lundi 10 août 2015

L'électricité et les lumières à Yôm Tôv

ב״ה

L'électricité et les lumières à Yôm Tôv


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L'usage de la lumière (et l’électricité) à Yôm Tôv diffère drastiquement de l'usage de la lumière à Shabboth sur un point bien précis : alors qu'il est interdit à Shabboth d'initier ou augmenter une flamme, à Yôm Tôv il est permis d'ajouter du combustible à une flamme déjà existante.1 Par exemple, bien qu'il soit interdit de craquer une allumette à Yôm Tôv, il est tout à fait permis de transférer une flamme d'une bougie allumée depuis avant Yôm Tôv vers une autre bougie que l'on souhaite allumer. De ce fait, il est interdit à Yôm Tôv, tout comme à Shabboth, d'allumer une lampe à incandescence, puisque c'est halakhiquement comparable au fait de craquer une allumette. (Toutes les autorités ne sont pas d'accord sur ce point, mais c'est la position majoritaire. Nous aurons peut-être l'occasion, Dieu voulant, d'expliquer une autre fois la position de ceux qui permettent.) Mais à l'inverse de Shabboth, il est fort probable que cette interdiction ne soit que d'ordre rabbinique, étant donné que la majorité des Pôsqim soutiennent que même créer une flamme nouvelle à Yôm Tôv n'est qu'une transgression rabbinique et non biblique.2 De ce fait, c'est de même interdit seulement au niveau rabbinique et non biblique d'éteindre une lampe à incandescence à Yôm Tôv. C'est la position unanime de tous les Pôsqim et il n'y a là aucune divergence !

Cependant, plusieurs Pôsqim sont d'avis qu'il est tout à fait permis d'allumer des lampes à incandescence à Yôm Tôv. Trois raisons distinctes ont été avancées pour justifier cette pratique3 :

  1. Allumer une lampe ne provoque la venue de la lumière que de façon indirecte (ce n'est pas l'action directe de l'homme, par exemple en frottant lui-même du bois, en craquant une allumette, ou encore en frottant deux pierres ensemble, qui provoque la lumière). Cette sorte d'action indirecte (« Garomo` »), bien qu'elle soit généralement interdite à Shabboth, est permise à Yôm Tôv pour des choses qui ne sont interdites qu'au niveau rabbinique ;
  2. L'interdiction de créer une flamme nouvelle n'est transgressée que lorsqu'on fait usage de bois, de silex, ou d'allumettes qui ne contribueront pas directement à la nourriture de Yôm Tôv ou qui auraient pu être réalisés avant que Yôm Tôv ne commence. Or, rien de tout cela ne s'applique lorsqu'on crée une lumière ou chaleur nouvelle au moyen de l'électricité ;
  3. Allumer une lampe à incandescence n'équivaut seulement qu'à un transfert de flamme, et non pas à la création d'une flamme nouvelle, étant donné que la flamme réside déjà dans les câbles.4

Un certain nombre de Pôsqim, parmi lesquels le Rov Savi Pésah Frank ou encore le Rov Yahi`él Mikhél Epstein (l'auteur du ´Oroukh Hashoulhon), acceptaient l'approche selon quoi il était permis d'allumer des lumières/lampes à Yôm Tôv.5 En outre, c'était également la norme dans bon nombre de pays séfarades, comme au Maroc par exemple, de le permettre à Yôm Tôv mais ce n'est pas l'approche de la majorité des Pôsqim. Le consensus parmi les Pôsqim consiste à soutenir que c'est interdit. Ils s'appuient en cela sur le fait que sur les six raisons avancées pour interdire l'usage d'appareils électriques à Shabboth (voir ici), cinq s'appliqueraient à Yôm Tôv.6 Ainsi, tous les Pôsqim qui interdisent les appareils électriques même sans lumière ou chaleur à Shabboth doivent soutenir que les lampes à incandescence sont interdites à Yôm Tôv pour les mêmes raisons. Par exemple, si actionner un circuit durant le Shabboth est interdit en raison de la Mal`okhoh de Bônéh (construire), c'est qu'actionner un tel circuit à Yôm Tôv est également interdit.

Il semble également que tout Pôséq qui permet d'allumer des lumières à Yôm Tôv rejette les arguments de ceux qui l'interdisent en se basant sur le fait qu'activer un circuit constituerait une transgression des Mal`okhôth de Bônéh, Makkah Vappattish, Môlidh et créer des étincelles, étant donné qu'il n'y a pas de distinction entre Shabboth et Yôm Tôv au niveau de ces interdictions. De ce fait, cela ajoute un nombre plus conséquent d'éminents Pôsqim à la liste de tous ceux qui sont d'accord avec le Rov Auerbach pour dire que l'électricité utilisée seulement comme une forme d'énergie mécanique est théoriquement permise à Shabboth (et réellement permise dans les cas de grande nécessité).

En conclusion, deux approches distinctes soutenues par d'éminents Pôsqim de part et d'autre existent quant à l'utilisation de l'électricité à Yôm Tôv. La majorité des Pôsqim soutiennent, et c'est la pratique acceptée de la majorité des Juifs pratiquants, qu'il faut traiter Yôm Tôv exactement de la même manière que Shabboth, et ne permettent donc pas d'allumer des lumières ou utiliser des appareils électriques à Yôm Tôv. Mais une minorité conséquente de Pôsqim permettent, et c'est la pratique de certains Juifs pratiquants, d'allumer des lumières (et utiliser des appareils électriques) à Yôm Tôv. Mais les Pôsqim des deux camps soutiennent qu'il est interdit d'éteindre des lumières à Yôm Tôv. C'est ainsi qu'au Maroc, par exemple, les Juifs avaient la coutume d'allumer des lampes pendant Yôm Tôv, mais s'interdisaient de les éteindre ensuite jusqu'à la fin de Yôm Tôv.

1Voir dans le Shoulhon ´Oroukh, `Ôrah Hayim 502:1-3
2Ibid., 502:1. Voir aussi les commentaires sur cette référence du Shoulhon ´Oroukh, et plus particulièrement le Mishnoh Barouroh et le Bi`our Halokhoh
3Voir la lettre du ´Oroukh Hashoulhon publiée dans le Qôvés Wa`adh Hokhomim, 1 (Shavat 5663), `Avan Yiqoroh 3:168 ; `Ôr Hodhosh, page 64 ; Mishpoté `Ouzi`él, `Ôrah Hayim 19 ; Hilkhotho` Rabbotho` LaShabbotho` 1:7. Pour la liste complète de toutes les autorités qui soutiennent cette position, voir le Hashmal Bahalokhoh 2:5
4Cette troisième raison a été généralement rejetée car elle est basée sur une compréhension erronée des propriétés physiques de l'électricité
5Voir la note de bas de page n°3

6La seule raison qui ne s'appliquerait pas à Yôm Tôv est l'argument selon lequel il serait interdit d'user d'appareils électriques à Shabboth en raison de l'augmentation de la consommation de combustibles. Cet argument n'est pas appliqué à Yôm Tôv, étant donné qu'il est permis d'augmenter durant Yôm Tôv la consommation de combustible d'une flamme déjà allumée depuis avant l'entrée de Yôm Tôv

dimanche 9 août 2015

Utiliser des appareils électriques à Shabboth

ב״ה

Utiliser des appareils électriques à Shabboth


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Les Talmidhé HaRamba''m, les Dôr Da´im et certains Juifs de rite hispano-portugais permettent l'usage d'appareils électriques à Shabboth (cela n'implique pas forcément qu'ils en font usage, mais simplement qu'ils estiment que d'un point de vue strictement halakhique on ne peut l'interdire). Le consensus parmi les Pôsqim contemporains des autres mouvements dits « Orthodoxes » consiste cependant à l'interdire. Néanmoins, cette interdiction pose problème à quatre niveaux :

  1. Une interdiction ne peut être basée que sur un précédent biblique ou talmudique. Or, l'électricité n'est comparable à rien de ce qui existait dans les temps bibliques et talmudiques, pas même dans les temps des Ri`shônim. Ce n'est que depuis que cette technologie s'est développée (au 19ème siècle) et est devenue pratique que de nombreuses questions se sont posées ;
  2. Contrairement à aujourd'hui, plusieurs Pôsqim permirent certains usages de l'électricité à Shabboth au tout début de l'histoire de cette technologie. En Lituanie, en Biélorussie, dans certaines parties de la Pologne et en Europe de l'Ouest, l'usage de l'électricité n'était pas considéré comme un problème à Shabboth, car l'électricité n'était pas vue comme étant du feu. Par contre, pour honorer l'avis des Pôsqim qui interdisaient totalement l'usage de l'électricité, les Pôsqim qui permettaient interdisaient d'utiliser l’électricité pour faire de la lumière ou pour produire de la chaleur afin de cuisiner. Dans le cas de la première interdiction, c'était parce qu'utiliser l’électricité pour produire de la lumière est un acte pouvant être considéré trop proche de l'allumage d'un feu lorsqu'on utilise des ampoules à incandescence, tandis que la deuxième interdiction fut promulguée afin d'empêcher d'en arriver à cuire des aliments à Shabboth, ce qui constituerait une transgression du Shabboth (par contre, réchauffer à Shabboth des aliments déjà cuits est permis avec certaines méthodes et conditions bien précises).1 À part dans ces deux cas, de nombreux Pôsqim du début de l'ère de l'électricité permettaient l'usage de l'électricité à Shabboth ;
  3. Il n'existe pas, parmi les Pôsqim qui interdisent, une raison concrète pouvant expliquer cette interdiction. En fait, eux-mêmes sont en divergence quant aux raisons pour lesquelles il serait interdit de faire usage de l'électricité à Shabboth ;
  4. un éminent Pôséq (Rabbi Shalômôh Zalman Auerbach, 1910-1995) a démontré qu'aucune des raisons différentes invoquées pour interdire l'usage de l'électricité (en dehors des deux cas susmentionnés) ne tient la route. Il conclut donc que c'est uniquement par habitude et parce que les parents, grands-parents et arrières-grands-parents n'en faisaient pas usage à Shabboth que les gens se l'interdisent.

Dans cet article, nous allons passer en revue les arguments divergents qui ont été invoqués pour interdire l'usage de l'électricité à Shabboth et voir les contre-arguments qui ont été apportés par le Rov Auerbach et d'autres.

Sept raisons majeurs ont été avancées par diverses autorités pour interdire l'usage d'appareils électriques à Shabboth. Les six premières peuvent être résumées de la façon suivante :

  1. Allumer un appareil électrique est comparable au fait de créer quelque chose de nouveau (ce que l'on appelle dans le langage halakhique מוליד « Môlidh »), ce qui est interdit à Shabboth ;
  2. Compléter un circuit est interdit parce que c'est une forme de construction (la Mal`okhoh de בונה « Bônéh ») ;
  3. Allumer un appareil électrique transgresse l'interdiction de la Mal`okhoh de מכה בפטיש « Makkah Vappattish » ([donner le dernier] coup de marteau2) ;
  4. Compléter un circuit doit susciter des étincelles et est par conséquent interdit parce que cela crée une flamme ;
  5. L'usage de quelque courant électrique que ce soit mène à une augmentation de la consommation de combustible dans la centrale électrique, ce qui est interdit ;
  6. Chauffer un transistor ou un câble, même lorsqu'aucune lumière visible n'est émise, est interdit à cause de la Mal`okhoh de בישול « Bishoul » (cuire).

Ces six premières possibilités pour interdire l'usage de l'électricité à Shabboth peuvent être divisées en deux groupes. Les quatre premières se rapportent à l'achèvement d'un circuit qui amène le courant à circuler, tandis que les deux dernières situent le problème au fait de faire fonctionner (et non d'allumer) l'appareil. Si on peut démontrer que chacun de ces six arguments, seule resterait alors la raison suivante :

  1. L'usage de l'électricité sans lumière ou chaleur est en fait permis, mais parce que les Juifs pratiquants maintiennent qu'il est interdit de faire usage d'appareils électriques à Shabboth, et que les autorités halakhiques ont approuvé cette interdiction, il est interdit d'en faire usage en raison de la « tradition » (ou habitude), et non sur une quelconque base halakhique solide et crédible.

Nous allons passer en revue chacun des six arguments susmentionnés.

  1. Créer quelque chose de nouveau (Môlidh)

L'argument selon lequel l'usage de l'électricité à Shabboth devrait être interdit sur base de l'interdiction de Môlidh fut avancé en premier par le Rov Yishoq Yahoudhoh Schmelkes (1828-1905), dans son Béth Yishoq3. Le Rov Schmelkes écrit que tout comme nos Sages ont interdit de créer une odeur nouvelle dans nos vêtements à Shabboth (interdiction que l'on appelle dans le langage halakhique מוליד ריחא « Môlidh Réha` - Création d'une odeur »)4, un acte que Rash''i זצ״ל explique être interdit parce que « celui qui crée une odeur nouvelle est presque comme quelqu'un qui accompli un acte interdit au niveau biblique », de même ils ont interdit de créer quoi que ce soit de nouveau à Shabboth, ce qui inclut le fait de rendre « nouveau » un appareil à travers l'usage de l'électricité ou la création d'un flux de courant. Il conclut donc que créer un flux de courant (מוליד זרם « Môlidh Zaram ») est rabbiniquement interdit car en le faisant on a créé quelque chose de nouveau ; un appareil fonctionnel.

Le Rov Auerbach et de nombreux autres Pôsqim5 sont en désaccord avec la thèse du Rov Schmelkes. En résumé, ces Pôsqim disent que la théorie du Rov Schmelkes est fausse, parce que tout acte créatif qui est fait ou défait de façon routinière tout au long de la journée ne peut être inclus dans l'interdiction rabbinique de créer quelque chose de nouveau. En effet, nos Sages n'ont interdit la création d'une chose nouvelle que si elle va durer sans discontinuer tout au long du Shabboth ou au-delà. En outre, il existe de nombreux exemples de « créations nouvelles » dans le Talmoudh qui ne furent jamais interdites par nos Sages. Le fait que créer une odeur nouvelle sur un vêtement fut interdit par nos Sages n'implique pas et ne justifie pas que toutes les « créations » nouvelles sont interdites à Shabboth. Le Rov Auerbach insiste sur le fait que seul un nombre très limité d'actes fut interdit dans le Talmoudh en raison du principe de Môlidh, et on ne peut extrapoler de ces exemples limités que créer quoi que ce soit de « nouveau » (comme un courant électrique) est rabbiniquement interdit.

Une preuve de cela peut se trouver dans une Responsa du Hokhom Savi (Rabbi Savi `Ashkanazi, 1656-1718)6, qui écrit que la seule chose qui soit interdit sous le principe de Môlidh est le fait de parfumer un vêtement à Shabboth, mais il permet d'appliquer du parfum sur de nombreuses autres choses que des vêtements, car le Talmoudh n'applique ce principe qu'au fait de parfumer des vêtements et à rien d'autre. De même, le Rov Auerbach7 fournit de très nombreux exemples d' « actes créatives » nouvelles que les rabbins n'ont jamais interdits.

  1. Construire (Bônéh)

Le deuxième argument possible pour l'interdiction de l'usage de l'électricité à Shabboth fut invoquée par le Hozôn `Ish זצ״ל (Rabbi `Avrohom Yasha´yohou Karelitz, 1878-1953).8 Il déclare qu'il est probable que l'achèvement d'un circuit électrique constitue une transgression de la Mal`okhoh de Bônéh. Son raisonnement est qu'achever un circuit transforme un câble qui était jusque là inutilisable en un câble fonctionnel, et c'est comparable au fait d'achever un bâtiment ou un mur. En outre, achever un circuit est comparable au fait d'assembler un appareil composé de nombreuses parties, ce qui est halakhiquement défini comme une construction, est est par conséquent interdit à Shabboth.

La position du Hozôn `Ish a provoqué un énorme débat parmi les Pôsqim et les érudits halakhiques. La critique la plus vigoureuse et substantielle de sa position se retrouve dans le Chapitre 11 de l'ouvrage du Rov Auerbach, Minhat Shalômôh. Bien que le Rov Auerbach avance de nombreux arguments contre la position du Hozôn `Ish, son argument le plus crucial est le fait qu'ouvrir un circuit qui est destiné à être ouvert et fermé de façon routinière ne peut absolument pas être considéré comme un acte de construction ou de destruction. Le Rov Auerbach fait remarquer qu'aucun des Pôsqim s'étant penchés sur le sujet de l'usage de l'électricité avant Hozôn `Ish n'a même jamais fait allusion à la possibilité qu'achever un circuit soit un acte de construction. En plus, il précise qu'il n'y a en fait aucune interdiction, pas même rabbinique, de transformer un objet « mort » ou inutile en un objet « vivant » ou utile à Shabboth. Fermer un circuit est comparable au fait de fermer une porte, un acte que la Halokhoh n'a jamais considéré comme une « construction » étant donné qu'une porte est justement destinée à être constamment ouverte et fermée. On rapporte d'ailleurs que c'est cet argument qui aurait amené le Rov Môshah Feinstein זצ״ל à rejeter la position du Hozôn `Ish. (Il convient de noter que le Rov Môshah Feinstein interdit l'usage de l'électricité, bien qu'il ne donne jamais dans ses écrits les raisons de sa position.)

L'écrasante majorité des Pôsqim s’aligne derrière le Rov Auerbach sur ce point, et tranche que l'on ne peut interdire l'électricité à Shabboth sur base de la position du Hozôn `Ish.

  1. Achever le confectionnement d'un appareil (Makkah Vappattish)

Certains Pôsqim croient qu'utiliser un appareil électrique transgresse la Mal`okhoh biblique de « Makkah Vappattish »9 (littéralement, « [le dernier] coup de marteau ». Cette Mal`okhoh est généralement comprise comme le fait d'apporter la dernière touche de quelque produit que ce soit et le rendre utilisable10). Sur la seule base de l'analogie, ces Pôsqim soutiennent qu'étant donné qu'un appareil électrique n'est pas fonctionnel avant qu'on y ajoute de l'électricité, l'introduction d'un courant électrique le transforme en un équipement fonctionnel et utilisable, ce qui est par conséquent interdit en raison du principe de « Makkah Vappattish ».

Le Rov Auerbach11 et le Rov Ya´aqôv Breisch12 s'opposent vigoureusement à cette position. Ils soutiennent qu'étant donné qu'un appareil est fabriqué de telle sorte qu'il soit fréquemment allumé et éteint, cette action ne peut être considérée comme du « Makkah Vappattish ». De plus, ils rappellent qu'il est un fait accepté qu'un acte ne peut être considéré comme un « Makkah Vappattish » que lorsque cet acte final est de nature permanente ou nécessite un grand effort. Mais puisque personne n'a normalement l'intention d'allumer de façon permanente un appareil électrique, et puisque allumer un appareil ne nécessite pas un grand effort, cet acte ne peut être considéré comme une transgression de la Mal`okhoh de « Makkah Vappattish ».

La majorité des Pôsqim sont d'accord pour dire que la Mal`okhoh de « Makkah Vappattish » ne peut être la source de l'interdiction d'allumer des appareils électriques.

  1. Les étincelles

La quatrième raison avancée pour interdire le fait d'allumer des appareils électriques à Shabboth est que l'ouverture ou fermeture mécanique d'un circuit électrique génère des étincelles. La règle générale est que la création d'étincelles est interdite en vertu de l'interdiction rabbinique de produire des étincelles à l'aide de bois ou de pierres.13 De très nombreux Pôsqim soutiennent donc qu'un appareil électrique qui génère des étincelles est de ce fait interdit.14

Cependant, un certain nombre de facteurs indiquent que cette interdiction rabbinique ne peut être appliquée aux étincelles créées en allumant ou éteignant des commutateurs mécaniques. Premièrement, ces étincelles sont créées sans intention (le concept de דבר שאינו מתכוון « Dovor Sha`énô Mithkavén – une chose qui n'est pas intentionnelle »), et aucune interdiction n'existe lorsqu'il n'y a pas d'intention explicite d'accomplir une Mal`okhoh à Shabboth, et même lorsqu'il est probable que cette Mal`okhoh se réalise. Deuxièmement, l'interdiction rabbinique de produire des étincelles ne s'applique que lorsque ces étincelles sont produites aux moyens de pierres ou de bois. Produire des étincelles en allumant ou éteignant des commutateurs électriques est donc une façon « anormale » d'accomplir l'acte ; or, tout acte interdit au niveau rabbinique est permis lorsqu'il est réalisé de façon « anormale » par rapport à ce qui est stipulé dans le décret rabbinique. Troisièmement, étant donné que ces étincelles sont si petites qu'on ne peut détecter aucune chaleur lorsqu'on les touche, et qu'elles ne sont en fait pas même visibles, il est possible que ces étincelles ne puissent même pas être considérées comme du feu. Quatrièmement, les avancées technologiques et les commutateurs sans étincelles (sans arc) rendent ce problème technologiquement discutable. Pour tout cela, le Rov Auerbach conclut15 : « au niveau pratique (Lahalokhoh), il n'y a pas même une interdiction rabbinique dans la création non intentionnelle d'étincelles ».

  1. La consommation supplémentaire de combustible

Un autre problème pour justifier l'interdiction de l'usage d'appareils électriques à Shabboth fut soulevé par l'auteur du Hokhmath La`ôr Halokhoh.16 Il écrit qu'achever un circuit et causer un flux de courant amène souvent du combustible supplémentaire à être consommé par la centrale électrique en raison de l'augmentation du besoin en électricité. Amener du combustible supplémentaire à être consommé devrait peut-être être classé dans la catégorie de l'interdiction de brûler, qui est une Mal`okhoh d'ordre biblique. Ainsi, il pourrait être interdit de causer une augmentation de courant à Shabboth.

Le Rov Auerbach17 s'oppose à cette opinion.18 Premièrement, on ne fait que causer indirectement une augmentation de la consommation de combustible, et nos Sages n'ont pas interdit les résultats indirects (le principe de גרמא « Garamo` »). Deuxièmement, une augmentation de la consommation de combustible n'est pas inévitable, ni même probable lorsqu'on allume un appareil, parce qu'il est statistiquement probable qu'au même moment, quelqu'un d'autre éteindra un appareil électrique, éliminant ainsi le besoin d'une augmentation du débit électrique. Or, lorsqu'il existe une possibilité qu'une Mal`okhoh se produise tout comme elle pourrait ne pas se produire, nos Sages permettent d'accomplir l'acte. Et enfin, les centrales électriques sont gérées par des non Juifs (et sont même souvent automatiques), et de ce fait l'interdiction n'existerait que si on ordonnait à un non Juif de transgresser le Shabboth pour nous, ce qui est une interdiction rabbinique.

  1. Chauffer un câble ou un filament

Une autre interdiction possible fut soulevée par le Hozôn `Ish.19 Il déclare que lorsque le courant passant par un câble augmente la température du câble au-delà du niveau où une main humaine reculera par réflexe en raison de la chaleur (le principe de יד סולדת בו « Yadh Soladath Bô »), c'est considéré comme un acte équivalent à la cuisson (Bishoul) et est donc interdit. Le Hozôn `Ish déclare que cette « cuisson » est interdite même lorsque la personne qui allume l'appareil n'est pas consciente du fait que cela se produit et n'avait l'intention d'opérer aucune « cuisson ».

Le Rov Auerbach20 s'oppose à sa thèse et déclare qu'un câble métallique ne peut être « cuit » que lorsqu'on a l'intention de ramollir (ou rendre malléable, voire même plus dur) le métal et qu'il rougit. En effet, c'est la définition-même que nos Sages21 donnent de cette Mal`okhoh, et c'est pourquoi le Ramba''m זצ״ל tranche ceci dans son Mishnéh Tôroh22 : המחמם את הברזל כדי לצרפו במים--הרי זה תולדת מבעיר, וחייב « Celui qui réchauffe un métal pour le durcir [par la suite, en le plongeant] dans l'eau a accompli un dérivé de [la Mal`okhoh d']allumer, et il est coupable ». Dans le cas qui nous intéresse, bien que le câble soit légèrement ramolli, une fois que l'électricité est éteinte le câble retrouve immédiatement son état originelle. Ce n'est donc pas une modification permanente, alors que la Mal`okhoh ne concerne que ce qui est permanent. En outre, celui qui allume un appareil n'a aucune intention de ramollir les câbles, et e ce fait cet acte ne peut être considéré comme une « cuisson » d'un point de vue halakhique. (Évidemment, si le filament chauffait suffisamment au point qu'il soit visible que le métal a effectivement rougi, tous seraient d'accord pour dire que c'est interdit.) Et enfin, avec les avancées technologiques, de moins en moins d'appareils utilisent des câbles qui sont chauffés (les tubes à vide), rendant cet argument factuellement obsolète !

Comme nous l'avons vu, tous les arguments avancés pour interdire l'usage des appareils électriques à Shabboth sont discutables, et certains même ne sont d'aucune justesse d'un point de vue strictement halakhique.

  1. Éteindre les appareils

Bien que les consensus entre les Pôsqim soit d'interdire d'éteindre des appareils électriques à Shabboth, les raisons avancées pour cette interdiction sont très peu claires. Des six raisons avancées plus haut pour interdire d'allumer des appareils électriques, les opposés de trois d'entre elles sont directement liés au fait d'éteindre des appareils. Ces trois raisons sont :

  1. Tout comme allumer un circuit est interdit en raison de la Mal`okhoh de Bônéh, éteindre un circuit est interdit en raison de la Mal`okh biblique de סטר « Satér » (détruire, démolir). (Le Hozôn `Ish ; voir la Raison 2, plus haut.)
  2. Éteindre un circuit, tout comme allumer un circuit, provoque des étincelles,c e qui est interdit en raison de la Mal`okhoh de מבעיר « Mav´ir » (allumer une flamme). (Voir la Raison 4, plus haut.)
  3. Retirer la chaleur d'un filament actuellement chaud est rabbiniquement interdit, soit en raison de l'interdiction d'éteindre une flamme, soit en raison d'une interdiction particulière de retirer du four une chose qui est en train de cuire. (Voir la Raison 6, plus haut.)

La validité et fiabilité de chacune de ces trois raisons dans le contexte de l'interdiction d'éteindre un appareil sont étroitement liées à la pertinence des raisons invoquées pour interdire d'allumer de tels appareils. Par exemple, si allumer un appareil électrique constitue réellement une violation de la Mal`okhoh de Bônéh, il est alors logique de soutenir qu'éteindre un appareil transgresse l'interdiction biblique complémentaire de celle-ci, à savoir la Mal`okhoh de Satér. De l'autre côté, si pour les raisons expliquées plus haut allumer un appareil ne constitue en rien la transgression de la Mal`okhoh de Bônéh, on ne peut alors pas invoquer la Mal`okhoh de Satér pour interdire d'éteindre un appareil électrique à Shabboth ! En outre, le Rov Auerbach déclare23 que quand bien même le Hozôn `Ish aurait raison de dire qu'allumer un appareil électrique constitue une violation de la Mal`okhoh de Bônéh, éteindre un tel appareil ne constitue pas forcément une transgression de la Mal`okhoh de de Satér !

  1. Conclusion

Les raisons avancées pour interdire l'usage de l'électricité à Shabboth sont divers. Elles vont de l'interdiction biblique de construire à Shabboth à l'interdiction rabbinique de créer quelque chose de nouveau. Mais au final, aucune de ces raisons ne tient vraiment la route, et c'est uniquement par « tradition » ou « habitude », sans aucune base précise dans les lois de Shabboth, que les gens se l'interdisent. Peu importe la base sur laquelle les gens s'appuient, la pratique majoritairement acceptée consiste généralement à interdire l'usage de l'électricité, même lorsqu'aucune lumière ou chaleur n'est générée.

Le Rov Auerbach24, après avoir rejeté tous les arguments avancés pour interdire l'usage de l'électricité lorsqu'aucune lumière ou chaleur n'est générée, conclut que les appareils électriques qui ne servent pas spécifiquement à produire de la chaleur ou de la lumière sont théoriquement permis à Shabboth et Yôm Tôv. Néanmoins, étant donné que l'écrasante majorité des Pôsqim disent que c'est interdit, il ne préconise de faire usage des appareils électriques que dans des situations d'urgence.

Néanmoins, même dans une situation qui ne serait pas « urgente », dès lors qu'il n'y a pas de transgression, et en dépit de l'opinion majoritaire, il n'est pas en soi interdit de faire usage de l'électricité à Shabboth pour toutes les explications données tout au long de cet article.

1Il convient de noter que même dans ces deux cas, faire usage de l'électricité pourrait tout à fait ne pas constituer une transgression du Shabboth. Nous y reviendrons dans un futur article, Dieu voulant
2C'est-à-dire, donner la touche final à un travail
3Béth Yishoq 2:31
4so` 23a
5Minhath Shalômôh, pages 71-74 ; Sis `Ali´azar 1:20:10, et les Pôsqim qui y sont cités ; Soulah Hohodhosh, Qountrés `Aharôn 1
6Responsa n°92
7Minhath Shalômôh, page 74
8Hozôn `Ish, `Ôrah Hayim 50:9 ; Ma`ôrôth Nothon 6:7 ; Lévoush Mordékhaï 3:25. Voir également la lettre que le Hozôn `Ish envoya au Rov Auerbach (imprimée dans Minhath Shalômôh, pages 92-94) dans laquelle il clarifie sa position
9Hozôn `Ish, `Ôrah Hayim 50:9 ; Mishpoté ´Ouzi`él 1:13 ; Sis `Ali´azar 6:6
10Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Shabboth 23:4
11Minhath Shalômôh, pages 69-73
12Halqath Ya´aqôv 1:53
13so` 33a
14Hozôn `Ish, `Ôrah Hayim 50:9 ; Malamadh Lahôl 1:49 ; Halqath Ya´aqôv 1:55 ; Minhath Yishoq 3:38
15Minhath Shalômôh, pages 86-87
16Hokhmath La`ôr Halokhoh 2:6
17Cité dans Shamirath Shabboth Kahilkhothoh 1:23, n°137
18Pour une perspective similaire à celle du Rov Auerbach, voir ´Aséh Lakho Rov 5:94
19Hozôn `Ish, `Ôrah Hayim 50:9
20Minhath Shalômôh, page 107
21Talmoudh, Shabboth 41a-b
22Hilkhôth Shabboth 12:1
23Minhath Shalômôh, pages 101-102

24Ibid., pages 74 et 84

vendredi 7 août 2015

Comment étudier convenablement ?

ב״ה

Comment étudier convenablement ?


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Ce qui suit est une lettre rédigée par le rabbin Pinhos Altschul (1747-1823), un disciple du Go`ôn de Wilno` זצ״ל et prédicateur de la ville de Polotsk, à l'adresse de ses enfants en guise d'instructions finales avant son décès concernant leur ´Avôdhath HaShem. Cet extrait fait partie de ses recommandations au sujet de l'étude de la Tôroh.

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Nos Sages disent1 : לעולם ישלש אדם שנותיו שליש במקרא שליש במשנה שליש בתלמוד מי יודע כמה חיי לא צריכא ליומי « On doit toujours diviser ses années en trois, [consacrant] un tiers à l’Écriture2, un tiers à la Mishnoh, et un tiers au Talmoudh. Peut-on savoir combien de temps on vivra ? Ceci se réfère aux jours3 ». Le TaNa''Kh précède la Mishnoh, et la Mishnoh précède la Gamoro` ; celui qui renverse cet ordre est un corps sans intelligence. L'injonction d'étudier le TaNa''Kh consiste à apprendre le livre d'un Prophète avec le commentaire de Rash''i et ensuite le repasser en revue plusieurs fois sans [le commentaire de] Rash''i, jusqu'à ce qu'il soit facile dans ta bouche4.

Même si tu l'étudies à plusieurs reprises avec [le commentaire de] Rash''i, ne fais pas l'effort de mémoriser tous les Midhroshim que cite Rash''i. La chose principale consiste à s'assurer d'avoir compris le Pashoutô Shal Miqro`5. C'est cela que tu dois mémoriser ! Rappelle-toi que ton but est d'étudier le TaNa''Kh, et non le Midhrosh. Si tu veux étudier le Midhrosh, fais-le séparément, car qu'est-ce que le Midhrosh a à voir avec la signification du verset ?

À cet égard, notre peuple s'est égaré ! À cause du Midhrosh, ils ne connaissent pas le TaNa''Kh. Plus encore, si tu interroges quelqu'un au sujet d'un verset, il pourra te raconter un Midhrosh sur lui mais ne connaît pas le sens du verset. Il ne saura même pas quel prophète l'a dit, à qui, pourquoi, quand, ou concernant quel exil ou consolation ; tout cela à cause des Midhroshim qui le troublent et créent la confusion dans son esprit. Toi, mon fils, prends soin de connaître la signification d'un verset, à qui il fut adressé, pourquoi, et à quel sujet, et ne te trouble pas avec les Midhroshim. Alors tu auras de la réussite...

Voici la façon appropriée d'étudier les `Aggodhôth6 : ton but doit être de comprendre comment la `Aggodhoh interprète un verset... Aussi, ton intention doit être de comprendre dans chaque verset quelle leçon éthique ou directive peut être déduite de chaque `Aggodhoh, car tous les bons traits de caractère et la piété véritable peuvent être découverts dans les mots des `Aggodhôth. Néanmoins, tu dois être conscient que l'intention de nos Sages en [rédigeant] les `Aggodhôth était de dissimuler les choses profondes. Par conséquent, ils se sont exprimés en allusions, en paraboles et en énigmes7, car c'est un honneur pour Dieu de dissimuler ces choses.

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Nous devrions tous prendre à cœur les paroles susmentionnées, car trop de Juifs ne prennent plus la peine d'étudier le TaNa''Kh et la Mishnoh, mais consacrent tout leur temps d'étude à la Gamoro` et les Midhroshim. Puis, nous nous étonnons que la majorité des Juifs sont dans l'égarement total concernant la Parole de Dieu (le TaNa''Kh) et la Halokhoh (la Mishnoh). Ils sont experts en philosophie, mais manquent complètement de connaissances scripturales et halakhiques, ce qui favorise toutes les hérésies, contradictions et erreurs dont nous sommes témoins au sein de notre peuple. En outre, le fait de favoriser les Midhroshim et les `Aggodhôth, et les prendre littéralement comme étant de vraies histoires, ajoute à la honte et transforme notre foi en une religion d'histoires à dormir debout, de fantaisies et de superstitions.

Qu'HaShem ait pitié de nous !

Pour d'autres articles sur les Midhroshim, voir ici et .

1Qiddoushin 30a
2Le TaNa''Kh
3Lorsque nos Sages disent que nos années doivent être divisées en trois, puisqu’un homme ne peut pas savoir à l'avance combien d'années il vivra, cela se réfère en fait au fait de diviser ses jours en trois. Il existe deux possibilités : 1) ou bien chacun consacrera deux jours de la semaine à l'étude du TaNa''Kh, deux jours de la semaine à l'étude de la Mishnoh, et deux jours de la semaine à l'étude du Talmoudh, 2) ou bien chacun consacrera chaque jour un tiers de sa journée à l'étude de l’Écriture, un deuxième tiers de sa journée à l'étude de la Mishnoh, et le dernier tiers de sa journée à l'étude du Talmoudh
4C'est-à-dire, jusqu'à ce que le livre aura été mémorisé
5Sens simple des versets de l’Écriture
6Les parties non halakhiques du Talmoudh, similaires aux Midhroshim

7En d'autres mots, il ne faut jamais faire l'erreur d'interpréter une `Aggodhoh ou un Midhrosh littéralement

jeudi 6 août 2015

Le Ramba''m et le rôle protecteur de la Mazouzoh

ב״ה

La Paroshoh avec le Ramba''m

Parashath ´éqav


Cet article peut être téléchargé ici.

  1. Introduction

Vers la fin de la Parashath ´éqav1, la Tôroh nous offre le deuxième paragraphe du Shama´ qui, comme ce fut également le cas pour le premier paragraphe (qui nous a été présenté dans la Paroshoh précédente2), se termine par la Miswoh de la Mazouzoh3 : וּכְתַבְתָּם עַל-מְזוּזוֹת בֵּיתֶךָ, וּבִשְׁעָרֶיךָ « Oukhathavtom ´al Mazouzôth Béthakho Ouvish´orakho – Et tu les inscriras sur les poteaux de ta maison et à tes portes ». L'obligation de « les » inscrire fait à l'évidence référence à ces deux passages bibliques que la Tôroh ordonne de placer, sous la forme d'un parchemin, sur les poteaux (montants) de sa maison et de ses portes.

Bien que le mot « Mazouzoh » signifie « poteau », et ne fait strictement pas référence au parchemin en lui-même, le mot en est arrivé à être utilisé (déjà dans le Talmoudh) en référence au parchemin, et nous allons donc adopter l'usage familier du terme, en dépit de son inexactitude technique.

  1. Rejeter le pouvoir protecteur de la Mazouzoh

Le Ramba''m ז״ל consacre deux chapitres de son Mishnéh Tôroh4 à l'explication des lois relatives à la Mazouzoh. Durant son exposition de ces lois, il rejette catégoriquement la fonction protectrice que l'on attribue souvent à la Mazouzoh5 :

Il est une coutume répandue d’écrire sur la face extérieure de la Mazouzoh, au niveau de l’intervalle entre les deux passages, [le nom de Dieu] « Shadday ». Cela n’est pas problématique, car [cet ajout] est fait sur la face extérieure [de la Mazouzoh]. En revanche, ceux qui écrivent sur la face intérieure des noms d’anges, des noms saints [de Dieu], des versets ou des formes, font partie de ceux qui n’ont pas part au Monde-à-Venir. En effet, [par cette pratique,] ces sots ne se contentent pas d’annuler la Miswoh, mais font d’une grande Miswoh, qui est [l’expression de] l’unité du nom du Saint, béni soit-Il, l’amour qui Lui est dû, et Son service, un talisman à leur propre profit, comme ils s’imaginent dans leur cœur stupide, que cela les aide dans les vanités du monde.
מִנְהָג פָּשׁוּט, שֶׁכּוֹתְבִין עַל הַמְּזוּזָה מִבַּחוּץ, כְּנֶגֶד הָרֵוַח שֶׁבֵּין פָּרָשָׁה לְפָרָשָׁה, שַׁדַּי; וְאֵין בְּזֶה הֶפְסֵד, לְפִי שְׁהוּא מִבַּחוּץ. אֲבָל אֵלּוּ שֶׁכּוֹתְבִין בָּהּ מִבִּפְנִים שְׁמוֹת מַלְאָכִים, אוֹ שְׁמוֹת קְדוֹשִׁים, אוֹ פָּסוּק, אוֹ חוֹתָמוֹת--הֲרֵי הֶן בִּכְלַל מִי שְׁאֵין לָהֶן חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא: שֶׁאֵלּוּ הַטִּפְּשִׁים, לֹא דַּי לָהֶם שֶׁבִּטְּלוּ הַמִּצְוָה; אֵלָא שֶׁעוֹשִׂין מִצְוָה גְּדוֹלָה, שְׁהִיא יֵחוּד שְׁמוֹ שֶׁלְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְאַהֲבָתוֹ וַעֲבוֹדָתוֹ, כְּאִלּוּ הִיא קָמִיעַ לַהֲנָיַת עַצְמָן, כְּמוֹ שֶׁעָלָה עַל לִבָּם הַסָּכָל שֶׁזֶּה דָּבָר הַמְּהַנֶּה בְּהַבְלֵי הָעוֹלָם

Le Ramba''m objecte face à la pratique consistant à ajouter des inscriptions mystiques au parchemin de la Mazouzoh pour deux raisons :

  1. Il tranche clairement que les gens qui utilisent de telles Mazouzôth n'accomplissent pas du tout leur obligation. Des inscriptions étrangères sur la face intérieure du parchemin le disqualifient, et de ce fait on ne peut satisfaire aux exigences de la Miswoh avec un tel parchemin.
  2. Il condamne cette pratique également sur des bases philosophiques. Ceux qui adhèrent à cette coutume ajoutaient apparemment ces noms ou versets sur la base d'une croyance selon laquelle la Mazouzoh leur fournit une protection ou leur garantie une bénédiction et la prospérité. Il estime qu'une telle pratique reflète une approche erronée qui réduit à néant l'institution même de cette Miswoh, en faisant par-là un talisman, une amulette, ou une espèce de porte-bonheur.

En tous les cas, invoquer des puissances spirituelles pour un gain personnel est, aux yeux du Ramba''m, une chose méprisable et une perspective hérétique de la nature de cette Miswoh.

Ailleurs, dans son Mishnéh Tôroh, le Ramba''m développe son objection face à cette approche d'une manière plus complète, en l'appliquant à toutes les Miswôth, et pas seulement au cas spécifique de la Mazouzoh6 :

Celui qui prononce une incantation sur une plaie ou récite des versets de la Tôroh, de même, celui qui récite [un verset] sur un enfant pour le préserver de la peur, et celui qui pose un rouleau de la Tôroh ou des Tafillin sur un enfant pour qu’il s’endorme, ne font pas seulement partie des augures et des charmeurs, mais [plus encore,] font partie de ceux qui nient la Tôroh, car ils considèrent les paroles de la Tôroh une guérison pour le corps, alors qu’elles sont une guérison pour l’âme, comme il est dit7 : « Elles seront la vie pour ton âme ». En revanche, une personne en bonne santé a le droit de réciter des versets et des psaumes afin d’être protégé par ce mérite, et d’être sauvé des malheurs et des dommages.
הַלּוֹחֵשׁ עַל הַמַּכָּה וְקוֹרֶא פָּסוּק מִן הַתּוֹרָה, וְכֵן הַקּוֹרֶא עַל הַתִּינוֹק שֶׁלֹּא יִבָּעֵת, הַמַּנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה אוֹ תְּפִלִּין עַל הַקָּטָן בִּשְׁבִיל שֶׁיִּישַׁן--לֹא דַּי לָהֶן שְׁהֶן בִּכְלַל חוֹבְרִים וּמְנַחֲשִׁים: אֵלָא שְׁהֶן בִּכְלַל הַכּוֹפְרִים בַּתּוֹרָה, שְׁהֶן עוֹשִׂין דִּבְרֵי תּוֹרָה רִפְאוּת גּוּף, וְאֵינָן אֵלָא רִפְאוּת נְפָשׁוֹת, שֶׁנֶּאֱמָר "וְיִהְיוּ חַיִּים, לְנַפְשֶׁךָ". אֲבָל הַבָּרִיא שֶׁקָּרָא פְּסוּקִין אוֹ מִזְמוֹר מִתִּלִּים, כְּדֵי שֶׁתָּגֵן עָלָיו זְכוּת קְרִיאָתָן, וְיִנָּצֵל מִצָּרוֹת וּנְזָקִים--הֲרֵי זֶה מֻתָּר

Le Ramba''m interdit de considérer les lois de la Tôroh comme un système mécanique de cause à effet qui apporte la santé, la sécurité ou d'autres avantages. Il insiste sur le fait que les Miswôth sont un moyen d'atteindre une « santé spirituelle » ; elles nourrissent et raffinent les âmes de ceux qui les accomplissent, et non leurs corps ou avoirs financiers. Il est vrai qu'il dit, à la fin de ce passage, que l'on peut réciter des versets bibliques pour obtenir des mérites grâce auxquels on pourrait jouir d'une bonne santé. Mais considérer que les Miswôth ou les objets des Miswôth possèdent des pouvoirs intrinsèques de protection physique ou de bénédiction physique et matérielle constitue, pour lui, rien d'autre que de l'hérésie. Il déclare sans détour que ceux qui utilisent la pratique des Miswôth de cette manière font partie de ceux qui ont mécru dans la Tôroh.

Quel est donc le but premier de la Miswoh de la Mazouzoh ? Le Ramba''m traite de cette question dans ses remarques de conclusion sur les lois relatives à la Mazouzoh8 :

Un homme doit être scrupuleux à [l’accomplissement du commandement de la] Mazouzoh, car c’est une obligation qui incombe constamment à tout un chacun. [Ainsi,] à chaque fois qu’il entrera et sortira [de chez lui], il se trouvera face à l’unité du nom du Saint, béni soit-Il, se souviendra de son amour pour Lui. Il se réveillera de son sommeil et de sa préoccupation dans les vanités du temps. Il prendra conscience qu’il n'y rien d’autre que la connaissance du Rocher du monde qui dure éternellement. Il reviendra ainsi immédiatement à ses esprits, et suivra le chemin des droits. Les sages d’antan ont dit : « Qui a des Tafillin sur sa tête et sur son bras, des Sisith à son vêtement, et une Mazouzoh sur sa porte, peut être assuré qu’il ne fautera point, car il aura de nombreux rappels. Ce sont des anges qui l’empêcheront de fauter, comme il est dit9 : ''Un ange du Seigneur est posé près de ceux qui Le craignent, et les fait échapper''. »
חַיָּב אָדָם לְהִזָּהֵר בַּמְּזוּזָה, מִפְּנֵי שְׁהִיא חוֹבַת הַכֹּל תָּמִיד. וְכָל עֵת שֶׁיִּכָּנֵס וְיֵצֵא, יִפְגַּע בְּיֵחוּד שְׁמוֹ שֶׁלְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא--וְיִזְכֹּר אַהֲבָתוֹ, וְיֵעוֹר מִשִּׁינָתוֹ וּשְׁגִּיָּתוֹ בְּהַבְלֵי הַזְּמָן; וְיֵדַע שְׁאֵין שָׁם דָּבָר הָעוֹמֵד לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים, אֵלָא יְדִיעַת צוּר הָעוֹלָם, וּמִיָּד הוּא חוֹזֵר לְדַעְתּוֹ, וְהוֹלֵךְ בְּדַרְכֵי מֵישָׁרִים. אָמְרוּ חֲכָמִים, כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ תְּפִלִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ, וְצִיצִית בְּבִגְדוֹ, וּמְזוּזָה בְּפִתְחוֹ--מֻחְזָק לוֹ, שֶׁלֹּא יֶחֱטָא: שֶׁהֲרֵי יֵשׁ לוֹ מַזְכִּירִים רַבִּים; וְהֶן הֶן הַמַּלְאָכִים שֶׁמַּצִּילִין אוֹתוֹ מִלַּחֲטֹא, שֶׁנֶּאֱמָר "חֹנֶה מַלְאַךְ-ה' סָבִיב לִירֵאָיו; וַיְחַלְּצֵם

D'après le Ramba''m, la fonction première d'une Mazouzoh est un rappel de Dieu et du peu d'importance relative des vanités du monde. Citant un passage talmudique10, le Ramba''m groupe la Mazouzoh dans la même catégorie que les Sisith et les Tafillin, qui sont trois Miswôth qui ont pour objectif de créer un système de rappels réguliers des obligations religieuses de l'Israélite.

Le regroupement de ces trois Miswôth est particulièrement instructif étant donné que la Tôroh elle-même renvoie explicitement à cette fonction comme étant le but véritable des Sisith et des Tafillin. Concernant les Sisith, la Tôroh elle-même déclare11 :

Cela formera pour vous des Sisith ; vous les verrez et vous rappellerez de tous les commandements de `adhônoy, et les accomplirez. Et vous ne vous égarerez pas après votre cœur et après vos yeux, derrière lesquels vous vous prostituez
וְהָיָה לָכֶם, לְצִיצִת, וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת-כָּל-מִצְו‍ֹת יהוה, וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם; וְלֹא-תָתוּרוּ אַחֲרֵי לְבַבְכֶם, וְאַחֲרֵי עֵינֵיכֶם, אֲשֶׁר-אַתֶּם זֹנִים, אַחֲרֵיהֶם

Le cœur et les yeux éloignent naturellement les gens du monde sublime et significatif de la Tôroh et des Miswôth, et mènent vers une recherche incessante du confort, des plaisirs et de la gratification. Les Sisith ont pour but de rappeler à l'homme sa mission spirituelle et l'empêcher par-là d'aveuglément se préoccuper et s'adonner aux vanités du monde.

De même, la Tôroh12 décrit les Tafillin comme étant un « signe » que l'on porte sur son corps, indiquant par-là que la fonction de cette Miswoh est de nous rappeler constamment de Dieu et Ses lois. (Rappelons donc au passage qu'en principe, les Tafillin doivent être portées toute la journée, si possible.)

D'après le Ramba''m, la Mazouzoh rejoint ces deux Miswôth comme étant un autre moyen de préserver une conscience continue de ses responsabilités religieuses. Quand on fixe des Mazouzôth à ses portes, on annonce par-là que c'est une maison qui sert HaShem ית׳ et dont les membres suivent Ses commandements. Selon lui, la Mazouzoh ne sert pas d'amulette de protection, mais est un rappel constant pour l'occupant de la maison qu'il est, ou doit être, un serviteur loyal du Tout-Puissant.

  1. La nature protectrice de la Mazouzoh démontrée par le Talmoudh

Comme de nombreux commentateurs du Mishnéh Tôroh l'ont fait remarquer, nous trouvons pourtant bel et bien dans la littérature talmudique un grand nombre de passages indiquant que la Mazouzoh remplit également une fonction protectrice. Il ne fait aucun doute que le récit le plus célèbre sur la nature protectrice de la Mazouzoh soit celui de `ounqélôs le converti ז״ל, rapporté au traité ´avôdhoh Zoroh 11a.

Mais au cas où quelqu'un pourrait en arriver à dire « Ce n'est qu'une histoire, et on ne déduit pas une Halokhoh d'un récit », dix pages auparavant, au traité Manohôth 33b, le Talmoudh parle de la nature protectrice de la Mazouzoh dans un contexte purement halakhique et non `aggadique. Là, le Talmoudh discute de la raison pour laquelle une Mazouzoh est placée au bord du poteau de la porte d'entrée, près du domaine public. Une des explications offertes est qu'on la place là « afin qu'elle le protège ». D'après cette explication, la Halokhoh exige de placer la Mazouzoh sur le bord extérieur du poteau de la porte d'entrée afin que les occupants de la maison puissent jouir de façon maximale des forces protectrices de la Mazouzoh, qui s'étendront même en-dehors des limites extérieures de la maison, et pas seulement lorsqu'on se trouve dans sa maison. En fait, tout de suite après cela, le Talmoudh rapporte un commentaire de Rébbi Haninoh ז״ל qui répète presque mot pour mot les propos de `ounqélôs, c'est-à-dire que par la Miswoh de la Mazouzoh HaShem se distingue des rois du monde ; les rois du monde restent dans leur palais tandis que des gardes sont chargés de leur protection. À l'inverse, HaShem, qui est pourtant le Roi des rois, est Celui qui protège Ses sujets grâce à la Mazouzoh tandis qu'ils sont sagement assis à l'intérieur de leurs maisons. Le Talmoudh attribut donc, sans l'ombre du moindre doute, une fonction de protection à la Mazouzoh.

Comment donc le Ramba''m a-t-il pu rejeter cette qualité protectrice de la Mazouzoh ?

  1. Réconcilier le Ramba''m avec le Talmoudh

Instinctivement, nous pourrions répondre que ce sujet fait débat parmi les Sages du Talmoudh et que le Ramba''m a décidé de s'aligner sur une opinion plutôt que l'autre. Comme nous l'avons précédemment mentionné, le Ramba''m conclut son exposition des lois relatives à la Mazouzoh en citant un passage talmudique qui garantie que la mise en application appropriée des Miswôth des Tafillin, des Sisith et de la Mazouzoh offre une protection spirituelle face au péché. Ce commentaire reflète clairement la perspective selon laquelle la Mazouzoh a une fonction éducative et spirituelle, mais ne sert pas à se protéger physiquement. De ce fait, peut-être que le Ramba''m se disait que les différentes sources talmudiques exprimaient différentes positions sur le sujet, et il a décidé de suivre l'école qui conçoit la Mazouzoh comme un rappel constant, plutôt qu'un protecteur.

Effectivement, en traitant de la raison pour laquelle on doit placer la Mazouzoh au poteau extérieur de sa maison, le Talmoudh cite deux opinions, dont seule la première (que nous avons citée plus haut) associe cette exigence halakhique à la fonction protectrice de la Mazouzoh. L'autre explication est celle-ci : « Afin que [lorsqu'il entre et sorte] il rencontre la Mazouzoh en premier ». Cette deuxième explication reflète assez bien la perspective du Ramba''m, puisqu'elle se focalise sur les bienfaits spirituelles et l'inspiration que l'on pourrait avoir en voyant la Mazouzoh. D'après cette opinion, les Sages désiraient s'assurer par cette Halokhoh que l'on tombe sur la Mazouzoh le plus tôt possible, lorsqu'on entre ou que l'on sort, afin de maximiser son influence. Il est donc possible de dire que les deux explications pourraient refléter une divergence d'opinion parmi les Sages talmudiques, et le Ramba''m a juste fait le choix de souscrire à l'opinion qui considère la Mazouzoh comme un rappel, et non un objet protecteur.

Mais en y regardant de plus près, il est difficile d'imaginer que le Ramba''m croyait qu'il existait un débat talmudique sur le sujet. Après tout, non seulement il rejette catégoriquement la nature et fonction protectrice de la Mazouzoh, mais il la considère en plus comme étant une hérésie, un reniement d'un fondement de la foi juive. Il est donc impossible d'imaginer qu'il ait pu qualifier d'hérétique une position pourtant soutenue dans le Talmoudh.

L'approche simple et brièvement développée par Rabbi Yôséph Qa`rô ז״ל, dans son Kasaph Mishnéh (qui est un commentaire sur le Mishnéh Tôroh), est plus probable. Il écrit que le Ramba''m s'opposait au fait d'attribuer des pouvoirs protecteurs intrinsèques à la Mazouzoh, mais que, par contre, il reconnaît que l'accomplissement appropriée de cette Miswoh peut nous faire mériter une protection et une bénédiction Divine. En vérité, le Ramba''m fait lui-même explicitement cette distinction dans le passage des Hilkôth ´avôdhoh Zoroh Wahouqqôth Haggôyim cité plus haut. Bien qu'il qualifie d'hérésie le fait de tenter de guérir une maladie avec des objets saints, il permet de réciter des Tahillim et d'autres versets bibliques pour obtenir un mérite par lequel jouir d'une protection Divine. De même, Rabbi Yôséph Qa`rô suggère que le rejet catégorique d'une capacité de protection intrinsèque à la Mazouzoh par le Ramba''m ne remet pas en cause la possibilité de jouir d'une protection Divine en récompense de l'accomplissement approprié de cette Miswoh.

Il est vrai que le Ramba''m insiste pour dire que la Mazouzoh ne peut en elle-même offrir la moindre protection, car au final, ce n'est qu'un objet. Elle sert donc de rappel de nos obligations, plutôt que d'une amulette protectrice. Néanmoins, comme pour n'importe quelle Miswoh, une mise en application appropriée de cette Miswoh peut effectivement nous rendre dignes d'une protection Divine. Ce n'est donc pas la Mazouzoh qui protège, mais HaShem qui nous protège à travers l'accomplissement de la Miswoh de la Mazouzoh. Et effectivement, les passages talmudiques susmentionnés insistent sur le fait que c'est HaShem qui protège l'Israélite par la Mazouzoh à sa porte, et non la Mazouzoh en elle-même, ni même les paroles inscrites dessus. La notion selon laquelle HaShem protège ceux qui accomplissent fidèlement Ses commandements n'est pas du tout incompatible avec le fait que le Ramba''m condamne ceux qui traitent la Mazouzoh comme une amulette ou un talisman. De telles personnes tombent dans le piège de croire que la Mazouzoh en elle-même, plutôt que le Tout-Puissant, les protège. C'est donc de la pure hérésie !

À l'évidence, il ne faut pas croire qu'accomplir les Miswôth est une garantie de jouir de la protection Divine. Le Makhilto`13 faire remarquer les souffrances terribles qui se sont abattues sur les Israélites en dépit de la présence des Mazouzôth à leurs portes. Il explique que cela se produit à cause de nos transgressions, qui nous font mériter des punitions en dépit de notre mise en pratique de cette Miswoh, ce qui indique bien encore que ce n'est pas la Mazouzoh en elle-même qui protège, mais HaShem qui décide de le faire ou pas, selon notre comportement vis-à-vis des commandements qu'Il nous a donnés. Si quelqu'un fixe une Mazouzoh à sa porte mais ne vit pas dans le même temps avec la conscience religieuse que la présence de la Mazouzoh est censée engendrer en lui, le mérite obtenu par l'accomplissement de cette Miswoh est annulé par ses fautes.

Il n'y a donc pas de contradiction entre le Talmoudh et le Ramba''m !

  1. Nous réveiller de notre sommeil

En conclusion, retournons un instant aux remarques de conclusions faites par le Ramba''m à la fin de son exposition des lois relatives à la Mazouzoh, où il présente de la façon suivante sa théorie quant à la fonction de cette Miswoh :

[Ainsi,] à chaque fois qu’il entrera et sortira [de chez lui], il se trouvera face à l’unité du nom du Saint, béni soit-Il, se souviendra de son amour pour Lui. Il se réveillera de son sommeil et de sa préoccupation dans les vanités du temps. Il prendra conscience qu’il n'y rien d’autre que la connaissance du Rocher du monde qui dure éternellement. Il reviendra ainsi immédiatement à ses esprits, et suivra le chemin des droits
וְכָל עֵת שֶׁיִּכָּנֵס וְיֵצֵא, יִפְגַּע בְּיֵחוּד שְׁמוֹ שֶׁלְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא--וְיִזְכֹּר אַהֲבָתוֹ, וְיֵעוֹר מִשִּׁינָתוֹ וּשְׁגִּיָּתוֹ בְּהַבְלֵי הַזְּמָן; וְיֵדַע שְׁאֵין שָׁם דָּבָר הָעוֹמֵד לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים, אֵלָא יְדִיעַת צוּר הָעוֹלָם, וּמִיָּד הוּא חוֹזֵר לְדַעְתּוֹ, וְהוֹלֵךְ בְּדַרְכֵי מֵישָׁרִים

D'après le Ramba''m, la Mazouzoh a pour but de réveiller l'homme « de son sommeil et de sa préoccupation dans les vanités du monde ». Cela nous transmet un message fondamental : un Israélite doit constamment prêter attention à ce qui l'entoure (les livres saints, les Sisith, les Tafillin, la Mazouzoh, etc.) et utiliser chaque situation comme une opportunité de réveil spirituel. Si quelqu'un mène sa vie attentivement, en prêtant l'oreille à ce qui l'entoure et en étant sensible aux signaux qui lui sont envoyés par les symboles qui l'entourent, la présence silencieuse de la Mazouzoh pourra alors effectivement causer chez lui une inspiration spirituelle lui faisant comprendre que rien ne vaut plus la peine dans ce monde que d'être au service du Tout-Puissant, et non du monde et ses artifices !

1Davorim 11:13-21
2Ibid., 6:4-9
3Ibid., 11:20
4Hilkôth Tafillin Oumazouzoh Waséphar Tôroh Chapitres 5 et 6
5Hilkôth Tafillin Oumazouzoh Waséphar Tôroh 5:4
6Hilkôth ´avôdhoh Zoroh Wahouqqôth Haggôyim 11:13
7Mishlé 3:22
8Hilkôth Tafillin Oumazouzoh Waséphar Tôroh 6:13
9Tahillim 34:8
10Manohôth 43b
11Bamidhbor 15:39
12Shamôth 13:9, 16 ; Davorim 6:8, 11:18

13Parashath Bô`
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