lundi 9 décembre 2019

Pourquoi n'y a-t-il aucune mention du ´ôlom Habbo` dans la Tôroh ?


בס״ד

Pourquoi n'y a-t-il aucune mention du ´ôlom Habbo` dans la Tôroh ?


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Nous avons consacré les trois précédents articles au sujet du ´ôlom Habbo`. Tous les philosophes juifs conviennent que la récompense ultime est le ´ôlom Habbo`, l'au-delà du monde à venir. Il est donc extrêmement déroutant que cette récompense ne soit mentionnée nulle part dans la Tôroh écrite. La Tôroh promet une grande récompense à ceux qui respectent les Miswôth qu'elle contient, mais cette récompense est terrestre et physique, incluant, par exemple, le succès militaire et économique, la longue vie et la bonne santé, et d'autres récompenses matérielles. Pourquoi la récompense ultime n'est-elle jamais mentionnée explicitement dans la Tôroh ?

De nombreuses réponses ont été apportées à cette question par les philosophes juifs à travers les époques, et nous en analyserons certaines.

  • Réponses techniques et / ou historiques

Un groupe de réponses est technique, ne se rapportant pas à l'essence du ´ôlom Habbo`, mais à la question de savoir s'il est nécessaire que la Tôroh l'enseigne. Par exemple, le Rov Sa´adhyoh Go`ôn ז״ל et le Rambo''n ז״ל expliquent que l'on peut logiquement déduire l'existence de l'au-delà à partir de la nature de l'âme humaine, qui n'est pas sujette à la destruction physique; mais on ne peut pas philosophiquement prouver que HaShem ית׳ accordera une récompense matérielle aux justes. Par conséquent, la Tôroh développe ces récompenses que nous n'aurions pas connues par nous-mêmes et omet celles qui peuvent être découvertes au moyen de la philosophie et de la réflexion.

Le Rov Hay Go`ôn ז״ל explique de la même manière qu'au moment où la Tôroh a été donnée, les Juifs avaient une longue tradition de croyance dans l'au-delà, et il n'était pas nécessaire de renforcer cette croyance.

Une approche très différente est suivie par le `ibn ´azro` ז״ל, qui explique que la Tôroh a été donnée à tout le peuple juif, et ne comprend donc que des idées compréhensibles par les masses. Les récompenses physiques sont facilement comprises par tout le monde, mais l'idée du ´ôlom Habbo` est très difficile à saisir, et elle est donc sous-entendue dans la Tôroh, mais pas discutée explicitement.

Le Kali Yoqor ז״ל mentionne également une autre explication technique, à savoir que HaShem savait qu'il y aurait ceux qui douteraient de la véracité de la Tôroh. Si la Tôroh s'était concentrée sur la récompense et la punition dans un monde futur, les cyniques auraient conclu que la Tôroh promet des choses que nous ne pouvons jamais vérifier ou voir de nos propres yeux car il n'y a en fait ni récompense ni punition. Pour contrer cette croyance erronée, la Tôroh promet des récompenses et des punitions concrètes que nous pouvons vérifier en analysant l'histoire, afin que tous les Juifs puissent croire en la Tôroh.

Le Hôvôth Hallavovôth ז״ל ajoute une dimension historique à l'explication citée ci-dessus du `ibn ´azro`. Il explique que lorsque les Juifs ont reçu la Tôroh pour la première fois, ils étaient intellectuellement peu raffinés et spirituellement immatures. Si la récompense ultime promise dans la Tôroh avait été quelque chose qu'ils ne pouvaient pas comprendre, ils n'auraient jamais pris l'engagement d'observer la Tôroh, qui n'aurait alors jamais été donnée. Par conséquent, HaShem ne promet explicitement que des récompenses matérielles, auxquelles les gens pourraient facilement se rapporter et qui les éveilleraient à un développement spirituel. Au fur et à mesure que les Juifs se sont développés spirituellement, ils sont devenus capables de déduire la promesse d'une vie après la mort à partir des indices disséminés dans la Tôroh et d'accepter cette croyance également.

Le Rov Sa´adhyoh Go`ôn suggère également une réponse historique, qui est que la nature de la Navou`oh (prophétie) est de se concentrer sur l'information qui est immédiatement nécessaire. Lorsque les Juifs ont reçu la Tôroh, le prochain défi était la conquête et le peuplement de la Terre d'Israël. Par conséquent, la Tôroh se concentre uniquement sur les récompenses et les punitions qui se rapportent à la qualité de leur existence nationale en Terre d'Israël, qui sont terrestres, pas d'un autre monde.

Une autre explication historique fascinante est donnée par le `abbarvna`él ז״ל, qui explique que lorsque la Tôroh a été donnée, les Juifs allaient bientôt être tentés par les croyances païennes des Cananéens, qui croyaient que le culte des dieux locaux apportait fertilité, santé, victoire militaire et autres formes de réussite matérielle. Les Cananéens ne croyaient cependant pas que leurs divinités promettaient une vie après la mort. Par conséquent, il n'était pas nécessaire de se concentrer sur l'au-delà, car il n'y avait aucune tentation d'adorer d'autres forces afin de mériter un au-delà. Plutôt, il était nécessaire que la Tôroh enseigne que les Juifs ne devraient pas adorer les dieux cananéens afin d'atteindre la fertilité et d'autres succès matériels, car seul le culte du vrai Dieu (HaShem) mériterait une bénédiction matérielle, et le culte des idoles serait puni de destruction physique.

Bien sûr, toutes ces explications conviennent que HaShem inclut la croyance en un ´ôlom Habbo` dans la Tôroh ; mais Il le fait au moyen d'indices qui seraient élucidés par les Sages, en utilisant les méthodes traditionnelles d'interprétation exégétique, telles que nous les trouvons dans le Midhrosh et la Gamoro`. Ces philosophes expliquent simplement pourquoi la doctrine de l'au-delà n'est pas mentionnée explicitement dans la Tôroh écrite.

  • Réponses substantielles

Beaucoup de philosophes juifs ont suggéré des réponses plus substantielles à ce problème qui se rapportent à la nature et au but de l'au-delà et de la Tôroh elle-même. Nous allons à présent les passer en revue.

    • Le `abbarvna`él : ´avôdhoh Lishmoh

Le `abbarvna`él cite l'opinion du Rambo''m ז״ל selon qui nous ne sommes pas censés garder les Miswôth afin de recevoir les récompenses matérielles promises par la Tôroh. Cela constituerait une עֲבוֹדָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ « ´avôdhoh Shallô` Lishmoh », c'est-à-dire, servir HaShem pour des arrière-pensées. L'intention de la Tôroh, quand elle mentionne des récompenses matérielles, est de promettre que si nous accomplissons les Miswôth, HaShem nous facilitera la tâche pour accomplir plus de Miswôth et apprendre plus de Tôroh, en nous libérant de l'oppression, de la maladie et de la pauvreté.

Se basant sur cela, le `abbarvna`él explique que la Tôroh ne mentionne pas de récompense ou de punition dans l'au-delà parce que nous ne devrions pas servir HaShem pour la récompense. La Tôroh mentionne seulement les conséquences matérielles dans ce monde parce qu'elles ne sont pas conçues comme des récompenses, mais plutôt comme des opportunités de servir davantage HaShem. On doit servir HaShem dans le but d'élargir et d'approfondir notre ´avôdhath HaShem, pas dans le but de récolter des bénéfices personnels. La vraie récompense et la punition, par conséquent, sont volontairement omises de la Tôroh afin de nous enseigner le principe philosophique selon lequel il faut servir HaShem par de purs motifs, pas pour un gain personnel.

    • Séphar Ho´iqqorim : Récompense collective

Le Séphar Ho´iqqorim suggère une autre explication philosophique, soulignant que la Tôroh se concentre sur la récompense et la punition collectives du peuple juif, par opposition à l'individu. Par conséquent, la Tôroh ne mentionne pas la récompense et la punition dans l'au-delà, car dans l'au-delà, chaque individu est jugé indépendamment et il n'y a pas de récompense ou de punition collective. Dans ce monde, cependant, le succès physique et matériel est accordé à une nation juste même si certains de ses membres sont impies, et ils partagent naturellement le succès et la prospérité de leur nation. De même, les châtiments physiques et matériels seront infligés à une nation impies, et même les justes parmi eux souffriront nécessairement avec leurs compatriotes. La Tôroh ne mentionne donc que la récompense et la punition de ce monde, afin de n'orienter son attention que sur le collectif juif.

D'après le Séphar Ho´iqqorim, il ressort que la Tôroh est disposée à omettre la mention explicite de l'un des principes de la foi juive afin d'éviter de se concentrer sur l'individu par opposition à la nation. Ceci est compréhensible dans le contexte d'une conception particulière de la nature de la Tôroh. La Tôroh n'est pas une alliance entre HaShem et un individu, mais plutôt entre HaShem et le peuple juif dans son ensemble. Un Juif est astreint à six cent treize Miswôth, contrairement à un Noahide, non pas à cause de sa dignité individuelle, mais parce qu'il est un membre du peuple qui conclut une alliance avec HaShem au Mont Sinaï et reçoit la Torah. Il n'est donc pas étonnant que la Tôroh regorge de promesses de réussite et de prospérité nationales, ainsi que de menaces de défaite et d'exil nationaux. Mettre l'accent sur la récompense et la punition individuelles minerait la nature même de la Tôroh.

    • Le Mahara''l : Focalisation sur le monde physique

Une explication philosophique alternative, et peut-être encore plus fondamentale, est avancée par le Mahara''l. Il explique que le but de la Tôroh n'est pas d'enseigner sur les royaumes célestes, mais de perfectionner le monde physique. La Tôroh contient toutes les instructions nécessaires pour amener ce monde à la perfection, et les récompenses mentionnées dans la Tôroh font partie du plan de perfectionnement de ce monde. Si nous nous perfectionnons en gardant les Miswôth, cela améliorera le monde non seulement éthiquement, moralement et spirituellement, mais même médicalement, agricolement et économiquement. La Tôroh ne mentionne que les effets salutaires des Miswôth dans ce monde, car le but de la Tôroh est d'améliorer ce monde. Étant donné que le ´ôlom Habbo` est déjà parfait et n'a besoin d'aucune amélioration, la Tôroh omet toute mention du monde futur. La Tôroh ne vise pas à nous enseigner quelles récompenses nous gagnerons en gardant les Miswôth qu'elle contient, mais plutôt ce que nous pouvons améliorer et perfectionner au moyen de ces Miswôth, et cette tâche n'est pertinente que dans ce monde.

Selon le Mahara''l, la Tôroh est spécifiquement un document de ce monde, non pas parce que ce monde est plus grand que le monde à venir, mais plutôt parce que ce monde est défectueux et imparfait. Bien que la plus grande récompense pour un être humain puisse être la béatitude éternelle du ´ôlom Habbo`¸, la plus grande réussite de la Tôroh n'est pas de nous amener au ´ôlom Habbo` mais d'apporter la piété et la spiritualité dans ce monde imparfait.

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