiers ensemble ou oublieront de nettoyer la vaisselle.]

 

Le Rov ´ôvadhyoh Yôséph poursuit en disant que si un Juif ashkénaze souhaite suivre cette décision, qui est soutenue par de nombreux grands Ṭalmidhé Ḥakhomim, personne ne peut l'empêcher de le faire (ואפילו לאשכנזים מאן דבעי למעבד ככל הני רבוותא דלעיל מאן מרמי ליה מניה).

 

Comme indiqué ci-dessus, la même règle s'applique aux casseroles, aux couverts, aux articles en plastique et à tous les ustensiles. Seul un rinçage complet est nécessaire pour les rendre Koshér pour Pasaḥ. De même, si vous êtes invité quelque part et doutez de la Kashrouth des ustensiles, demander qu’ils soient lavés soigneusement suffira pour permettre d’y faire cuire des ingrédients Koshér.

 

Il y a bien sûr l'élément de dégoût que beaucoup ressentiraient en pensant qu'un ustensile fut utilisé précédemment pour des aliments non Koshér. Ceci est parfaitement compréhensible et respectable, mais cela n’a rien à voir avec la Halokhoh. D’ailleurs, le Ṭalmoudh autorise un Juif à cuire sa viande Koshér dans un four public, après qu’un Gôy ait cuit sa viande non Koshér dans le même four (beaucoup utilisaient des fours communs ou publics dans les temps talmudiques. Il est donc courant que les Juifs cuisent dans les mêmes fours que les Gôyim).

 

La Halokhoh stipulée ici n’a pas pour but de forcer les gens à la suivre, mais à offrir des options viables et parfaitement acceptables pour ceux qui en ont besoin.



[1] Bamidhbor 31 :23

[2] Pasoḥim 30b

[3] Bavoˋ Maṣi´aˋ 3 :7-8

[4] HaRa’’n ´al HaRi’’ph, Ḥoullin 44a

[5] Ḥoullin 89b

[6] ˋôraḥ Ḥayyim 509 :5

[7] Shou’’th Ṣiṣ ˋali´azar 9 :38

[8] Yabbia´ ˋômér Volume 4, Yôréh Dé´oh 5

lundi 1 mars 2021

Jouer de la musique à Shabboth & Yôm Tôv – Deuxième Partie

 

בס״ד

 

Jouer de la musique à Shabboth & Yôm Tôv – Deuxième Partie

 



 

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Pour (re)lire la première partie, voir ici.

 

Nous avions terminé l’article précédent par les questions suivantes : pourquoi est-il normalement interdit de jouer de la flûte ? Quelle est la substance de l'interdiction ici qui peut être annulée dans certains contextes ?

 

     II.            Le Ṭalmoudh

 

b.    Le son du silence

 

Le contexte plus large des sources tannaitiques suggère assez clairement que le problème avec des instruments comme la flûte et le Shôphor est qu'ils étaient trop forts, et donc interféraient avec la culture du calme que nous essayons de créer le Shabboth et Yôm Tôv. La Mishnoh de Ṭomidh 3: 8 nous informe que le son de la flûte et du Shôphor sur le mont du Temple (Har Habbayith) passait vers l'est par-dessus les collines de Judée et parvenait jusqu'aux oreilles des habitants de Jéricho, une ville située à plus de trente kilomètres. Même si c'est une exagération, cela révèle clairement que cet instrument faisait toute une impression en termes de sonorité.[1] Le problème n'est donc pas celui d'un instrument de musique en soi, mais plutôt tout ce qui génère un bruit important.

 

Une multitude de sources manifestent des préoccupations similaires. Le Makhilṭoˋ Daribbi Shim´ôn ban Yôḥoˋy 12:16 énumère les applaudissements, les danses et les tapotements comme des activités non-Maloˋkhôth qui sont interdites le Shabboth, et dérive cette interdiction à partir de versets, indiquant que ces activités sont intrinsèquement problématiques le Shabboth et ne font pas simplement partie d'une préoccupation dérivée. La Mishnoh de Béṣoh 5: 2 affirme également cette interdiction. La Ṭôsaphṭoˋ de Shabboth 18:15 interdit également ces activités dans le cadre d’une tentative d’effrayer les animaux et les faire fuir de son jardin. La Mishnoh de Shabboth 5: 4 interdit à une personne de laisser un âne sortir dans le domaine public le Shabboth avec une cloche même si la cloche est bouchée. On pourrait penser qu'en bouchant la cloche, on a résolu le problème principal ; ce texte enseigne que la cloche reste un objet qu'un animal ne peut pas transporter d'un domaine à un autre le Shabboth. L'implication est claire : il est interdit de sonner une cloche le Shabboth. En effet, cela est confirmé dans la Ṭôsaphṭoˋ de Shabboth 14:15, où nous apprenons qu'un Shôphor et un hochet - bien qu'il soit interdit de les utiliser pour leur usage prévu, qui est de faire du bruit - peuvent être utilisés à d'autres fins légitimes. Néanmoins, le texte précise que l'on ne peut pas sonner une cloche ou secouer un hochet pour un enfant le jour du Shabboth. D'autres textes peuvent également refléter cette interdiction de faire du bruit.[2] Dans le Yaroushlami Béṣoh 5: 2, 63a, Ribbi ˋal´ozor énonce un principe simple et général : כל משמיעי קול אסורין בשבת « Tout bruit est interdit le Shabboth ».

 

Ce même passage dans le Yaroushlami fournit à la fois la preuve de l'opposition continue à faire du bruit le Shabboth ainsi que les efforts pour limiter, contenir et même potentiellement annuler cette interdiction :

 

Ribbi Yônoh et ses collègues : L'un a dit : « Applaudir de cette manière est autorisé et de cette manière est interdit » l'autre a dit : « C'est interdit dans les deux cas » - mais nous ne savons pas qui a dit quoi. Du fait que Ribbi Yônoh ait dit : « Il y avait des anciens qui frappaient des mains à l’envers le Shabboth », nous apprenons que c'est lui qui a dit que les applaudissements de cette manière sont autorisés et que de cette manière est interdite. Ribbi mariait son fils Ribbi Shim´ôn et les gens applaudissaient à l’envers le Shabboth. Ribbi Méˋir est passé et a entendu le son et a dit : « Nos Maîtres ! Shabboth a-t-il été autorisé ? » Ribbi a entendu sa voix et a dit : « Qui est ici pour dominer sur nous dans notre maison ? »… Ribbi Méˋir a entendu sa voix et s'est enfui… Ribbi La´ozor a dit : « Tout bruit est interdit à Shabboth ». Ribbi Shamouˋél bar Rov Yiṣḥoq a dit : « Mon grand-père était le frappeur de la synagogue ».[3] Ribbi Lél bar Ribbi ˋélam avait l'habitude de cogner sur une chaise. Ribbi ˋilloˋ étudiait [tard dans la nuit] et est rentré chez lui et a trouvé tout le monde endormi. Il s'est couché sur une échelle plutôt que de frapper à la porte le Shabboth. Ribbi Yirmayoh avait l'habitude d’étudier avec le fils de Ribbi ˋimmi. [Ribbi ˋimmi] vint le réveiller le matin du Shabboth et se mit à frapper à la porte. Il lui dit : « Père, qui t'a permis de faire ça ? »

ר' יונה וחברייא חד אמר הכין שרי והכין אסור וחורנה אמר בין הכין ובין הכין אסור ולא ידעין מאן אמר דא ומאן אמר דא מן מה דא"ר יונה אית הוה סבין ביומינן והוון מטפחין לאחורי ידיהון בשובתא הוי דו אמר הכין שרי והכין אסור רבי הוה מסב לר"ש בריה והוון מטפחין לאחורי ידיהון בשובתא עבר ר"מ ושמע קלהון אמר רבותינו הותרה השבת שמע ר' קליה אמר מי הוא זה שבא לרדותינו בתוך ביתינו שמע ר"מ קליה וערק א"ר לעזר כל משמיעי קול אסורין בשבת רבי שמואל בר רב יצחק סבר מקושה דכנישתא חדתא ר' ליל בי ר' אלם מקש על כסא ר' אילא עני בסדרא סלק לביתא אשכחון דמיכין רבע ליה על סולמא בגין דלא מקשה על תרעא בשובתא ר' ירמיה הוה פשט עם בריה דרבי אימי אזל בעי מתערתא בקריצתא דשובתא שרי מיקש על תרעא א"ל אבא מאן שרא לך

 

Au centre de ce passage se trouve une histoire sur Ribbi ז״ל, qui, avec d'autres collègues, frappait des mains à l'envers lors d'une célébration de mariage pour son fils le Shabboth. Lorsque Ribbi Méˋir ז״ל est passé et a entendu tous les applaudissements, il a accusé les personnes rassemblées d'avoir transgressé le Shabboth. Ribbi Yônoh ז״ל approuve la permission d'applaudir à l'envers le Shabboth, alors que ses collègues ont rejeté une telle clémence.

 

Ces débats semblent se demander si les interdictions tannaitiques de faire du bruit concernent le bruit en soi, ou s'il s'agit de faire ce bruit d'une certaine manière. Ribbi et Ribbi Yônoh semblent penser que tant que l'on applaudit d'une manière inhabituelle, on est autorisé à générer le même type de volume, alors que Ribbi Méˋir, une fois qu'il entendit le bruit fort émanant de la célébration du mariage, estima automatiquement que le Shabboth avait été transgressé. Ce désaccord fondamental se joue dans d'autres histoires de ce passage. Ribbi Shamouˋél bar Rov Yiṣḥoq ז״ל rapporte que son grand-père était le frappeur public de la synagogue, et Ribbi Lél bar Ribbi ˋélam ז״ל avait l'habitude de cogner sur une chaise. En revanche, Ribbi ˋilloˋ ז״ל a préféré dormir à l'extérieur de sa maison plutôt que de frapper à la porte pour réveiller ceux qui étaient à l'intérieur pour le laisser entrer ! Ribbi Yirmayoh ז״ל s’est mit à frapper à une porte pour réveiller le fils de Ribbi ˋimmi le matin de Shabboth ; ce dernier a été étonné par ce comportement permissif.

 

Ces derniers cas semblent présenter des positions indulgentes qui ne concernent que la fonction potentielle du bruit ; le bruit pour amener les gens à ouvrir les portes ou à se réveiller est acceptable, alors que le bruit interdit dans les sources tannaitiques, pourrait (selon ces opinions) pourrait l’avoir été à cause d’utilisations problématiques de bruits inappropriées pour le Shabboth. Les opinions strictes semblent focalisées sur le volume du bruit lui-même, auquel cas le mode ou le but pour lequel il est produit est sans importance. En tout état de cause, on peut voir clairement à partir de ce passage que l'axe de préoccupation n'est pas les instruments de musique en eux-mêmes, mais plutôt leur utilisation ou toute autre chose qui génère un bruit inapproprié et de manière inappropriée. Pourtant, il semble y avoir un consensus sur le fait que faire du bruit le Shabboth est une activité dont on se méfie et potentiellement problématique.

 

Dans la prochaine partie nous passerons aux sources talmudiques de l’époque des ˋammôroˋim, vu que nous avons terminé de passer en revue les sources talmudiques de l’époque des Ṭannoˋim.



[1] Notez que la description du son perçant du Shôphor colle bien avec la supposition déjà avancée par d’autres que le problème d’en sonner le Rôˋsh Hashshonoh qui tombe un Shabboth était originellement connecté à son niveau de décibels. Il est avéré et même enseigné par plusieurs Riˋshônim, dont le Rambo’’m, que les Sages ne donnaient pas toujours les raisons réelles de leurs Gazérôth.

[2] La Ṭôsaphoˋ de Shabboth 1:11 permet une foule d'activités qui commencent avant Shabboth même si elles se termineront d’elles-mêmes pendant le Shabboth. La seule exception : on ne peut pas placer le blé dans un moulin à eau (qui fonctionnera de son propre chef) juste avant le Shabboth ; le blé doit être moulu avant le début du Shabboth. Cela reflète le fait que le moulin à eau fait beaucoup de bruit, contrairement aux autres activités problématiques décrites dans ce passage. Et c’est ce qu’expliquent Ribbi Ḥaggay dans le Yaroushlami Shabboth 1: 5, 4a et Rabboh dans le Bavli Shabboth 18a. Enfin, la Mishnoh de Ṭa´nith 3: 3 n'autorise התרעה le Shabboth que dans des circonstances où la vie est en danger. Dans le Bavli Ṭa´nith 14a, ce terme se définit soit comme le fait de sonner du Shôphor, soit comme la récitation de la prière du ´anénou. Cela pourrait indiquer une interdiction normale de sonner du Shôphor le Shabboth, ou même une interdiction de gémir et de hurler. D’ailleurs, la Mishnoh déclare que si c’est pour aider, cela est autorisé, mais pas pour crier. Comme nous l'avons noté, une fois que le problème est le bruit et non les instruments de musique, il n'y a aucune raison de supposer qu'il n'y aurait pas non plus de restrictions sur la voix humaine.

[3] Celui chargé de frapper sur quelque chose afin d’attirer l’attention de la communauté, faire taire les gens, etc.

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