dimanche 20 septembre 2020

Ṣôm Gadhalyoh – Jeûne de Gadhalyoh II

 

בס״ד

 

Ṣôm Gadhalyoh – Jeûne de Gadhalyoh II

 


Cet article peut être téléchargé ici.

 

Ce lundi 21 septembre 2020 nous serons le 3 Ṭishri 5781, date du Ṣôm Gadhalyoh (Jeûne de Gadhalyoh).

 

Ṣôm Gadhalyoh est un jour réservé pour commémorer l'assassinat de Gadhalyoh, le fonctionnaire juif nommé par Babylone chargé d'administrer la population juive restée en Yahoudhoh (Judée) après la destruction du Bayith Ri`shôn et l'exil. Il est observé le troisième jour de Ṭishri par un jeûne du lever au coucher du soleil.

 

Ce jour de jeûne est mentionné à deux reprises dans le Séphar Zakharyoh.[1] Quant à l’histoire rapportant l'origine de ce jeûne, elle se retrouve à deux endroits du ṬoNo’’Kh : 2 Malokhim Chapitre 25 et Yirmayohou Chapitres 40-41.

 

Gadhalyoh ban `aḥiqom était l'un des chefs de sa génération. C'est un fait peu connu qu'il était aussi un prophète. En fait, le Ṭalmoudh[2] explique que Hashshém Lui-même assimile la mort de ce grand Ṣaddiq à la destruction du Béth Hammiqdosh ! Rarement, voire jamais, nous trouvons un tel témoignage sur la stature d'un individu. Hashshém Lui-même témoigna de sa haute stature.

 

Quant au symbolisme de ce meurtre, il signifiait la fin de la monarchie juive et conduisit à la destruction de ce qui restait de la colonie juive en Israël. Tout cela s'est produit peu de temps après la destruction du Béth Hammiqdosh. Cela a renforcé le sentiment de désespoir et, par conséquent, le jour de son meurtre a été déclaré jour de deuil.

 

Les Prophètes ont décrété un jour de jeûne pour commémorer l'assassinat. Et pourtant, ce jeûne semble quelque peu déroutant dans le contexte des autres jeûnes mineurs. Car ils sont tous liés à de profondes catastrophes nationales (réelles ou potentielles) : le 10 Tévéth, le 17 Ṭammouz, et, bien sûr, le 9 `ov sont tous liés à la destruction du centre spirituel national, le Béth Hammiqdosh. En revanche, Ṣôm Gadhalyoh semble relativement petit, ne se rapportant qu'à un minuscule reste du peuple qui avait été autorisé à rester après la destruction du Béth Hammiqdosh et de la ville et, à première vue, sans impact historique comparable. En quoi, donc, l’assassinat de Gadhalyoh nécessitait-il l’instauration d’un jeûne national ?

 

Dans les Hilkôth Ṭa´niyôth 5: 1, le Rambo’’m discute du concept de jeûner les jours de tragédie nationale afin d'éveiller nos cœurs à la Ṭashouvoh. Dans la seconde Halokhoh du Chapitre 5, il commence la liste de ces jeûnes par une référence à Ṣôm Gadhalyoh :

 

Le troisième jour de Ṭishri, car ce jour-là Gadhalyoh ban `aḥiqom fut tué, et le charbon brûlant restant d’Israël fut éteint. Le processus de leur exil fut alors scellé.

יוֹם שְׁלוֹשָׁה בְּתִשְׁרִי--שֶׁבּוֹ נֶהְרַג גְּדַלְיָה בֶּן אֲחִיקָם, וְנִכְבָּת גַּחֶלֶת יִשְׂרָאֵל הַנִּשְׁאֲרָה, וְסִבַּב לְהָתֵם גָּלוּתָן

 

Cela fait écho ce que l'on trouve dans le Ṭalmoudh Yaroushlami[3] et le Ṭalmoudh Bavli :[4]

 

« Le jeûne du septième mois » - C’est le 3 Ṭishri, car en ce jour Gadhalyoh ban `aḥiqom fut tué. Et qui l’a tué ? Yishmo´é`l ban Nathanyoh l’a tué. Cela [le fait qu’un jeûne fut institué] t’apprend que la mort des Ṣaddiqim est mis sur le même plan que la crémation de la Maison de notre `alôhim.

צום השביעי זה ג' בתשרי שבו נהרג גדליה בן אחיקם ומי הרגו ישמעאל בן נתניה הרגו ללמדך ששקולה מיתתן של צדיקים כשריפת בית אלהינו

 

Le Rambo’’m reprend donc le début de ce passage talmudique, mais introduit une idée nouvelle par une expression dramatique non mentionnée ici dans le Ṭalmoudh, qui amplifie l'impact historique de cet événement : וְנִכְבָּת גַּחֶלֶת יִשְׂרָאֵל הַנִּשְׁאֲרָה, וְסִבַּב לְהָתֵם גָּלוּתָן « et le charbon brûlant restant d’Israël fut éteint. Le processus de leur exil fut alors scellé ».

 

Le Maharsha’’` fournit l'explication suivante à ce passage du Mishnéh Ṭôroh : Nous jeûnons ce jour-là pas seulement parce que Gadhalyoh a été tué. Il est vrai que la mort de Gadhalyoh en elle-même était une tragédie, car il était un Ṣaddiq. Cependant, c'est à cause de l'effet de sa mort, à savoir, que tous les juifs ont quitté la Terre d'Israël et sont partis en exil, que nous jeûnons. Nous voyons à quel point la mort d’un Ṣaddiq est une tragédie par le fait que la mention de ce jeûne dans le verset de Zakharyoh est juxtaposée à tous les autres jeûnes qui commémorent la destruction du Béth Hammiqdosh. Le dénominateur commun entre les quatre jeûnes énumérés dans Zakharyoh est le fait que l'étendue de la tragédie de tous est égale, car la mort d’un Ṣaddiq est comparable à la destruction du Béth Hammiqdosh. Bien que cela soit vrai, nous ne jeûnons pas, et nous ne pourrions pratiquement pas, jeûner chaque jour qu’un Ṣaddiq mourait. Mais dans le cas de Gadhalyoh, nous jeûnons pour la conséquence dramatique qui s’en est suivie.

 

Pour de plus amples informations sur la tragédie qui a causé l’assassinat de Gadhalyoh, voir l’article intitulé « Sôm Gadhalyoh – Jeûne de Gadhalyoh ».



[1] 7 :4-5 et 8 :18-19

[2] Rô`sh Hashshonoh 18b

[3] Ṭa´nith 4 :5

[4] Rô`sh Hashshonoh 18b

lundi 14 septembre 2020

Le rituel simple de la Haṭṭorath Nadhorim

 

בס״ד

 

Le rituel simple de la Haṭṭorath Nadhorim

 



Cet article peut être téléchargé ici.

 

L’un des rituels les plus populaires en préparation de Rô`sh Hashshonoh consiste à organiser, la veille, une cérémonie de Haṭṭorath Nadhorim (annulation des promesses). L’origine talmudique de la Haṭṭorath Nadhorim fut déjà mentionnée dans l’article intitulé « La formule du Kol Nidhré ». Ce rituel est l’un des plus mécompris, et la forme qu’il a de nos jours ne correspond pas à celle qu’elle avait dans les temps anciens du judaïsme. Nous allons donc ajouter de la lumière sur le sujet, et voir comment, d’après notre tradition ancienne, le rituel devrait se faire.

 

Premièrement, il convient de signaler que la Haṭṭorath Nadhorim ne fut jamais instituée pour automatiquement annuler le moindre Nédhar (promesse) qui aurait été fait durant l’année. En d’autres mots, contrairement à la croyance populaire qui prévaut de nos jours, il ne suffit pas de simplement réciter le rituel devant trois hommes pour se voir automatiquement annuler ses Nadhorim. En effet, il existe deux moyens pour qu’une annulation d’une promesse puisse être effective. L’un consiste à trouver un פֶּתַח « Pathaḥ », une ouverture, de sorte que si la personne avait connu l’existence d’une telle ouverture (ou faille), elle n’aurait jamais fait cette promesse. Le deuxième consiste à introduire sa demande d’annulation par une חֲרָטָה « arotoh » (regret).

 

Deuxièmement, la formule populairement utilisée par les trois « juges » après la requête de celui qui veut voir ses promesses annulées est problématique, et n’est pas en phase avec la pratique originelle. Voici ce que rapporte le Rambo’’m sur la cérémonie de la Haṭṭorath Nadhorim :[1]

 

Comment délient-ils [des vœux] ? Celui qui a juré viendra chez le Ḥokhom distingué ou chez trois Hidhyôtôth[2] s’il n’y a pas là un expert. Et il dit : « J’avais juré concernant ceci ou cela, et j’ai regretté. Et si j’avais su que je serai perturbé par cette affaire  jusqu’à ce point, ou qu’il me serait arrivé ceci ou cela, je n’aurais pas juré. Et si ma connaissance au moment du serment avait été comme à présent, je n’aurai pas juré ». Alors le Ḥokhom ou le plus grand des trois lui dit : « Regrettes-tu déjà ? », et il dit : « Oui ! » [Alors le Ḥokhom ou le plus grand des trois] reprend et dit : « Il t’est libéré », ou « Il t’est délié », ou « Il t’est absout », ou toute autre phrase ayant la même intention dans n’importe quelle langue.

כֵּיצַד מַתִּירִין:  יָבוֹא הַנִּשְׁבָּע לֶחָכָם הַמֻּבְהָק, אוֹ לִשְׁלוֹשָׁה הִדְיוֹטוֹת אִם אֵין שָׁם מֻמְחֶה; וְאוֹמֵר אֲנִי נִשְׁבַּעְתִּי עַל כָּךְ וְכָּךְ, וְנִחַמְתִּי, וְאִלּוּ הָיִיתִי יוֹדֵעַ שֶׁאֲנִי מִצְטַעֵר בְּדָבָר זֶה עַד כֹּה אוֹ שֶׁיֵּארַע לִי כָּךְ וְכָּךְ, לֹא הָיִיתִי נִשְׁבָּע, וְאִלּוּ הָיְתָה דַּעְתִּי בְּעֵת הַשְּׁבוּעָה כְּמוֹ עַתָּה, לֹא הָיִיתִי נִשְׁבָּע.  וְהֶחָכָם אוֹ גְּדוֹל הַשְּׁלוֹשָׁה אוֹמֵר לוֹ, וּכְבָר נִחַמְתָּ, וְהוּא אוֹמֵר הִין; חוֹזֵר וְאוֹמֵר שָׁרוּי לָךְ, אוֹ מֻתָּר לָךְ, אוֹ מָחוּל לָךְ, וְכֵן כָּל כַּיּוֹצֶא בְּעִנְיָן זֶה בְּכָל לָשׁוֹן.

 

Notez la présence de Hatoroh susmentionnée, mais également le fait que la promesse ou le serment peut être annulé même par un seul Ḥokhom s’il y en a. C’est seulement dans le cas où il n’y a pas de Ḥokhom disponible que l’on doit procéder à l’annulation d’un vœu, d’une promesse ou d’un serment en présence de trois hommes qui ne sont pas des Ḥakhomim. Enfin, notez que le Rambo’’m rapporte clairement que le Ḥokhom ou les trois hommes libèrent la personne en prononçant une seule formule d’absolution, qu’ils ne prononcent qu’une seule fois, et qu’ils peuvent faire dans toute langue que comprend celui qui cherche à être absout. Ils peuvent donc dire : שָׁרוּי לָךְ, אוֹ מֻתָּר לָךְ, אוֹ מָחוּל לָךְ « ‘’Il t’est libéré’’, ‘’Il t’est délié’’ ou ‘’Il t’est absout’’ ». C’est en opposition totale avec la pratique courante de prononcer ces trois formules d’absolution et de les répéter à trois reprises.

 

Le Tour diverge légèrement du Rambo’’m. Là encore, il stipule que l’on ne doit prononcer qu’une seule des trois formules, mais qu’il faudrait la répéter trois fois.[3] Le Shoulḥon ´oroukh rapporte l’approche du Tour, à savoir qu’une seule formule doit être prononcée, mais à trois reprises.[4] Néanmoins, le Sha’’Kh écrit que la triple répétition d’une des trois formule n’est pas strictement requis par la Halokhoh.[5] En d’autres mots, la vraie pratique d’après le Din suit ce que tranche le Rambo’’m, à savoir une seule formule d’absolution prononcée qu’une seule fois.

 

Il n’existe aucune source halakhique ancienne prescrivant la pratique courante d’aujourd’hui, à savoir l’emploie des trois formules répétées à trois reprises. Cela fait donc un total de neuf déclarations ! En outre, toute personne ayant déjà procédé à la Haṭṭorath Nadhorim contemporaine sait que ce ne sont pas seulement les trois formules qui sont répétées à trois reprises, mais l’intégralité du paragraphe d’absolution des vœux qui est répétée trois fois, créant ainsi un rituel particulièrement long et fastidieux si un grand nombre de personnes attendent leur tour pour faire annuler leurs vœux, promesses, serments prononcés durant l’année écoulée !

 

Troisièmement, toutes les sources susmentionnées sous-entendent clairement que la personne cherchant à se faire absoudre pour un vœu, une promesse ou un serment qu’elle aurait prononcé doit stipuler devant le Ḥokhom ou les trois hommes la teneur de la promesse, du vœu ou du serment, et pas seulement réciter une formule, contrairement à la pratique contemporaine. La raison à cela est que le Ḥokhom ou les trois hommes doivent pouvoir évaluer si la personne entre dans les conditions pour se faire délier de sa promesse, son vœu ou serment, et si son cas nécessiterait effectivement une Haṭṭorath Nadhorim. D’ailleurs, le Rambo’’m s’étend longuement sur cela dans son Commentaire sur la Mishnoh,[6] où il rapporte le dialogue qu’il doit y avoir entre la personne et celui ou ceux qui l’absolvent de ses vœux ou serments. Le fait que le rituel d’aujourd’hui soit de la simple récitation sans la moindre explicitation de ce qu’on voudrait voir délié vide complètement le rituel de sa substance et raison d’être.

 

Quatrièmement, comme mentionné plus haut, aussi bien par le Rambo’’m que par le Shoulḥon ´oroukh, la réponse d’absolution du Ḥokhom ou des trois hommes peut se faire dans n’importe quelle langue. Cela sous-entend qu’en réalité, ils doivent s’adresser à la personne dans la langue que celle-ci comprend. Or, là encore, le rituel tel qu’il est accompli de nos jours est totalement insignifiant et vide, car il se fait en hébreu et araméen, deux langues qu’est loin de maîtriser une partie importante du peuple juif.

 

Nous pouvons donc voir que la cérémonie appelée de nos jours « Haṭṭorath Nadhorim » est en décalage complet par rapport à ce qu’elle devrait véritablement être, mais aussi avec la façon dont elle est censée se dérouler.

 

Enfin, il semble que Lahalokhoh, le Ḥokhom ou les trois hommes puissent annuler les vœux de plusieurs personnes, tout comme ils peuvent annuler plusieurs vœux simultanément. De ce fait, le processus tel qu’il se déroule typiquement à la synagogue, où chacun passe l’un après l’autre, et où il faut refaire à chaque fois toute la récitation du début, est peut-être une perte de temps énorme. Si les gens se regroupent, par exemple, par trois, ils sortent assez rapidement. De plus, puisque la cérémonie telle qu’elle a lieu généralement de nos jours n’est rien d’autre que de la simple récitation de texte, une alternative acceptable consisterait à laisser plusieurs personnes faire leurs récitations en même temps, et de laisser le « Béth Din » leur accorder ensuite l'annulation à toutes en une seule fois.



[1] Mishnéh Ṭôroh, Hilkôth Shavou´ôth 6 :4

[2] Un terme qui désigne des personnes ordinaires, qui ne sont pas des Rabbonim, ni des Ṭalmidhé Ḥakhomim, ni des Kôhanim, mais ont un minimum de connaissances halakhiques.

[3] Tour, Yôréh Dé´oh Simon 228

[4] Shoulḥon ´oroukh, Yôréh Dé´oh Simon 228

[5] Sha’’Kh, Yôréh Dé´oh Simon 228

[6] Nadhorim 10 :8

mardi 8 septembre 2020

Prier et étudier chez soi est plus important qu’aller au Béth Hakkanasath II

 

בס״ד

 

Prier et étudier chez soi est plus important qu’aller au Béth Hakkanasath II

 


Cet article peut être téléchargé ici.

 

A la suite de l’article intitulé « Prier et étudier chez soi est plus important qu’aller au Béth Hakkanasath », j’ai reçu le message suivant :

 

Je suis interloqué sur le dernier article. Car le cas que vous cité, du Rav qui priait chez lui, est sans doute un cas isolé et très rare (et il s’agissait d’un Ṭalmid Ḥakham, et non d’un juif très commun comme nous). Et surtout, dans ces mêmes passages talmudiques plusieurs fois on fait l’éloge de prier à la synagogue en miniane ; on nous répète que prier en miniane est très important et que Hachem écoute plus facilement nos prières.

 

Résh Lakish dit également : « Qui est un mauvais voisin ? C’est celui qui ne va pas la synagogue qui est près de chez lui ».

 

Bref, votre article pose question...

 

Pour commencer, il n’est pas exact qu’il s’agit d’une position isolée, puisque comme cela a été rapporté dans l’article susmentionné, telle était la pratique de Dowidh Hammalakh, de ´oulo`, de `abbayé, et considérée comme étant la Halokhoh aussi bien par le Rambo’’m que Ribbénou Yônoh (qui divergent juste quant à savoir si `abbayé priait seul ou rassemblait chez lui un Minyon plutôt que d’aller à la synagogue). Et la compréhension du Rambo’’m est celle acceptée par la majorité des Pôsaqim. En outre, le Ṭalmoudh rapporte, en réalité, de nombreux autres cas d’individus qui ne priaient quasiment exclusivement que chez eux, comme le cas de certains de nos Ḥakhomim qui faisaient le Shama´ et la ´amidhoh près de leurs lits dès les premières lueurs du jour (ce qui est, en réalité la Miṣwoh Min Hammouvḥor – la meilleure façon d’accomplir la Miṣwoh). J’aime à dire que les pratiques les plus populaires ne reflètent pas toujours la véritable position de la Halokhoh.

 

Donc, qu’en est-il de ces passages talmudiques insistant sur l’importance du Minyon au Béth Hakkanasath ? Ces passages existent bel et bien. Voyons-les en entier pour en saisir le sens :[1]

 

Ribbi Nothon dit : Comment savons-nous que le Saint, béni soit-Il, ne méprise pas la Ṭaphilloh des foules ? Car il est dit :[2] הֶן-אֵל כַּבִּיר, וְלֹא יִמְאָס « Voici, `él ne méprisera pas le puissant ». Et il est écrit :[3] פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי, מִקְּרָב-לִי « Il a racheté mon âme en paix de sorte que personne ne m’approche ». Le Saint, béni soit-Il, dit : « Si quelqu’un s’implique dans l’étude de la Ṭôroh et des Gamilouth Ḥasodhim, et prie avec le Ṣibbour, Je le lui compterai comme s’il M’avait racheté ainsi que Mes enfants du milieu des nations du monde ».

 

Résh Laqish a dit : Quiconque a un Béth Hakkanasath dans sa ville et ne s’y rend pas pour prier, est appelé un mauvais voisin. Car il est dit :[4] כֹּה אָמַר יְהוָה, עַל-כָּל-שְׁכֵנַי הָרָעִים, הַנֹּגְעִים בַּנַּחֲלָה, אֲשֶׁר-הִנְחַלְתִּי אֶת-עַמִּי אֶת-יִשְׂרָאֵל « Ainsi a dit `adhônoy : Concernant tous Mes mauvais voisins qui touchent l’héritage dont J’ai fait hériter Mon peuple, Yisro`él ». En outre, il cause l’exil sur lui-même et ses enfants. Car il est dit :[5] הִנְנִי נֹתְשָׁם מֵעַל אַדְמָתָם, וְאֶת-בֵּית יְהוּדָה אֶתּוֹשׁ מִתּוֹכָם « Moi-même Me voici qui les arrache de sur leur sol, et J’arracherai du milieu d’eux la Maison de Yahoudhoh ».

 

Lorsqu’ils dirent à Ribbi Yôḥonon qu’il y avait des hommes vieux en Babylonie, il en fut surpris et dit : « Pourquoi ? N’est-il pas écrit : לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם, וִימֵי בְנֵיכֶם, עַל הָאֲדָמָה ‘’afin que vos jours soient multipliés, ainsi que les jours de vos enfants, sur le sol [de `araṣ Yisro`él]’’ mais pas en-dehors du Pays ? » Lorsqu’ils lui dirent qu’ils venaient tôt au Béth Hakkanasath et le quittaient tard, il dit : « C’est [donc] ce qui les aide ! » C’est comme ce que Ribbi Yahôshoua´ ban Léwi dit à ses fils : « Venez tôt au Béth Hakkanasath et quittez-le tard afin que vous puissiez vivre longtemps ». Ribbi `oḥo ban Ribbi Ḥanino` dit : « Quel [passage de l’]Ecriture [peut être cité en soutien à ceci] ? אַשְׁרֵי אָדָם, שֹׁמֵעַ-לִי:    לִשְׁקֹד עַל-דַּלְתֹתַי, יוֹם יוֹם--לִשְׁמֹר, מְזוּזֹת פְּתָחָי’Les félicités de l’humain qui M’écoute, veillant sur Mes portes jour après jour, gardant les poteaux de Mes entrées’’.[6] Et après cela il est dit :[7] כִּי מֹצְאִי, מָצָא חַיִּים ‘’Car celui qui Me trouve a trouvé la vie’’. »

 

D’un côté, l’enseignement de Ribbi Nothon semble taillé sur mesure pour la pratique de `abbayé, mettant en avant l’importance du Limoudh Ṭôroh et des Gamilouth Ḥasodhim, et de l’autre côté, il y a le mépris de Résh Laqish envers ceux qui ne prient pas au Béth Hakkanasath, couplé à la menace de l’exil pour ces personnes et leurs descendants. Nous pouvons voir les deux perspectives dans ce passage. Mais il ne fait aucun doute que le mépris et la menace susmentionnés ont suffit pour taire la tradition de ´oulo` dans l’esprit de bon nombre de personnes aujourd’hui.

 

Pourtant, la vérité est que cette approche de Résh Laqish n’était pas majoritaire. Dans son ensemble, les enseignements du Ṭalmoudh soulignant l’importance du Limoudh Ṭôroh dépassent en nombre, et de très loin, ses enseignements sur les prières synagogales, contrairement à ce qu’affirme le questionneur. La plupart des Juifs dans l’ère talmudique priaient chez eux, dans les montagnes, ou à l’endroit où ils se trouvaient quand venait l’heure de prier (cela pouvait être dans la rue, sur une plage, etc. Il existe de nombreux récits de grands sages qui priaient sur la route). Les rassemblements synagogaux se faisaient essentiellement les lundis, jeudis et Shabboth, non pas en raison des prières (qui elles pouvaient se faire n’importe où), mais parce que ces jours-là la Ṭôroh était lue en public. Il s’agissait donc d’occasions d’étudier la Ṭôroh et pour les Rabbonim de faire des sermons. L’étude de la Ṭôroh en communauté était considérée comme le cœur de la vie synagogale, et on s’y rassemblait ces jours trois jours-là pour que (pour reprendre l’expression talmudique) « trois jours ne puissent pas passer sans Ṭôroh ». D’ailleurs, le fait que l’étude de la Ṭôroh est censée être l’activité principale de la synagogue se démontre encore aujourd’hui par l’appellation yiddish d’une synagogue : « Shoul », qui signifie littéralement « école », indiquant par-là que sa fonction première n’est pas la prière mais l’apprentissage et enseignement de la Ṭôroh. Ainsi, ceux qui avaient la capacité d’étudier chez eux le faisaient, et en profitaient pour prier également là où ils étudiaient. De même, ceux qui n’avaient pas la capacité d’étudier chez eux, se rendaient au Béth Hakkanasath trois fois par semaine (lundi, jeudi et Shabboth), et en profitaient pour y prier puisque c’était là qu’ils étudiaient. Tout cela montre en réalité davantage l’importance de l’étude de la Ṭôroh plutôt que la Ṭaphilloh au Béth Hakkanasath. C’est pourquoi, du point de vue halakhique, un Béth Midhrosh est plus sacré qu’un Béth Hakkanasath, car le Béth Midhrosh est un lieu réservé exclusivement à l’étude de la Ṭôroh, alors qu’au Béth Hakkanasath diverses activités peuvent s’y dérouler. Là encore, l’importance supérieure de l’étude de la Ṭôroh est mise en avant. D’où le fameux dicton mishnique :[8] וְתַלְמוּד תּוֹרָה כְּנֶגֶד כֻּלָּם « Mais l’étude de la Ṭôroh les vaut toutes ».

 

En outre, même dans les rares cas où le Ṭalmoudh présente une tradition semblant promouvoir une obligation de rassemblement au Béth Hakkanasath, elle est quasiment systématiquement contrebalancée par des enseignements remettant en avant l’importance du Limoudh Ṭôroh, comme dans ce passage de Barokhôth 6a :

 

Il a été enseigné : `abbo` Binyomin dit : « La Ṭaphilloh d’un humain n’est entendue qu’au Béth Hakkanasath. Car il est dit :[9] לִשְׁמֹעַ אֶל-הָרִנָּה וְאֶל-הַתְּפִלָּה ‘’pour entendre le chant et la prière’’ – La Ṭaphilloh doit être faite là où il y a un chant ! » Ravin bar Rov `addo` a dit au nom de Rov Yiṣḥoq : « Comment savons-nous que Haqqodhôsh Boroukh Hou` Se trouve au Béth Hakkanasath ? Car il est dit :[10] אֱלֹהִים, נִצָּב בַּעֲדַת-אֵל ‘’`alôhim Se tient dans l’assemblée de `él’’. Et comment savons-nous que si dix prient ensemble la Shakhinoh est avec eux ? Car il est dit : אֱלֹהִים, נִצָּב בַּעֲדַת-אֵל ‘’`alôhim Se tient dans l’assemblée de `él’’. Et comment savons-nous que si trois sont assis en Béth Din la Shakhinoh est avec eux ? Car il est dit :[11] בְּקֶרֶב אֱלֹהִים יִשְׁפֹּט ‘’au milieu des juges Il jugera’’. Et comment savons-nous que si deux s’asseyent et étudient ensemble la Ṭôroh la Shakhinoh est avec eux ? Car il est dit :[12] אָז נִדְבְּרוּ יִרְאֵי יְהוָה, אִישׁ אֶל-רֵעֵהוּ; וַיַּקְשֵׁב יְהוָה, וַיִּשְׁמָע, וַיִּכָּתֵב סֵפֶר זִכָּרוֹן לְפָנָיו לְיִרְאֵי יְהוָה, וּלְחֹשְׁבֵי שְׁמוֹ ‘’Alors ceux qui craignent `adhônoy se parlèrent, un homme à son ami ; et `adhônoy prêta attention et entendit, et un Livre du Souvenir fut rédigé devant Lui pour ceux qui craignent `adhônoy et  pour ceux qui pensent à Son nom’’… Et comment savons-nous que même si un seul humain s’assoit et étudie la Ṭôroh la Shakhinoh est avec lui ? Car il est dit :[13] בְּכָל-הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת-שְׁמִי, אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ ‘’En tout lieu où Je ferai mentionner Mon nom Je viendrai vers toi et Je te bénirai’’… »

 

Notez que bien que la déclaration de `abbo` Binyomin limite l’efficacité de la Ṭaphilloh uniquement à l’enceinte d’un Béth Hakkanasath, tout le reste du passage remet clairement en question l’exclusivité supposée du Béth Hakkanasath par `abbo` Binyomin, et du lieu du Béth Hakkanasath comme étant la localisation de la Shakhinoh. Cela montre encore plus que ce n’était pas la position majoritaire acceptée de tous ; bien au contraire, la position majoritaire a toujours été que la Shakhinoh est présente partout, pas seulement au Béth Hakkanasath, mais au sein au milieu de dix hommes qui se rassemblent (n’importe où, même à la maison) pour prier. Non seulement cela, mais elle est également présente au milieu de trois hommes qui décident de former un Béth Din pour juger un cas, et même au milieu de deux hommes qui étudient ensemble, ou même lorsque quelqu’un étudie seul ! Cela démontre de manière subtile la supériorité de l’étude de la Ṭôroh sur les rassemblements de prière ; alors que la Shakhinoh n’est présente au milieu de personnes qui prient que si elles sont au moins dix, quand il s’agit de l’étude de la Ṭôroh même quand quelqu’un étudie seul ou avec un partenaire la Shakhinoh est là !

 

Nous pourrions citer de nombreux autres passages talmudiques développant exactement les mêmes idées, comme par exemple Bavo` Bathro` 25a, Sôtoh 49a, Ṭomidh 32b (ces deux derniers passages sont des réponses directes contrant l’enseignement de `abbo` Binyomin). En fait, dans l’écrasante majorité des cas les enseignements rabbiniques sur la présence ou absence de la Shakhinoh sont étroitement liés à l’accomplissement (ou transgressions) de Miṣwôth autres que la Ṭaphilloh.

 

Au vue de l’énorme importance et supériorité de l’étude de la Ṭôroh, il n’est pas surprenant que la littérature halakhique mette généralement en avant cet aspect-là de la vie religieuse, et dépeignent constamment les Ḥakhomim dans leur rôle social d’enseignants plutôt qu’en rapportant leurs expériences de prière devant Hashshém.

 

Les quelques passages donnant l’impression d’une supériorité des rassemblements au Béth Hakkanasath sont des approches personnelles qui ne constituaient en réalité pas l’attitude majoritaire, et qui furent toujours nuancés dans le Ṭalmoudh lui-même. Aujourd’hui on nous fait croire l’inverse en insistant sur ces passages (qu’on cite rarement intégralement et qu’on sort de leurs contextes), ce qui crée un sentiment psychologique qu’il faut absolument se rendre au Béth Hakkanasath, etc. Cela étant dit, si le Béth Hakkanasath est également le lieu d’étude principal de quelqu’un, il va de soi qu’il gagne énormément à s’y rendre. Mais si c’est juste le lieu pour tenir un Minyon puis rentrer chez soi, il n’y a rien de spécial, car un Minyon peut être tenu n’importe où, même chez soi comme le faisait `abbayé d’après le Rambo’’m, et il est possible de prier même seul n’importe où (dans sa cour, son balcon, sa maison, dans la rue, etc.). Ce n’est donc pas le fait de se rendre au Béth Hakkanasath qui soit le plus important, mais ce qu’on y fait ! Puisque l’étude de la Ṭôroh surpasse toute autre chose, les Juifs d’antan étaient accoutumés à prier là où ils avaient étudié, que ce soit chez eux à la maison, ou au Béth Midhrosh, ou au Béth Hakkanasath. D’ailleurs, le Ṭalmoudh exhorte les gens qui se rendaient au Béth Hakkanasath pour prier ´arbith à d’abord étudier au Béth Hakkanasath, ne serait-ce que quelques versets, et seulement après se lever pour faire la Ṭaphilloh. De même, la seule raison pour laquelle le Shama´ précède la ´amidhoh le matin et le soir, ou qu’avant la ´amidhoh de l’après-midi on récite d’abord le ahillim 145 et d’autres passages, c’est afin de se lever pour prier après avoir étudié quelques paroles de Ṭôroh. Tout cela illustre encore davantage l’adage selon lequel : on ne prie qu’à l’endroit où on a étudié !



[1] Barokhôth 8a

[2] `iyôv 36 :5

[3] ahillim 55 :19

[4] Yirmayohou 12 :14

[5] Ibid.

[6] Mishlé 8 :34

[7] Ibid., 35

[8] Pé`oh 1 :1

[9] 1 Malokhim 8 :28

[10] ahillim 82 :1

[11] Ibid.

[12] Mal`okhi 3 :16

[13] Shamôth 20 :20

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...