lundi 4 janvier 2016

Les principes fondamentaux de l'approche des Talmidhé HaRamba''m

ב״ה

Les principes fondamentaux de l'approche des Talmidhé HaRamba''m


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  • Principe #1 : L'essence de l'alliance éternelle d'Israël est d'aspirer à observer l'intégralité de la Tôroh, en accord avec la Tradition Orale, en tant que loi constitutionnelle reçue de Dieu

La Tôroh est une loi constitutionnelle reçue de Dieu dont les 613 Miswôth sont les termes de l'alliance éternelle entre HaShem et le peuple d'Israël. De ce fait, elles ne peuvent jamais être modifiées, que ce soit par une soustraction ou une addition de Miswôth.1 En outre, elles constituent un système complète, de sorte que même les domaines de l'étique, la spiritualité, et les principes de base de la foi sont inclus en leur sein.

Toutes les 613 Miswôth furent données par l'intermédiaire de Môshah Rabbénou ע״ה sous deux formes (Écrite et Orale). Il est impossible de correctement accomplir la forme écrite de la Tôroh sans la forme orale.2 Étant donné que la Tôroh Orale (qui est l'explication pratique des 613 Miswôth de la Tôroh Écrite) est un fondement indispensable de l'alliance, celui qui mécroit en elle mécroit en l'entièreté de la Tôroh.3

Se tenir à l'ensemble de la Tôroh, et aspirer à obéir à l'intégralité de la Halokhoh avec l'esprit approprié (et rien de plus), est l'essence de cette alliance qui nous lie à HaShem ית׳.4 Ne pas garder la Tôroh, ou agir comme si l'un de ses composants n'était plus contraignant, équivaut à violer l'alliance.5

Enfin, aucun degré de charisme personnel, d'importance, de piété religieuse ou de charité, ne peut compenser un tel déni de la Tôroh (Écrite et/ou Orale).

  • Principe #2 : Le Sanhédhrin & le Talmoudh sont le fondement-même de la Tôroh Orale et son autorité finale

Sur ordre d'HaShem, Môshah Rabbénou institua une Cour Suprême de 70 Anciens en plus de lui-même, ce qui donna naissance au tout premier Sanhédhrin, le fondement-même de la Tôroh Orale : ses gardiens et l'autorité absolue pour toutes les générations futures.6

Tout comme le Sanhédhrin a l'autorité exclusive d’interpréter la Tôroh, c'est également la seule entité dotée de l'autorité de légiférer des décrets et d'instituer des coutumes qui sont contraignants sur l'ensemble du peuple d'Israël et des Noahides.7

Seule la forme de la Tôroh Orale qui fut fidèlement transmise à travers ces tribunaux jusqu'au dernier Sanhédhrin qui a siégé à Tibèriade est valable et obligatoire. La littérature talmudique (composée des écrits légaux des Tanno`im et des `ammôro`im) est le récipient final des traditions légales du dernier Sanhédhrin, qui fut démantelé en 429 de l'ère courante par l'empereur Romain Théodose II. Bien qu'il y ait des traditions toraniques et des explications orales qui se sont perdues avec le temps, la Tôroh Orale de Môshah est en notre possession et est restée intacte dans son écrasante majorité.

Comment la littérature talmudique peut-elle jouir d'une telle autorité, alors que son produit final et faisant le plus autorité, à savoir, le Talmoudh Bavli, fut codifié par un Béth Din post-Sanhédrique situé en-dehors de la Palestine, plus d'un siècle après que le dernier Sanhédhrin fut démantelé ?

Le seul Béth Din post-Sanhédrique dont l'autorité législative était universellement reconnue fut l'unique Béth Din de Rov `ashi ז״ל et Ravino` ז״ל à Babylone. Après que le Sanhédhrin de Tibèriade fut aboli, des divergences naquirent concernant d'anciennes traditions légales préservées à Babylone, les Baraytôth, qui semblaient contredira la Mishnoh, ainsi que des décisions mishnaïques dont le sens était devenu obscur. La Halokhoh reçut donc une re-codification par le Béth Din de Rov `ashi, à savoir, le Talmoudh Bavli. Bien qu'il inclut de nouveaux décrets et coutumes qui ne furent pas institués par un Sanhédhrin, il est néanmoins considéré comme la source écrite finale et faisant le plus autorité, à partir de laquelle la Halokhoh est déterminée.

Néanmoins, comme cela fut très bien compris par les plus grands Pôsqim post-talmudiques, même les Sages de Babylone n'avaient pas le pouvoir de contredire les traditions légales et contraignantes établies en Palestine. De ce fait, leurs nouveaux décrets ne sont pas aussi contraignants que ceux du Sanhédhrin, et ils n'avaient pour unique but que de servir de sauvegarde à la Halokhoh. Leur autorité est uniquement basée sur leur capacité unique à déterminer et officiellement codifier ce qu'était la loi originelle, et le fait que leurs décisions furent acceptées par la majorité du peuple d'Israël, ce qu'aucun autre Béth Din ne pouvait se prévaloir.

  • Principe #3 : Les nouvelles lois & coutumes rabbiniques qui se sont développées en l'absence d'un Sanhédhrin ne sont pas contraignantes

Plus de 1500 ans sont passés sans la moindre autorité légale, contraignante et universellement reconnue sur le peuple d'Israël. Les temps changeant, il aurait pu être tentant de reconsidérer la raison des lois, et réinterpréter les sources écrites d'une manière contraire à la Halokhoh telle qu'elle fut instituée. De nouveaux décrets rabbiniques auraient pu semblé nécessaires sur base des problèmes des temps. Cependant, étant donné que la législation post-talmudique s'est faite sans l'autorité requise, elle n'a pas le statut de Halokhoh. En l'absence d'un Sanhédhrin, les nouvelles décisions et coutumes rabbiniques n'obligent pas l'ensemble du peuple d'Israël (excepté dans des domaines spécifiques et très limités où la Halokhoh elle-même dit explicitement qu'il faut suivre la coutume locale).8 Peu importe les raisons invoquées pour justifier cette loi, cela ne peut interférer avec la pratique de la Halokhoh telle que codifiée par nos Sages de mémoire bénie.

Au fur et à mesure des siècles, il est naturel que certaines coutumes se soient développées et répandues parmi les masses des Juifs religieux, même lorqu'elles contredisent la Halokhoh. Puisque les décisions rabbiniques modernes ne peuvent entrer en conflit avec la loi talmudique, une coutume populaire n'a pas l'autorité de contredire la Halokhoh9, même si elle est en accord avec l'opinion majoritaire des dirigeants religieux de cette époque. (La règle selon laquelle nous devons suivre l'opinion de la majorité dans les questions relatives à la Tôroh ne s'applique que dans le contexte du Sanhédhrin.)

Il y a une opinion très répandue selon laquelle ce qui vient d'être dit ne s'appliquerait qu'aux coutumes populaires qui sont plus indulgentes que la Halokhoh, tandis que celles qui sont plus strictes ou ajoute à la Halokhoh authentique seraient obligatoires. Nous rejetons cette position, car il a été interdit par la Tôroh d'ajouter quoique ce soit à ce qui nous a été donné. Et concernant les coutumes plus indulgentes que la Halokhoh elle-même, il n'y a même pas de doute sur le fait qu'elles doivent être rejetées.10

En résumé,n sans un Sanhédhrin, la loi talmudique est scellée. Ce que les Sages talmudiques ont décrété et rapporté dans la littérature talmudique est légalement contraignant, même si la raison du décret n'existe plus.11 De même, s'ils n'ont rapporté aucune décision sur un cas particulier, c'est qu'aucune décision n'existe ; il n'y a pas de Halokhoh dans un tel cas. (Chacun agira alors selon ce qui lui semble le plus judicieux et conforme à l'esprit de la loi.)

  • Principe #4 : La Halokhoh & la `aggodhoh

Tout comme la Tôroh Écrite contient à la fois des Miswôth et des histoires, la littérature talmudique contient à la fois de la Halokhoh et de la `aggodhoh (que l'on appelle également « Midhrosh »). Certaines écoles insistent sur la compréhension littérale et absolue de tous les récits bibliques et `aggodhôth talmudiques, et une interprétation figurée de la Halokhoh pratique. Mais nous, nous aspirons à les comprendre suivant l'esprit dans lequel ils furent originellement écrits : la Halokhoh suivant son sens simple et littéral, et les `aggodhôth suivant leur sens figuré, de façon à ce qu'elles ne contredisent ni la Halokhoh ni la raison.

En fait, d'après la tradition séfarade authentique et originelle (c'est-à-dire avant que la « Qabboloh » ne soit acceptée dans les milieux séfarades), on ne doit croire que dans les Midhroshim qui sont rationnels et ont du sens.12 Bien que le Mishnéh Tôroh ne rapporte que quelques traditions mishnaïques comme étant des faits historiques, le Ramba''m ז״ל nous exhorte à garder nos distances d'avec les Midhroshim qui concernent la Fin des Jours et l'ère messianique.13 Cet avertissement fut également énoncé par le Ramba''n ז״ל, lors de sa fameuse disputation de Barcelone, lorsqu'il a rappelé que les Juifs n'avaient aucune obligation de croire dans les Midhroshim, plus particulièrement s'agissant de ceux relatifs à la Fin des Jours et l'ère messianique.

De même, concernant les récits bibliques dont la compréhension littérale semble contredire la raison et la science, tout en croyant à 100% dans le texte, nous devons soit tenter de l'expliquer conformément à la raison et à la science, soit admettre que la vérité est un mystère qui dépasse notre compréhension. Mais en aucun cas le texte de la Tôroh est fautif !

  • Principe #5 : Quand être strict et quand être indulgent

Chaque fois qu'il y a un doute concernant une question de Halokhoh (par exemple, lorsque le texte n'est pas clair ou qu'il existe des opinions divergentes entre deux sources fiables), on doit toujours être strict lorsqu'il s'agit d'une Miswoh biblique, et indulgent lorsqu'il s'agit d'une loi rabbinique.14

  • Principe #6 : La raison réelle des souffrances juives à travers les siècles, et l'échec des dirigeants religieux

Les terribles souffrances qu'a subi le peuple d'Israël à travers les siècles sont le résultat direct de notre réticence à observer la Halokhoh correctement et avec l'attitude appropriée en tant que nation.15 Les Gôyim ne sont pas à blâmer pour nos souffrances terribles.

Tout le poids de nos souffrances retombe sur les épaules des dirigeants religieux. Plutôt que d'usurper l'autorité d'innover de nouvelles coutumes ou réinterpréter la Halokhoh, les rabbins post-talmudiques ont la responsabilité de servir de modèles du comportement halakhique désirable, d'enseigner et montrer comment la Halokhoh authentique s'applique à leur génération, et faire appliquer la Tôroh au maximum de leur capacité, en réprimandant, si nécessaire, les gens lorsqu'ils s'égarent. Ils ont également la responsabilité de guider les Israélites vers l'accomplissement de l'entièreté de l'alliance.

L'échec des autorités religieuses à guider correctement le peuple est principalement enraciné dans trois problèmes :

  1. Un échec à éduquer les masses ignorantes de Juifs dans la Halokhoh pratique. Au lieu de cela, ils placent un accent exagéré sur la spiritualité, qui est largement perçue alors comme étant distincte de la loi juive, et l'étude de la mystique. Une telle insistance sur la théologie plutôt que l'action concrète et pratique est l'opposée de l'approche authentique de la Tôroh. En outre, voir la Tôroh Orale à travers le prisme de concepts spirituels définis d'une manière pathétique et une interprétation simpliste des enseignements mystiques mène à la distorsion et transgression répandue de points centraux de la Halokhoh.
  2. Dans le système classique des Yashivôth, en particulier dans les milieux ultra-Orthodoxes, l'analyse critique et pratique de la lettre de la loi à partir des sources fondamentales de la Tôroh Orale est découragée, voire quasiment interdite. Bien au contraire, la majorité des autorités rabbiniques actuelles sont entraînées à étudier le Talmoudh à des fins purement intellectuelles et académiques, déconnectées de la vraie Halokhoh telle qu'elle doit être appliquée, puisqu'elles soutiennent que la pratique est déterminée par l'opinion majoritaire des rabbins vivants, et ceux décédés récemment. Le résultat est une rigidité chaque fois plus forte dans la pratique religieuse, et l'invention de coutumes et pratiques qui contredisent fréquemment les décisions des anciens titulaires de la Tôroh Orale.
  3. Une approche étroite de la Halokhoh qui n'aborde pas l'ensemble de la Tôroh. Or, comme cela a été dit plus haut, agir comme si la moindre partie de la Tôroh ne s'appliquerait plus ou ne serait plus contraignante équivaut à violer l’alliance.

  • Principe #7 : La meilleure façon et la plus pratique d'étudier et appliquer l'entièreté de la Halokhoh : la Bible et le Mishnéh Tôroh

La meilleure façon d'étudier, de pratiquer et enseigner la Halokhoh à notre époque consiste à étudier le Mishnéh Tôroh avec le TaNa''Kh, sous la guidance et la discipline d'un enseignant compétent.16 C'est le seul ouvrage de loi juive qui traite de l'intégralité de la Tôroh, et écrit d'une façon claire, concise et pratique pour chaque génération. Il fut rédigé afin que la Halokhoh soit accessible à tous les Israélites, et pas seulement l'élite, de sorte que même les gens simples, les femmes et les enfants puissent savoir pratiquer leur foi de la manière la plus authentique possible. En outre, c'est le seul condensé compréhensible de l'entièreté de la littérature talmudique.

Théoriquement, l'entièreté de la Halokhoh peut être apprise complètement, pratiquée avec succès et enseignée directement à partir des sources écrites : la Bible et la somme totale de la littérature talmudique (Mishnoh, Tôsafto`, Makhilto`, Sifro`, Sifré, Talmoudh Yarousholmi et Talmoudh Bavli). Mais au niveau pratique, c'est très compliqué. De nombreuses années d'étude intensive sont requises pour maîtriser cette vaste littérature. L'ouvrage faisant le plus autorité, le Bavli, est rédigé dans un dialecte araméen très difficile mélangé à d'autres langues.17 En outre, plusieurs des textes de la littérature talmudique accessibles à notre époque sont des versions censurées et pas totalement exacts. Nous n'avons plus également la tradition requise pour identifier les conclusions non contraignantes ajoutées dans le Talmoudh-même par des rabbins post-talmudiques. Nous n'avons guère la capacité de faire la distinction avec précision entre les traditions légales authentiques reçues par les Ga`ônim qui ne furent pas inclues dans le Talmoudh et leurs conclusions non contraignantes. Le Ramba''m, l'un des plus grands maîtres du Talmoudh à avoir existé, et qui , avec d'autres, avaient accès aux manuscrits originaux, fut un un chercheur critique, qui parvint à réaliser tout cela.

Nous ne devons pas nous bercer d'illusions en prétendant que le Mishnéh Tôroh est infaillible. Il contient effectivement une très petite quantité de décisions légales qui peuvent difficilement être connectées au Talmoudh ou qui en dévient légèrement (mais chaque fois que cela est le cas, le Ramba''m a l'honnêteté intellectuelle de le dire ou le faire comprendre). En outre, au vue de l'avancée de la science et de la médecine ces 800 dernières années, nous ne pouvons cacher le fait que les Hilkôth Yasôdhé Hattôroh et les Hilkôth Dé´ôth contiennent quelques croyances et concepts erronés (mais qui n'ont aucune incidence halakhique, puisque dans les Hilkôth Yasôdhé Hattôroh, lorsqu'il traite de la science le Ramba''m admet clairement qu'il s'est appuyé sur les connaissances de son époque et les recherches des Grecs, et non pas le Talmoudh. De même, dans les Hilkôth Dé´ôth, lorsqu'il parle de médecine et de santé, il s'appuyait là encore, non pas sur la Halokhoh, mais les connaissances de son temps et certains conseils personnels. De ce fait, les erreurs contenues dans ces deux parties du Mishnéh Tôroh ne sont d'aucune conséquence halakhique). Enfin, il existe pour certaines lois des interprétations alternatives avancées par d'autres Ri`shônim, qui sont tout à fait valables, quoique différentes de l'approche du Ramba''m.

Tout cela étant dit, rien de cela ne contredit le fait que le Mishnéh Tôroh préserve, dans son écrasante majorité, la compréhension authentique la plus fiable de la littérature talmudique.

C'est pourquoi, plus qu'aucun autre ouvrage, le Mishnéh Tôroh du Ramba''m est la base commune entre toutes les différentes branches du Judaïsme moderne, qui est profondément divisé ; Safaradhim, `ashkanazim, Hasidhim, Litvaqim, Modern Orthodox et Religieux Nationalistes. On peut affirmer que ceux qui marchent dans les droits sentiers du Mishnéh Tôroh sont les plus grands pionniers de l'unité juive et la rédemption finale, car ce sont eux qui construisent la seule base halakhique commune et vraie que tous les Juifs religieux peuvent reconnaître.

Le Mishnéh Tôroh est également le code halakhique le plus compréhensible et facile à maîtriser dans son intégralité, ayant été rédigé dans un Hébreu clair et simple qui ne demande pas beaucoup de temps à apprendre. Normalement, les gens en bonne santé et sérieux, sous la tutelle et la guidance d'un Talmidh Hokhom, ont la capacité de maîtriser l'entièreté de la Halokhoh, en utilisant uniquement la Bible et le Mishnéh Tôroh, sans aucune autre source, même sans avoir été à la Yashivoh. Là encore, c'est le but-même pour lequel ce livre fut composé.

  • Principe #8 : Comment correctement s'adonner à l'étude de la Tôroh en tant que Juifs ou Noahides

Étudier la Tôroh ne doit être fait qu'avec l'intention de mettre en pratique ce que l'on apprend. Il n'existe pas de commandement d'étudier la Tôroh juste pour s'acquitter de son devoir d'étudier ou en guise d'exercice intellectuel.18 Si ce n'est pas pour la mise en pratique et le raffinement de nos personnes, cela n'a pas d'intérêt.19 De même, les opinions des pseudos « Gadhôlé Yisro`él », qui ne s'appuient sur la littérature talmudique et le Mishnéh Tôroh qu'à un niveau purement théorique, ne peuvent être comparées à celles des Talmidhé Hakhomim qui vivent littéralement par l'autorité de ce qui est écrit dans ces sources. Ces derniers sont de loin plus fiables que les premiers, quand bien même ils feraient partie de la minorité.

Bien que cette approche soit moins fréquente aujourd'hui, cette étude et mise en pratique pure de la Halokhoh directement à partir des sources d'origine, sans passer par les rabbins, n'est pas une invention ou théorie moderne. Ça a été la tradition authentique des Juifs yéménites depuis des siècles, telle qu'elle a été transmise à l'ancien Grand Rabbin du Yémen, Horov Yahya` Qappa`h ז״ל, et son petit-fils, Horov Yôséf Qappa`h ז״ל, d'éminents Talmidhé Hakhomim en leurs générations respectives. Les porteurs de torche qui poursuivent cette tradition n'incluent pas seulement les fidèles disciples du Rov Qappa`h depuis de nombreuses années, mais également des disciples indépendants et sérieux du Ramba''m et du Talmoudh, aussi bien Yéménites (Dôr Da´im) que non Yéménites (Talmidhé HaRamba''m). Nous pouvons également inclure ceux qui ont rejeté depuis ses origines la Qabboloh et continuent à faire vivre la vieille école de la tradition andalouse (les Juifs de rite Hispano-Portugais). La même approche générale vis-à-vis de l'étude de la Tôroh se poursuit également en-dehors du cercle des discipels du Ramba''m, notamment parmi les disciples sérieux du Go`ôn de Wilno`, que l'on appelle les Litta`im (à ne pas confondre avec « Litvaqim »).

Quant aux Gôyim, il leur est rabbiniquement interdit d'étudier en profondeur l'entièreté de la Tôroh comme un Juif. Bien qu'ils puissent avoir une familiarité générale avec toute la Tôroh, ils ne peuvent pas creuser en profondeur les sujets qui sortent du cadre des Lois Noahides et responsabilités des Nations.20

Néanmoins, cela laisse toutefois la Tôroh Écrite (la Bible) librement accessible aux Gôyim, ainsi qu'une grande partie du Mishnéh Tôroh, puisque de nombreuses Halokhôth sont inclues dans le domaine des Lois Noahides. En outre, comme le déclare le Ramba''m, une fois qu'un Noahide maîtrise les Lois Noahides, il lui est permis d'étudier et appliquer n'importe lesquelles des Miswôth de la Tôroh, dès lors qu'il prend soin de les appliquer conformément à tous les détails de la Halokhoh, et non pas à sa façon.21 Puisque la majorité des Juifs actuels ne suivent pas la Halokhoh authentique de nos Sages, et éloignent à tour prix les Noahides de l'accomplissement de la Tôroh, cela implique que de tels Noahides ne devraient étudier la Halokhoh qu'auprès des personnes appartenant aux groupes susmentionnés (Talmidhé HaRamba''m, Dôr Da´im, Litta`im, etc.)

Ce qui doit être considéré comme étant hors-limites pour un non-Juif, même Noahide, est la Tôroh Orale, à savoir, l'étude des ouvrages des Sages d'antan : la Mishnoh, la Tôsafto`, le Sifro`, le Sifré, la Makhilto`, les Midhroshim et les deux Talmoudhim, qui sont même troublants pour des Juifs (comme cela a été expliqué dans le Principe #7). Si tel est le cas pour les ouvrages halakhiques authentiques de nos Sages, à combien plus forte raison pour des ouvrages de la Qabboloh comme le Zôhar.

  • Principe #9 : Assumer la responsabilité pour sa propre étude de la Tôroh, et le rôle de son rabbin

La seule alternative au fait d'étudier seul consiste à se choisir un guide halakhique, comme par exemple un rabbin, afin de dicter sa façon de pratiquer la Halokhoh. Mais suivre une telle personne n'exempte pas le disciple des erreurs de son rabbin. Chaque Juif est personnellement responsable d'une pratique correcte de la Halokhoh, et est punissable pour ses erreurs, même celles qu'il a apprises de son rabbin s'il les suit aveuglément.22 Pour l'élève sérieux, même le plus grand des rabbins reste une alternative pauvre au fait d'assumer soi-même la responsabilité de son étude.

Néanmoins, bien que l'étude indépendante soit!importante, la guidée d'enseignants réellement compétents est cruciale. À l'inverse des ouvrages rabbiniques récents, les ouvrages de nos Sages de mémoire bénie furent rédigés afin d'être lus dans leur intégralité, et compris dans le contexte de l'ensemble du texte. Le Mishnéh Tôroh doit être bien lu, à plusieurs reprises dans son intégralité, de préférence mémorisé, afin d'atteindre la compréhension la plus exacte et précise de n'importe quelle partie de la Halokhoh. Tant que quelqu'un n'a pas complété le texte plusieurs fois, et ne l'a pas maîtrisé, il doit recevoir la guidée d'un enseignant qui, lui, l'a lu à plusieurs reprises et le maîtrise.

De plus, il est une chose de comprendre la Halokhoh, mais une autre de savoir comment l'appliquer dans la vraie vie. C'est pourquoi, au-delà de la connaissance du texte en lui-même, on doit se choisir un Rov (maître), un Talmidh Hokhom (érudit), ou un Môréh (enseignant) sur la base de ses nobles traits de caractère et expérience de la vie.

  • Principe #10 : Accomplir les Miswôth dans un esprit de joie, contentement de cœur et humilité

Une mise en pratique précise et correcte de la Halokhoh ne doit pas se faire machinalement, sans sentiment (comme un robot), ni dans un esprit morose ou mélancolique, et encore moins avec arrogance ou un air de supériorité vis-à-vis des Juifs égarés. Plutôt, les Miswôth doivent être pratiquées dans un esprit de joie23, et d'une manière qui influence sa propre personnalité, afin de les accomplir dans un esprit de contentement de cœur sincère.

Par conséquent, dans la tradition des Talmidhé HaRamba''m et ceux qui suivent les Sages, l'étude de la Tôroh et la ´avôdhath HaShem (service Divin) ne sont possibles que dans un esprit d'humilité. L'étude honnête de la Tôroh peut amener quelqu'un à se lever contre les pratiques juives modernes. À moins d'y prendre garde, cela pourrait l'amener à regarder ses coreligionnaires de haut, à Dieu ne plaise. Au contraire, l'approche des Talmidhé HaRamba''m développe l'indulgence envers les masses égarés par l'establishment rabbinique moderne, dont le comportement et les Houmrôth injustifiées sont les raisons même pour lesquelles de nombreux Juifs sont réticents à être pratiquants. Ainsi, plutôt que mépriser ces Juifs, le Talmidh HaRamba''m va vers eux et les éduque avec patience, amour et calme, de façon à les ramener progressivement vers le droit chemin et leur faire appliquer au moins le minimum requis par la Halokhoh.24 Quiconque rejoint cette tradition juste pour faire différemment des autres, dans un esprit de rébellion contre la majorité, ou pour des motifs autres que la seule volonté de servir HaShem correctement, est une source d'ennui pour lui-même et les autres, plutôt qu'une bénédiction.

De plus, il n'y a absolument aucune permission ou raison de regarder de haut et mépriser le moindre Juif, qu'il soit `ashkanazi, Safaradhi, Hosidh, Harédhi, Modern Orthodox, etc. Nous devons combattre les idées, pas les personnes ! Comprendre cela, et devenir à nouveau une nation sous la bannière de Dieu, est la clef non seulement de notre rédemption finale, mais de notre survie également.

En fait, nos Sages ne nous permit de regarder de haut ou mépriser personne, même un Gôy, car il n'existe personne ou aucune création dans ce monde qui n'ait son temps ou son importance.25 Et pour reprendre les propres paroles du Ramba''m, « Quiconque pénètre dans ce monde » peut devenir « le saint des saints » à travers la Tôroh.26 Même un Gôy peut recevoir l'Esprit Saint ou la prophétie.27

En raison de ce potentiel incroyable que possède chaque être humain, nous devons aimer toute l'humanité et la rapprocher de la Tôroh, comme nous l'a enseigné Hillél l'Ancien ז״ל.28

Ce sont là dix points essentiels et caractéristiques de notre approche, en tant que Talmidhé HaRamba''m.

1Voir, par exemple, Wayyiqro` 3:17, Davorim 4:2, 29:28, etc.
3Mishnéh Tôroh, Hilkôth Tashouvoh 3:17
4Voir Qôhalath 12:13
5Voir Wayyiqro` 26:15, Davorim Chapitre 11
6Mishnéh Tôroh, Hilkôth Sanhédhrin Chapitre 1, Hilkôth Mamrim Chapitre 1, sur la base de Davorim 11:16 et 16:18
7Hilkôth Mamrim Chapitre 1, sur la base de Davorim 17:8-13
8Voir l'Introduction du Ramba''m au Mishnéh Tôroh, aux points 32 à 35, ainsi que les Hilkôth Gazéloh Wa`avédhoh 5:10-18
9Pour comprendre la gravité d'une telle chose, voir le commentaire du Safôrnô sur Davorim 28:14
10Mishnéh Tôroh, Hilkôth Shavithath ´osôr 3:3
11Mishnéh Tôroh, Hilkôth Mamrim 2:2
12Voir le « Kalalé Hattalmoudh », par Rabbénou Shamou`él Halléwi ibn Yôséf Hannoghidh (993-1056
13Mishnéh Tôroh, Hilkôth Malokhim Oumilhomôth 12:5
14Mishnéh Tôroh, Hilkôth Mamrim 1:9
15Davorim 28:47 ; Mishnoh, ovôth 5:7
16Dans son Introduction au Mishnéh Tôroh, au point 42, le Ramba''m est clair sur le fait qu'aucun autre livre ne doit être utilisé entre le TaNa''Kh et le Mishnéh Tôroh afin de déterminer la Halokhoh. 'Excepté la Mishnoh, comme il l'explique dans la lettre qu'il rédigea à son plus éminent disciple, Rov Yôséf ban Rov Yahoudhoh.)
17Tout ce qui est dit dans ce Principe #7 a été expliqué par le Ramba''m dans son Introduction au Mishnéh Tôroh
18Voir l'article intitulé « Exposer les fausses notions : Étudier la Tôroh Lishmoh »
19Mishnoh, `ovôth 1:7
20Mishnéh Tôroh, Hilkôth Malokhim 10:11
21Mishnéh Tôroh, Hilkôth Malokhim 10:13
22C'est le principe essentiel des Hilkôth Shaghoghôth, et cela fut souligné à maintes reprises par le Rov Yôséf Qappa`h
23Davorim 28:47
24Voir notamment l'article intitulé « Indulgence et bon sens »
25Mishnoh, `ovôth 4:3
26Mishnéh Tôroh, Hilkôth Shamittoh Wayôvél 13:11
27Yalqout Shim ôni, Shôftim 42, Chapitre 4, sur base du Midhrosh Tanhoumo`. Nous l'avions rapporté notamment dans l'article intitulé « Une femme peut-elle enseigner la Tôroh ? »

28Mishnoh, `ovôth 1:12

Exposer les fausses notions : Étudier la Tôroh Lishmoh

ב״ה

Exposer les fausses notions

Étudier la Tôroh Lishmoh


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Si vous demandez à la plupart des Juifs aujourd'hui ce que signifie le fait d'étudier la Tôroh לִשְׁמָה « Lishmoh » (littéralement, « pour son nom »), voici l'explication qui risque de vous être donnée : cela signifie étudier la Tôroh sans aucun motif ultérieur, mais uniquement afin d'accomplir la Miswoh du Limoudh Tôroh. Cela exclut donc le fait d'étudier pour gagner une réputation, une récompense Divine, ou pour la stimulation intellectuelle, ainsi que pour se rapprocher d'HaShem ית׳. Même cette dernière motivation contient en elle-même un élément égoïste, puisqu'on étudie pour obtenir quelque chose (se rapprocher d'HaShem). Ainsi, pour résumer, étudier la « Tôroh Lishmoh » signifie l'étudier pour elle-même ou, en d'autres mots, l'étudier afin que la volonté de Dieu que la Tôroh soit étudiée s'accomplisse.

Mais ce n'est pas du tout ce que cela signifie ! Nous sommes très loin de la définition que revêt l'expression « Tôroh Lishmoh » dans le Judaïsme traditionnel. N'importe qui pourra voir, qu'aussi bien de la bouche de HaZa''l que des Ri`shônim, que « Tôroh Lishmoh » a une définition fonctionnelle. C'est-à-dire qu'elle se réfère à l'étude de la Tôroh dans le but de la comprendre et mettre correctement en pratique les Miswôth. Même dans la Tôroh, chaque fois qu'HaShem nous exhorte à étudier Sa parole, nous retrouvons toujours la raison de cette étude : לְמַעַן תִּשְׁמֹר לַעֲשׂוֹת « afin de garder et mettre en pratique » tout ce qu'elle contient ! Pour citer la Gamoro`1 :

Le but de la sagesse est la repentance et les bonnes œuvres, afin que l'homme ne lise pas et n'étudie pas pour ensuite se rebeller contre son père et sa mère, son maître et celui qui est plus grand que lui en sagesse et en rang, car il est dit2 : « Le commencement de la sagesse est la crainte d'HaShem, une bonne récompense pour tous ceux qui les mettent en pratique ». Il n'est pas dit « pour ceux qui les étudient », mais plutôt « pour ceux qui les mettent en pratique ». [C'est la différence entre] ceux qui les mettent en pratique Lishmoh et ceux qui ne les mettent pas en pratique Lishmoh.
תכלית חכמה תשובה ומעשים טובים שלא יהא אדם קורא ושונה ובועט באביו ובאמו וברבו ובמי שהוא גדול ממנו בחכמה ובמנין שנאמר ראשית חכמה יראת ה' שכל טוב לכל עושיהם לעושים לא נאמר אלא לעושיהם לעושים לשמה ולא לעושים שלא לשמה

Et pour citer une œuvre plus tardive, qui résume excellemment bien la chose3 :

Si un homme souhaite étudier Lishmoh, que doit être son intention lorsqu'il étudie ? « Tout ce que j'étudierai je le mettrai en pratique ! ».

La notion selon laquelle étudier la « Tôroh Lishmoh » voudrait de manière désintéressée et purement pour le simple fait de l'étudier fut une innovation de Rabbi Hayim de Volozhin (1749-1821). Étant donné que c'est la définition qui est désormais adoptée dans la plupart des milieux religieux, c'est une explication supplémentaire à la médiocrité qui prévaut dans certains milieux. (Voir l'article intitulé « Pourquoi le Hassidisme engendre la médiocrité ? ».) La mise en pratique n'étant pas l'objectif final, ils ne peuvent se comporter que d'une manière contraire aux prescriptions de la Tôroh et aux exigences de la Halokhoh.

1Barokhôth 17a
2Tahillim 111:10

3Séfar Hasidhim 944

samedi 2 janvier 2016

Exposer les fausses notions : Les femmes et la lecture publique de la Tôroh

ב״ה

Exposer les fausses notions

Les femmes et la lecture publique de la Tôroh


Cet article peut être téléchargé ici.
  1. Introduction

Il est communément soutenu que les femmes ont l'interdiction, non seulement de recevoir une ´aliyoh à la Tôroh, mais également d'en faire la lecture à la synagogue. Cet article sera donc une sorte de continuité par rapport au sujet traité dans le précédent article intitulé « Exposer les fausses notions : Mahisoh – Séparation à la Synagogue ».

Comme toujours, nous allons tenter de traiter de cette question le plus sérieusement et objectivement possible, sur la seule base des sources authentiques et non sur celle de nos idées préconçues. Signalons également, avant de commencer (car je vois déjà venir d'ici l'argument), que ce qui est fait chez les Réformés et les Conservatives n'est d'aucune pertinence lorsqu'on traite un sujet purement d'un point de vue halakhique. Tout comme nous n'avons pas à prendre en considération ce que font les Gôyim dasn leurs religions et n'avons rien à voir avec eux, nous ne devons également pas prendre en considérations ces Juifs qui ont débarrassé leurs nuques du joug de la Tôroh et des Miswôth. En d'autres mots, le simple fait qu'une certaine pratique aurait cours dans certains milieux hérétiques n'est pas une raison pour la rejeter lorsqu'il s'avère qu'elle tire sa source dans les textes authentiques du Judaïsme. Comme l'ont dit nos Sages, on ne tire pas de preuves de la pratique des fous !

  1. Sources d'origine

Il est tranché ceci dans le Talmoudh1 :

Nos rabbins ont enseigné : « Tous peuvent compter dans le quorum de sept, même un mineur, et même une femme ». Mais les Sages ont dit : « Une femme ne doit pas lire dans la Tôroh en raison de l'honneur de la communauté ».
ת"ר הכל עולין למנין שבעה ואפילו קטן ואפילו אשה אבל אמרו חכמים אשה לא תקרא בתורה מפני כבוד צבור

Cette Barayatho` du Talmoudh est rapportée dans la Tôsafto` (qui est une œuvre qui précède la Gamoro`, et vient juste après la Mishnoh), mais d'une manière quelque peu différente2 :

Tous peuvent compter dans le quorum de sept, même une femme, même un mineur. On ne fait pas venir une femme pour lire en public.
הכל עולין למנין שבעה אפילו אשה אפילו קטן אין מביאין את האשה לקרות ברבים

Ces deux passages sont le point de départ de toute discussion relative au fait de savoir si une femme peut ou pas recevoir une ´aliyoh à la Tôroh le Shabboth et lire, et nous verrons plus tard comment ils étaient compris et expliqués par les Ri`shônim, bien des siècles avant que l'Orthodoxie ne décide de réformer le Judaïsme pour combattre les mouvements Réformés et des Lumières.

  1. Pour l'honneur de la communauté

Comme nous l'avons vu plus haut, la raison invoquée dans le Talmoudh pour ne pas faire lire la Tôroh par une femme à la synagogue est la préservation de l'honneur de la communauté. Qu'est-ce que cela signifie ?

Dans les temps bibliques et talmudiques, la personne qui recevait une ´aliyoh à la Tôroh était celle qui devait lire la portion pour laquelle elle avait été appelée, contrairement à la pratique actuelle consistant à tout faire lire par une seule personne. (Les Témonim et Talmidhé HaRamba''m ont conservé la pratique ancestrale.) Nos Sages nous disent que bien qu'il n'y ait techniquement rien de mal à ce qu'une femme lise publiquement la Tôroh, étant donné que ce sont les hommes qui ont reçu la Miswoh de la maîtriser et sont donc censés savoir comment la réciter (la Tôroh ne se lit pas, mais se chante avec des notes particulières appelées נְגִינוֹת « Naghinôth », טְעָמִים « Ta´omim » ou טַעֲמֵי הַמִּקְרָא « Ta´amé Hammiqro` »), en appelant une femme à la Tôroh nous sommes en train d'affirmer qu'il n'y a là, dans cette assemblée, aucun homme capable de correctement lire la Tôroh, alors que c'est avant tout leur Miswoh, et voilà une femme qui, elle n'en a pas la Miswoh, a néanmoins fait l'effort d'apprendre et maîtrise la lecture de la Tôroh. Cela montre à quel point cette assemblée est basse au niveau de l'observance des Miswôth et maîtrise de la récitation de la Tôroh. Par conséquent, les Sages ont dit que c'est un déshonneur pour cette assemblée. Nous reviendrons sur ce point plus tard.

  1. Si les femmes sont exemptes de l'étude de la Tôroh, comment peuvent-elles réciter la bénédiction et la lire ?

Une question naturelle se pose : si les femmes sont exemptes de l'étude de la Tôroh, comment se fait-il qu'elles pourraient théoriquement être appelées à la Tôroh, réciter la bénédiction qui précède la lecture et lire ensuite dans la Tôroh, alors que la règle veut que lorsqu'une femme est exempte d'une Miswoh elle peut l'accomplir si elle le désire, mais sans réciter la bénédiction, et qu'un autre principe stipule que l'on ne peut être exempté de son devoir que par quelqu'un qui est astreint au même degré d'accomplissement de la Miswoh ?

Cette question est basée sur une supposition erronée qui serait que l'obligation de lire la Tôroh en public serait liée à celle de l'étude de la Tôroh, alors qu'il s'agit de deux obligations totalement distinctes visant des objectifs différents.

Il est bien établi que la lecture publique de la Tôroh est une obligation communautaire et non personnelle. C'est la raison pour laquelle un Minyon de dix hommes a l'obligation d'offrir à la communauté une lecture publique de la Tôroh les Lundis, Jeudis, Shabbothôth et Yomim Tôvim de toute l'année, mais l'individu n'a pas l'obligation de la lire (ce qui est différent de l'étudier). L'approche dominante des Ri`shônim, bien qu'elle soit généralement attribuée au Ramba''n3 ז״ל, est que la lecture de la Tôroh en public sert uniquement à ce que la communauté puisse avoir l'occasion d'écouter la Tôroh. Mais sans un Minyon, un individu n'en a pas l'obligation de la lire. Comme cela a été dit, ce n'est pas que l'approche du Ramba''n, mais de l'écrasante majorité des Ri`shônim, parmi lesquels le Mé`iri4 ז״ל, le Ra''n5, ou encore le Ro`''sh ז״ל. Cela est également sous-entendu par le Ramba''m ז״ל qui, dans son Mishnéh Tôroh, expose les Halokhôth relatives à la lecture publique de la Tôroh dans le Chapitre 12 des Hilkôth Tafilloh Ouvirakhath Kôhanim (lois relatives à la prière et à la bénédiction sacerdotale), seulement après avoir décrit dans les dix premiers chapitres les règles de la prière, puis au Chapitre 11 celles sur la construction et l’entretien d'une synagogue. Cette organisation démontre que le Ramba''m considère également la lecture publique de la Tôroh comme étant une obligation communautaire tournant autour de la vie religieuse dans la synagogue. Le Go`ôn de Wilno` ז״ל accepta lui aussi cette approche des Ri`shônim.6

S'il n'y a donc pas d'obligation personnelle de lire la Tôroh avec les Ta´omim, une femme est par conséquent éligible pour la lire en faveur d'hommes, tout comme un enfant. D'où la raison pour laquelle il a été dit dans notre Barayatho` : הכל עולין למנין שבעה ואפילו קטן ואפילו אשה « Tous peuvent compter dans le quorum de sept, même un mineur, et même une femme ». Si la lecture publique de la Tôroh était liée à l'obligation de l'étude de la Tôroh, les hommes n'auraient jamais pu se faire acquitter, même théoriquement, par une femme ou un mineur. Mais le fait qu'une femme soit exempte de la Miswoh de l'étude de la Tôroh n'a rien à voir ici, puisque la lecture publique de la Tôroh est une Miswoh communautaire qui n'incombe pas à l'individu.

C'est précisément parce que la Miswoh de la lecture publique de la Tôroh n'est pas liée à celle de l'étudier que celui qui reçoit une ´aliyoh à la Tôroh ne récite pas la bénédiction de l'étude de la Tôroh (לַעֲסוֹק בְּדִבְרֵי תוֹרָה « La´asôq Badhivré Thôroh – de nous occuper dans les paroles de la Tôroh »), mais celle de אֲשֶׁר בָּֽחַר בָּֽנוּ « `ashar Bohar Bonou – Qui nous a choisis ». Ainsi, les Ga`ônim7, Rabbénou Ta''m8 ז״ל, le Sama''g9 ז״ל, le Ravyo''h10 ז״ל, le ôr Zaroua´11 ז״ל, le Ro`''sh12, le Mé`iri13, Rabbénou Ya´aqôv ban `oshér14 ז״ל, Rabbénou Dowidh abboudarhom15 ז״ל, et Rabbi Yôséf Qa`rô16 ז״ל comprennent tous cela comme voulant dire que la bénédiction faite avant la lecture de la Tôroh n'est pas une Birkath Hammiswoh (bénédiction qui précède l'accomplissement d'une Miswoh) associée au Talmoudh Tôroh (étude de la Tôroh), mais fut exigée simplement pour embellir la lecture publique de la Tôroh.

Tout cela fut magistralement bien résumé par le Ro`''sh, qui explique au nom de Rabbénou Ta''m la raison pour laquelle les mineurs, les esclaves et les femmes peuvent être inclus parmi les sept lecteurs du Shabboth et réciter la Birkath Hattôroh, bien que ces trois catégories de personnes soient exemptes de la Miswoh de l'étude de la Tôroh :

Et le fait qu'un mineur, un esclave et une femme, qui ne sont pas astreints à l'étude de la Tôroh, sont inclus dans le quorum de sept est que le Séfar Tôroh est là dans le but d'être entendu, et la bénédiction n'est pas faite en vain, car ils ne récitent pas « Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de nous occuper dans les paroles de la Tôroh », mais plutôt « Qui nous a choisis et nous a donné Sa Tôroh ».

Ainsi, bien que les femmes, les esclaves et les mineurs ne font pas partie de ceux qui se sont vus « ordonner » d'étudier la Tôroh, ils font au moins partie de ceux qui ont été « choisis ». De ce fait, celui qui est appelé à la Tôroh ne fait qu'exprimer sa reconnaissance envers HaShem pour avoir été choisi par Lui afin de recevoir la Tôroh, et non pas pour l'étudier et l'enseigner aux autres. Sur cette base, prétendre que parce que les femmes ne devraient pas lire la Tôroh pour des hommes parce qu'elles ne peuvent les acquitter de leur devoir d'étudier la Tôroh ne tient pas, et voilà pourquoi cette bénédiction ne fut jamais considérée comme un frein par nos Sages lorsqu'ils ont permis, théoriquement du moins, aux femmes de pouvoir compter dans le quorum des sept personnes nécessaires pour lire dans la Tôroh en public.

Il nous reste à présent un dernier point à élucider.

  1. La recommandation de nos Sages s'applique-t-elle dans toutes les situations ?

Nous avons cité au point II les deux sources sur laquelle repose l'interdiction pour une femme de lire la Tôroh en public, bien qu'elle puisse théoriquement le faire. La première est une Barayatho` citée dans la Gamoro`, tandis que la deuxième est tirée de la Tôsafto`. La phrase d'introduction est similaire dans les deux sources, à savoir : « Tous peuvent compter dans le quorum de sept, même un mineur, et même une femme » (bien que l'ordre soit renversé dans la Tôsafto`, le sens est identique). Par contre, nos deux sources divergent quant à leur formulation de l'interdiction pour une femme de lire publiquement la Tôroh à la synagogue. La Tôsafto` dit simplement, « On ne fait pas venir une femme pour lire en public », tandis que la Barayatho` dit, « Mais les Sages ont dit : ''Une femme ne doit pas lire dans la Tôroh en raison de l'honneur de la communauté'' ». Comment la Barayatho` et la Tôsafto` doivent-elles se comprendre l'une par rapport à l'autre ? S'agit-il de sources complémentaires, contradictoires, ou parlent-elles chacune d'un sujet totalement différent et indépendant de celui traité dans l'autre source ?

  • Première approche

D'après le `ôr Zaroua´, la déclaration de la Tôsafto` selon quoi « On ne fait pas venir une femme pour lire en public » doit en fait être comprise à la lumière du passage qui vient juste après dans la Tôsafto`17 :

[Dans] une synagogue où ils n'ont qu'une seule personne capable de lire, [cette personne] se lève et lit, et s'assoit, même sept fois.18
בית הכנסת שאין להם מי שיקרא אלא אחד עומד וקורא ויושב אפילו שבעה פעמים

D'après cette interprétation, la Tôsafto` parle d'une situation où un lecteur doit être amené dans une synagogue qui n'a personne sachant lire correctement la Tôroh. La Tôsafto` tranche donc que dans un tel cas, la communauté ne doit pas « faire venir » une femme pour lire, même si cela entraînera l'annulation de la lecture publique de la Tôroh, parce qu'elle ne peut pas avoir lieu lorsque la seule personne capable de lire est une femme. Mais dans un office où il y a des lecteurs masculins, la Tôsafto` ne serait pas opposée à ce qu'une femme puisse être inclue parmi les sept lecteurs appelés à la Tôroh.

Et la raison pour laquelle la Tôroh ne doit pas être lue publiquement si le seul lecteur est une femme devient alors évidente lorsqu'on prend en compte la Barayatho`, qui nous dit : « Mais les Sages ont dit : ''Une femme ne doit pas lire dans la Tôroh en raison de l'honneur de la communauté'' », et nous avions expliqué au point III ce que cela signifiait. Ainsi, d'après cette approche, la Barayatho` et la Tôsafto` sont des sources complémentaires parlant d'une situation bien précise, à savoir, le cas où il n'y qu'une femme pour lire. C'est uniquement dans ce cas-là qu'une femme ne peut pas être appelé pour lire, car ce serait honteux pour la communauté de ne pas même avoir un homme pour le faire. Mais s'il y a des hommes capables de lire, le fait d'inclure une femme parmi les sept lecteurs n'est alors pas du tout un déshonneur pour la communauté.

  • Deuxième approche

Le Rov Ya´aqôv de Emden ז״ל, dans ses gloses sur le traité Maghilloh, suit une approche totalement différente. D'après lui, la phrase d'introduction de notre Barayatho` (« Tous peuvent compter dans le quorum de sept, etc. ») s'applique au cas où il n'y a pas du tout sept hommes capables de lire la Tôroh, auquel cas les sept ´aliyôth pourront être accordées à des femmes et des enfants. La deuxième phrase (« Mais les Sages ont dit : ''Une femme ne doit pas lire dans la Tôroh en raison de l'honneur de la communauté'' »), à l'inverse, s'applique au cas typique où il y a sept hommes dans la synagogue capables de lire la Tôroh.

Le Rov Ya´aqôv de Emden ne mentionne pas la Tôsafto`, mais de ce qu'il écrit ailleurs, il est évident qu'il considère qu'elle doit se comprendre de la même manière que la Barayatho`. En d'autres mots, il conteste la compréhension du `ôr Zaroua´, qui interprète la Tôsafto` comme interdisant à une femme d'être la seule lectrice. D'après le Rov Ya´aqôv de Emden, une femme ne pourrait lire la Tôroh que dans le cas où elle serait la seule personne présente capable de le faire.

  • Troisième approche

L'auteur du Hasadhé Dowidh, Rov Dowidh Pa`rdô (1719-1792), suggère une troisième interprétation. Contrairement aux deux précédentes, il ne lie pas notre Tôsafto` au cas d'une synagogue qui s'est trouvé sans lecteur. D'après lui, l'interdiction de « faire une femme pour lire la Tôroh » ne s'applique que Lakhattahilloh (a priori). Mais si une femme a néanmoins été appelée et qu'elle s'est déjà levée pour accepter cet honneur, on ne doit pas l'empêcher de monter à la Tôroh, car les femmes ont autant l'obligation que les hommes d'écouter (et non d'étudier) la Tôroh, et qu'il ne leur a été interdit de lire en public qu'à cause de l'honneur de la communauté, et non pas parce que ce serait une interdiction absolue de la Halokhoh. Puisqu'elle a déjà été appelée, et qu'il sera humiliant de lui dire ensuite de retourner s'asseoir et l'empêcher de lire ou écouter le Ba´al Qôré` lire pour elle, on doit la laisser monter à la Tôroh, et la communauté ne se sentira pas déshonorée, car on aura alors préservé l'honneur de cette femme plutôt que de l'humilier une fois qu'elle a été appelée.

  • Quatrième approche

Une dernière approche est défendue par le Rov Mé`ir Hakkôhén de Rothenburg (1220-1293). Dans ses commentaire sur le Mishnéh Tôroh du Ramba''m, appelés « Haggohôth Maymôniyôth », il rapporte la version de la Barayatho` qu'il possédait, et qui disait : « Tous peuvent conclure par la septième [´aliyoh] », au lieu de : « Tous peuvent compter dans le quorum de sept ». D'après cette lecture, les femmes et les mineurs ne pourraient être éligibles que pour recevoir la septième ´aliyoh. Mais il est difficile de comprendre en quoi le fait de leur accorder une autre ´aliyoh que la septième serait alors un déshonneur pour la communauté. Toutefois, il explique sa position en se basant sur le Talmoudh Yarousholmi, qui ne permet aux esclaves que de recevoir la septième et dernière ´aliyoh. Puisque nous savons que d'un point de vue halakhique les esclaves sont sur le même pied d'égalité que les femmes, en ce qu'ils sont astreints aux mêmes Miswôth qu'elles et sont exempts des mêmes Miswôth qu'elles, il en conclut donc qu'une femme peut se voir accorder uniquement la septième ´aliyoh, et cela ne constituera pas un déshonneur pour la communauté. Cette position est notamment soutenue par le Rov Yishoq Louria` (1534-1572), qui a tranché que dans des circonstances exceptionnelles, il était permis d'accorder à des femmes ou des enfants la septième ´aliyoh.

  1. Conclusion

Comme vous le voyez, la restriction faite aux femmes quant à la lecture publique de la Tôroh n'a jamais été compris par les Ri`shônim et rabbins des générations antérieures comme étant une interdiction catégorique et absolue, et nous ne nous sommes pas basés sur des sources « Libérales » ou « Conservatives », mais traditionnelles et Orthodoxes. La vérité est que, tout comme l'histoire de la Mahisoh dans la synagogue, les Orthodoxes n'ont interdit d'accorder des ´aliyôth aux femmes que pour se distinguer des mouvements de la Réforme et de la Haskoloh. Et pour préserver cela, ils ont inventé toute une série d'objections inexistantes dans le Talmoudh et les écrits des Ri`shônim.

Nous pouvons résumer ainsi les différentes interprétations de la Barayatho` et la Tôsafto` :

  1. Le `ôr Zaroua´ soutient que les mineurs et les femmes sont théoriquement éligibles pour lire n'importe quelle ´aliyoh. Mais si la seule personne capable de lire est une femme, on ne la fait pas venir pour lire, à cause de l'honneur de la communauté.
  2. Le Rov Ya´aqôv de Emden permet aux femmes de lire la Tôroh uniquement lorsqu'il n'y a aucun homme disponible et qualifié pour le faire. Mais lorsqu'il y en a, aucune ´aliyoh ne pourra alors être accordée à une femme.
  3. Le Rov Dowidh Pa`rdô ne permet à une femme de lire la Tôroh que Badhi´avodh (a posteriori), si une femme avait été appelée. Mais Lakhattahilloh (a priori) il l'interdit.
  4. Le Rov Mé`ir de Rothenburg lit la Barayatho` et la Tôsafto` comme permettant aux femmes et aux mineurs de ne recevoir que la septième ´aliyoh. Mais il n'est pas clair en quoi se pourrait être un déshonneur pour la communauté s'ils recevaient une autre ´aliyoh que celle-là.

Si vous voulez mon avis personnel, la position qui est la plus conforme au texte et contexte de la Barayatho et de la Tôsafto`, et la plus cohérente, est celle du `ôr Zaroua´.

1Gamoro`, Maghilloh 23a
2Tôsafto`, Maghilloh 3:5
3Milhomôth HaShem sur le Ri''f, page 20
4Dans son ouvrage « Béth Habbahiroh », sur le traité Maghilloh 24
5Le Ra''n sur le Ri''f, traité Maghilloh 13
6Ma´aséh Rov175
7sar Hagga ônim, traité Barokhôth, Hattashouvôth, page 11
8Rô`sh Hashonoh 23
9Séfar Miswoh Godhôl, Miswoh ´aséh 19
10Séfar Ravyo''h, Volume 2, Simon 597, page 833
11`ôr Zaroua´, Volume 1, Hilkôth Qiryath Shama´, Simon 22
12Barokhôth 47
13Dans son ouvrage « Béth Habbahiroh », sur le traité Barokhôth 11 et 46
14Tour, `ôrah Hayim Simon 139
15Diné Qiryath Hattôroh, page 132
16Shoulhon ´oroukh, `ôrah Hayim 139:8
17Tôsafto`, Maghilloh 3:6

18En d'autres mots, cette personne pourra lire à elle toute seule les sept ´aliyôth
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