dimanche 28 septembre 2014

Kawwonoh dans la Tafilloh

ב״ה

Kawwonoh dans la Tafilloh


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On nous enseigne constamment l'importance d'avoir de la Kawwonoh dans la Tafilloh. Mais quelqu'un a-t-il déjà pris la peine de nous expliquer ce que cela voulait dire et comment y parvenir ? Certains d'entre nous pourraient même en arriver à croire que la Kawwonoh est quelque chose que très peu de gens sont réellement capables d'avoir lorsqu'ils prient, et qu'il ne faut donc pas insister dessus. Il suffit d'ailleurs de regarder autour de soi, à la synagogue, pour remarquer tous ces gens qui ne prient pas vraiment, ou pas du tout. Mais lorsqu'on jette un coup d’œil dans les textes halakhiques, nous nous rendons compte qu'avoir de la Kawwonoh dans la prière est une chose très importante, qui détermine d'ailleurs si la prière faite est valable ou pas !

Le Ramba''m ז״ל écrit ceci dans son Mishnéh Tôroh1 :

15. La concentration du cœur, comment [s'applique-t-elle] ? Toute prière qui est faite sans concentration n'est pas une prière. Et si on a prié sans concentration, on doit prier à nouveau avec concentration. Celui dont l'esprit est préoccupée ou le cœur troublé, il lui est interdit de prier jusqu'à ce que son esprit se soit apaisé. C'est pourquoi, s'il revient d'un voyage et qu'il est fatigué ou irrité, il lui est interdit de prier jusqu'à ce que son esprit se soit apaisé. Les Sages ont dit2 : « [On doit attendre même] trois jours, jusqu'à ce qu'on se soit reposé et qu'on ait apaisé son esprit, et seulement alors on prie ».
טו  כַּוָּנַת הַלֵּב כֵּיצַד: כָּל תְּפִלָּה שְׁאֵינָהּ בְּכַוָּנָה, אֵינָהּ תְּפִלָּה; וְאִם הִתְפַּלַּל בְּלֹא כַּוָּנָה, חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה. מָצָא דַּעְתּוֹ מְשֻׁבֶּשֶׁת וְלִבּוֹ טָרוּד--אָסוּר לוֹ לְהִתְפַּלַּל, עַד שֶׁתִּתְיַשַּׁב דַּעְתּוֹ. לְפִיכָּךְ הַבָּא מִן הַדֶּרֶךְ, וְהוּא עָיֵף אוֹ מֵצֵר--אָסוּר לוֹ לְהִתְפַּלַּל, עַד שֶׁתִּתְיַשַּׁב דַּעְתּוֹ: אָמְרוּ חֲכָמִים, שְׁלוֹשָׁה יָמִים, עַד שֶׁיָּנוּחַ וְתִתְקָרַר דַּעְתּוֹ, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלַּל
16. Comment [comprendre] cette concentration [qui est requise] ? C'est-à-dire que l'on doit débarrasser son cœur de toutes pensées et se voir comme quelqu'un qui se tient devant la Présence Divine. C'est pourquoi, on doit s'asseoir un peu avant la prière, afin de concentrer son cœur, seulement après on prie avec plaisir et supplications. On ne doit pas faire sa prière comme quelqu'un qui porte un poids dont il se débarrasse et s'en va. C'est pourquoi, on doit s'asseoir un peu après la prière, et seulement après se retirer. Les pieux d'autrefois avaient l'usage d'attendre une heure avant la prière, une heure après la prière, et s’étendaient dans la prière pendant une heure.
טז  כֵּיצַד הִיא הַכַּוָּנָה--שֶׁיְּפַנֶּה לִבּוֹ מִכָּל הַמַּחְשָׁבוֹת, וְיִרְאֶה עַצְמוֹ כְּאִלּוּ הוּא עוֹמֵד לִפְנֵי הַשְּׁכִינָה; לְפִיכָּךְ צָרִיךְ לֵישֵׁב מְעַט קֹדֶם הַתְּפִלָּה, כְּדֵי לְכַוַּן אֶת לִבּוֹ, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלַּל, בְּנַחַת וּבְתַחֲנוּנִים. וְלֹא יַעֲשֶׂה תְּפִלָּתוֹ כְּמִי שֶׁהָיָה נוֹשֵׂא מַשּׂאוּי, מַשְׁלִיכוֹ וְהוֹלֵךְ לוֹ; לְפִיכָּךְ צָרִיךְ לֵישֵׁב מְעַט אַחַר הַתְּפִלָּה, וְאַחַר כָּךְ יִפָּטֵר. חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה קֹדֶם הַתְּפִלָּה, וְשָׁעָה אַחַר הַתְּפִלָּה, וּמַאֲרִיכִין בַּתְּפִלָּה שָׁעָה

Il convient de noter que chacun des points mentionnés ici par le Ramba''m sont des Halokhôth rapportées dans le Talmoudh lui-même ! (Voir l'article intitulé « Les lois relatives à la prière : Dixième Partie ».) Par conséquent, ils constituent bien les règles à suivre. Que voit-on ici ?

  1. Une ´amidhoh qui n'a pas été faite avec Kawwonoh n'est pas valable, et elle devra être recommencée avec une Kawwonoh appropriée. Or, simplement pour « respecter » la Miswoh de faire la ´amidhoh, beaucoup prient même sans Kawwonoh.
  2. Il est strictement interdit de faire la ´amidhoh si quelque chose nous trouble ou nous afflige. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle un endeuillé ne doit pas faire le Shama´, ni la ´amidhoh, depuis le moment où il a appris le décès jusqu'à ce que le corps du défunt ait été enterré.
  3. De même, faire la ´amidhoh en état de fatigue physique est interdit. La ´amidhoh n'est pas une Miswoh différente des autres. Toutes les Miswôth, sans exceptions, nécessitent une Kawwonoh pour être valables. C'est ainsi que, par exemple, même si un animal aurait été égorgé comme il faut, en suivant strictement les lois de la Shahitoh, et que la Barokhoh a même été récitée avant l'abattage rituel, si l'animal a été égorgé par un idolâtre il est interdit à tout Israélite d'en consommer la viande. Pourquoi ? Parce que lorsqu'il a dit « HaShem `alôhénou » dans la Barokhoh, il est certain qu'il ne pensait pas à HaShem ית׳ tel que nous Le concevons, mais tel que lui iLe perçoit dans sa foi idolâtre. De même en est-il de la ´amidhoh ; si l'esprit n'est pas concentré comme il faudrait, mais qu'on pense à autre chose, ou que l'on n'a tout simplement pas la force de penser correctement à HaShem (parce qu'on est fatigué, parce qu'on a mal aux pieds, que l'on est malade, préoccupé par autre chose, etc.), il n'est pas permis de prier, car la Kawwonoh est plus importante que l'acte en lui-même. C'est pourquoi nos Sages ont dit que chaque fois que quelqu'un voulait accomplir une Miswoh, mais que quelque chose d'indépendant de sa volonté l'en empêchait, HaShem la lui compte comme s'il l'avait accomplie !
  4. Quand on fait la ´amidhoh, on ne doit se focaliser que sur HaShem, et se considérer comme si on se tenait devant la Présence Divine elle-même. Or, beaucoup font la ´amidhoh en regardant autour d'eux ce qu'il se passe (car ils ne veulent rien manquer du spectacle autour d'eux) et n'ont clairement pas un comportement indiquant qu'ils se considèrent comme se tenant devant la Présence Divine.
  5. On ne doit pas faire la ´amidhoh en vitesse, ni s'en aller tout de suite après avoir terminé sa prière, car cela donne l'impression que la prière est un fardeau dont il faut se débarrasser vite fait bien fait, et une activité dont on est content de s'être acquitté aussitôt qu'elle a été accomplie. Inutile de dire que c'est ce que nous voyons tous les jours, avec des gens qui finissent la ´amidhoh aussi vite qu'ils ne l'ont commencée !
  6. Les pieux des premières générations ( חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים « Hasidhim Hori`shônim ») prenaient le temps adéquat pour se préparer avant la ´amidhoh. Durant cette période de préparation, ils soignaient leurs tenus pour s'assurer qu'ils étaient propres, étant donné qu'on ne se présente pas devant un roi en étant sale, se débarrassaient des pensées étrangères, disaient quelques Tahillim ou chantaient) de façon à développer la crainte, l'admiration et l'amour d'HaShem (ce qui permet de prier plus aisément). Puis, ils prenaient le temps adéquat pour faire la ´amidhoh, car ils profitaient de la prière pour insérer toutes leurs requêtes personnelles et dire à HaShem tout ce qu'ils avaient sur le cœur. Et enfin, quand ils avaient terminé leur ´amidhoh, ils prenaient le temps adéquat pour méditer sur HaShem et Sa bonté, dire éventuellement des Tahillim supplémentaires, ou encore pour confesser leurs péchés devant HaShem, etc.

Dans son Shoulhon ´oroukh3, Rabbi Yôséf Qa`rô ז״ל énumère quatre étapes pour avoir une Kawwonoh appropriée. Les voici :

  1. המתפלל צריך שיכוין בלבו פירוש המלות שמוציא בשפתיו « Celui qui prie doit concentrer son cœur sur le sens des mots qui sortent de sa bouche » ;
  2. ויחשוב כאלו שכינה כנגדו « et il doit penser comme si la Présence Divine était devant lui » ;
  3. ויסיר כל המחשבות הטורדות אותו עד שתשאר מחשבתו וכוונתו זכה בתפלתו « et il doit retirer toutes les pensées qui le perturbent jusqu'à ce que ses pensées et intentions soient exclusivement focalisées sur sa prière » ;
  4. ויחשוב כאלו היה מדבר לפני מלך בשר ודם « et il doit penser comme s'il parlait devant un roi de chair et de sang ».

Trois des quatre points susmentionnés ont été abordés par le Ramba''m (le point 4 est un dérivé du point 2). Par conséquent, nous n'y reviendrons pas. Par contre, nous pouvons nous pencher davantage sur le point 1 (qui est également mentionné par le Ramba''m, mais pas dans le passage susmentionné du Mishnéh Tôroh). La première étape pour avoir la Kawwonoh lorsqu'on prie nécessite que celui qui prie prenne l'engagement, à partir d'aujourd'hui, de ne plus réciter la moindre prière dont il ne comprend pas le sens simple ! Par conséquent, il convient d'encourager d'utiliser des traductions françaises des prières. Nous devons considérer le fait que prier ne signifie pas faire de la récitation, mais qu'il faut comprendre le sens simple des paroles que l'on prononce, car les mots prononcés sont le corps de la prière, tandis que la Kawwonoh est l'âme des mots que l'on prononce ! Ainsi, prenez un temps pour passer en revue le Siddour. La prière joue un rôle essentiel dans la vie de l'Israélite, et est une activité si importante qu'elle ne doit pas être négligée. Et pourtant, comment se peut-il que bon nombre d'entre nous ne comprennent réellement pas les paroles des prières faites ? En outre, combien d'entre nous connaissent la raison de l'ordre des prières ? Savons-nous même quand est-ce que les prières que nous faisons aujourd'hui furent composés et quand est-ce qu'elles furent rajoutées dans le Siddour ? Sommes-nous même au courant du fait qu'il existe des problèmes halakhiques sérieux à faire certaines prières composées après l'ère talmudique ? Peu d'entre nous peuvent répondre sincèrement par un « Oui ! » à ces questions.

1Hilkôth Tafilloh Ouvirakhath Kôhanim 4:15-16
2´érouvin 65a

3`ôrah Hayim Chapitre 98

Natillath Yodhoyim : L'erreur de Rash''i

ב״ה

Natillath Yodhoyim

L'erreur de Rash''i


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La Soughyoh1 que nous allons aborder ici est ce que nous allons, pour l'heure, appeler « la Soughyoh du lavage des mains », et que l'on peut retrouver aux pages Shabboth 108b-109a du Talmoudh. La Soughyoh qui nous intéresse commence au bas de la page 108b par la phrase אלא הכי אמר שמואל « Mais Shamou`él a en fait dit », et se termine tout en haut de la page 109a par la phrase שיער בעפעפים « la croissance des cils », juste avant ואמר מר עוקבא « Et Mor ´ouqavo` a dit ». Nous allons analyser ces deux pages pour voir ensemble de quoi elles parlent et exposer l'erreur commise par Rash''i ז״ל dans son commentaire. Et nous verrons comment un Minhogh respecté par la majorité des Juifs (principalement `ashkanazim) est en fait à la fois un מִנְהַג טָעוֹת « Minhagh To´ôth » (une coutume erronée) et un מִנְהַג שְׁטוּת « Minhagh Shatouth » (une coutume insensée), deux catégories de Minhoghim que nous avons une obligation halakhique d'abandonner, car elles contreviennent à la Halokhoh et sont basées sur une erreur.

La Soughyoh qui nous intéresse commence ainsi :

Mais Shamou`él a en fait dit : « Mieux vaut une goutte d'eau le matin et un lavage des mains et des pieds dans de l'eau chaude le soir que toutes les collyres du monde ».
אלא הכי אמר שמואל טובה טיפת צונן שחרית ורחיצת ידים ורגלים בחמין ערבית מכל קילורין שבעולם

Les deux parties qui suivent cette déclaration sont ensuite tirées d'une Barayatho` :

Il a également été enseigné ceci : Rébbi Mouno` a dit au nom de Rébbi Yahoudhoh : « Mieux vaut une goutte d['eau] froide le matin et un lavage des mains et des pieds le soir que toutes les collyres du monde ».
תניא נמי הכי: אמר רבי מונא משום רבי יהודה: טובה טיפת צונן שחרית, ורחיצת ידים ורגלים ערבית, מכל קילורין שבעולם

Il avait l'habitude de dire : « Une main vers l’œil doit être coupée, une main vers le nez2 doit être coupée, une main vers la bouche doit être coupée, une main vers l'oreille doit être coupée, une main vers la veine ouverte pour la saignée doit être coupée, une main vers le pénis doit être coupée, une main vers l'anus doit être coupée, une main vers le réservoir à bière doit être coupée. Une main aveugle, une main assourdit, une main provoque la polype ».
הוא היה אומר: יד לעין תיקצץ, יד לחוטם תיקצץ, יד לפה תיקצץ, יד לאוזן תיקצץ, יד לחסודה תיקצץ, יד לאמה תיקצץ, יד לפי טבעת תיקצץ, יד לגיגית תיקצץ. יד מסמא, יד מחרשת, יד מעלה פוליפוס

La quatrième partie de notre Soughyoh est une autre Barayatho` :

Il a été enseigné : Rébbi Nothon a dit : « Elle est libre et elle fait attention jusqu'à ce qu'il lave ses mains trois fois ».
תניא: רבי נתן אומר בת חורין היא זו ומקפדת עד שירחוץ ידיו שלש פעמים

La cinquième partie fait référence à une déclaration de Rébbi Yôhonon ז״ל :

Rébbi Yôhonon a dit : « L'ombre à paupières retire la fille d'un roi, bloque les larmes et augmente la croissance des cils ».
א"ר יוחנן פוך מעביר בת מלך ופוסק את הדמעה ומרבה שיער בעפעפים

La sixième et dernière partie de notre Soughyoh est celle-ci :

Il a également été enseigné ceci : Rébbi Yôsé a dit : « L'ombre à paupières retire la fille d'un roi, bloque les larmes et augmente la croissance des cils ».
תניא נמי הכי: רבי יוסי אומר פוך מעביר בת מלך ופוסק את הדמעה ומרבה שיער בעפעפים

Lorsqu'on analyse textuellement les Baraytôth (qui commencent toujours par « Il a été enseigné ») qui servent de témoins à ce que veut enseigner la Gamoro`, nous remarquons qu'il n'y a quasiment pas de différences entre les textes de la Gamoro` et les Baraytôth que citent la Gamoro`. Par conséquent, nous ne nous attarderons pas sur ce point.

Passons donc à présent à l'analyse de la Soughyoh, et nous allons voir comment est-ce que Rash''i en a complètement changé le sens, erreur qui est à l'origine de la coutume erronée d'une majorité de Juifs.

La déclaration de Shamou`él ז״ל, qui ouvre cette Soughyoh, concerne l'hygiène personnelle. Bien qu'elle ait été citée dans la Soughyoh afin de partager un enseignement sur les collyres et l'hygiène oculaire au matin (ce qui est le sujet traité par la Gamoro` juste avant la déclaration de Shamou`él), elle contient également une mention d'un lavage des mains et des pieds au soir. Lorsque les gens revenaient chez eux d'une longue journée de travail, de la poussière et de la saleté s'attachaient à leurs pieds (les gens utilisaient des sandales ouvertes et très rudimentaires), mais également à leurs mains (qu'ils utilisaient pour travailler), et ils avaient donc impérativement besoin de les laver lorsqu'ils rentraient chez eux.

Cette déclaration de Shamou`él est immédiatement suivie d'une Barayatho` dans laquelle Rébbi Mouno` ז״ל cite Rébbi Yahoudhoh ז״ל avec une première partie quasiment similaire à la déclaration de Shamou`él, quoi que sans préciser que l'eau utilisée pour le lavage des mains et des pieds le soir devrait être chaude.

La deuxième partie de la Barayatho` rapporte ce que Rébbi Mouno` a enseigné sur le fait de toucher certains endroits ou choses (la majorité des choses citées sont des parties du corps) avec ses mains. Avec la juxtaposition de ces deux enseignements, la Gamoro` veut nous faire comprendre que Rébbi Mouno` parle de l'importance de ne pas toucher ces endroits-là sans s'être lavé les mains au préalable, parce qu'elles sont poussiéreuses et sales ! Étant donné que la Gamoro` et la première Barayatho` parlent de laver ses mains et ses pieds le soir, au retour du travail, il est clair que Rébbi Mouno` parle également de l'interdiction de toucher ces endroits-là le soir, au retour du travail, sans s'être au préalable lavé les mains. De même, puisque l'on parle ici d'hygiène, il va sans dire que même durant la journée, si on est occupé à faire certaines choses, nos mains (ainsi que nos pieds, mais nos mains sont utilisées plus souvent) peuvent se salir. Si tel est le cas, si l'on compte toucher ensuite une des parties du corps mentionnées dans la deuxième partie de la Barayatho`, il faudra se laver les mains au préalable. Prenons l'exemple d'une femme qui fait à manger et a les mains sales. Tout d'un coup, elle désire se frotter l’œil. Elle ne peut pas le faire avec les mains sales, pour des raisons d'hygiène évidentes et pour la santé de ses yeux. Elle se lavera donc les mains, et seulement alors elle se frottera l’œil.

Après avoir parlé d'hygiène, Rébbi Mouno` parle à présent de santé. Voilà pourquoi, si quelqu'un saigne, mais a les mains sales, il ne doit pas non plus toucher de ses mains l'endroit de la saignée, pour des raisons de santé. Rébbi Mouno` inclut le pénis et l'anus dans les régions qu'il ne faut pas toucher les mains sales pour des raisons de santé, car pour lui, le faire peut également entraîner des complications médicales.

Nous en arrivons à présent à la quatrième partie de notre Soughyoh, qui est la moins claire de toute cette discussion. La première question que l'on se pose est évidemment celle-ci : qui est cette femme libre dont parle Rébbi Nothon ז״ל ? Deuxièmement, pourquoi passe-t-on du genre féminin au masculin (elle fait attention jusqu'à ce qu'il lave ses mains trois fois) ? Troisièmement, qui pourrait être cet homme dont on parle ici ? Les réponses à toutes ces questions sont en réalité très simples lorsqu'on prend en considération tout ce qui précède ce passage : une femme mariée libre (qui n'est pas esclave) prend toujours soin de rappeler à son mari de se laver trois fois les mains avant de s'adonner à quelque activité que ce soit lorsqu'il rentre de sa journée de travail, que ce soit avant de toucher sa nourriture, ou quoi que ce soit d'autre, à cause de la saleté et de la poussière qui se sont attachées à ses mains. Autrement, le manque de propreté serait un dégoût pour elle. Et la raison pour laquelle on précise qu'elle est libre est qu'une esclave ne peut laver les mains de son maître. Cette activité n'est réservée qu'à une épouse envers son mari, comme le stipule la Halokhoh.

Une dernière question se pose : pourquoi cet enseignement de Rébbi Nothon fut inséré dans la Soughyoh ? En plus d'être, à première vue, la déclaration la moins claire, elle semble également être la moins liée à l'hygiène oculaire et ne se rapporte qu'au lavage des mains. La réponse est que cet enseignement de Rébbi Nothon fut mentionné ici, car bien que n'ayant pas de lien avec l'hygiène oculaire, il est lié à l'hygiène en général, et au sujet du lavage des mains au soir, lorsqu'on rentre de sa journée de travail, afin de débarrasser ses mains de la poussière et des saletés.

Et c'est là que Rabbénou Hanon`él ben Houshi`él3 ז״ל (et Rash''i, qui s'est basé sur lui) s'est égaré. Rabbénou Hanon`él écrit dans son commentaire sur le Talmoudh4 que Rébbi Nothon parle d'un « mauvais esprit qui repose sur l’œil, qui cause une lourdeur d'esprit, comme un homme libre parmi d'autres hommes, et cet esprit ne s'en va qu'après les trois [lavages]5 ou qu'une ombre à paupières ne le retire ». C'est ce commentaire qui est à l'origine d'un sujet qui n'avait jamais été mentionné dans la Mishnoh, la Gamoro` et le Midhrosh : le principe du mauvais esprit qui s'attache aux mains6.

Rash''i s'est attaché à ce commentaire de Rabbénou Hanon`él et l'a trimbalé avec lui le restant de ses jours, commentant que la femme libre dont parle Rébbi Nothon était bien un mauvais esprit. Mais à la différence de Rabbénou Hanon`él, pour Rash''i ce mauvais esprit reposait sur les mains et non sur l’œil.7

Rash''i, poussant ce commentaire encore plus loin, commente cette Soughyoh en disant que ce mauvais esprit vient reposer sur les mains lorsqu'on dort la nuit et que l'on doit donc laver ses mains trois fois afin de retirer cette substance dangereuse de ses mains au matin.

Ce qui est incroyable avec le commentaire de Rash''i, c'est que non seulement il s'écarte complètement du sens clair de la Soughyoh, mais mieux encore, il fait un Hiddoush en situant la Soughyoh en journée, au réveil, en dépit du fait que la Soughyoh parle clairement de le faire lorsqu'on revient du boulot le soir (mais également en journée, si les mains sont poussiéreuses et sales).

La Soughyoh se poursuit ensuite en parlant, non plus des collyres, mais uniquement des ombres à paupières, et répète en fait tout ce qui a été dit ici. C'est pourquoi nous nous sommes arrêtés au début de la page 109a, car il n'y a rien de nouveau par la suite.

Bien que cette Soughyoh, à cause de Rash''i, soit désormais considérée comme le passage qui parle de la nécessité de faire Natillath Yodhoyim dès que l'on se réveille le matin, au point que le Shoulhon ´oroukh écrive qu'il est interdit de toucher n'importe laquelle des parties de son corps, ni même ses vêtements, lorsqu'on se réveille au matin sans d'abord s'être lavé les mains, ce n'est absolument pas ce qu'enseigne le Talmoudh. Cela peut être le sens que ce passage a aux yeux de Rash''i, mais ce n'est pas du tout vrai à la lumière du texte lui-même. La Soughyoh ne concerne que l'hygiène oculaire et les problèmes généraux d'hygiène et de santé que pourrait causer le fait de toucher certaines parties du corps, une blessure ouverte et de la nourriture avec des mains sales sans les avoir lavées au préalable.

À noter que cette « coutume » du lavage des mains au réveil n'est mentionnée nulle part par le Ramba''m ז״ל, ni les autres Ri`shônim. On ne la retrouve pas non plus dans les écrits des Ga`ônim, et il est bien connu qu'elle n'existe pas chez les Yéménites et une grande partie des Safaradhim, qui ne se lavent pas les mains dès qu'ils se réveillent. D'ailleurs, ce Minhogh erroné contrevient à des Halokhôth claires, comme le fait de réciter les bénédictions du matin dès que l'on fait l'action pour lequel on bénit. Le Talmoudh explique, par exemple, que la bénédictions de פּוֹקֵחַ עִוְרִים « Pôqéah ´iwrim » (qui ouvre les yeux aux aveugles) doit être récitée au moment où, alors qu'on est encore dans son lit, et que l'on vient de se réveiller, on ouvre les yeux et qu'on les frotte légèrement avec ses mains. Donc, comment peut-il être interdit de se toucher les yeux sans avoir fait Natillath Yodhoyim au matin ? Cela n'a aucun sens !

Voilà comment on crée des « coutumes » qui ne sont basées sur rien, si ce n'est un malentendu. Et un Minhogh basé sur une erreur, une transgression de la Halokhoh, ou quelque chose d'insensé, est un Minhogh à abandonner !

1Terme araméen qui désigne un thème, sujet, traité sur une ou un ensemble de pages talmudiques
2La narine.
3Un des Ri`shônim du 11ème siècle
4Shabboth 109a, à la phrase : תניא ר' (יוסי) [נתן] אומר בת חורין
5C'est-à-dire, après que l’œil n'ait été lavé trois fois à l'eau
6Même si, pour Rabbénou Hanon`él, ce mauvais esprit ne s'attache pas aux mains, mais à l’œil !

7Rash''i sur Shabboth 108b-109a

Prier sur les tombes des Saddiqim - Cinquième Partie

ב״ה

Prier sur les tombes des Saddiqim

Cinquième Partie


  1. Est-il approprié de visiter les cimetières le trentième jour après le décès ou à la date du Yohrzeit, même juste pour honorer le défunt, comme ceux qui visitent la tombe du Mahara''l ז״ל à Prague, celle du Go`ôn de Wilno` ז״ל à Vilnius, etc. ?

Aussi courante que cette pratique puisse -être de nos jours, nous voyons que les Pôsqim les plus éminents la méprisaient. Le Hofés Hayim ז״ל écrit1 :

Et ce qui vient d'être dit, à savoir, visiter les tombes, ne se peut que lorsqu'on se tient à quatre pas de la tombe, même des tombes juives, car nous craignons les Mauvais Esprits.

La source de cette règle est le Moghén `avrohom2 ז״ל, qui a écrit :

Nous voyons dans les écrits du `ariZa''l que l'on ne doit se rendre au cimetière que pour la cérémonie d'enterrement [mais pas à d'autres moments], et cela est plus particulièrement vrai si l'on ne s'est pas repenti du péché des émissions nocturnes, car alors le Mauvais Esprit s'attache à lui.

Le Ba`ér Hétév3 ז״ל cite également les propos du Moghén `avrohom. Ce qui est paradoxal dans toute cette histoire est que la Hasidhouth est principalement basée sur la Qabboloh lurianique, c'est-à-dire les pratiques mystiques du `ari, alors qu'il était opposé au fait de se rendre régulièrement dans les cimetières. Or, s'il y a bien quelque chose qui caractérise aujourd'hui les Hasidhim, c'est bien le fait de se rendre régulièrement sur les tombes des rabbins et Saddiqim.

Le ´oroukh Hashoulhon ז״ל écrit4 :

Le `ariZa''l était opposé au fait de visiter les tombes à un moment autre que l'enterrement. Nous avons déjà fait remarquer que de nos jours, des gens s'y rendent en groupes et s'adonnent à des discussions futiles. Il est préférable de ne pas y aller.

La source du Pasaq du `ari se trouve dans Sha´ar Rouah Haqqôdhash5, où il est rapporté que Rov Hayim Vital ז״ל demanda conseil auprès du `ari concernant l'obligation de se rendre au cimetière et demander pardon auprès du défunt que l'on avait insulté. Le `ari lui conseilla de marcher autour de l'entièreté du cimetière, des quatre côtés, et de prendre soin de ne pas s'approcher à au moins quatre pas de n'importe laquelle des tombes, afin que les Mauvais Esprits ne se saisissent pas de lui, et plus particulièrement les esprits causés par les émissions séminales impures.

De même, le Go`ôn de Wilno` ז״ל était catégoriquement opposé au Minhogh de visiter les tombes. Dans la fameuse lettre d'au revoir qu'il rédigea à destination de sa femme et ses enfants lorsqu'il se rendit en Terre Sainte, il leur écrivit ceci :

Prenez grandement soin de ne pas du tout vous rendre au cimetière, car là les Mauvais Esprits s'attachent à vous, et plus particulièrement aux femmes. Tous les problèmes et péchés découlent de cela.

Maintenant, si quelqu'un ne prie pas dans le cimetière, mais ne s'y rend que pour honorer le défunt, est-ce un Minhogh Koshér ?

Le Hatho''m Sôfér6 ז״ל y était opposé, et décrivit même cette pratique comme faisant partie des דַרְכֵי אֱמוֹרִי « Darakhé `amôri », expression qui signifie littéralement « les voies des Émoréens », et qui désigne un rite superstitieux et idolâtre. Il cite même la Halokhoh suivante que rapporte le Ramba''m ז״ל dans son Mishnéh Tôroh7 :

Nous marquons les tombes et construisons une pierre tombale sur la tombe. Quant aux Saddiqim, nous ne construisons pas pour eux de pierre tombale sur leurs tombes. Leurs paroles sont leur souvenir. Un homme ne visitera pas les tombes.
וּמְצַיְּנִין אֶת הַקְּבָרוֹת, וּבוֹנִין נֶפֶשׁ עַל הַקֶּבֶר; וְהַצַּדִּיקִים, אֵין בּוֹנִים לָהֶם נֶפֶשׁ עַל קִבְרוֹתֵיהֶן--דִּבְרֵיהֶם הֶם זִכְרוֹנָם. וְלֹא יִפְנֶה אָדָם לְבַקַּר הַקְּבָרוֹת

Le Hatho''m Sôfér note que la source de cette Halokhoh du Ramba''m est la Mishnoh de Samohôth 8:1. Il rapporte8 :

Dans le traité Samohôth (Chapitre 8, Mishnoh 1), HaZa''l ont enseigné : « On ne peut pas se rendre au cimetière pour vérifier le mort au-delà de trois jours [après le décès] sans craindre que cela soit du Darakhé `amôri. Il est une fois arrivé que des vivants aient visité la tombe et découvert un [mort présumé] qui vécut après cela pendant vingt-cinq ans ».

Ainsi, il est clair et net que pour nos Sages du Sanhédhrin, visiter les tombes une fois que trois jours sont passés après le décès est une pratique idolâtre.

Dans les trois premiers jours du décès de quelqu'un, on visitait sa tombe pour vérifier le mort. Qu'est-ce que cela signifie-t-il ?

Le Nahalath Ya´aqôv ז״ל (un commentaire contemporain imprimé sur la page du traité Samohôth) a écrit ceci :

La visite consiste à vérifier si celui que l'on pensait mort avait perdu connaissance ou était réellement mort. Le Parishoh9 Yôréh Dé´oh 394:3 écrit que cette Halokhoh n'était d'application que du temps de HaZa''l, étant donné que durant cette période-là les morts étaient placés dans des grottes (et n'étaient pas recouverts de terre), et la visite n'avait pour unique but que de retirer le gros bloc de pierre de l'entrée de la grotte et regarder à l'intérieur10. Mais à notre époque où les morts sont couverts dans la terre, il n'y a plus aucune nécessité d'aller le visiter et vérifier.

Et la raison pour laquelle cette visite de vérification ne pouvait se faire que dans les trois premiers jours après le décès est que nous avons une tradition selon laquelle ressusciter n'est possible que dans les trois jours qui suivent le décès. Seul Moshiah pourra ressusciter quelqu'un mort depuis plus de trois jours.

Ce passage du Nahalath Ya´aqôv est commenté de la façon suivante par le Hatho''m Sôfér :

D'après le Parishoh11, visiter la tombe est une fois de plus du Darakhé `amôri. Et c'est là la source des paroles du Ramba''m.

Certains réinterprètent les propos du Ramba''m et du Hatho''m Sôfér en disant qu'ils ne pensent pas du tout qu'ils aient considéré le fait de visiter les tombes comme faisant partie des Darakhé `amôri. Sur la phrase du Ramba''m, וְלֹא יִפְנֶה אָדָם לְבַקַּר הַקְּבָרוֹת « Et un homme ne visitera pas les tombes », ils font remarquer que plusieurs explications y ont été apportées. La première étant que le Ramba''m ne parlait pas ici de se rendre au cimetière, mais de la pratique consistant à ouvrir les tombes pour vérifier si les personnes s'y trouvant étaient bien mortes.12 C'est cela que le Ramba''m et le Hatho''m Sôfér auraient considéré comme faisant partie des Darakhé `amôri, et non le fait de visiter les tombes. Le Radba''z ז״ל est convaincu que c'est là l'intention des propos du Ramba''m et déclare explicitement dans son commentaire sur le Mishnéh Tôroh du Ramba''m que le Minhogh du peuple d'Israël est de permettre la visite des tombes.

La deuxième explication a été donnée par Rabbi Yôséf Qa`rô ז״ל. Dans son Kasaf Mishnéh13 (son commentaire sur le Mishnéh Tôroh du Ramba''m), il se base sur le Riva''sh ז״ל, et écrit que lorsque le Ramba''m a déclaré que וְלֹא יִפְנֶה אָדָם לְבַקַּר הַקְּבָרוֹת « Et un homme ne visitera pas les tombes », son intention était de décourager tout attachement à la tombe, mais pas nécessairement le fait de la visiter. Il conclut en disant que visiter une tombe n'est en rien du Darakhé `amôri.

Je vous laisse le soin de consulter et lire par vous-mêmes ces sources et vous faire votre propre idée. Mais lorsqu'on regarde le passage du Mishnéh Tôroh susmentionné dans son contexte et le commentaire du Hatho''m Sôfér, il est clair et évident qu'ils veulent dire ce qu'ils disent, c'est-à-dire qu'on ne doit pas se rendre au cimetière visiter les tombes. (Visiter le cimetière pour entretenir la tombe lorsqu'il n'y a pas quelqu'un qui s'en occupe à plein temps est différent.)

  1. En conclusion

Les plus grands des Pôsqim de premier plan s'opposent tous au fait de visiter les tombes. Le Hatho''m Sôfér considère cette pratique comme n'étant rien d'autre que de l’idolâtrie. Quant au Ramba''m, il considère cette pratique comme étant une interdiction catégorique.

Par conséquent, bien que ceux qui visitent les tombes s'appuient sur des rabbins influents qui leur enseignent à le faire, celui qui désire agir 100% d'une façon appropriée, et qui ne souhaite pas faire quelque chose qui pourrait potentiellement être interdit, devrait prendre en compte les grands maîtres cités tout au long de ces cinq parties.

Tout cela nous montre que la majorité des Juifs de notre temps ont fait le choix de perpétuer leurs Minhoghim au dépend de la Halokhoh.

1Mishnoh Barouroh 559:41
2À la fin du Chapitre 559
3Chapitre 559
4559:7
5Page 49
6Shou''th Yôréh Dé´oh, Responsa 338
7Hilkôth `éval 4:4
8Shou''th Yôréh Dé´oh, Responsa 338
9Un commentaire sur le `arbo´oh Tourim
10Pour vérifier si celui qui s'y trouvait s'était juste évanoui et s'était à présent réveillé.
11Qui dit qu'à notre époque il n'y a plus lieu de vérifier si le mort est bien mort, étant donné que même si un homme présumé mort était réellement vivant et que nous avons pensé à tort qu'il était mort, après qu'il ait été recouvert de terre durant plus de dix minutes, il n'y a plus d'intérêt à vérifier, car la personne n'a pratiquement plus aucune chance de survie après cela.
12Radba''z sur Hilkôth `éval 4:4 ; Tashouvath HaRiva''sh 421

13Sur Hilkôth `éval 4:4

Prier sur les tombes des Saddiqim - Quatrième Partie

ב״ה

Prier sur les tombes des Saddiqim

Quatrième Partie


  1. Les morts peuvent-ils entendre ce que les gens demandent sur leurs tombes ?

Nous commencerons cette quatrième partie en citant le verset suivant1 :

Car les vivants savent qu'ils mourront, tandis que les morts ne savent quoi que ce soit, et qu'il n'y a plus pour eux de récompense, car leur souvenir s'efface.
כִּי הַחַיִּים יוֹדְעִים, שֶׁיָּמֻתוּ; וְהַמֵּתִים אֵינָם יוֹדְעִים מְאוּמָה, וְאֵין-עוֹד לָהֶם שָׂכָר--כִּי נִשְׁכַּח, זִכְרָם

HaZa''l débattent de ce verset dans Barokhôth 18a-b (sur deux pages). Mais il y a une divergence d'opinion parmi les commentateurs classiques du Talmoudh quant à savoir quelle est la conclusion de ce débat talmudique. Les Tôsofôth2 ז״ל comprennent la conclusion du débat de la façon suivante : les morts ne savent pas. Les vivants ne peuvent pas transmettre de messages aux morts. Cependant, si quelqu'un meure aujourd'hui, il peut informer ceux qui sont déjà morts de ce qu'il se passe ici, dans notre monde des vivants. En réalité, ces deux pages du Talmoudh sont très simples à comprendre (le texte est malheureusement trop long que pour le reproduire ici). Si nous devions faire un résumé de ces deux pages, nous dirions ceci : dans la plupart des cas, après le passage d'un an ou deux après un décès, la chair du défunt se désintègre et n'existe plus. Si les « oreilles » physiques ne sont plus là, comment peuvent-ils entendre ce que les vivants disent ? En outre, le mort est profondément enterré dans le sol. Comment peut-il donc physiquement entendre ce qui se dit par les gens au dessus du sol ? Quant à l'argument selon lequel nous conversons avec l'âme, comment pouvons-nous savoir que nous nous sommes « connectés » ? L'âme est un concept spirituel qui transcende l'espace. Par conséquent, qui dit qu'elle se trouve simplement là, dans le cimetière ? L'âme est partout, en ville, ainsi que dans le désert, n'étant plus confinée dans un seul espace en particulier, sans compter que le cimetière est un lieu impur. Par conséquent, la conclusion est : pourquoi se rendre au cimetière pour établir un « contact » ? Une fois qu'une âme a quitté un corps, le contact peut s'établir n'importe où. Aller au cimetière pour cela n'est pas nécessaire !

On pourrait alors rétorquer que tout comme, dans la deuxième partie, nous avions rejeté le sens simple et littéral des `aggodhôth précédentes, de même, ici aussi cette Soughyoh de Barokhôth 18a-b ne devrait pas être prise en compte dans notre discussion pour conclure qu'il ne sert à rien d'aller au cimetière pour s'adresser aux morts afin qu'ils intercèdent pour nous auprès d'HaShem. Sauf qu'ici, ce passage aggadique est clairement halakhique, car il traite de la Halokhoh suivante : est-il nécessaire de se rendre au cimetière plusieurs jours après l'enterrement de quelqu'un ? Nous savons que le הֶסְפֵּד « Haspédh » (éloge funèbre) principal se tient le jour-même des funérailles. Cela est également attesté par le Ramba''n ז״ל dans son Tôrath Ho odhom. Les éloges funèbres tenues le trentième jour et le douzième mois des périodes de deuil ne sont que des honneurs supplémentaires que le défunt lui-même n'entend pas du tout, mais on les organise afin que les proches et les disciples du défunt l'honorent de la façon appropriée.

L' « honneur » dont nous devons faire preuve envers les morts n'a rien à voir avec toutes les superstitions « mystiques » qui circulent de nos jours sur les morts. Nous savons, par exemple, que Rovo` ז״ל partait à reculons quand il quittait la présence de son illustre maître, Rov Yôséf ז״ל. Un jour, en marchant à reculons pieds nus (marcher pieds nus était la coutume chez les Babyloniens de cette époque), les pieds de Rovo` se heurtèrent violemment au seuil en pierre de la porte qui servait de paillasson. Le choc avait été si violent que le seuil fut couvert de sang. Rov Yôséf, étant aveugle, ne savait pas tout ce que Rovo` faisait pour l'honorer. Quand ses autres disciples lui en parlèrent, il se mit à bénir abondamment Rovo` et lui souhaita de devenir le futur Rô`sh Yashivoh de la ville.3

En quoi l'honneur de Rov Yôséf, qui était aveugle et ne savait donc pas comment le traitait son disciple,, fut-il accru par le comportement de Rovo` à son égard ? À l'évidence, l' « honneur » est déterminé sur la base des sentiments de celui qui honore, c'est-à-dire, comment ce comportement l'éduque vers l'humilité et lui apporte du mérite, et non sur ce que cela aura pour effet chez la personne honorée. De même, quand un fils mentionne le nom de son père décédé et ajoute זִכְרוֹנוֹ לִבְרָכָה « Zikhrônô Livrokhoh – que son souvenir soit invoqué pour la bénédiction », il est évident que son père, qui n'est plus là (et dont les restes sont certainement enterrés à des kilomètres de là où le fils se trouve), est incapable d'entendre ces paroles de bénédiction. Néanmoins, il est du devoir du fils d'honorer son père de cette façon-là, étant donné que l'honneur dû aux parents ne s'arrête pas avec leurs décès. En ajoutant cette formule chaque fois qu'il mentionne le nom de son défunt père, il s'ajoute donc des mérites personnels, puisqu'il continue à accomplir la Miswoh d'honneur dû aux parents. Tout cela n'a donc rien à voir avec le défunt en lui-même. De même, il y a une obligation d'honorer les défunts en faisant un Haspédh bien après les funérailles, même si les morts ne peuvent pas l'entendre, car cela ne se fait pas pour ajouter des mérites aux défunts, contrairement à ce qu'on dit dans les milieux Orthodoxes d'aujourd'hui, mais pour ajouter des mérites aux personnes présentes. Quand ils entendront de bonnes choses sur le défunt et les enseignements moraux qu'il a transmis de son vivant, ceux qui sont présents auront le cœur à faire Tashouvoh et à faire vivre ces leçons en les appliquant dans leurs propres vies, et en les transmettant à d'autres. C'est ainsi que nous continuons à faire vivre la mémoire du défunt : en vivant sur ce qu'il nous a laissé. Et c'est ce que veut nous dire le Talmoudh par l'enseignement selon lequel, même dans leur mort, les Saddiqim sont vivants, puisque leurs paroles continuent à être enseignées et vécues, et les promesses qu'HaShem leur a faites ne prennent pas fin avec leur mort, mais se réaliseront à un moment ou à un autre, comme nous le voyons dans le très célèbre passage talmudique suivant4 :

Rov Yôhonon a dit : « Ya´aqôv `ovinou n'est pas mort ! ». Il5 lui demanda : « Est-ce donc en vain qu'ils lui firent des éloges funèbres, qu'ils embaumèrent son corps et l'enterrèrent ? » Il lui dit : « C'est d'un verset que je le déduis, car il est dit6 : ''Quant à toi, n'aies pas peur, Mon serviteur Ya´aqôv, parole d'HaShem ; et ne pleure pas, Yisro`él, car voici, Je te secourrai de loin, ainsi que ta postérité du pays de leur captivité''. Le verset le relie à sa postérité ; tout comme sa postérité est vivante, lui aussi est vivant ! »
א"ר יוחנן יעקב אבינו לא מת א"ל וכי בכדי ספדו ספדנייא וחנטו חנטייא וקברו קברייא א"ל מקרא אני דורש שנאמר ואתה אל תירא עבדי יעקב נאם ה' ואל תחת ישראל כי הנני מושיעך מרחוק ואת זרעך מארץ שבים מקיש הוא לזרעו מה זרעו בחיים אף הוא בחיים

Tant que le peuple d'Israël continuera à exister, Ya´aqôv `ovinou ע״ה continuera lui aussi d'exister, car toutes les promesses qui lui ont été faites par HaShem pour sa postérité ne se sont pas encore réalisées. Si, que Dieu préserve, ces promesses ne se réalisaient pas, ou que, à Dieu ne plaise, le peuple d'Israël cessait d'exister, alors Ya´aqôv `ovinou cesserait lui aussi d'exister. Par conséquent, étant donné que nous croyons fermement que tout ce qui est dit dans le TaNa''Kh est vérité, et que toutes les promesses non encore matérialisées faites aux patriarches se réaliseront, nous pouvons dire que les patriarches sont bel et bien en vie, car bien qu'ils soient physiquement morts, HaShem tiendra parole et accomplira ce qu'Il leur a promis ! C'est ce que veut dire le Talmoudh par cet enseignement. Et remarquez que la question de Rov Nahmon ז״ל ne laisse planer aucun doute sur le fait que cet enseignement selon quoi Ya´aqôv `ovinou n'est pas mort ne doit pas être interprété littéralement !

Y a-t-il une période de temps après la mort où le défunt est capable d'entendre les paroles des vivants qui font ses éloges ? Le Ta''z7 ז״ל enseigne que les morts entendent ce qui est dit sur leurs tombes jusqu'au moment où la tombe est scellée. Il se base en cela sur le Talmoudh Yarousholmi.8

Le Talmoudh Bavli rapporte dans Shabboth 152b ceci :

Rébbi `avohou a dit : « Tout ce qui est prononcé près du mort, il peut l'entendre jusqu'à ce que la tombe soit scellée ». Mais Rov Hiyo` et Rébbi Shim´ôn, le fils de Rébbi, [ont une divergence] ; l'un dit que le cadavre peut entendre jusqu'à ce que la tombe soit scellée et l'autre dit qu'il peut entendre jusqu'à ce que sa chair soit décomposée.
א"ר אבהו כל שאומרים בפני המת יודע עד שיסתם הגולל פליגי בה רבי חייא ור"ש ברבי חד אמר עד שיסתם הגולל וחד אמר עד שיתעכל הבשר

Nous avions déjà mentionné le fait que lorsqu'il y a une divergence d'opinion dans le Bavli, tandis que dans le Yarousholmi il y a une opinion unanime, nous suivons le Yarousholmi. Et cette règle est la raison du Pasaq du Ta''z.

Mais en fait, le Bavli en arrive aussi à la même conclusion que le Yarousholmi. Rov ז״ל a enseigné que si quelqu'un désire savoir si le défunt mérite la vie du Monde-à-Venir, il doit écouter les conversations que tiennent les gens aux funérailles du défunt.9 Le Talmoudh se base en cela sur le verset suivant10 :

Et tes oreilles entendront ce qui est dit derrière toi, à savoir : « C'est cette voie [que suivait le défunt] que vous devez suivre ; ne vous en écartez ni à droite, ni à gauche ! »
וְאָזְנֶיךָ תִּשְׁמַעְנָה דָבָר, מֵאַחֲרֶיךָ לֵאמֹר: זֶה הַדֶּרֶךְ לְכוּ בוֹ, כִּי תַאֲמִינוּ וְכִי תַשְׂמְאִילוּ

Dans son commentaire sur le Talmoudh, Rash''i ז״ל commente :

Lorsque tu seras couché sur ta civière mortuaire et que tu entendras les endeuillés dire lors des funérailles : « C'est la voie qu'a suivi ce défunt, faites-en de même ! », tu pourras être certain d'être un fils du Monde-à-Venir.

Pourquoi Rash''i rajoute-t-il les mots « lorsque tu seras couché sur ta civière mortuaire » ? Le Haspédh et les louanges faites au défunt ne se tiennent-ils pas même plus tard, le septième jour du deuil ? Et à nouveau le trentième jour ? Et une dernière fois après le douzième mois du décès ? Clairement, Rash''i veut nous faire comprendre que les défunts ne peuvent plus rien entendre après l'enterrement, même si le Haspédh se tient à côté de sa tombe !

Un autre commentaire important de Rash''i sur Shabboth 153a doit être mentionné. Rov demanda à son disciple, Rov Shamou`él bar Shillat ז״ל, de faire preuve de beaucoup d'entrain lorsqu'il l'élogiera à ses funérailles afin d'éveiller l'émotion des endeuillés, « parce que je serai présent à ce moment-là ». Rash''i commente :

Quand je mourrai, applique-toi avec vigueur de sorte que les gens [aux funérailles] soient émus. Ils doivent ressentir de la compassion et pleurer au moment de ma mort.

Pourquoi Rash''i ajoute-t-il les mots « au moment de ma mort » ? Là encore, Rash''i veut insister sur le fait que les morts ne sont capables d'entendre qu'avant l'enterrement, mais plus après, se basant sur la Soughyoh de Barokhôth 18a-b, qui à présent a bel et bien une application pratique et halakhique.

Tout cela a des ramifications par rapport à la coutume qui s'est développée de nos jours, où des gens (et plus particulièrement des femmes) qui ont désespérément besoin de l'intervention d'un illustre ancêtre, d'un proche, ou d'un grand rabbin décédé, se rendent au cimetière et répandent « leurs cœurs » et informent les morts de leurs besoins. Je citerai ici les propos de Rov Danzinger ז״ל, l'auteur des ouvrages « Hayé `odhom » et du Hokhmath `odhom :

Hokhmath `odhom 89:7
La Tôroh11 interdit de prier les morts. Techniquement, cela fait référence à quelqu'un qui jeûne et passe la nuit dans le cimetière, ce qui a pour effet que les mauvais esprit reposent sur lui. Les femmes et certains ´ammé Ho`orsôth12 qui visitent des tombes pour parler aux morts de leurs problèmes commettent probablement le péché de s'adresser aux morts. Certains des anciens Ga`ônim désiraient interdire la coutume de se prosterner sur les tombes des morts.
איסור דורש אל המתים זה שמרעיב עצמו ולן בבית הקברות כדי שתשרה עליו רוח הטומאה ואותן נשים וכן עמי הארצות שהולכין על קברי מתים וכאילו מדברים עם המתים ואומרים להם צרותיהם, קרוב הדבר שהם בכלל זה. ונמצא שיש מן הגאונים היו רוצים לאסור להשתטח על קברי מתים

Et tout cela se produit dans les milieux Hassidiques de tout bord, sans exception ! Il y a des gens qui ont franchi la barrière entre demander l'intercession du Saddiq et celle de prier le Saddiq, et adressent directement leurs besoins à celui-ci. Mais il y a quatre choses qu'ils oublient :

  1. C'est de la ´avôdhoh Zoroh pure et simple, et contrevient à l'un des 13 principes de la foi israélite.
  2. Le cimetière est un lieu d'impureté.
  3. Le mort n'entend plus ce qui est dit près de sa tombe depuis le moment où il a été enterré.
  4. Le Saddiq est désormais esprit. Il n'y a donc pas besoin de se rendre au cimetière, puisqu'il peut être retrouvé partout.

Quant au passage du Talmoudh13 qui tranche que si quelqu'un a calomnié une personne qui est à présent décédée, et n'a donc pas eu la possibilité de lui demander pardon quand elle était encore en vie, il doit se rendre au cimetière et lui demander pardon, passage qui est souvent employé par ceux qui disent que les morts continuent donc à entendre ce qu'on dit sur leurs tombes, l'intention de ce passage est de nous dire qu'il faut demander pardon à HaShem et non au défunt. C'est une manipulation du texte du Talmoudh par ces gens. Voici le passage en question :

Et s'il est déjà mort, on doit rassembler dix fils de l'Homme, les faire tenir sur sa tombe et dire : « J'ai péché contre HaShem, le Dieu d'Israël, et envers celui-ci, que j'ai fait souffrir ! »
ואם מת, מביא עשרה בני אדם ומעמידן על קברו ואומר חטאתי לה' אלהי ישראל ולפלוני שחבלתי בו

Clairement, ce passage ne parle pas du tout du fait de s'adresser au mort, contrairement à ce que font certains Hasidhim, mais au Saint, béni soit-Il, car le mort ne peut plus entendre. Mais alors, pourquoi nous rendre au cimetière, alors que cela aurait pu se faire ailleurs, comme par exemple à la synagogue ? On pourrait également se demander : pourquoi faire venir dix hommes ? N'aurait-il pas été suffisant de demander pardon en présence de trois hommes, comme cela se fait normalement lorsqu'on demande pardon à quelqu'un de son vivant ?

L'intention de HaZa''l par cette Halokhoh est d'amener le pécheur à s'humilier, de l'encourager à se désister de cette mauvaise Middoh et prendre l'engagement de ne plus la répéter. Rassembler dix hommes et se donner la peine de tous les amener au cimetière est nécessaire, car ce péché implique désormais le Maître du Monde, étant donné que le péché doit à présent se régler avec HaShem, et non plus avec le défunt, qui est déjà dans un autre monde. Or, comme c'est une activité qui concerne uniquement HaShem, il est donc nécessaire de rassembler un Minyon (quorum de dix), tout comme pour tous les autres rituels religieux que nous accomplissons pour HaShem (lecture publique de la Tôroh, Qadhoushoh dans la ´amidhoh, récitation du Qaddish après une étude de la Tôroh en groupe, etc.). Comme HaZa''l nous l'ont enseigné, les morts, une fois qu'ils sont dans l'autre monde, ne se soucient plus d'avoir été calomniés.14 Ils sont à présent dans un monde spirituel supérieur où ces choses n'ont plus aucune importance pour eux.

Dans la cinquième et dernière partie, nous verrons si la coutume de notre époque consistant à visiter le cimetière le trentième jour ou lors du Yohrzeit, ou juste pour honorer le défunt, est appropriée, comme le font ceux qui visitent la tombe du Mahara''l de Prague, du Go`ôn de Wilno` ז״ל, du Ba´al Shém Tôv, de Rabbi Nahmon de Breslev, du Loubavitcher Rebbe, etc.

1Qôhalath 9:5
2Sur Sôtoh 34b
3Talmoudh, Yômo` 53a
4Ta´anith 5b
5Rov Nahmon, avec qui il discutait
6Yirmayohou 30:10
7Yôréh Dé´oh 344:1
8´avôdhoh Zoroh 3:1
9Shabboth 153a
10Yasha´yohou 30:21
11Davorim 18:11
12Ignorants
13Yômo` 87a

14Barokhôth 19a
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