jeudi 5 septembre 2019

La Kashrouth de l'espadon


בס״ד

La Kashrouth de l'espadon


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J'ai reçu l'e-mail suivant :

Bonjour Rav

J'ai écouté votre cours audio sur la cacherout du Zébu qui était comme toujours claire et très documenté. Ma question est celle ci (et va dans le même sens, si j'ose dire, que le Zébu) : l'espadon est il casher à notre époque  ?

J'entends beaucoup de choses contradictoires dessus. Certains Poskim autorisent sur la base que des communautés séfarades en consommaient pendant fort longtemps (et savaient quelle espèce d'espadon consommer). Mais beaucoup de Poskim interdisent ce poisson également (car c est un poisson qui ne possède pas d'écailles ; mais certains disent qu'il perdrait ses écailles une fois sorti de l eau comme le thon) et qu'il ne fait pas partie de l’espèce des thons.

Pourriez-vous m'en dire un peu plus du point de vue de la Torah et du Rambam ?

Merci Rav !

Kol Touv

Respectueusement

Yaacov

L'espadon est une des créatures marines les plus fascinantes. C'est l'un des plus grands, des plus rapides, et des plus agressifs des poissons osseux. Il commence sa vie en ayant la taille d'un grain de riz et peut grandir pour dépasser facilement les 450 kg.

La fonction de son épée, qui fait un tiers de la longueur de son corps et éventre parfois des bateaux, est inconnue. L'espadon se retrouve dans le monde entier et est traditionnellement péché au moyen d'un harpon comme une baleine. Est-il Koshér ?

Dans les milieux orthodoxes actuels, une croyance très répandue déclare que l'espadon serait, sans l'ombre du moindre doute, non Koshér. Or, cette croyance est tout bonnement inexacte, et est basée sur la croyance selon laquelle l'espadon perdrait ses écailles en grandissant, ou qu'il n'aurait tout bonnement pas d'écailles, ce qui le rendrait non Koshér. Mais comment se fait-il alors que tous les Rabbins, sans exception, autorisèrent sa consommation, et ce, jusqu'à la deuxième moitié du 20ème siècle ?

Pour être Koshér, un poisson doit posséder à la fois des nageoires et des écailles. Mais qu'adviendrait-il si un poisson ne faisait pousser des écailles qu'une fois devenu mature, ou les perdrait une fois péché ? Cela le rendrait-il non Koshér ? Le point de départ pour répondre à toute question consiste à voir si le Talmoudh dit quelque chose à ce sujet. Or, le Talmoudh en parle explicitement, dans Houllin 66a, où nous lisons ceci :

Nos Maîtres ont enseigné : Si un poisson n'a actuellement pas d'écailles mais les fera pousser après un certain temps, comme par exemple la Soultonith et le ´aphiyas, voici, celui-ci est autorisé. Il possède actuellement des écailles mais les perdra une fois qu'il a été attrapé et remonté de la mer, comme par exemple le `aqounas et le `aphounas, le Kasaphtiyas et le `akhsaphtiyas, ainsi que le `atounas, voici, ceci est autorisé.
תנו רבנן אין לו עכשיו ועתיד לגדל לאחר זמן כגון הסולתנית והעפיץ הרי זה מותר יש לו עכשיו ועתיד להשיר בשעה שעולה מן הים כגון אקונס ואפונס כספתיאס ואכספטיאס ואטונס ה"ז מותר

D'après la majorité des commentateurs, le poisson appelé ואכספטיאס « `akhsaphtiyas » correspond à l'espadon, et que ce nom est dérivé du grec « xiphias », l'appellation grecque de l'espadon. (En hébreu, la lettre « x » n'existe pas ; par conséquent, ce son se forme par une combinaison des lettres כס.) Le Talmoudh tranche donc très clairement que l'espadon est Koshér. Et grâce à la science moderne, nous pouvons mieux comprendre ce passage du Talmoudh : ce n'est pas que l'espadon perd ses écailles une fois qu'il a été sorti de l'eau ; plutôt, les écailles de l'espadon adulte se cache profondément dans la chair, lui donnant l'apparence d'avoir perdu ses écailles. Étant donné que ses écailles ne sont donc pas visibles lorsqu'il grandit (puisqu'elles s'enfoncent profondément à l'intérieur de sa chair), les Orthodoxes d'aujourd'hui supposent à tort que, soit ce poisson n'a pas d'écailles, soit il les a perdues. Or, ces deux suppositions sont fausses. Des études menées de concert en 2004 par de nombreux chercheurs Juifs (parmi lesquels le Rov Docteur Ari Zivotofsky) et non Juifs ont montré que les écailles de l'espadon apparaissent d'abord sur l'abdomen à une hauteur standard de 6 mm. Par la suite, de grandes écailles avec une seule colonne vertébrale augmentent en nombre antérieurement et postérieurement dans une rangée le long de l'abdomen et du bord ventral.

Une étude précédente de 1982 notait que l’espadon développait deux types d’écailles en tant que larves et juvéniles : des écailles de grande taille, à épines multiples et des écailles rostrales; et de petites écailles à une seule épine. À mesure que le poisson vieillit, passant de la larve à juvénile et à adulte, ses écailles persistent, mais sont de plus en plus enfouies dans le derme, la peau du poisson. Ce n'est pas que ces écailles diminuent. Au contraire, c'est l'épaisseur du derme qui augmente.

La confusion des Orthodoxes de notre génération concernant la présence ou l'absence d'écailles sur les espadons adultes est due à l'épaississement du derme au-dessus des écailles, lorsque les espadons juvéniles et larvaires se développent. Le résultat est que seules les pointes des écailles font saillies chez les adultes. Les écailles sont souvent fracturées et abrasées lorsque les poissons sont capturés et transformés par la pêcherie. La couche cuticulaire du tégument est également recouverte d'une épaisse couche de mucus, sécrétée par un réseau de canaux muqueux au sein de l'épiderme. Ce mucus lubrifie le tégument et rend les épines d'écailles moins visibles.

C'est ainsi, donc, que la biologie moderne corrobore l’affirmation faite dans le Talmoudh, selon laquelle, lorsque l’espadon adulte est capturé, il semble ne pas avoir d’écailles. Ainsi, l'espadon, qui correspond au xiphias, est parfaitement Koshér.

L'espadon, Xiphius gladius, fait partie d'un groupe de grands poissons prédateurs dotés de projections en forme d'épée, appelés poissons porte-épées. Les autres poissons porte-épées sont plusieurs espèces de makaires, d'espadons-voiliers et de rémoras des espadons (qui ont des becs relativement courts). Mais alors que les becs des autres poissons porte-épées ont une section transversale ronde - comme les lances - ceux de l’espadon ont une section transversale plate, comme des épées. Par conséquent, toute référence à un poisson nommé « porte-épée » fait uniquement référence à l’espadon.

En outre, les espadons sont de loin les espèces de poissons porte-épées les plus répandues de la Méditerranée. Si l’espadon n’était pas Koshér, le Talmoudh ne décrirait pas un autre poisson porte-épée comme étant Koshér et induirait les gens en erreur en leur faisant croire qu’il parlait de l’espadon plus commun.

C'est ainsi que, sur la base de la décision du Pôséq séfarade de renom, Horov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti (1603-1673), qui a autorisé « le poisson avec l'épée », les Pôsaqim ont considéré pendant près de quatre siècles après que l'espadon était bien Koshér. C'est ainsi qu'en 1933, une liste de poissons Koshér publiée par nul autre que la `aggoudhath Horabbonim (la principale organisation orthodoxe du début du 20ème siècle, sous l'autorité du Rov `ali´azar Silver), incluait l'espadon. Et l'année suivante, sous la direction du Rov Yôséph Kanowitz, la liste fut réimprimée et incluait toujours l'espadon.

Pour revenir au Rov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti, surnommé le Kanasath Haggadhôloh, il a écrit ceci :

Il est une coutume répandue parmi tous les Juifs de consommer le poisson avec l'épée, connu dans le langage vernaculaire sous le nom de fishei espada, bien qu'il n'ait pas d'écailles, parce qu'il est dit que lorsqu'il est sorti de l'eau, en raison de sa colère, il se met à trembler et se débarrasse de ses écailles.

Cette affirmation fut répétée sans la moindre divergence par un très grand nombre de Pôsaqim faisant autorité, parmi lesquels le Pari Maghodhim, le Darakhé Tashouvoh, le Hyda''`, ou encore le Kaph Hahayyim. Toutes les communautés Juives, ashkénazes ou séfarades, consommaient de l'espadon jusque dans les années 1950, et personne ne questionnait son statut de Kashrouth.

Tout changea en 1951, lorsque le Rov Docteur Môshah Tendler examina un espadon et ne trouva aucune écaille. Il fut convaincu qu'il s'agissait d'un poisson non Koshér et que cela ne pouvait pas être le poisson porte-épée mentionné par le Rov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti. Le Rov Tendler lança alors une campagne contre la consommation de l'espadon.

Le Rov Isser Yahoudhoh Unterman réagit à cette interdiction avec une vive réaction, mais le Rov `ali´azar Waldenberg prit parti pour le Rov Tendler et un débat acharné éclata dans les journaux halakhiques dans les années 1960. (Malheureusement, toutes les parties souffraient d'un manque d'informations précises sur l'espadon et les autres poissons porte-épées.)

Pourtant, il est parfaitement clair que le Rov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti faisait effectivement référence à l’espadon. Le nom qu’il utilise pour cela, fishei espada, est le nom de l’espadon dans de nombreux pays méditerranéens.

Le Rov Tendler affirma que le Rov Hayyim ban Yisro`él Benvenisti faisait référence à l'espadon-voilier (alors qu'on en trouve rarement en Méditerranée, et que le Kanasath Haggadhôloh parlait d'un poisson que l'on trouve couramment). Étant donné que les habitants de cette région mangeaient beaucoup d’espadon - le poisson porte-épée le plus courant -, il est inconcevable que le Kanasath Haggadhôloh utilisa l'appellation « fishei espada » pour désigner un poisson différent et ne mentionne aucun problème avec l’espadon. En outre, la conclusion du Rov Tendler selon quoi l'espadon n'a pas d'écailles est purement fausse ; il ne savait pas à son époque que l'espadon, en grandissant, enfouit ses écailles sous sa peau, car cette dernière devient si épaisse qu'elle recouvre les écailles, qui deviennent ainsi à peine visible.

(Notez que l'espadon est le seul poisson porte-épée pour lequel cela se produit. Avec tous les autres poissons porte-épées, la situation est exactement le contraire de celle décrite par le Talmoudh et le Kanasath Haggadhôloh : ils n'ont aucune écaille durant leur jeunesse, mais elles se développent au fur et à mesure de leur maturité. Preuve supplémentaire que les autres poissons porte-épées ne pourraient pas être le poisson décrit par le Talmud et le Kanasath Haggadhôloh.)

Depuis lors, les Orthodoxes contemporains se sont alignés derrière l'opinion erronée et anti-talmudique du Rov Tendler. Et une raison principale à cela, en plus d'être ignorants en matière scientifique (puisque les Orthodoxes d'aujourd'hui bannissent l'étude des sciences), est que les Conservatives autorisent l'espadon. Et chaque fois que les Conservatives (Massortim) autorisent quelque chose, par réactionnisme primaire les Orthodoxes interdisent automatiquement (sans même s'être sérieusement penché sur la question) de façon à paraître différents des Conservatives. Mais halakhiquement parlant, l'espadon est parfaitement Koshér, et d'ailleurs le rabbinat israélien ne l'a jamais formellement déclaré « non Koshér » ; c'est juste la pression de l'ignorance orthodoxe qui fait que même en Israël de l'espadon n'est pas servi.

Mais pour conclure, un problème pratique doit être mentionné concernant l'espadon. Bien qu'il soit Koshér, il convient de faire attention avant de se mettre à en manger. En effet, la taille de ce poisson est impressionnante, et son poids, comme mentionné plus haut, peut atteindre facilement les 450 kg. À cause de cela, vous ne trouverez jamais un espadon entier dans une poissonnerie ; au contraire, il est déjà découpé en plusieurs morceaux lorsqu'il est vendu. Or, cela peut poser un problème : étant donné que ses écailles ne sont pas visibles (au contraire du thon), à moins d'être un expert et de savoir reconnaître un morceau d'espadon, il n'y a aucun moyen pratique de déterminer que le morceau de poisson sans écaille que vous avez devant vous est réellement un morceau d'espadon et que ses morceaux ne se sont pas mélangés avec des morceaux d'une autre espèce de poisson non Koshér. Ainsi, à moins d'avoir les preuves et la certitude que ce que vous achetez est bien de l'espadon, il convient, dans le doute, de s'en abstenir.

Mais, au moins, vous avez la réponse à votre question : l'espadon est Koshér à 100%, n'en déplaise aux Orthodoxes ignorants qui le considèrent à tort comme ne l'étant pas.

jeudi 29 août 2019

La Kashrouth de la cochenille


בס״ד

La Kashrouth de la cochenille


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Dans la question qu'il m'avait soumise au sujet de la Kashrouth de la gélatine, Yaacov B. avait également inclus une question sur la Kashrouth de la cochenille. Pour revoir la question, voir l'article intitulé « La Kashrouth de la gélatine ». Pour des raisons évidentes de clarté, et afin de ne pas être trop long, j'ai fait le choix de répondre séparément à ces questions, car il s'agit de deux sujets différents, quoique liés l'un avec l'autre. Ainsi, après avoir répondu concernant la gélatine, je vais à présent en faire de même au sujet de la cochenille. Mais pour cela, je vais devoir faire deux digressions : tout d'abord expliquer ce qu'est la cochenille, et ensuite la base du débat entre les Pôsaqim concernant son statut de Kashrouth. Soyez donc patients, car tous ces éléments sont nécessaires à établir avant d'apporter une quelconque réponse.

Que nous le sachions ou pas, et que nous l'apprécions ou pas, bon nombre de nos aliments sont colorés par une horde d'agents colorants ; certains proviennent de produits alimentaires, tels que des betteraves, des baies, du sucre, du safran et du roucou ; tandis que d'autres proviennent de matériaux non comestibles tels que le charbon ou le pétrole, des sources dont la plupart des consommateurs préféraient ignorer la présence dans leurs aliments. Bien que les colorants industriels puissent compromettre la Kashrouth d'un produit fini, peu de colorants alimentaires sont eux-mêmes obtenus de matériaux non Koshér. Cependant, deux pigments alimentaires tirent leurs sources de substances non Koshér : l'un est le carmin, également appelé cochenille, qui est une couleur rouge abondamment employée pour colorer des fruits, des yaourts, des jus, des cerises au marasquin, etc., et l'autre est l'œnocyanine, une couleur rouge ou pourpre qui est tout autant employée dans des boissons, des fourrages aux fruits et des confiseries. L'origine de la carmine provient d'une cochenille.

Lorsque les Espagnols colonisèrent le Nouveau Monde, ils découvrirent une cochenille, appelée punaise cochenille, qui affichait une couleur rouge huit fois plus brillante que le kermès. Les Espagnols chérirent cet insecte, développant et commercialisant son pigment rouge carmin. C'est depuis lors que la cochenille est employée comme colorant dans la nourriture.

Une fois que tout cela est connu, le colorant à base de cochenille est-il Koshér ? Pour répondre à cette question, nous devons faire notre seconde digression : quelle est l'origine du débat existant sur le statut de Kashrouth de la cochenille ?

Les artisans chargés de la construction du Mishkon utilisaient une teinture, תּוֹלָעַת שָׁנִי « Tôlo´ath Shoni », qui est souvent supposé être le « sang » d'un insecte, dans la fabrication des vêtements du Kôhén Godhôl. Cette couleur était-elle Koshér ? Elle était aussi utilisée pour teindre les rideaux et les couvertures du Mishkon. En outre, produire les cendres de la Poroh `adhoumoh1, purifier un Masôro´ et décontaminer une maison devenue Tomé` nécessitaient également l'usage de la Tôlo´ath Shoni2. Comme nous allons le découvrir, identifier correctement la Tôlo´ath Shoni n'affecte pas seulement ces Halokhôth et celles relatives au Béth Hammiqdosh, mais également le statut de Kashrouth des aliments et boissons que nous mangeons et buvons.

Comme cela est évident à partir du verset suivant, אִם-יִהְיוּ חֲטָאֵיכֶם כַּשָּׁנִים כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ, אִם-יַאְדִּימוּ כַתּוֹלָע כַּצֶּמֶר יִהְיוּ « Si vos fautes étaient comme les Shonim, elles blanchiront comme la neige ; si elles rougissaient comme le Tôlo´, elles deviendront comme la laine »3, la Tôlo´ath Shoni est une couleur rouge. Sur base de cela, quelques Pôsaqim identifient la Tôlo´ath Shoni comme du kermès, une nuance d'écarlate que l'on obtient à partir des insectes cochenilles4. Les anciens dérivaient une teinture rouge à partir des corps séchés d'espèces appelées « ilices kermès », qui servaient d'un des pigments les plus importants durant des milliers d'années. D'ailleurs, le mot « cramoisi » découle de cette ancienne teinture.

Mais la Tôlo´ath Shoni et le kermès sont-ils même identiques ? Nous devrions noter que le mot Hébreu תּוֹלַעַת « Tôla´ath », qui est généralement traduit par « ver », pourrait inclure aussi bien des insectes que d'autres petits invertébrés. Ainsi, il se pourrait très bien que la Tôlo´ath Shoni dont parle la Tôroh soit un insecte coccoidea qui produit une teinture rouge. Et le Rada''q ז״ל déclare que cette teinture provient du ver de terre. De même, le Rambo''m ז״ל définit la Tôlo´ath Shoni de la manière suivante5 : הוּא הַצֶּמֶר הַצָּבוּעַ בַּתּוֹלַעַת « c'est de la laine teinte avec la Tôla´ath ».

Mais Ribbénou Bahayyé ז״ל s'offusque de cette approche6, et insiste plutôt sur le fait que seules des espèces Koshér pourraient être utilisées pour la fabrication du Mishkon et les vêtements des Kôhanim. Il se base sur la déclaration du Talmoudh selon quoi « seuls des éléments qu'il est autorisé de consommer sont utilisés pour la ´avôdhath HaShem », et le Talmoudh déclare que cela nous enseigne que l'on ne peut utiliser que des éléments Koshér dans la fabrication des Taphillin.7 Ribbénou Bahayyé fait une extrapolation et suppose que le Mishkon, dont le but était de servir HaShem ית׳, nécessite donc lui aussi obligatoirement que tous ses matériaux soient Koshér.

Comment répond-t-il alors au fait que la Tôlo´ath Shoni est décrite comme provenant d'un ver de terre ?

Ribbénou Bahayyé explique que la teinture appelée Tôlo´ath Shoni ne découle pas de l'insecte même, mais plutôt d'un fruit ou d'une baie qui contient un insecte. Le Rambo''m8 et Rash''i9 ז״ל expliquent tous deux également la Tôlo´ath Shoni de cette manière-là. Ainsi, nous pourrions modifier l'explication précédemment donnée sur les propos du Rambo''m, הוּא הַצֶּמֶר הַצָּבוּעַ בַּתּוֹלַעַת « c'est de la laine teinte avec la Tôla´ath », comme voulant plutôt dire « c'est de la laine teinte avec un fruit qui contient un ver ».

De ce fait, Ribbénou Bahayyé, et possiblement le Rambo''m et Rash''i aussi, identifient la Tôlo´ath Shoni comme un fruit qui possède à l'intérieur un ver de terre, alors que le Rada''q comprend la Tôlo´ath Shoni comme un dérivé de l'insecte kermès lui-même. Comment donc le Rada''q résout-il le problème soulevé par Ribbénou Bahayyé selon quoi seuls des éléments Koshér pourraient être utilisés pour accomplir des Miswôth ? Il existe quatre façons de répondre à cela :

  1. Certains soutiennent que seule la substance de base utilisée pour accomplir la Miswoh doit être Koshér, mais pas une teinture qui recouvre simplement la surface.10 Par conséquent, la Tôlo´ath Shoni pourrait bien provenir d'une source non Koshér, étant donné que ce n'est pas le matériau utilisé pour la Miswoh, mais sert uniquement à colorer les matériaux utilisés.

  1. D'autres soutiennent que l'interdiction d'utiliser des éléments non Koshér pour des Miswôth ne s'appliquent qu'aux Taphillin, Mazouzôth et autres Miswôth qui nécessitent d'employer le nom de HaShem ou des versets du TaNa''Kh, mais que l'on pourrait utiliser des éléments non Koshér dans le Béth Hammiqdosh.11 D'après cette approche, la Tôlo´ath Shoni est acceptable pour le Béth Hammiqdosh, même si elle est considérée non Koshér.

  1. Une troisième approche soutient que la teinture de kermès est Koshér, étant donné que sa source originelle ne peut plus être identifiée. Cette approche est basée sur les Ri`shônim, qui soutenaient qu'une nourriture interdite devenait Koshér lorsqu'elle était transformée complètement en une nouvelle substance. Le Rô`''sh12 ז״ל cite Ribbénou Yônoh, qui permet d'utiliser du musc, un parfum tiré de la glande de quelques animaux différents, dont beaucoup ne sont pas Koshér, comme arôme alimentaire, parce qu'il a déjà été transformé en une nouvelle substance ne pouvant plus être identifiée à sa source. De même, le Rambo''m identifie le musc comme l'un des ingrédients dans l'encens brûlé dans le Béth Hammiqdosh. Sur base de ces Ri`shônim, qui sont unanimes, on peut théoriser que bien que la source du kermès ne soit pas Koshér, la teinture est en elle-même Koshér. (Presque comme nous l'avions dit concernant la gélatine.)

  1. D'autres, enfin, soutiennent que la coloration du kermès est Koshér, étant donné que ces créatures sont préalablement séchées –et de la poudre dérivée d'un insecte séché durant douze mois (ou l'équivalent) est considérée être insignifiante et, par conséquent, Koshér.13

Nous avons donc différentes façons d'expliquer comment la Tôlo´ath Shoni pourrait effectivement bien être identifiée au kermès égyptien tout en étant néanmoins une teinture acceptée pour des objets liés à une Miswoh, tels que les vêtements des Kôhanim, et les rideaux et couvertures du Mishkon. Analyser les différentes opinions sur la Tôlo´ath Shoni mène à une discussion pratique quant à savoir si le kermès ou la cochenille est un colorant alimentaire Koshér.

La Kashrouth des pigments de kermès et de cochenille repose sur l'acceptabilité ou pas du kermès dans la teinture des vêtements des Kôhanim. Voilà pourquoi cette longue digression était nécessaire. Repassons en revue les quatre approches susmentionnées et voyons comment cela impacte la Kashrouth de la cochenille :

  • L'approche 1) susmentionnée permettait de teindre un objet de Miswoh avec un matériau non Koshér, étant donné que ce dernier n'est pas l'objet principal, mais seulement une coloration. Ceux qui suivent cette approche interdisent d'utiliser une couleur provenant d'une source non Koshér dans un produit que l'on compte consommer.

  • L'approche 2) tranchait que les objets d'une Miswoh qui ne contiennent ni le nom de HaShem ni un verset du TaNa''Kh pourraient être produits à partir de substances non Koshér. Ceux qui suivent cette approche interdisent aussi l'usage des colorants de kermès ou de carmin pour la nourriture.

Néanmoins, les approches 3) et 4) susmentionnées autorisent d'utiliser du colorant de cochenille dans un produit Koshér.

  • L'approche 3) soutenait que la couleur est à présent transformée en une substance complètement différente et a par conséquent perdu son statut non Koshér.

  • L'approche 4) soutenait que les écailles du kermès sont séchées au point où elles ne constituent plus un élément non Koshér. C'est pour cette raison que plusieurs Pôsaqim soutiennent que le carmin (cochenille) est Koshér14. D'ailleurs, il y a quelques années d'ici, il était possible de voir le carmin être certifié Koshér par des Talmidhé Hakhomim responsables et instruits. Mais aujourd'hui, à cause du radicalisme dans les milieux orthodoxes, et aussi suite au bannissement de tout type d'étude scientifique dans les milieux orthodoxes (ce qui cause une ignorance abyssale parmi les religieux, qui tranchent des interdictions sur des sujets qu'ils ne maîtrisent même pas), toutes les agences de Kashrouth que je connais traitent le colorant de la cochenille comme étant non Koshér.

Il existe une dernière approche, qui est une approche de compromis. Le Shoulhon ´oroukh15 et d'autres autorités16 tranchent comme les Ri`shônim, qui permettent une substance non Koshér après qu'elle ait été transformée, mais ajoutent que ce n'est le cas que si la substance n'était pas interdite à la consommation Min Hattôroh. Si sa consommation était interdite par injonction rabbinique, beaucoup d'autorités permettent son usage une fois transformée.17

Comme vous pouvez le constater, il existe de nombreuses approches, dont certaines autorisent la consommation de la cochenille sans aucun problème. Puisque la question n'est pas tranchée, ceux qui consomment des aliments contenant de la cochenille ont sur qui s'appuyer.

Cet article est aussi une réponse à l'ironie d'un lecteur du blog qui faisait remarquer, le ton un peu moqueur, qu'il était impossible de répondre à des questions contemporaines en ne s'appuyant que sur le Talmoudh ou le Rambo''m, et qu'il fallait donc, selon lui, uniquement se référer aux décisionnaires contemporains. Cet argument démontre de la part de celui qui l'avance une ignorance profonde de la manière dont une Halokhoh est tranchée, car même les décisionnaires contemporains ne tranchent jamais une question moderne sans se référer au préalable à des problèmes analogues que l'on retrouve dans les écrits antérieurs. Comme je l'ai fait remarquer à cette personne, il serait étonné de voir comment les sources anciennes contiennent en réalité tout ce dont nous avons besoin pour trancher des questions modernes et contemporaines. Et la question de la Kashrouth de la cochenille en est une belle illustration, car bien qu'utiliser la cochenille pour colorer les aliments n'était pas une technique connue dans les temps bibliques et talmudiques, puisque cette technique ne fut inventée que par les Espagnols, son statut de Kashrouth dépend en réalité d'une discussion analogue concernant la permissivité d'utiliser des éléments non Koshér pour le Mishkon.

Ainsi, sachez que tous les problèmes contemporains ont toujours nécessairement des sources antérieures que l'on peut utiliser pour parvenir à une réponse érudite et bien argumentée.
1Bamidhbor 19:6
2Wayyiqro` 14:4, 49
3Yasha´yohou 1:18
4Voir le commentaire du Rada''q sur 2 Divré Hayyomim 2:6
5Mishnéh Tôroh, Hilkôth Kalé Hammiqdosh Waho´ôvadhim Bô
6Voir son commentaire sur Shamôth 25:3
7Shabboth 28a
8Mishnéh Tôroh, Hilkôth Poroh `adhoumoh Chapitre 3
9Voir son commentaire sur Yasha´yohou 1:18
10Shou''th Nôdha´ Biyhoudhoh II, `ôrah Hayyim #3
11Le Ra''n sur Rô`sh Hashshonoh 26b ; Shou''th Nôdha´ Biyhoudhoh II, `ôrah Hayyim #3
12Barokhôth 6:35 ; Shou''th 24:6
13Voir Pishé Tashouvoh, Yôréh Dé´oh 87:20 ; Darakhé Tashouvoh, Yôréh Dé´oh 87:20 et 102:30 ; Shou''th Minhath Yishoq 3:96:2
14Pishé Tashouvoh, Yôréh Dé´oh 87:20 ; Shou''th Minhath Yishoq 3:96:2
15Yôréh Dé´oh 114:2
16Voir le Ramo''`, `ôrah Hayyim 467:8 ; Moghén `avrohom 216:3
17Le Pari Maghodhim, le Hatho''m Sôphér, le `imré Yôshér ou encore le Mishnoh Barouroh

mardi 27 août 2019

La Kashrouth de la gélatine


בס״ד

La Kashrouth de la gélatine


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La question suivante m'a été posée par Yaacov B. :

Que pensez-vous et que dit le Rambam ou la Talmud ou la Halakha sur les colorants émulsifiants, gélatines, qui sont utilisés dans les produits alimentaires industriels ? Sont ils casher ?

Je sais qu il y a beaucoup de Rabbins qui interdisent les colorants E120 ( la couleur rouge de certains bonbons ou Yaourts par exemple, car issue de la Cochenille ou de la gélatine provenant d'animaux non casher comme le porc). Quant est il réellement de la halakha, sachant que d'autres Poskim permettent sur la base que ces colorants ou émulsifiants ou gélatines sont tellement transformés qu ils ne sont plus assimilables à l'animal d'origine dont ils sont issus ? D'autres soutiennent qu ils ne donnent pas de goût au produit fini mais sont utilisés juste pour donner de la couleur (le carmin par exemple), ou permettent d'améliorer l'aspect par exemple, ou donner du volume (gélatine de porc dans la crème fraîche comme épaississant).

Personnellement, j'en ai marre de me référer à des listes casher qui changent tous les 6 mois au grès ...du chèque que donne le fabricant à tel ou tel Beth Din....

C'est une question très pertinente qui illustre les difficultés que posent les produits transformés au niveau du respect de la Kashrouth. Et comme je l'ai déjà dénoncé à plusieurs reprises, la Kashrouth de notre époque est devenue un véritable business, avec toutes les dérives, exagérations et abus qui accompagnent généralement ce terme.

Avant de répondre à la question, nous nous devons de faire un petit rappel sur ce qu'est la gélatine et comment l'obtient-on.

La gélatine est une protéine dérivée d'une protéine naturelle appelée collagène. Le collagène est le composant du tissu conjonctif animal, des os, des tendons et de la peau. La gélatine n'a aucun goût en elle-même. La gélatine est largement utilisée dans l'industrie pharmaceutique pour enrober des gélules et maintenir des comprimés ensemble. De plus, la gélatine est utilisée dans les guimauves, le yaourt, la crème glacée, le Jell-o, pour éliminer l'effet nuageux ou la brume dans le jus de pomme, dans les oursons en gélatine, les pastilles pour la gorge, les glaçages, les suppléments de protéines et les sucres glacés.

La source de la gélatine provient presque toujours des os ou peaux d'animaux non Koshér. Pour améliorer la qualité du processus, la matière première est prétraitée en trempant les os durs dans un mélange de chaux et d'eau pendant 70 à 120 jours. Les os mous et les peaux sont traités avec une concentration de 5% d'acides minéraux pendant dix à trente heures. La gélatine est ensuite extraite du matériau prétraité dans un processus semblable à la cuisson. Les os sont chauffés en une série de cycles à des températures croissantes. Finalement, il se forme une liqueur de gélatine qui est ensuite filtrée et évaporée pour éliminer l'eau et concentrer la liqueur. La liqueur est ensuite refroidie pour former un gel. Le gel est séché et découpé selon les formes souhaitées.

Les fabricants ont découvert que s'ils fabriquaient de la gélatine à partir de la peau de jeunes porcs, ils auraient beaucoup moins besoin de croquer que s'ils la fabriquaient à partir d'os d'animaux. Pour cette raison, environ 90% de la gélatine est d'origine porcine - à base de porc - et la gélatine de qualité supérieure à base d'os est réservée à l'industrie photographique.

Sur base de tout cela, quel est réellement le statut halakhique de la gélatine ?

Les os et les peaux d'animaux ne sont pas considérés comestibles, et sont donc Koshér, même s'ils proviennent d'un animal non Koshér ou d'une Navéloh. Voici ce que le Rambo''m ז״ל rapporte dans son Mishnéh Tôroh1 :
Celui qui mange de la peau, des os, des tendons2, des cornes, ou des sabots provenant d'une Navéloh, ou Taréphoh, ou d'une Bahémoh ou d'une Hayyoh impures, [ou qui mange] des ongles d'un volatile aux endroits où le sang survient lorsqu'ils ont été coupés, ou [qui mange] de leur placenta, bien que cela soit défendu, voici, celui-ci est exempt [de punition], parce que ceux-là ne sont conviennent pas à la consommation.
הָאוֹכֵל מִנְּבֵלָה וּטְרֵפָה, אוֹ מִבְּהֵמָה וְחַיָּה הַטְּמֵאִים--מִן הָעוֹר, וּמִן הָעֲצָמוֹת, וּמִן הַגִּידִים, וּמִן הַקְּרָנַיִם וְהַטְּלַפַּיִם, וּמִן הַצִּפָּרְנַיִם שֶׁלְּעוֹף מִמְּקוֹמוֹת שֶׁמְּבַצְבֵּץ מִשָּׁם הַדָּם כְּשֶׁיֵּחָתְכוּ, וּמִן הַשִּׁלְיָה שֶׁלָּהֶן--אַף עַל פִּי שְׁהוּא אָסוּר, הֲרֵי זֶה פָּטוּר מִפְּנֵי שְׁאֵין אֵלּוּ רְאוּיִין לַאֲכִילָה

Le Rambo''m déclare ainsi clairement que bien que la consommation de ces choses soit défendue, celui qui les consomme n'encourt aucune sanction. Les propos du Rambo''m ont été interprété de deux manières :
  1. certains Pôsaqim le comprennent comme voulant dire que consommer ces choses n'est interdit qu'au niveau rabbinique mais pas biblique ;
  2. d'autres le comprennent comme voulant dire qu'il n'y a ni interdit biblique, ni interdit rabbinique, à consommer ces choses, mais que par « interdit » il voulait juste dire que c'est l'habitude des gens de s'en abstenir.

Mais qu'on le comprenne d'une manière ou d'une autre, le Rambo''m tranche qu'il n'y a aucune transgression (au moins biblique) dans le fait de consommer ces choses. Puisqu'il parle de la peau et des os d'animaux non Koshér, cela inclut donc également la gélatine, qui ne serait donc pas interdite d'après le Rambo''m, car, à la base, toutes ces choses qu'il cite ne sont pas considérés être des aliments. Toutefois, deux Halokhôth plus loin, le Rambo''m cite la Mishnoh de Houllin qui rapporte une série d'exceptions à cette règle. Une des exceptions est la peau du porc domestique, qui a le même statut que de la viande, et est donc considéré comestible et est, par conséquent, non Koshér (la peau du porc sauvage est trop dure que pour être consommée ; par conséquent, consommer un dérivé de la peau d'un porc sauvage est autorisé). Ainsi, la Halokhoh talmudique autorise parfaitement la gélatine faite à partir de la peau du bœuf ou à partir d'os d'animaux, mais interdit de consommer de la gélatine faite à partir de la peau de porcs domestiques. Or, la quasi totalité de la gélatine porcine est obtenue de porcs domestiques. De ce fait, si de la gélatine est d'origine porcine, il faudra se renseigner si elle a été obtenue à partir des os d'un porc domestique (auquel cas c'est autorisé) ou de la peau d'un porc domestique (auquel cas c'est interdit). Pour votre information, voici la liste complète donnée par la Mishnoh, concernant les peaux qui sont considérées comme de la viande, et sont donc interdites à la consommation :

  • la peau de l'homme
  • la peau du porc domestique
  • la peau d'une bosse de chameau qui n'a jamais porté de charge sur lui ou qui n'est pas suffisamment mature que pour pouvoir porter des charge, qui est encore tendre
  • la peau de la matrice
  • la peau en-dessous de la queue
  • la peau d'un fœtus
  • la peau du hérisson
  • la peau du crocodile
  • la peau du lézard
  • et la peau de la limace.

Ainsi, si la gélatine provient d'une source autre que ces dix sources, elle n'est pas prohibée à la consommation d'après le Talmoudh.

Voici deux arguments supplémentaires ayant été invoqués pour autoriser la gélatine.

  1. La gélatine a changé

Le Hophés Hayyim ז״ל écrit dans son Mishnoh Barouroh que le musc, qui est un sous-produit du sang qui a été trouvé dans la nuque d'un cerf, doit être considéré comme ayant été « changé », puisque le sang a été transformé en une entité totalement nouvelle. De nombreux Pôsaqim suivent cette approche. Faisant appel au même raisonnement, quelques Pôsaqim permettent l'usage de la gélatine puisqu'elle est totalement transformée par rapport à son état originel.

  1. Estomac desséché

Le Ramo''` ז״ל tranche que si la paroi stomacale d'un animal a été salée et asséchée au point qu'elle devient comme un morceau de bois, il est permis de la remplir alors de lait étant donné qu'elle n'a absolument plus le moindre goût de viande. Le même raisonnement est employé concernant la gélatine, qui est complètement asséchée (sans compter qu'à la base, la gélatine n'a pas de goût).

La question qui peut se poser est celle-ci : si un aliment non Koshér devient comme du bois mais que plus tard il redevient consommable, cela change-t-il ou pas son statut ? En d'autres mots, conserve-t-il son précédent statut d'aliment non Koshér ou devient-il Koshér parce qu'il a été asséché comme du bois ? Certains Pôsaqim tranchent qu'une fois qu'il a été asséché il ne retrouve plus son statut non Koshér.

En conclusion : Talmudiquement parlant, la gélatine n'est interdite que si elle provient de la peau de dix sources susmentionnées. Autrement, elle est autorisée. Et voici comment ont tranché les Pôsaqim contemporains : l'opinion du Achiezer et d'autres est d'autoriser la consommation de la gélatine ; l'opinion du Râv Henkin est qu'étant donné que la question n'est pas tranchée, on devrait être strict et se l'interdire par Houmroh ; l'opinion du Rabbinat Israélien est de permettre la consommation de la gélatine, tandis que le Hekhsher Mehadrin en Israël n'autorise pas la gélatine ; les organismes majeurs de Kashrouth aux USA n'autorisent que la gélatine certifiée ; le Râv Moshé Feinstein a tranché que la gélatine était en principe autorisée à la consommation mais a préconisé de ne pas l'autoriser car le grand public serait incapable de comprendre comment un produit à base de porc pourrait être Koshér. C'est pour cela que le Consistoire de France n'autorise pas la gélatine animale. Ainsi, ceux qui interdisent le font principalement par Houmroh et non pas parce qu'il y aurait une interdiction halakhique à en consommer.

À noter que la gélatine obtenue à partir de poisson est autorisée par tous les avis, tout comme celle obtenue à partir d'un animal Koshér.
1Hilkôth Ma`akholôth `asourôth 4:22
2Dans son commentaire sur la Mishnoh de Houllin 9:1, le Rambo''m déclare que le terme גִּידִים inclut aussi les veines, les artères et les nerfs

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