vendredi 3 janvier 2020

Le concept de Moro` Dha`athro`


ב״ה

Le concept de Moro` Dha`athro`


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Dans ce nouvel article, nous allons traiter du concept du מָרָא דְאַתְרָא « Moro` Dha`athro` », expression araméenne qui signifie « Le Maître du Lieu » et qui est le titre accordé à la plus grande autorité religieuse et halakhique d'un endroit.

Comme l'indique l'appellation elle-même, les autorités halakhiques sont traditionnellement régionales ou géographiques. Le rabbin local est l'autorité de la communauté toute entière. Le Moro` Dha`athro`, comme le définit le Talmoudh, est l'autorité rabbinique locale à laquelle toutes les questions halakhiques doivent être adressées.

La notion de Moro` Dha`athro` a de nombreuses implications. Du point de vue d'un profane, le plus surprenant est peut-être le droit d'une communauté à suivre son rabbin, même contre l'opinion majoritaire. Le Talmoudh célèbre ce droit. La Mishnoh, au début du dix-neuvième chapitre de Shabboth, rapporte une Mahlôqath quant à savoir quelles sont les Malo`khôth autorisées pour se préparer à une Barith Miloh le Shabboth. Alors que toutes les opinions s'accordent à dire qu'une Barith Miloh qui est réalisée le huitième jour a priorité sur le Shabboth, la position majoritaire est que l'on ne peut pas transgresser le Shabboth pour préparer des outils pour la Barith Miloh. Cependant, Ribbi `ali´azar ז״ל le permet. Commentant cela, la Gamoro`1 déclare :

En ce qui concerne cette question, les Hakhomim ont enseigné dans une Barrayto` : Dans la localité de Ribbi `ali´azar, où ils suivaient sa décision, ils coupaeint même des arbres le Shabboth pour en faire du charbon de bois afin de façonner des outils de fer avec lesquels circoncire un enfant le Shabboth.

La Gamoro` rapporte ainsi, sans scrupules, que ceux qui vivaient dans la ville de Ribbi `ali´azar suivaient sa position minoritaire. La Gamoro` continue ensuite avec l'histoire de Ribbi Yôsé le Galiléen ז״ל qui a tranché, encore une fois en position minoritaire, qu'il était permis de manger de la volaille avec du lait, et ses Talmidhim se conduisaient conformément à son opinion :

Dans la localité de Ribbi Yôsé le Galiléen, ils mangeaient de la viande de volaille avec du lait, car Ribbi Yôsé le Galiléen estimait que l'interdiction de la viande avec du lait n'inclut pas la volaille. La Gamoro` raconte : Il est arrivé que Léwi s'est rendu à la maison de Yôséph le chasseur. Ils lui ont servi la tête d'un paon avec du lait mais il n'a pas mangé. Lorsque Léwi s'est présenté devant Ribbi Yahoudhoh Hannosi`, ce dernier lui a dit : « Pourquoi n'as-tu pas excommunié ces gens qui mangent de la volaille au lait, contrairement au décret des Hakhomim ? ». Léwi lui dit : « C'était dans la localité de Ribbi Yahoudhoh ban Bathéro`, et je me suis dit : ''Peut-être leur a-t-il enseigné que la Halokhoh est conforme à l'avis de Ribbi Yôsé le Galiléen, qui autorise la consommation de viande de volaille avec du lait'' ».

La Gamoro` va ensuite plus loin, rapportant que ceux qui ont suivi ces positions minoritaires ont été récompensés pour leur attachement aux décisions de leurs rabbins, bien que selon la majorité des rabbins, ils violaient des interdictions importantes :

R. Yishoq a dit : Il y avait une ville en `aras Yisro`él où ils agissaient conformément à l'avis de Ribbi `ali´azar en ce qui concerne la Barith Miloh, et ils mourraient à l'heure fixée pour eux et pas plus tôt, en récompense de leur affection pour cette Miswoh. Et non seulement cela, mais à une occasion, le méchant empire, Rome, a publié un décret contre le peuple juif interdisant la Barith Miloh; mais contre cette ville, il n'a pas publié le décret.

La question naturelle qui se pose est donc celle-ci : Pourquoi l'autorité du rabbin local prévaut-elle sur la règle normale de la majorité ? Le Ritva''` ז״ל cite le Ra`ava''d ז״ל, qui fait deux points essentiels.

Le premier est que la discussion du Talmoudh se limite aux cas où il n'y a pas eu de vote formel pour établir la Halokhoh acceptée. S'il y en a eu un, le rabbin local doit alors céder. Cela résout le problème formel de l'exigence de la Tôroh de אַחֲרֵי-רַבִּים, לְרָעֹת (suivre la majorité).2

Deuxièmement, il soutient que les membres de la ville sont obligés de suivre leur rabbin en vertu de l'interdiction de לֹא תָסוּר, מִן-הַדָּבָר אֲשֶׁר-יַגִּידוּ לְךָ--יָמִין וּשְׂמֹאל « Ne t'écarte pas de la chose qu'ils t'auront dite, ni à droite ni à gauche ».3 S'ils sont ainsi obligés de suivre l'autorité locale, ils ont évidemment le droit de le faire même contre la majorité. Cette position est assez nouvelle, car ce verset est généralement limité aux décisions du Sanhédhrin, la cour suprême rabbinique, ou peut-être au consensus des autorités légales qui prend sa place lorsque le Sanhédhrin n'existe pas.

Indépendamment de la provenance exacte de cette autorité, il est clair que le Talmoudh attend de la personne moyenne qu'elle suive son rabbin local.

Ailleurs, le Talmoudh note que les rabbins s’abstenaient de trancher dans les endroits où il y avait un rabbin au pouvoir. Par exemple, le Talmoudh4 rapporte que Rov ז״ל s'est abstenu de désapprouver publiquement Shamou`él là où Shamou`él ז״ל avait autorité. Ailleurs5, le Talmoudh rapporte que Rov a détourné une fois son visage lorsque Shamou`él a statué que quelque chose était autorisé que Rov avait pourtant interdit. Le Talmoudh écrit que Rov devait se détourner pour qu'il soit clair qu'il n'était pas d'accord avec Shamou`él, mais il n'a pas exprimé son opposition par respect pour l'autorité locale de Shamou`él. Alors que le Mé`iri ז״ל explique que Rov ne l'a fait que parce que l'interdiction en question était rabbinique, le Ritva''` soutient que dans tous les cas où un rabbin ne croit pas que son collègue a commis une erreur pure et simple, mais plutôt une erreur de jugement dans une affaire qui n'est pas noire ou blanche, il n'est pas autorisé à contester l'autorité locale.

Bien que la portée exacte de l'autorité du rabbin local ne soit pas claire, son existence n'est pas contestée. Le Rama''`6 ז״ל, citant le Mahari''q7 ז״ל, ajoute plusieurs restrictions. Par exemple, il écrit qu'un rabbin en visite ne peut exercer aucune fonction rabbinique qui priverait le rabbin local de sa Parnosoh; il ne peut pas non plus émettre de décisions rituelles, faire des sermons ou prendre des prérogatives rabbiniques. D'un autre côté, le Rama''` écrit qu'un rabbin qualifié peut installer son propre Béth Din dans la région. Les implications complètes de ce principe dépassent le cadre de cet article, mais ces exemples devraient être suffisants pour indiquer l'importance du Moro` Dha`athro`.

Cependant, le contrôle intense exercé par le rabbin local a été fortement amputé, et ce pour plusieurs raisons :

Premièrement, l'aliénation des masses vis-à-vis de la Halokhoh a diminué la « localité » sur laquelle le rabbin local est « maître ». Alors qu'autrefois il était le chef suprême de la communauté locale toute entière, aujourd'hui dans la plupart des cas il n'est plus le maître que de la synagogue où il officie. Mais même pour le Juif religieux, le téléphone et la voiture ont vidé de son sens le mot « ville » ou « localité ».

En Grande-Bretagne et dans l'État d'Israël, le maintien d'un grand rabbinat a considérablement réduit le rôle du Moro` Dha`athro` traditionnel. En effet, les grands rabbins eux-mêmes sont souvent considérés comme le Moro` Dha`athro` de tout le pays, retirant ainsi de fait une grande partie de l’autorité des rabbins locaux.

Enfin, l'émergence des Ro`shé Yashivôth en tant que décisionnaires halakhiques dont l'autorité transcende les frontières géographiques et, plus encore, les murs de la Yashivoh individuelle, a beaucoup contribué à la quasi-disparition du Moro` Dha`athro` traditionnel. Non seulement leurs Talmidhim et les moins religieux se tournent vers les Ro`shé Yashivôth, mais même le rabbin local, le Moro` Dha`athro`, en tant qu'ancien Talmidh, se tourne également vers eux pour un Pasaq Din et des conseils. En effet, le téléphone a beaucoup fait pour défaire le rôle et la stature du Moro` Dha`athro` ancien. Il semblerait donc que le Moro` Dha`athro` au sens traditionnel survit aujourd'hui principalement dans de petites communautés ou dans des communautés éloignées des principaux centres du judaïsme contemporain (Israël et les États-Unis) où il n'y a pas de grand rabbinat.

1Shabboth 130a ; voir aussi Houllin 116a
2Shamôth 23:2 ; Bavo` Masi´a` 59b
3Davorim 17:11 ; Shabboth 23a
4Pasohim 30a
5´érouvin 94a
6Yôréh Dé´oh 245
7Shou''th Mahari''q 169

jeudi 2 janvier 2020

Différences entre Juifs et Gôyim


בס״ד

Différences entre Juifs et Gôyim


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Les traditions halakhiques et `aggadhiques montrent clairement qu'il existe une grande différence entre le statut spirituel d'un juif et celui d'un Gôy. D'un point de vue halakhique, les Juifs sont astreints aux six cent treize Miswôth de la Tôroh, tandis que les Gôyim sont astreints à seulement sept. De plus, notre liturgie regorge de déclarations soulignant l'élection du peuple juif. Par exemple, « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a commandé de... » ; « Qui nous a choisis parmi tous les peuples et nous a donné Sa Tôroh » ; « Qui choisit Son peuple Israël avec amour ».

Dans cet article, nous tenterons d'identifier la source de cette distinction spirituelle fondamentale. Est-ce essentiel et intégré à la substance même du juif ou du Gôy dès la naissance, ou est-ce quelque chose qui s'acquiert par l'éducation et la formation ?

  • Distinction essentielle

    1. Le Séphar Hakkouzori

R. Yahoudhoh Halléwi explique dans le Séphar Hakkouzori1 que la différence entre un juif et un Gôy est essentielle et vaste. Il soutient que la base de la `amounoh n'est pas le raisonnement philosophique abstrait, mais plutôt l'expérience de la révélation au Sinaï. Cela le conduit à la conclusion que Hashshém ית׳ n'a pas donné accès aux vérités religieuses aux Gôyim parce qu'Il n'a jamais voulu que la Tôroh et son programme spirituel soient pour toute l'humanité, mais plutôt exclusivement pour le peuple juif. C'est parce que les Juifs sont différents des Gôyim dans leur essence ; seul le peuple juif a le potentiel d'atteindre les sommets spirituels qui constituent le but de l'observance de la Tôroh.

R. Yahoudhoh Halléwi explique que, tout comme les plantes sont qualitativement plus grandes que les objets inanimés parce qu'elles sont vivantes, et les animaux sont qualitativement plus grands que les plantes parce qu'ils ont une âme animée, et les humains sont qualitativement plus grands que les animaux parce qu'ils ont un intellect, de la même manière, les Juifs sont qualitativement plus grands que les Gôyim parce qu'ils ont la qualité du Divin (ענין אלוהי « ´inyan `alôhi »). `odhom Hori`shôn ע״ה a été créé avec cette qualité Divine, et il l'a transmise au plus grand de ses descendants, et ainsi de suite jusqu'à Nôah, jusqu'à `avrohom ע״ה. `avrohom n'a transmis cette qualité qu'à Yishoq ע״ה, et Yishoq qu'à Ya´aqôv ע״ה, mais Ya´aqôv a transmis le ´inyan `alôhi à tous ses descendants. Depuis lors, le peuple juif tout entier est caractérisé par cet « ADN spirituel », ce qui le rend essentiellement et fondamentalement différent des autres êtres humains.

R. Yahoudhoh Halléwi conclut donc que tout comme un rocher ne peut pas devenir une plante, et une plante ne peut pas devenir un animal, et un animal ne peut pas devenir un humain, de même un Gôy est un type de créature fondamentalement différent d'un Juif et ne pourra donc jamais devenir un Juif à part entière. Un converti, selon R. Yahoudhoh Halléwi, peut devenir sage et pieux et partager une partie de la bonté spirituelle accordée au peuple juif, mais il ne peut jamais être pleinement égal à un Juif et ne peut jamais atteindre le niveau de la prophétie. Il lui manquera toujours le ´inyan `alôhi, car sa nature essentielle ne peut jamais être changée.

Ceux qui appartiennent à cette école de pensée n'acceptent pas les convertis au sein du peuple juif, ou ne les considèrent pas égaux aux Juifs de naissance.

    1. Séphar Hattanya`

R. Shné`our Zalman de Liady, fondateur de la Hasidhouth HaBa''D-Loubavitch, dans le Tanya`2, établit une distinction encore plus forte entre la nature essentielle d'un Juif et celle d'un Gôy. Il explique qu'un Juif a deux âmes - une âme Divine, qui en quelque sorte fait partie de la substance de Hashshém Lui-même, et une âme animale, qui descend de la Qalippath Nôgha´, le mal qui contient en lui un mélange de lumière Divine. Par conséquent, explique-t-il, tout bon trait de caractère trouvé chez un Juif reflète la bonté essentielle trouvée dans son âme. L'âme d'un Gôy, cependant, d'après le Tanya`, est purement animale et non Divine. Elle descend des forces du mal qui n'ont aucun potentiel de bonté en elles. Par conséquent, toutes les bonnes actions accomplies par des Gôyim sont faites pour des arrière-pensées et ne peuvent pas refléter la bonté essentielle.

Selon cette philosophie, un Gôy n'est pas simplement une forme de vie inférieure, mais il est essentiellement et irrémédiablement mauvais; sa substance dérive de la Sitro` `ahro`, les forces du mal qui menacent toute bonté et pureté dans le monde.3 S'il en est ainsi, le phénomène de conversion est alors difficile à comprendre. Si l'âme d'un Gôy est purement maléfique sans potentiel de Divin, alors comment cette âme peut-elle devenir juive ?

Deux réponses à cette énigme se trouvent dans les écrits d'un descendant et dernier successeur du Ba´al Hattanya`, R. Menachem Mendel Shneerson, le septième Rabbi de Loubavitch.

Une réponse, basée sur le Zôhar4, est que tandis qu'une âme Gôyoh ne peut jamais devenir juive, un Gôy qui se convertit reçoit une âme entièrement nouvelle du Ciel; son identité antérieure est remplacée par une âme juive sainte. Cela correspond au principe halakhique selon lequel un converti a le statut de nouveau-né. Selon cette théorie, il est logique qu'un converti acquière une nouvelle identité halakhique, car il est en réalité une personne différente de ce qu'il était avant sa conversion. Le Zôhar ajoute, cependant, que si la nouvelle âme reçue par un converti descend du Divin, elle n'est néanmoins pas équivalente à l'âme d'un individu né juif.5

Une deuxième explication offerte par le Rabbi de Loubavitch, basée sur les écrits du Hyda''`6, est qu'un vrai Gôy ne peut jamais se convertir, car il n'y a aucun potentiel de bonté dans son âme. Par contre, si un Gôy parvient à se convertir, c'est alors que ce converti représente une étincelle Divine qui, pour une raison quelconque, est descendu dans un corps Gôy au lieu d'un corps Juif, et finit se convertit afin de révéler et de réaliser sa véritable essence.7

Ceux qui appartiennent à cette école de pensée vont généralement éviter d'avoir quoique ce soit à faire avec les conversions, et tentent souvent de décourager les Gôyim qui voudraient se convertir, car ils ne les considèrent pas égaux aux Juifs de naissance. Par contre, ceux qui souscrivent à la deuxième explication du Rabbi de Loubavitch, ne vont pas s'impliquer avec les Gôyim qui désirent se convertir, mais si ces Gôyim vont jusqu'au bout du processus ils les acceptent et considèrent que s'ils ont réussi à se convertir c'est qu'ils avaient en fait, depuis toujours, une âme juive.

  • Le Rambo''m (Maïmonide) : aucune différence essentielle

Ce que le Kouzori et le Tanya` ont en commun, c'est la perspective selon laquelle un Juif et un Gôy sont différents depuis la naissance et que cette différence réside dans la substance essentielle de leur être. Le Rambo''m ז״ל, toutefois, a une approche très différente pour comprendre le caractère unique du peuple juif.

Dans une lettre envoyée à son Talmidh, le converti ´ôvadhyoh, le Rambo''m répond à la question de ´ôvadhyoh de savoir s'il serait approprié pour lui de réciter la liturgie standard, y compris des phrases telles que « notre D.ieu et le D.ieu de nos ancêtres », « Qui nous a choisis parmi les peuples » et « Qui a légué la terre à nos ancêtres », étant donné que ces expressions se réfèrent aux ancêtres du peuple juif, et non aux ancêtres Gôyim de ´ôvadhyoh. Le Rambo''m répond, en se basant sur le Talmoudh Yaroushlami8, qu'un converti devrait réciter les mêmes formulations liturgiques qu'un Juif de naissance. Il explique que `avrohom `ovinou a été appelé אַב-הֲמוֹן גּוֹיִם « le père de nombreuses nations » (Baré`shith 17: 5) parce que tous les convertis à travers les générations sont considérés comme des enfants de `avrohom `ovinou.

Le vrai sens de la paternité, selon le Rambo''m, n'est pas la transmission de l'ADN ou de tout autre type de nature essentielle, mais plutôt l'éducation et l'instruction. Un père est celui qui enseigne et transmet un héritage intellectuel, et un enfant est un étudiant qui reçoit cette tradition. `avrohom ´ovinou est donc notre ancêtre non pas parce que nous descendons biologiquement de lui, mais parce qu'il a enseigné la croyance du monothéisme et du style de vie Divin, et nous avons appris cette philosophie d'une chaîne de traditions qui nous ramène à lui.

Selon le Rambo''m, la différence entre un Juif et un Gôy ne vient pas de la façon dont on a été créé, mais de leurs croyances et de la tradition philosophique par laquelle chacun vit sa vie. Par conséquent, un converti qui apprend la Tôroh est tout autant un descendant des Patriarches qu'un Juif de naissance qui apprend la Tôroh.

Le Rambo''m soutient donc que même un Gôy qui ne s'est pas converti a un potentiel de bonté qui est essentiellement similaire à celui d'un Juif. Tout être humain a le potentiel d'utiliser son libre arbitre pour perfectionner ses traits de caractère et être aussi juste que Môshah Rabbénou ע״ה.9 Bien sûr, le Rambo''m admet que les traits de caractère des Juifs sont nettement plus raffinés que ceux des Gôyim. Cependant, cela n'est pas dû à une différence essentielle dans leur âme, mais plutôt aux effets éducatifs de la Tôroh. Le Rambo''m souligne10 :

La cruauté et l'effronterie ne se trouvent que parmi les Gôyim incirconcis, tandis que les descendants de `avrohom `ovinou, les Juifs qui ont été honorés par la bonté de la Tôroh et ses lois et statuts justes, sont miséricordieux envers tous.

Cette formulation implique que le caractère miséricordieux d'un Juif découle de l'influence morale de la Tôroh et de ses lois, et la cruauté d'un Gôy est due à la culture de ´avôdhoh Zoroh dans laquelle il baigne.

Tout comme le Rambo''m ne limite pas le potentiel de perfection morale aux seuls Juifs, il ne limite pas la capacité de réalisation spirituelle au peuple juif. Dans un passage célèbre à la fin du livre de Zaro´im dans son Mishnéh Tôroh, le Rambo''m enseigne que non seulement la tribu de Léwi reçoit une allocation de Hashshém afin de soutenir leurs efforts spirituels; mais qu'en fait, tout individu dans le monde entier, si son esprit le motive et son intellect le guide à consacrer sa vie à la ´avôdhath Hashshém, sera sanctifié avec une sainteté exaltée, et Hashshém pourvoira à ses besoins comme Il a pourvu à ceux des Kôhanim et Lawiyim dans la Tôroh. Il est à noter que le Rambo''m ne restreint pas ce mode de vie idéaliste et cette intense Providence Divine aux seuls Juifs, mais inclut explicitement chaque être humain dans le monde dans cette suggestion ambitieuse. Il est probable qu'il ait été inspiré par la Gamoro`11, qui déclare que même un Gôy qui apprend la Tôroh équivaut à un Kôhén Godhôl.12 Il semble clair de ce passage que tout être humain, qu'il soit Juif ou Gôy, peut atteindre les plus hauts sommets de la spiritualité.

Ceux qui croient qu'un Gôy est fondamentalement incapable de réalisation spirituelle, comment interprètent-ils la comparaison faite dans le Talmoudh entre un Gôy apprenant la Tôroh et un Kôhén Godhôl ? Le Zôhar13 explique ce passage talmudique en se basant sur une autre déclaration talmudique qui enseigne qu'un Talmidh Hokhom Mamzér est préférable à un Kôhén Godhôl ´am Ho`oras. Le Zôhar, reliant ces deux passages, explique qu'un Gôy qui apprend la Tôroh n'était pas comparé à un Kôhén Godhôl ordinaire, mais plutôt au Kôhén Godhôl ´am Ho`oras susmentionné, dont la ´avôdhoh dans le Béth Hammiqdosh est invalide et finalement sans valeur. Ainsi, la véritable intention de la Gamoro`, d'après le Zôhar, est d'enseigner que la Tôroh apprise par un Gôy est considérée comme sans valeur (de la même manière que la ´avôdhoh d'un Kôhén Godhôl ´am Ho`oras), car un Gôy est incapable d'atteindre la vraie spiritualité.

  • L'humain est chéri

Un autre passage qui est interprété différemment par les penseurs des deux côtés de ce débat est une Mishnoh dans `ovôth 3:14, qui déclare : חָבִיב אָדָם שֶׁנִּבְרָא בְצֶלֶם « L'humain (`odhom) est chéri, car il a été créé à l'image [de Hashshém] ». Le sens simple de cette Mishnoh ressort clairement à partir du contraste avec l'enseignement qui vient juste après, qui déclare : חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרְאוּ בָנִים לַמָּקוֹם « Les Israélites sont chéris, car ils ont été appelés des fils pour Hammoqôm ». Si cette partie de la Mishnoh traite spécifiquement du peuple juif, alors sa première partie, qui prend soin de mentionner « l'humain », se réfère certainement à toute l'humanité. C'est ce que conclut le Tôsophôth Yôm Tôv qui exprime son étonnement vis-à-vis de quiconque tenterait d'interpréter cette Mishnoh différemment. Cependant, R. Hayyim Wita`l, le disciple du `ar''i, a soutenu que cette Mishnoh ne se réfère qu'aux Juifs et non aux Gôyim, en s'appuyant sur l'opinion de R. Shim´ôn exprimée dans le contexte des Halokhôth de l'impureté d'un cadavre, que seuls les Juifs sont appelés `odhom (humain).14

  • Se marier à un converti

Ce débat fondamental affecte non seulement la vision que l'on a du statut spirituel des Gôyim, mais aussi la question pratique du statut des convertis. L'obligation d'aimer et de protéger un converti est mentionnée à plusieurs reprises dans la Tôroh. On pourrait conclure, comme l'a fait le Rambo''m, qu'un converti est considéré à tous égards comme un Juif de naissance, et que nous devons nous rapporter à lui de la même manière que nous le faisons avec tout autre Juif.15 Dans cet esprit, R. Môshah Sternbuch, interrogé sur l'opportunité d'épouser un converti, a répondu16 que chaque converti devrait être jugé en fonction de son niveau spirituel individuel; il ne faut pas refuser un véritable partenaire conjugal simplement en raison de sa lignée.

R. Manashshah Klein, cependant, se basant sur l'opinion selon laquelle l'âme d'un converti a un statut fondamentalement inférieur à celui d'un Juif de naissance, tranche que même si l'on est obligé d'aimer un converti, il est certainement inapproprié de se marier avec un converti ou de conseiller un autre Juif de le faire. Il va jusqu'à avertir que si quelqu'un se marie avec un converti, ses enfants ne réussiront pas religieusement parce qu'ils hériteront d'une impureté spirituelle essentielle qui empêche l'apprentissage de la Tôroh et le développement religieux.17

  • Statut des Juifs non religieux

Ces différentes approches sur l'élection juive affectent également notre vision des Juifs non religieux. Le Rambo''m, qui attribue la totalité de la différence entre Juif et Gôy à l'éducation, conclut que tout comme un Gôy qui apprend et suit la Tôroh est l'équivalent d'un Juif, un Juif qui ne croit pas en la Tôroh est l'équivalent d'un Gôy. Dans la lettre susmentionnée au converti, R. ´ôvadhyoh, le Rambo''m déclare explicitement que `avrohom `ovinou est le père de « ses descendants justes qui suivent son chemin et tous ses étudiants et futurs convertis ». L'implication claire est qu'un Juif de naissance qui ne suit pas le chemin de `avrohom `ovinou ne peut pas rattacher sa lignée aux patriarches Juifs, car il s'exclut du peuple juif de par sa non observance de la Tôroh.

Plus explicitement, dans son Commentaire sur la Mishnoh18, après avoir énuméré les treize principes de la foi juive, le Rambo''m déclare explicitement que seul celui qui croit en ces treize principes est considéré comme faisant partie du peuple juif. Celui qui doute de ces principes, cependant, n'est pas considéré comme faisant partie du collectif juif et ne reçoit ni une portion du monde à venir ni l'amour fraternel de ses frères Juifs dans ce monde.

  • Conclusion

Nous avons vu deux conceptions très différentes de la différence entre Juifs et Gôyim. Le Séphar Hakkouzori et le Tanya` voient une différence essentielle entre Juif et Gôy, exprimée comme une supériorité qualitative par le Kouzori et comme le contraste entre le bien et le mal par le Tanya`. Le Rambo''m comprend, lui, que tous les êtres humains sont essentiellement semblables et que la nature exaltée de l'âme juive résulte de l'influence éducative de la Tôroh et des Miswôth. Cette Mahlôqath affecte la façon dont nous percevons les Gôyim, les convertis et les Juifs renégats.
11:26-43, 95-115
2Chapitres 1-2
3Cette idée tire ses racines dans le Zôhar, Introduction, page 13a
4Introduction, page 13a
5`iggarôth Qôdhash, Volume 9 Section 2666
6Midhbar Qadhémôth, Partie 3, Section 3
7Tôrath Manahém, Volume 22, pages 61-62
8Bikkourim 1:4
9Hilkôth Tashouvoh 5:2
10Hilkôth ´avodhim 9:13
11Bavo` Qammo` 38a ; Sanhédhrin 59a ; ´avôdhoh Zoroh 3a
12Il convient de signaler que l'on parle ici d'un Gôy qui étudie et met en pratique les parties de la Tôroh qui se rapportent à lui, à savoir, les lois noahides
13Zôhar Hodhosh, Routh 37b
14Yavomôth 61a ; Bavo` Masi´a` 114b ; Karithôth 6b. Le Mahara''l, dans son commentaire Darakh Hahayyim sur cette Mishnoh, adopte une approche médiane, expliquant que l'image Divine se trouve dans toute l'humanité, mais ne trouve sa pleine expression que dans le peuple juif.
15Le R. Soloveitchik a écrit explicitement qu'un converti possède exactement la même sainteté qu'un Juif de naissance (On Repentance, pages 236-237)
16Tashouvôth Wahanhoghôth 1:728 ; 2:623
17Mishnéh Halokhôth 9:236-237 ; 10:239
18Sanhédhrin 10a

mercredi 1 janvier 2020

Les jours du Moshiah : À quoi cela ressemblera


בס״ד

Les jours du Moshiah : À quoi cela ressemblera


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Dans les précédents articles, nous avons discuté des concepts eschatologiques du ´ôlom Habbo` et de la Tahiyath Hamméthim. Dans celui-ci, nous discuterons d'une autre étape eschatologique - l'ère messianique, que l'on appelle en hébreu יְמוֹת הַמָּשִׁיח « Yamôth Hammoshiah – les jours du Messie ». À quoi ressemblera le monde lorsque le Moshiah viendra ?

Il ressort clairement de nos sources traditionnelles que l'ère messianique n'est pas synonyme de ´ôlom Habbo`, mais fait plutôt partie ou est plus similaire à ce monde. C'est un stade plus précoce que le ´ôlom Habbo`. Qu'est-ce que c'est alors et comment se compare-t-elle au ´ôlom Habbo` ?

  • Naturelle ou surnaturelle ?

La Gamoro` (Barokhôth 34b) cite R. Hiyo` bar `abbo` ז״ל, au nom de R. Yôhonon ז״ל, qui enseigne que toutes les prophéties utopiques trouvées dans les Navi`im se réfèrent à la gloire et à la splendeur de l'ère messianique, et non au ´ôlom Habbo`, qui est encore plus glorieux. Les prophètes n'ont pas parlé du ´ôlom Habbo`, car sa grandeur est au-delà de toute description.

Shamou`el ז״ל n'est pas d'accord avec R. Hiyo` bar `abbo`, faisant valoir que les jours du Moshiah seront les mêmes que les nôtres, la seule différence étant que les Juifs ne seront plus soumis à des nations étrangères. La vie continuera comme d'habitude, sauf que les Juifs seront délivrés et auront un État juif indépendant en Terre d'Israël. Comme preuve de sa position, Shamou`el apporte la déclaration de la Tôroh selon laquelle il y aura toujours des pauvres (Davorim 15:11). Il comprend que puisqu'il y aura de la pauvreté tant que ce monde continuera d'exister, même à l'ère messianique, c'est que la vision utopique des prophètes doit se référer au ´ôlom Habbo`, et non aux jours du Moshiah.

Cette Mahlôqath se retrouve également dans Shabboth 63a en ce qui concerne la question de savoir s'il y aura la paix mondiale à l'ère messianique. R. Hiyo` bar `abbo` soutient qu'il n'y aura plus de guerre aux jours du Moshiah, car la prophétie de Yasha´yohou ע״ה selon laquelle לֹא-יִשָּׂא גוֹי אֶל-גּוֹי חֶרֶב « une nation ne lèvera plus l'épée contre une [autre] nation » (Yasha´yohou 2: 4) sera accomplie. Shamou`él, cependant, maintient que des armes seront nécessaires même à l'ère messianique, car les nations continueront à s'engager dans la guerre (bien que la nation juive sera vraisemblablement toujours victorieuse).

Ainsi, la Gamoro` présente deux exemples spécifiques de phénomènes qui se poursuivront pendant l'ère messianique selon Shamou`él mais pas selon R. Hiyo` bar `abbo` - la pauvreté et la guerre.

  • Quelle opinion acceptons-nous ?

Plusieurs philosophes juifs, dont R. Sa´adhyoh Go`ôn ז״ל, acceptent le point de vue de R. Hiyo` bar `abbo`. Dans ce monde, lorsque Moshiah viendra, toutes les paroles des prophètes deviendront réalité. Les animaux feront la paix entre eux; le loup habitera avec l'agneau, le lion mangera de la paille et les bébés joueront dans le nid de la vipère. Les portes de Yarousholayim seront construites de joyaux précieux, et la lumière du Béth Hammiqdosh brillera d'un bout à l'autre du monde. L'esprit de prophétie reposera sur tout le peuple juif, y compris même les jeunes enfants. La nature du monde à l'ère messianique sera très différente du monde tel que nous le connaissons.

Le Rambo''m ז״ל, cependant, a une opinion contraire, affirmant avec force que le Moshiah ne fera pas nécessairement des miracles et des merveilles. Pour preuve, il note que R. ´aqivoh ז״ל et la plupart des Hakhomim de sa génération croyaient que Bar Kôkhbo` était Moshiah, même s'il n'avait fait aucun exploit surnaturel. Le Rambo''m conclut que tout roi de la lignée davidique qui est Saddiq et bien versé dans la Tôroh, amène le peuple juif à l'observance de la Tôroh, bat nos ennemis sur le champ de bataille et reconstruit le Béth Hammiqdosh est par définition le vrai Moshiah.

Le Rambo''m souligne qu'il n'y aura aucun changement dans les lois de la nature. Il explique que les prophéties de Yasha´yohou étaient destinées à être comprises allégoriquement. Le loup n'habitera pas littéralement avec l'agneau, et le léopard ne se couchera pas paisiblement avec le chevreau; au lieu de cela, cette image est une métaphore de la paix mondiale qui régnera. Nos ennemis (qui sont souvent décrits dans le TaNa''Kh par des noms d'animaux impurs), qui sont maintenant méchants et assoiffés de sang, reconnaîtront la vérité de la Tôroh et s'abstiendront de vol et de guerre. C'est ce que veut dire Yasha´yohou lorsqu'il utilise ces noms d'animaux. Nous ne pouvons pas comprendre la signification métaphorique de chaque détail des prophéties messianiques, mais tout deviendra clair lorsque Moshiah arrivera.

Le Rambo''m poursuit en citant la déclaration de HaZa''l selon laquelle il n'y a aucune différence entre aujourd'hui et les jours du Moshiah, à l'exception de שִׁעְבּוּד מַלְכִיּוֹת « Shi´boudh Malakhiyôth » - le fait que les Juifs ne seront plus asservis et opprimés par les autres nations. Selon le Rambo''m, les prophètes et les Hakhomim aspiraient à l'ère messianique non pas pour qu'ils puissent régner sur leurs ennemis, et non pas pour que les autres nations les louent, et non pas pour qu'ils puissent manger, boire et être joyeux, mais plutôt seulement pour ses avantages spirituels. Ils aspiraient aux jours du Moshiah uniquement pour être à l'abri de l'oppression, de la pauvreté et de la guerre, afin que rien ne les détourne de l'apprentissage de la Tôroh et du développement de la spiritualité. À l'ère messianique, il n'y aura ni pauvreté ni guerre. Il n'y aura ni conflit ni jalousie, car les richesses et le luxe seront abondants et facilement accessibles à tous. Nous n'aurons plus à travailler pour gagner notre vie et nous pourrons passer tout notre temps à contempler Hashshém ית׳. Nous allons ainsi grandir en sagesse, au-delà de ce qui est possible dans le monde actuel, et comprendre Hashshém au niveau maximal humainement possible, méritant finalement la vie éternelle du ´ôlom Habbo`.

À première vue, le Rambo''m semble suivre Shamou`él, soutenant que les jours du Moshiah seront une continuation du monde naturel. Il cite même le célèbre dicton de Shamou`él selon lequel rien ne fait la différence entre l’époque actuelle et les jours du Moshiah, si ce n’est la soumission des Juifs à des empires étrangers. Il nous assure que l'ère messianique ne sera ni surnaturelle ni miraculeuse.

Cependant, comme le soulignent le Laham Mishnéh ז״ל et d'autres commentateurs, il ne se peut pas que le Rambo''m suive l'opinion de Shamou`él, même s'il cite la déclaration de Shamou`él sur la différence entre notre époque et l'ère messianique. Il y a trois preuves qu'il ne suit pas Shamou`él.

Premièrement, Shamou`él soutient qu'il y aura de la pauvreté à l'ère messianique, tandis que le Rambo''m écrit que tout le monde jouira de l'abondance. Deuxièmement, Shamou`él soutient qu'il y aura une guerre à l'ère messianique, et le Rambo''m écrit qu'il n'y aura pas de guerre. Enfin, R. Hiyo` bar `abbo` dit que les visions de Yasha´yohou et des autres prophètes se réaliseront à l'époque messianique et que le ´ôlom Habbo` est indescriptible. Shamou`él, cependant, soutient que la vision utopique prophétique ne se réalisera pas pendant l'ère messianique. Vraisemblablement, il soutient que les prophètes décrivaient le ´ôlom Habbo`. Le Rambo''m, dans le contexte de son explication sur le ´ôlom Habbo`, cite la formulation de R. Hiyo` bar `abbo` et déclare explicitement que les prophètes ne décrivaient que l'ère messianique, tandis que le ´ôlom Habbo` est indescriptible. Comme nous l'avons vu dans un précédent article, le Rambo''m soutient que le ´ôlom Habbo` est un domaine purement spirituel, peuplé d'âmes sans corps. Il est clair que les paroles des prophètes, qui parlent en termes purement physiques, ne peuvent pas être pertinentes pour un ´ôlom Habbo` purement spirituel !

Les commentateurs concluent donc que le Rambo''m opinait comme R. Hiyo` bar `abbo`, que l'ère messianique sera fondamentalement différente de ce monde. Toutefois, contrairement à R. Sa´adhyoh Go`ôn, le Rambo''m estimait que les différences seraient complètement naturelles et non miraculeuses. Les visions des prophètes se réaliseront à l'époque messianique non pas selon leur signification littérale et surnaturelle, mais plutôt d'une manière métaphorique qui ne contredit pas les lois de la science.

Qu'est-ce qui a contraint le Rambo''m à réinterpréter les paroles des prophètes d'une manière non littérale ? Le Rambo''m suit ici un axiome qu'il a établi dans le Môréh Navoukhim. Selon la compréhension que le Rambo''m a de la physique et de la métaphysique, Hashshém a créé le monde de telle manière que les lois de la physique ne changeront jamais tant que le monde existera. Les paroles des prophètes ne peuvent clairement pas se réaliser dans le ´ôlom Habbo`, qui est non corporel et indescriptible par le langage humain. Par conséquent, elles doivent se réaliser à l'ère messianique, qui fait partie de notre monde. Mais comme les lois de la nature ne changent jamais dans notre monde, le Rambo''m n'avait d'autre choix que d'interpréter les prophéties messianiques comme des métaphores. Le monde messianique sera une utopie, mais une utopie naturelle. Les lions continueront à dévorer leurs proies et les vipères injecteront toujours leur venin, mais les humains seront éclairés par la philosophie de la Tôroh et s'élèveront au-dessus de toutes leurs voies vicieuses.

Si nous perfectionnons nos personnes, selon le Rambo''m, nous pouvons créer un monde parfait sans recourir à des moyens surnaturels. Nous pouvons éliminer la guerre et la pauvreté, mettre fin à la jalousie et à la haine, assurer l'abondance pour tous et éduquer toute l'humanité à ne poursuivre que la sagesse et la spiritualité.

  • En résumé

Il y a trois opinions différentes sur ce qui se passera à l'ère messianique. Shamou`él pense que l'ère messianique sera la même qu'aujourd'hui, mais avec une indépendance politique. L'ère messianique n'est donc qu'une version améliorée de l'État d'Israël contemporain. Selon R. Hiyo` bar `abbo`, tel qu'interprété par la plupart des philosophes juifs, l'ère messianique sera complètement différente de l'existence telle que nous la connaissons. Ce sera une existence surnaturelle, où les lions seront apprivoisés, les serpents ne mordront plus, les rues seront pavées de pierres précieuses et la lumière émanant du Béth Hammiqdosh éclipsera le soleil. Le Rambo''m présente une troisième approche de l’ère messianique, basée sur une interprétation différente de celle de R. Hiyo` bar `abbo`. Selon le Rambo''m, le monde sera complètement différent et les paroles des prophètes deviendront réalité. Cependant, ce ne sera pas un monde surnaturel, mais plutôt une utopie naturelle. Ce sera le monde le plus parfait que nous puissions imaginer dans l'ordre naturel. Tous nos besoins seront fournis avec un minimum d'efforts, et nous serons en mesure de consacrer notre vie entière à la croissance intellectuelle et religieuse. La nature ne changera pas d'un iota, mais la nature humaine subira une transformation fondamentale.

  • La transition de ce monde vers l'ère messianique

Comment débutera l'ère messianique ? R. Sa´adhyoh Go`ôn, qui défend la compréhension surnaturelle de l'ère messianique, pense que Hashshém révélera soudain le Moshiah et fera ensuite s'abattre de merveilleux fléaux sur nos ennemis, nous délivrera et reconstruira miraculeusement le Béth Hammiqdosh. R. Mé`ir Halléwi `abboul´aphyoh ז״ל ajoute que même selon l'opinion selon laquelle l'ère messianique ne sera pas surnaturelle, la transition vers l'ère messianique sera miraculeuse; le Moshiah arrivera avec des miracles et des merveilles. Rash''i ז״ל et les Tôsophôth ז״ל écrivent de la même manière que le futur troisième Béth Hammiqdosh ne sera pas construit par des mains humaines, mais qu'il descendra miraculeusement du ciel.

Comme nous l'avons noté plus, le Rambo''m a une vision différente. Il déclare que si un roi Saddiq se lève, qu'il conduit le peuple à une plus grande observance de la Tôroh, conquiert nos ennemis et reconstruit le Béth Hammiqdosh, alors il est définitivement le Moshiah. Puisque le Rambo''m soutient que le Moshiah n'est pas tenu d'accomplir des miracles, il est clair que le Moshiah atteindra son règne et sa victoire militaire par des moyens naturels; il construira le troisième Béth Hammiqdosh avec une équipe de construction et un approvisionnement en matériaux de construction.

Cette Mahlôqath peut avoir des ramifications pratiques concrètes. Nous espérons certainement découvrir bientôt quelle compréhension de l'ère messianique est correcte. Entre-temps, cependant, selon Rash''i et les Tôsophôth, nous devrions nous concentrer sur la Tôroh et les Miswôth et attendre fidèlement que le Béth Hammiqdosh descende du ciel, tandis que le Rambo''m pourrait nous encourager à commencer à préparer des plans pour le futur Béth Hammiqdosh et pour accélérer la Ga`ouloh (par exemple, d'après le Rambo''m, il serait possible, si la majorité des Juifs résident en Terre Sainte et que les Rabbonim se mettent d'accord, de restaurer un Sanhédhrin officiel bien avant la venue du Moshiah). Le moment venu, selon le Rambo''m, nous ne serons pas simplement des destinataires passifs de la grâce Divine, mais plutôt des agents de Hashshém pour provoquer la Ga`ouloh et réaliser le potentiel de perfection dans l'ordre naturel.

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