jeudi 4 décembre 2014

Quand la `Aggodoh et la Qabboloh prennent le dessus sur la Halokhoh

בס״ד

Récitation du Shéma' : Quand la `Aggodoh et la Qabboloh prennent le dessus sur la Halokhoh



Dans cet article, nous allons parler de deux pratiques malheureusement très répandues qui concernent pourtant l'une des Miswôth les plus importantes de la vie quotidienne de l'Israélite, à savoir, la récitation du Shéma'.

Dans la majorité des synagogues où le Shéma' est récité au sein d'un Minyon, les Mithpallélîm (ceux qui prient, les fidèles) attendent que le Hazzon répète à voix haute les deux derniers mots du dernier paragraphe du Shéma', c'est-à-dire, ה׳ אלקיכם « HaShem `Èlôqéikhèm », suivis du mot אמת « `Èmèth », qui est en fait le premier du paragraphe suivant. Le problème le plus évident (mais il n'est apparemment pas suffisamment évident pour tous) est que cette pratique n'est pas recommandée par la Halokhoh, qui préfère qu'on ne répète pas deux fois deux fois de suite le même verset ou le même mot lorsqu'on récite le Shéma' !

Cette Halokhoh tire sa source d'un passage talmudique (que nous citerons par la suite) et est mentionnée aussi bien par le Rambam זצ״ל que par le Méhabbér זצ״ל. Le premier cité écrit ceci dans son Mishnéh Tôroh :

Hilkhôth Qiryath Shéma' 2:11
S’il récite un verset et le récite une seconde fois, cela est répréhensible. S’il récite un mot et le répète, comme par exemple « Shéma', Shéma' », on le fait taire.
קָרָא פָּסוּק וְחָזַר וּקְרָאוֹ פַּעַם שְׁנִיָּה, הֲרֵי זֶה מְגֻנֶּה; קָרָא מִלָּה אַחַת וּכְפָלָהּ, כְּגוֹן שֶׁקָּרָא שְׁמַע שְׁמַע, מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ

Quant au deuxième, il écrit ceci dans son Shoulhon 'Oroukh :

`Ôrah Hayîm 61:9
Il est interdit de dire « Shéma' » deux fois, que l'on ait répété les mots en disant « Shéma' Shéma' », ou que l'on ait répété le premier verset1.
אסור לומר שמע ב' פעמים בין שכופל התיבות שאומר שמע שמע בין שכופל הפסוק ראשון

Il y a donc une différence notoire entre les deux : concernant celui qui récite deux fois de suite un même verset, le Rambam dit juste que c'est un acte répréhensible, mais pas pas totalement interdit, tandis qu'il indique clairement que répéter deux fois de suite un mot comme par exemple « Shéma', Shéma' » est interdit. Quant au Méhabbér, il écrit que dans les cas deux cas, c'est interdit.

Cette Halokhoh tire sa source du passage talmudique suivant :

Bérokhôth 33b
Rabbî Zéiro`2 a dit : « Quiconque dit Shéma' Shéma', c'est comme dire Môdîm Môdîm ». Une objection fut soulevée : « Celui qui récite le Shéma' et le répète, cela est répréhensible ». Il est répréhensible mais nous ne le faisons pas taire ? Il n'y a pas de contradiction : dans un cas il répète chaque mot tel quel3, et dans l'autre cas chaque verset tel quel4.
אמר ר' זירא כל האומר שמע שמע כאומר מודים מודים דמי מיתיבי הקורא את שמע וכופלה הרי זה מגונה מגונה הוא דהוי שתוקי לא משתקינן ליה לא קשיא הא דאמר מילתא מילתא ותני לה והא דאמר פסוקא פסוקא ותני ליה

Cette Gémoro` est le commentaire d'une Mishnoh qui enseigne que si quelqu'un dirige la prière et qu'on l'entend dire מודים מודים « Modîm Modîm » (Nous Te remercions, nous Te remercions) dans l'avant-dernière bénédiction de la 'Amîdoh, on doit le faire taire, car en disant « dîm Môdîm », il donne l'impression de s'adresser à deux dieux. Partant de cette Halokhoh, Rov Zéiro` enseigne que la même règle s'applique lorsque quelqu'un déclare שמע שמע « Shéma' Shéma' » (Écoute, écoute), car il donne l'impression de s'adresser à deux divinités. Mais la Gémoro` enseigne qu'il n'en est pas de même pour celui qui répète deux fois de suite le premier verset du Shéma'.

Ainsi, le Rambam rapporte fidèlement ce passage talmudique, tandis que le Méhabbér va plus loin que ce qui est écrit, et interdit même la répétition d'un même verset.

À noter que HaRov Môshèh Feinstein זצ״ל tranche de manière plus stricte encore que le Méhabbér et écrit5 que même lorsqu'on chante des prières, on ne doit pas répéter des mots à l'inverse de ce que font de nombreux Hazzonîm, bien qu'en soit cela ne constitue pas une interruption.

À noter également que bien que Rashî tranche l'inverse de ce qui est dit dans la Gémoro`, c'est-à-dire, il tranche qu'on doit faire taire celui qui répète des phrases, tandis qu'on doit seulement émettre des critiques à l'égard de celui qui répète des mots, nous pouvons voir que dans tous les cas procéder à des répétitions de mots ou de phrases en récitant le Shéma' est une pratique qui n'est définitivement pas acceptable Lékhatéhilloh !

Mais malgré qu'il admet lui-même que des mots ne doivent pas être répétés lorsqu'on récite le Shéma', le Méhabbér permet cette pratique consistant à attendre que le Hazzon répète à voix haute les mots ה׳ אלקיכם אמת « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth ». En effet, voici ce qu'il écrit un peu plus loin dans son Shoulhon 'Oroukh :

Orah Hayîm 61:3
Dans la récitation du Shéma', il y a 245 mots, et afin d'atteindre 248 mots pour que cela correspondent aux organes du corps humain, le Shalîah Sibbour doit terminer [e Shéma'] par « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth » et répète [ces mots] en les disant à voix haute6.7 Si quelqu'un récite [le Shéma'] seul, il doit avoir à l'esprit que les 15 « Wow » qui se trouvent dans « `Èmèth Wéyasîv », ce qui fait 90, correspondent au Nom d'HaShem fois trois, puisque chaque nom vaut 26 + les quatre lettres de chaque mot, c'est-à-dire (26+4) X3 = 90.
בקריאת שמע יש רמ"ה תיבות וכדי להשלים רמ"ח כנגד איבריו של אדם מסיים שליח צבור ה' אלהיכם אמת וחוזר ואומר בקול רם ה' אלהיכם אמת: ואם הוא קורא ביחיד יכוין בט"ו ווין שבאמת ויציב שעולים צ' והם כנגד ג' שמות ההויה שכל שם עולה כ"ו וד' אותיותיו הם ל״

Commentant cette règle, le Ramo` זצ״ל donne une autre interprétation « kabbalistique » des quinze Wow qui se trouvent dans la bénédiction de « `Èmèth Wéyasîv »8, puis il écrit ceci :

Et il y en a qui ont écrit que quiconque fait la récitation du Shéma' seul doit dire « `Él Mèlèkh Nè`èmon. Shéma', etc. », parce que ces trois mots supplémentaires donnent un total de 248 mots et remplacent également le « `Omén » que l'on doit répondre après « Boroukh... Habbôhér Bé'ammô Yisro`él Bé`ahavoh »9, et telle est notre coutume. Il me semble que, de toute façon, lorsqu'on récite [le Shéma'] avec la communauté, on ne doit pas dire « `Él Mèlèkh Nè`èmon » . On dit plutôt « `Omén » après que le Shalîah Sibbour ait terminé la [deuxième] bénédiction [qui précède le Shema'], et telle est notre coutume, et elle est correcte.
ויש שכתבו דכל הקורא קריאת שמע ביחיד יאמר אל מלך נאמן שמע וגו' כי ג' תיבות אלו משלימין המנין של רמ"ח והוא במקום אמן שיש לענות אחר ברוך הבוחר בעמו ישראל באהבה וכן נוהגין ונראה לי מכל מקום כשקורא עם הצבור לא יאמר אל מלך נאמן רק יאמר אמן אחר השליח ציבור כשמסיים הברכה וכן נוהגין ונכון הוא

La source de cette pratique consistant à répéter « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth » ou à dire אל מלך נאמן « `Él Mèlèkh Nè`èmon » remonte au tout début de l'ère des Ri`shônîm. Le Ra`avyoh זצ״ל (décédé en 1225) cite un pseudo passage du Talmoud Yérousholmî selon quoi le Shéma' possède 245 mots. Les Rabbonîm auraient préconisé d'ajouter les mots « `Él Mèlèkh Nè`èmon » pour arriver à un total de 248 mots, 248 étant le nombre des organes composant le corps humain. L'idée derrière cela est que la Miswoh de la récitation du Shéma' protègerait les organes de celui qui le récite. Sauf que ce passage du Talmoud Yérousholmî n'est mentionné par personne d'autre, sans compter le fait qu'il ne se trouve dans aucune des éditions connues que nous avons ! (Ce n'est pas surprenant, puisque nous avons de nombreux autres cas de pratiques frauduleuses adoptées par une grande partie des Juifs qui sont basés sur des citations du Talmoud Yérousholmî que nous n'avons pas et qui ont été faites par certaines des premiers Ri`shônîm. L'un des cas d'une telle tromperie est l'affirmation selon laquelle les bénédictions de « Boroukh Shè`omar » et « Yishtabah » seraient citées dans le Yérousholmî, alors qu'un tel passage n'existe pas dans les versions que nous avons, et qu'il est une évidence que ces deux bénédictions n'existaient pas du tout dans les temps talmudiques.) Le choix des mots אל מלך נאמן « `Él Mèlèkh Nè`èmon » n'est pas un hasard, puisque les Ré`shéi Tévôth de cette phrase forment le mot אמן « `Omén », considéré être une réponse appropriée à la fin de la bénédiction qui précède le Shéma'.

Apparemment, cette pratique consistant à ajouter « `Él Mèlèkh Nè`èmon » vit le jour en Allemagne, où vivait le Ra`avyoh, et se répandit ensuite en Espagne comme nous pouvons le voir de l'analyse faite par le Ramban10 זצ״ל sur ce sujet. Le Ramban lui-même a une anecdote assez intéressante pour expliquer la base de cette pratique. Il écrit que dans les époques antérieures, où il était plus courant que les gens qui composaient l'assemblée ne connaissaient pas du tout la liturgie, la coutume était que le Hazzon récite lui-même à haute voix les Bérokhôth. Quant au Shéma', qui était connu de tous, chacun devait le réciter par lui-même, comme l'exige la Halokhoh. Par conséquent, en guise de « `Omén » à la Bérokhoh du Hozzon ils disaient « `Él Mèlèkh Nè`èmon » ! Avec le temps, c'est devenu le Minhag que chacun agisse ainsi. En d'autres mots, c'est un Minhag basé sur la pratique des 'Améi Hor`orès, ce qui, d'un point de vue halakhique, n'a aucun fondement valable !

Le Tour זצ״ל (Rabbénou Ya'aqôv bèn `Ashèr, 1270-1340), dans son « `Arba' Tourîm »11, rapporte une Responsa de Rabbî Mé`îr bèn Tôdrôs HaLéwî `Aboulafia זצ״ל (le Ramah, 1170-1244), qui considère ce Minhag, consistant à dire, en guise de « `Omén », la phrase « `Él Mèlèkh Nè`èmon » entre la fin de la deuxième Bérokhoh qui précède le Shéma' et le Shéma' en lui-même, comme une pratique erronée. Premièrement, on ne peut pas répondre « `Omén » à sa propre Bérokhoh (à quelques exceptions près. Mais ce cas-ci n'entre pas dans les cas d'exception). Deuxièmement, on fait mention en vain du Nom d'HaShem (dans ce cas-ci, le Nom « `Él »). Et troisièmement, on crée un Héfséq (interruption) entre la Bérokhoh et la Miswoh du Shéma' ! De la façon dont le Tour rapporte cette Responsa du Ramah, il est évident qu'il est d'accord avec lui et qu'il considère lui aussi ce Minhag comme une pratique erronée, sans fondement, et qui contrevient à la Halokhoh. Néanmoins, cette pratique s'est maintenue, comme nous le verrons.

Le Méhabbér, dans son Béith Yôséf, rapporte qu'à son époque (il est né en 1488 et est décédé en 1575) c'était déjà la coutume que le Hazzon répète les mots « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth » à la fin du dernier paragraphe du Shéma'. Il explique qu'étant donné que la coutume de dire « `Él Mèlèkh Nè`èmon » a été démontrée être une pratique fallacieuse, mais qu'on estimait néanmoins qu'il était important de trouver un moyen d'atteindre les 248 mots dans le Shéma', il fut décidé de remplacer « `Él Mèlèkh Nè`èmon » par la répétition de « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth ». Il cite alors un passage du Zôhar comme base de cette nouvelle pratique !

Cela démontre davantage que le Zôhar ne peut pas avoir été rédigé par Rabbî Shîm'on bèn Yôho`y זצ״ל, car cette pratique n'existait pas du tout dans les temps talmudiques ! (Pour un article sur la question de la paternité du Zôhar, voir ici.) Le Méhabbér cite donc dans son Béith Yôséf le Tîqqounéi Zôhar qui dit explicitement que les Rabbônîm des temps anciens avaient un Minhag de dire « `Él Mèlèkh Nè`èmon ». Mais comme ils avaient un problème avec cela, ces mêmes Rabbonîm instituèrent la nouvelle pratique consistant plutôt à répéter « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth » ! Ce passage ne tient pas la route une seule seconde, d'autant plus que le Talmoud considère répréhensible le fait de répéter deux fois une même phrase durant la récitation du Shéma' ! Puis, le Méhabbér cite un très long passage du Zôhar pour appuyer cette pratique.

Apparemment, dans le Minhag `Ashkénazî, la pratqiue consistant à réciter « `Él Mèlèkh Nè`èmon » fut maintenue (voir plus haut le Ramo`, qui dit que cette phrase n'est cependant dite que par celui qui récite le Shéma' seul, mais pas en communauté), et à Francfort on ne répétait pas la phrase « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth » ; c'est uniquement le mot « `Èmèth » qui était prononcé à voix haute par le Rov de la synagogue. Le Rov Yôséf Qa`ppah זצ״ל, dans sa collection de Responsa en trois volumes, a imprimé une Responsa rédigée par HaRov Môshèh Saroum זצ״ל, le dernier Rov de Sana'a, la capitale et plus grande vielle du Yémen, qui affirme lui aussi que répéter « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth » est un nouveau Minhag introduit par les « Kabbalistes », et que le Minhag yéménite normatif est de ne dire ni « `Él Mèlèkh Nè`èmon », ni « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth ».

Ce qui est fascinant dans tout cela est que le long passage du Zôhar rapporté par le Méhabbér est en tout point identique à ce qui fut trouvé dans des écrits de Rabbî Môshèh de Léon bien avant qu'il ne publie le Zôhar ! Belle coïncidence qui appuie davantage le fait qu'il est lui-même l'auteur du Zôhar, et non Rabbî Shim'on bèn Yôhô`y, un fait que sa propre épouse et d'autres de ses proches ont admis après son décès ! Et il est facile de démontrer que Rabbî Môshèh de Léon fut le tout premier à suggérer cette pratique erronée, qui contrevient à plusieurs Halokhôth. Le Ramban, qui était pourtant un grand kabbaliste, n'avait aucune tradition du Minhag de « HaShem `Èlôqéikhèm `Èmèth », lui-même rejetait la pratique consistant à dire « `Él Mèlèkh Nè`èmon », et il ne trouvait pas nécessaire d'avoir 248 mots dans le Shéma' ! Lorsque la pseudo « Qabboloh » du Zôhar commença à se répandre, et que ces idées commencèrent à s'emparer de la communauté juive, elles devinrent si puissantes qu'elles ont prévalu en dépit de toutes les objections halakhiques que l'on pourrait apporter. S'assurer que les organes du corps humain soient protégés est apparemment un impératif irrésistible !

Cela illustre également à quel point le Méhabbér était prêt à accepter des pratiques « kabbalistiques », même lorsqu'elles contredisent la Halokhoh et ses propres Pésaqîm !

La deuxième pratique discutable relative à la récitation du Shéma', et qui est très répandue dans les communautés juives d'aujourd'hui, consiste à ajouter dans les bénédictions du Shéma' des Pîyoutîm (poèmes liturgiques), tel que אל אדון « `Él `Odôn », qui fut composé en `Èrès Yisro`él durant le Moyen-Âge et qui suit l'ordre du `Aléf-Béith. Il est généralement récité lors de l'office du Shabboth matin en plein milieu de la première bénédiction qui précède le Shéma'. Mais cette pratique est contraire à la Halokhoh, qui interdit de faire des interruptions durant la récitation du Shéma' (si ce n'est pour répondre à la salutation d'un roi qui droit de vie ou de mort, et qui risquerait donc de nous faire tuer si l'on ne lui répondait pas). D'ailleurs, le Méhabbér lui-même s'oppose à cette pratique consistant à insérer des Pîyoutîm dans les bénédictions. Dans son Shoulhon 'Oroukh, il écrit ceci :

Orah Hayîm 68:1
Il y a des lieux12 où [certains ont la pratique] de faire des interruptions dans les bénédictions de la récitation du Shéma' afin de dire des Pîyoutîm. Il convient de s'abstenir de les dire, parce qu'ils sont une interruption.
יש מקומות שמפסיקים בברכות קריאת שמע לומר פיוטים ונכון למנוע מלאמרם משום דהוי הפסק

Le Rambam a écrit la même chose dans l'une de ses Responsa. En d'autres mots, si on se trouve dans une Synagogue où la communauté locale a la coutume d'entonner des Pîyoutîm en plein milieu des bénédictions du Shéma', comme c'est le cas dans la majorité des communautés d'aujourd'hui, on doit, d'après le Rambam et le Méhabbér, s'abstenir de chanter avec la communauté, car si on chante, on aurait fait une interruption en plein milieu d'une bénédiction, ce qui n'est évidemment pas permis. En outre, la Mishnoh ne permet pas de s'interrompre en plein milieu d'une partie, sauf pour quelqu'un dont on craint que si on ne répondait pas à sa salutation, il en viendrait à nous tuer.13

Mais le Ramo` tranche de la façon suivante :

Et il y en a qui disent qu'il n'y a là aucune interdiction, et telle est la coutume en tous les lieux de les dire. Et celui qui est indulgent et ne les dit pas ne perd rien. Néanmoins, on ne doit pas être occupé par autre chose14. Même par des paroles de Torâh il est interdit de s'interrompre et de s'en occuper tout le temps où le Shalîah Sibbour dit les Pîyoutîm, et il est certainement interdit de s'adonner à une discussion futile. En tous les cas, celui qui étudie en pensée, c'est-à-dire, qui regarde dans un livre15, ce n'est pas une interdiction, car penser n'est pas la même chose que parler.16 On craint néanmoins qu'au milieu [de ses pensées] il en arrivera à parler.17 Par conséquent, un homme ne doit pas se distinguer de l'assemblée dans un endroit où ils ont la coutume de les dire. Il les dira avec eux.
יש אומרים דאין איסור בדבר וכן נוהגין בכל המקומות לאמרם והמיקל ואינו אומרם לא הפסיד. ומכל מקום לא יעסוק בשום דבר אפילו בדברי תורה אסור להפסיק ולעסוק כל זמן שהצבור אומר פיוטים וכל שכן שאסור לדבר שום שיחה בטילה ומכל מקום מי שלומד על ידי הרהור שרואה בספר ומהרהר לית ביה איסורא דהרהור לאו כדיבור דמי אלא שמתוך כך יבואו לדבר ויבואו לידי הפסק ועל כן אין לאדם לפרוש עצמו מהציבור במקום שנהגו לאמרם ויאמר אותם עמהם

En d'autres mots, si quelqu'un est réellement capable de garder le silence jusqu'à ce que l'assemblée ait terminé de chanter les Pîyoutîm, qu'il estime être une interruption dans la récitation des bénédictions relatives au Shéma', et sait faire preuve de patience en attendant qu'ils aient fini, le Ramo` tranche qu'il pourra alors s'abstenir de les réciter avec l'assemblée. Dans le cas contraire, mieux vaudrait pour lui qu'il les chante avec l'assemblée. (Il convient de remarquer que bien que le Ramo` approuve cette pratique de chanter des Pîyoutîm en plein milieu des Bérokhôth du Shéma', on peut déduire des mots qu'il emploie qu'il estime que la position de ceux qui s'y opposent est valable.)

L'une des raisons principales, si pas la plus importante, pour lesquelles les prières communautaires du Shabboth matin durent si longtemps, est le nombre impressionnants d'ajouts inutiles ! HaRov Yéhoudoh Barcélônî זצ״ל, dans son Séfèr Ha`Îtîm (pages 250-251) a critiqué le Minhag consistant à ajouter les longs paragraphes de « Hakkol Yôdoukhoh », « `Él `Odôn 'Al Kol Hamma'asîm », dans la première Bérokhoh de la récitation du Shéma'. Et il donne de nombreux arguments pertinents à cette opposition. Mais il oublie de mentionner un des arguments les plus évidents : ces ajouts dans la liturgie sont un fardeau inutile sur la communauté en termes de temps. Si on ajoute à ces longs paragraphes d'autres Pîyoutîm non nécessaires comme « `Anîm Zémîrôth », la répétition trop fréquente du Qaddîsh, même à des endroits de l'office où il ne doit pas être récité (voir Responsa du Rambam n°208), et les très longs et répétitifs « Mî Shèbbérakh » que les `Ashkénazîm récitent entre chaque `Alîyoh, pour ne mentionner quelques exemples, on se rend alors compte que si tous les ajouts superflus et optionnels étaient retirés les offices ne dureraient plus aussi longtemps et moins de gens ne dormiraient ou discuteraient durant les prières, ce qui ajouterait à la qualité du Minyon.

Nous ferions bien de nous rappeler ce que le Rambam a écrit dans plusieurs de ses Responsa (207, 208 et 261) concernant l'ajoute de diverses prières aux offices communautaires : que les ajouts non essentiels ne devaient pas être tolérés par la prière communautaire sert à tout le monde, y compris les jeunes, les vieux, les malades et d'autres qui ne peuvent supporter les longs offices, et que cela est d'autant plus vrai à Shabboth et Yôm Tôv où la Halokhoh a justement fait exprès de raccourcir la 'Amîdoh à sept bénédictions au lieu des dix-huit de la semaine, car ces jours-là il n'y a pas grand chose à demander à HaShem ! Dans sa Responsa n°261, le Rambam va jusqu'à dire que tout ce qui ressemble à une prière supplémentaire volontaire est approprié, mais uniquement en privé et qu'on ne doit pas l'imposer à la communauté. Et effectivement, nous pouvons voir du Talmoud lui-même que les gens ajoutaient ce qu'ils voulaient et priaient aussi longtemps qu'ils le voulaient lorsqu'ils étaient en privé, mais qu'en communauté ils se tenaient au strict minimum. Et même les prières de Yôm Kîppour et Rô`sh HaShonoh, qui durent de nos jours jusqu'à 5 ou 6 heures, étaient déjà terminées avant la mi-journée. (Cela fera l'objet, D.ieu voulant, d'un autre article.)

Nous devons admettre que lorsqu'on observe ce qui se passe de nos jours dans de nombreuses synagogues, aussi bien durant la répétition de la 'Amîdoh que pendant la lecture de la Tôroh, beaucoup laisse à désirer ! Le Rambam est allé jusqu'à supprimer dans sa communauté la répétition de la 'Amîdoh, car les gens ayant déjà fait leur 'Amîdoh silencieuse parlaient durant la répétition à voix haute de la 'Amidoh par le Hazzon, chose qui se fait encore aujourd'hui dans de trop nombreuses communautés où on ne prend même plus la peine de répondre aux bénédictions du Hazzon (alors que la Halokhoh tranche que si la majorité des membres d'un Minyon ne répondent pas, le Hazzon a récité des bénédictions en vain, ce qui est un grave péché). Dans hèèmyoh 8:3, il est écrit que אָזְנֵי כָל-הָעָם, אֶל-סֵפֶר הַתּוֹרָה « les oreilles de tout le peuple étaient fixées sur le Rouleau de la Tôroh ». Et le Talmoud18 déclare qu'une fois que le Séfèr Tôroh a été ouvert, il est interdit de parler.

Il est important de prendre conscience de ces choses-là, car qu'une pratique soit majoritaire n'est pas la preuve de sa validité !
1C'est-à-dire, que l'on ait dit deux fois « Shéma' Yisro`él HaShem `Èlôqéinou HaShem `Èhod ».
2Un `Amôro` Babylonien de la troisième génération des `Amôro`îm. Il fut un disciple de Rov Hisdo`, puis de Rov Houno`, et enfin de Rov Yéhoudoh, avant d'immigrer en Palestine.
3Et on doit le faire taire.
4Ce qui est simplement répréhensible.
5`Iggèrèth Môshèh, O.H., Volume 2, Responsa 22
6Ce qui implique qu'il récitait jusque là les autres paragraphes à voix basse.
7Le Ramo` commente : ובזה כל אדם יוצא הואיל ושומעין מפיו של שליח ציבור ג' תיבות אלו. ואם היחיד רוצה גם כן לאמרם עם השליח צבור אין איסור בדבר « Et de cette façon, tout homme est quitte, parce qu'ils ont entendu le Shalîah Sibbour réciter ces trois mots. Et si un individu le désire, il peut aussi les dire en même temps que le Shalîah Sibbour. Il n'y a aucune interdiction à cela ».
8Ces explications n'ont aucune valeur, puisque la bénédiction changeant d'un Nousah à l'autre, parfois il n'y a que quatorze Wow, parfois plus que quinze.
9La conclusion de « `Ahavath Rabboh » ou « `Ahavath 'Ôlom », qui est la deuxième bénédiction récitée avant le Shéma'.
10Hiddoushéi HaRamban sur le traité Bérokhôth.
11`Orah Hayîm 61
12C'est-à-dire, des communautés.
13Mishnoh, Bérokhôth 13a
14C'est-à-dire, même si on ne chante pas les Pîyoutîm avec l'assemblée, parce qu'on estime que c'est une interruption dans la récitation des bénédictions relatives au Shéma', il ne convient pas de s'occuper par autre chose pendant que l'assemblée chante.
15Mais ne prononce pas les mots qu'il lit.
16En d'autres mots, pendant que la communauté chante, il peut étudier mentalement quelques paroles de Tôroh, mais il ne doit pas les prononcer avec sa bouche.
17Peut-être qu'il n'aura plus la patience d'attendre que l'assemblée ait terminé de chanter.

mardi 2 décembre 2014

La source de la moralité juive et du Pésaq Halokhoh

בס״ד

La source de la moralité juive et du Pésaq Halokhoh


Un ami Séfardî m'a posé la question suivante :

Une femme Ashkénaze peut-elle être l'une des femmes d'un Séfarade, c'est-à-dire, faire partie d'une famille polygame, alors que les Ashkénazes n'y ont pas le droit (il me semble que le Hérém de Rabbénou Gershom a été prolongé après l'an 5000).

Je lui ai répondu ceci :

Ce Hérém n'était pas fait pour durer éternellement, mais était effectivement limité dans le temps. En outre, il ne touchait pas, à la base, tous les `Ashkénazîm, mais uniquement les pays de l'Empire Germanique. C'est pourquoi il ne concernait ps tous les `Ashkénazîm et qu'on a pu voir des `Ashkénazîm polygames dans d'autres pays, malgré la promulgation du Hérém de Rabbénou Gershôm. Et puisque ce décret ne visait pas tous les Juifs, les Séfardîm, les Mizrahîm et les Téimônîm ne lui ont jamais accordé une valeur contraignante. C'est ainsi que jusqu'à aujourd'hui, les Juifs Yéménites continuent à pratiquer la polygamie, et que cela est également pratiqué parmi certains Séfardîm.


Rappelons aussi que la raison principale pour laquelle Rabbénou Gershôm a émis ce Hérém, c'était à cause du danger de mort. L’Église de l'Empire Germanique avait effectivement fait passer une loi qui condamnait à mort quiconque était polygame. Ce décret visait clairement les Juifs, puisque les Chrétiens avaient abandonné cette pratique depuis très longtemps, tandis que dans l'Europe Chrétienne les Juifs continuaient à être polygames. Aujourd'hui, en `Èrès Yisro`él, ou la loi des Sionistes interdit la polygamie aux citoyens Juifs mais la permet aux citoyens Musulmans et aux Samaritains (néanmoins, certains Juifs la pratiquent en dépit de la loi des Sionistes, car le décret de Rabbénou Gershôm ne s'est jamais appliqué en terres séfarades ou orientales, et `Èrès Yisro`él n'est pas une terre Ashkénaze), un `Ashkénazî doit recueillir la signature de 100 rabbins pour pouvoir épouser une deuxième épouse, et uniquement à la condition que sa première femme soit tellement malade qu'elle ne parvient plus à remplir ses rôles d'épouses.


Pour répondre à la question, cela pourrait être acceptable, au point près que les `Ashkénazîm ont la coutume d'inclure dans la Kéthoubboh une clause interdisant la polygamie. Donc, à moins que cette femme `Ashkénazîyoh n'accepte de se marier selon les conditions séfarades, il ne conviendrait pas qu'elle fasse partie de la famille d'un Séfardî polygame. Mais il y a très peu de chances qu'une `Ashkénazîyoh l'accepte, car ce n'est pas dans leur culture et cela sonne pour eux comme une pratique trop « musulmane » (comme s'il n'y avait pas de polygames dans la Bible).

Tout cela amène à se poser la question suivante : quelle est la source de la moralité juive et du Pésaq Halokhoh ?

La source de toute moralité est la Tôroh. La source de toute Halokhoh et pratique juive est la Tôroh. Toute moralité ou loi qui ne serait pas basée sur la Tôroh n'est pas juive !

Par Tôroh, il faut comprendre le contenu de la Tôroh Écrite et les explications orales qui nous ont été transmises par tradition et codifiées dans le Talmoud. Le Rambam זצ״ל, dans son Introduction au Mishnéh Tôroh, comme nous l'avions vu ici (point n°34), écrit que tous les Juifs, où qu'ils vivent, ont l'obligation de suivre les décisions halakhiques, ainsi que les Taqqonôth et Gézérôth, contenues dans le Talmoud, tandis que lorsqu'il s'agit de commentaires, de décisions, d'affirmations, d'interdictions, de coutumes ou de décrets d'excommunication (Hérém) qui furent promulgués après la rédaction du Talmoud, ils n'ont pas de valeur contraignante sur l'ensemble du peuple Juif. En matière de Halokhoh, nous devons suivre les décisions du Talmoud. Mais dans des cas qui ne seraient pas clairs ou pour des situations qui ne seraient pas abordées dans le Talmoud, nous n'accordons aucune importance à qui est dans la majorité ou dans la minorité, ni quel Pôséq est venu avant et lequel est venu après, mais on se base plutôt sur l'avis qui a le plus de sens à nos yeux et qui ne contredit pas une décision du Talmoud. (Voir le point n°33 dans l'Introduction au Mishnéh Tôroh.) Cela signifie que si vous comprenez correctement le Talmoud et que vous ne vous référez qu'au Talmoud, vous avez alors compris ce que doit être la Halokhoh LéMa'aséh loi pratique). Cela est tout à fait normal : si nous disons croire en une Tôroh Orale qui fut mise par écrit dans le Talmoud, comment pourrions-nous alors ignorer les décisions du Talmoud et trancher même des règles et pratiques qui contredisent le Talmoud ? Cela n'a aucun sens, car cela indique que l'on ne croit donc pas du tout que le Talmoud contient la Loi Orale et que cette Loi Orale est éternelle, comme la Loi Écrite !

Et étrangement, il s'avère en fait que beaucoup ne sont pas d'accord avec le Rambam sur ce point, et ont inventé une fausse doctrine selon laquelle la Tôroh nous demanderait de suivre les avis halakhiques des « Grands de chaque génération ». Premièrement, ce que la Tôroh dit est qu'il faut écouter les Juges qui siègeront à Yérousholoyim dans chaque génération, c'est-à-dire, les Juges faisant partie du Sanhédrîn de Yérousholoyim. Ainsi, la Tôroh nous dit elle-même que l'avis final appartient au Sanhédrîn. Ainsi, le Talmoud est bien l'autorité finale en matière de Halokhoh, puisqu'il renferme les décisions de ces Juges-là et leurs disciples. Deuxièmement, qui sont les « Grands de chaque génération » ? Cette notion est plus qu'arbitraire et subjective, puisque chaque communauté possède sa propre liste de rabbins qu'elle considère comme un « Grand de la génération ». Les Séfardîm se fient à des rabbins Séfardîm, les `Ashkénazîm à des rabbins `Ashkénazîm, les Hasîdîm ne comptent pas les rabbins Harédîm non-Hassidiques comme des « Grands de la génération », les Harédîm non-Hassidiques ne considèrent que des rabbins Litvaqîm comme faisant partie des « Grands de la Génération », les `Ashkénazîm ne suivent pas les opinions des « Grands de la Génération » Séfardîm, etc. Donc, qui sont les « Grands de la Génération » que nous devrions écouter ? Troisièmement, tous ces pseudos « Grands de la Génération » ne sont très souvent jamais d'accord les uns avec les autres. Si on est censé les écouter, mais qu'ils se contredisent les uns les autres, que faut-il faire ? Cette notion des « Grands de la Génération » n'a aucune base dans la Halokhoh ! D'après le Rambam, nous n'avons aucune obligation de les suivre !

Contrairement à ce que l'on avance souvent, cette méthode consistant à déterminer la Halokhoh directement sur la base du Talmoud, et non sur la base des avis des pseudos « Grands de chaque génération », ne fut pas inventée par le Rambam. C'est ainsi qu'agissaient tous les Gé`ônîm et la quasi-totalité des Ri`shônîm ! D'ailleurs, ce fut également la méthode utilisée par le Go`ôn de Wîlno` et les Rabbonîm de Brîsq, qui lui succédèrent. C'est également la méthode employée par les Juifs Yéménites, les Talmîdéi HaRambam, les Juifs de l'école de pensée Brîsq, ou encore les Juifs du rite Hispano-Portugais.

On donne souvent comme argument que nous avons l'obligation de suivre le Shoulhon 'Oroukh et que l'on ne peut donc pas trancher des questions de Halokhoh sur la base du Talmoud. Ces mêmes personnes nous disent que « Le Shoulhon 'Oroukh fut accepté par tous et fait donc autorité pour l'ensemble du peuple Juif ». Ceux qui avancent de tels arguments sont soit des ignorants, soit des gens de mauvaise foi !

Le Shoulhon 'Oroukh fut rédigé par Rabbî Yôséf Karo זצ״ל en 1565. C'était un Séfardî, et dans l'écrasante majorité des cas ses avis suivent l'opinion majoritaire entre le Rîf זצ״ל, le Rambam et le Rô`sh זצ״ל, qu'il décrit comme étant les « Trois Grands Ri`shônîm ». Mais plus particulièrement, son Shoulhon 'Oroukh tranche à près de 85% de la même manière que le Rambam dans son Mishnéh Tôroh. Très souvent, il recopie même mot pour mot ce que le Rambam a écrit dans son Mishnéh Tôroh. Son respect pour le Rambam était si grand qu'il l'appelait tout simplement רבנו « Rabbénou » (notre Maître). Il est donc ironique de voir que la majorité des Juifs boudent le Rambam tout en prétendant suivre le Shoulhon 'Oroukh ! Par la suite, Rabbî Môshèh `Issarlès זצ״ל, surnommé le Ramo`, rédigea le « Mapoh » (qui est depuis lors publié dans toutes les éditions du Shoulhon 'Oroukh), qui s'oppose au Shoulhon 'Oroukh sur plusieurs Halokhôth et tente de le rendre conforme à la pratique Ashkénaze.

Une fois que les deux furent publiés ensemble, de nombreux `Aharônîm les commentèrent. En voici les principaux :

  • le « Mogén `Avrohom », par Rabbî `Avrohom Gombiner זצ״ל ;
  • le « Touréi Zohov », par Rabbî Dowîd HaLéwî Ségal זצ״ל (surnomé le Taz) ;
  • le « Sifthéi Kôhén », par Rabbî Shabbathaï HaKôhén זצ״ל (surnomé le Shakh) ;
  • le « Béith Shémou`él » ;
  • le « Hélqath Méhôqéq » ;
  • le « Bé`ér Hétèv » ;
  • le « Pérî Hodosh », par Hizqîyohou da Silva זצ״ל ;
  • le « Pérî Mégadîm », par Rabbî Yôséf bèn Mé`îr Teomîm זצ״ל ;
  • le « Sha'aréi Téshouvoh », par Rabbî Hayîm Mordékhaï Margolîyôth זצ״ל ;
  • le « Mahasîth HaShéqél », par Rabbî Shémou`él Neta HaLéwî זצ״ל ;
  • le « Shoulhon 'Oroukh HaRov », par Rabbî Shnéour Zalman de Lyiadi זצ״ל (surnomé le Ba'al HaTanya`) ;
  • le « Mishnoh Bérouroh », par Rabbî Yisro`él Mé`îr Kagan HaKôhén זצ״ל (surnomé le Hofés Hayîm).

Ces commentaires expliquent parfois les mots employés par Rabbî Yôséf Karo et/ou le Ramo`, tandis que très souvent aussi ils sont en opposition avec l'un, l'autre, voire carrément les deux ! En outre, contrairement au mythe bien répandu, même les Séfardîm n'ont pas tous accepté les décisions du Shoulhon 'Oroukh. Très souvent, les Séfardîm suivent les instructions du `ArîZal et du Zôhar, plutôt que celles du Shoulhon 'Oroukh (il y a même des cas où ils suivent l'opinion du Ramo` plutôt que celle du Méhabbér). Cela montre clairement qu'il n'existe pas d'acceptation universelle du Shoulhon 'Oroukh comparable à celle du Talmoud.

Les rabbins locaux, même du temps du Talmoud, ont toujours eu le droit de promulguer des décrets d'excommunication et des interdictions. L'autorité de ces interdictions locales dépend des gens qui les acceptent. Si les gens n'acceptent pas une Taqqonoh ou une Gézéroh, elle n'a pas de valeur contraignante.

De l'autre côté, une fois qu'elle a été acceptée, elle est contraignante sur la communauté qui l'a acceptée, mais pas sur les autres. Quant à savoir si la Taqqonoh ou la Gézéroh n'est que temporaire ou est pour toujours, cela dépend de nombreux facteurs, comme par exemple la façon dont elle fut rédigée à l'origine. (Par exemple, un décret, comme celui contre la polygamie qui fut émis par Rabbénou Gershôm, qui fut à l'origine promulgué pour des raisons bien particulières et avec une date d'expiration, ne se renouvelle pas automatiquement. En effet, ce décret doit être renouvelé à nouveau et être accepté à nouveau.)

En outre, une Taqqonoh ou une Gézéroh émise dans un endroit précis n'a pas de valeur contraignante dans un autre endroit. Et très souvent, elle n'a plus même de valeur contraignante sur les gens originaires de cet endroit s'ils sont allés s'installer de façon permanente dans une communauté différente. C'est ainsi, par exemple, comme je le rappelais à mon ami Séfardî, que les `Ashkénazîm originaires de pays faisant partie de l'Empire Germanique du temps du décret de Rabbénou Gershôm, pratiquaient la polygamie une fois qu'ils s'étaient installés en-dehors de la sphère d'influence de l'Empire Germanique, car ce décret n'avait de valeur contraignante que dans ces pays-là. Contrairement à ce que l'on dit aujourd'hui, ce décret n'était donc pas un décret qui liait tous les `Ashkénazîm, à toutes les époques, mais uniquement ceux vivant dans des pays de l'Empire Germanique du temps de Rabbénou Gershôm.

En conclusion, pour prouver que quelque chose est immoral, vous devez prouver que cette pratique contredit la Tôroh telle qu'elle nous a été expliquée par le Talmoud. Et pour prouver que quelque chose est permis ou interdit par la Tôroh ou par une Taqqonoh rabbinique qui lierait tous les Juifs, vous devez le prouver à partir du Talmoud. Pour prouver que quelque chose est interdit par un décret ultérieur au Talmoud, vous devez déterminer exactement ce qu'est ce décret, dans quelles circonstances il fut promulgué, s'il a été accepté, par qui il a été accepté, et s'il a expiré ou pas. Mais dire « Je le fais, car les Grands de la Génération tranchent ainsi » ne veut rien dire, car qui sont les « Grands de la Génération » ? Par quels critères sont-ils considérés ainsi ? Qui leur a donné ce statut ? Pourquoi la liste change d'une communauté à l'autre, voire même d'une personne à l'autre ? En outre, ces « Grands de la Génération » se battent entre eux (certains allant jusqu'à s'insulter) et divergent sur de très nombreux points essentiels, sans oublier que ces « Grands de la Génération » appartiennent à différentes écoles concurrentes les unes des autres (certains sont des Litvaqîm, d'autres des Hasîdîm, d'autres des Harédîm Séfardîm, d'autres des Sionistes Religieux, d'autres des Orthodoxes Modernes, etc.).

La seule source fiable de Halokhoh est le Talmoud. Et ce n'est pas une doctrine inventée par le Rambam ! Pour trancher une Halokhoh et déduire la règle à suivre, on doit commencer par se demander « Le sujet est-il abordé dans le Talmoud ? ». Si la répons est oui et que le sujet fut tranché, on suit alors la conclusion du Talmoud. Et si le sujet est bel et bien abordé, mais qu'il n'a pas été tranché, cela signifie que l'on suive l'une ou l'autre pratique, cela ne cause aucun problème. Si la réponse est non, on doit alors se demander « Existe-t-il dans le Talmoud une discussion sur un sujet +/- identique ? ». Si la réponse est oui, on emprunte alors la conclusion du Talmoud sur cet autre sujet et on l'applique au sujet sur lequel on s'est questionné. Si la (réponse est non, soit on fait le choix de suivre l'opinion qui, à nos yeux, a le plus de sens, soit on considère qu'étant donné qu'aucune autorité halakhique ne peut émettre de nouvelles interdictions depuis la rédaction du Talmoud et que cette question n'est pas traitée dans le Talmoud, aussi bien directement qu'indirectement, il n'y a alors aucune base pour interdire. C'est ainsi que raisonnaient/raisonnent les Gé`ônîm, la quasi-totalité des Ri`shônîm, le Go`ôn de Wîlno`, les rabbins de l'école de pensée Brîsq, les Talmîdéi HaRambam, les Juifs de rite Hispano-Portugais, les Juifs Yéménites, et toute personne que l'on peut décrire comme étant un « talmudiste » (par opposition à ceux qui déduisent la Halokhoh par des sources extérieures au Talmoud, comme par exemple ceux qui se basent sur le Zôhar ou les dires des pseudos « Grands de la Génération »).

En outre, puisque la Tôroh et le Talmoud sont les sources de notre moralité et pratique religieuse, considérer comme « immorale » une pratique autorisée par la loi de la Tôroh parce que le monde laïque la trouve immorale, dégoûtante, etc., c'est insulter HaShem Lui-même, qui nous a donné cette Tôroh ! Il y a des Juifs religieux qui s'offusquent dès que des organisations des droits des animaux critiquent la Shéhîtoh1 en la considérant « immorale » et « barbare », et contre-attaquent en disant que la Shéhîtoh ne peut être « barbare » ou « immorale », car cette pratique vient de la Tôroh. Masi quand il s'agit de la polygamie, ils font deux poids et deux mesures et n'ont pas honte de dire que c'est une pratique « immorale », oubliant que la Tôroh l'a permise et qu'elle ne fut jamais interdite par nos Sages. (Cela ne veut pas dire que peut être polygame qui veut, et que la polygamie peut se pratiquer n'importe comment. Il y a des règles strictes à ce sujet, qui font que les polygames ne peuvent être qu'une minorité. Mais dire que la polygamie ne doit pas être patiquée parce que cette pratique est « immorale », c'est insulter HaShem, les grands hommes de la Bible qui étaient polygames et les Sages du Talmoud qui n'ont jamais déconseillé cette pratique sur la base que ce serait « immoral ».) Les deux exemples n'ont pas été pris au hasard, car ce sont des cas de concessions qu'HaShem nous a faites. En effet, l'idéal de l'homme est qu'il soit végétarien. Lorsqu'HaShem a créé l'homme, c'était pour qu'il mange des plantes. Ce n'est qu'à la suite du Déluge qu'HaShem a fait une concession aux êtres humains et leur a permis de consommer de la viande. Mais puisque ce n'est pas l'idéal, Il s'est arrangé pour nous imposer des règles très strictes à suivre (abattre l'animal d'une certaine manière, le vider obligatoirement de tout son sang, enterrer son sang après l'égorgement, etc.), qui limitent notre consommation de viande et rendent en fait très difficile la consommation de la viande (à tel point qu'en réalité, de nombreux Juifs religieux ne consomment pas du tout de viande, non pas parce qu'ils sont végétariens, mais parce que très peu de bouchers respectent vraiment les lois de la Shéhîtoh comme il faudrait, ce qui fait que la viande de bon nombre de boucher est Treif. Les scandales liés à la Shéhîtoh sont nombreux, et certains ne prennent plus le risque d'acheter de la viande. D'autres encore s'arrangent pour abattre eux-mêmes leurs bêtes, plutôt que de se fier aux Shohtîm. D'autres encore ne consomment que du poisson, un animal qui ne nécessite pas d'abattage rituel). Dès l'instant où HaShem nous a fait cette concession, aucun homme ne peut venir nous dire « Il est interdit de manger de la viande, car c'est immoal ou parce que l'idéal de D.ieu est qu'on soit végétarien ». De même en est-il de la polygamie. Il est clair et évident que l'idéal est la monogamie (et l'écrasante majorité des Juifs ont toujours été monogames). Mais à partir du moment où la polygamie est autorisée par la Sainte Tôroh, aucun homme ne peut venir l'interdire sous prétexte que ce serait immoral ou que l'idéal au début de la création était la monogamie (mais pour nous indiquer que ce n'est pas la pratique idéale, la Tôroh donne des règles très strictes qui rendent difficile la pratique de la polygamie, ce qui fait que de tout temps ce ne fut jamais une pratqiue très répandue ou majoritaire). HaShem a donné une Tôroh qui ne pourra plus être changée. C'est l'une de Ses spromesses répétée à maintes reprises dans le TaNaKh, et HaShem a interdit d'ajouter ou de retirer quoi que ce soit de cette Tôroh ! Ceux qui interdisent ce qu'HaShem a permis sont des falsificateurs. À leur sujet, voici ce que dit la Tôroh2 : אָרוּר, אֲשֶׁר לֹא-יָקִים אֶת-דִּבְרֵי הַתּוֹרָה-הַזֹּאת « Maudit soit celui qui ne confirme pas/ne soutient pas les paroles de cette Tôroh ».

De la même manière, personne ne peut déclarer qu'il est « immoral » de se marier à 14, 15 ou 16 ans, car c'est quelque chose qui est autorisé par la Tôroh. Une grande majorité de nos rabbins des générations passées étaient mariés avant 18 ans, et jusqu'à aujourd'hui de nombreux Hasîdîm et d'autres (comme par exemple les Yéménites et les Talmîdéi HaRambam) marient leurs enfants le plus tôt possible, aux environs de 16 ans. (En fait, cela se faisait même jusqu'à récemment dans les pays dits « occidentaux », sans oublier que même jusqu'à aujourd'hui il est permis de se marier avant 18 ans dans plusieurs états des États-Unis et d'autres pays « occidentaux ». Par exemple, le mariage est permis au Canada à partir de 16 ans. Il est surprenant de voir que certains considèrent « immoral » le fait de se marier à 15 ou 16 ans, mais trouvent tout à fait normal qu'à 15 ou 16 ans des adolescents aient des rapports intimes avec leurs « petits copains » en-dehors du mariage !)

Il va de soi que puisque le Talmoud tranche que דינא דמלכותא דינא « Dîno` Démalkhoutho` Dîno` – la loi du royaume est la loi », ce qui signifie qu'un Juif doit respecter la loi du pays dans lequel il vit, si la loi interdit une certaine pratique qui n'est pas une obligation religieuse (comme par exemple la polygamie ou le mariage d'individus de moins de 18 ans), on doit obéir à la loi (aucune loi de la Tôroh n'oblige à être polygame, ni à se marier avant 18 ans. Par conséquent, si le pays dans lequel on vit l'interdit, on doit se plier à la loi du pays). Par contre, le Talmoud précise que cette règle ne s'applique pas dans le cas où la loi du pays interdit une pratique juive qui est une obligation (comme par exemple la Bérîth Mîloh3, puisque tout Juif a l'obligation d'être circoncis). Dans un tel cas, loi du pays ou pas, les Juifs ne doivent pas s'y plier car lorsqu'il s'agit d'une obligation religieuse c'est la Loi Divine qui passe au-dessus de la loi des hommes !
1Abattage rituel.
2Dévorîm 27:26
3La circoncision.

La Bérokhoh sur un morceau de Pizza

בס״ד

La Bérokhoh sur un morceau de Pizza


Avec l'introduction de la pizza Koshér, une divergence est née quant à savoir si c'est la Bérokhoh de המוציא « Hammôsî` » ou de מזונות « Mézônôth » qui devait être récitée sur un morceau de pizza. Nous partirons du Talmoud jusqu'aux `Aharônîm, en passant par les Ri`shônîm, pour expliquer les deux faces du débat contemporain existant à ce sujet.

  • Gémoro` et Ri`shônîm : définitions de termes

La Gémoro`1 rapporte une décision selon laquelle on doit réciter la Bérokhoh de « Mézônôth » lorsqu'on consomme du פת הבאה בכסנין « Path Habbo`oh Békhisnîn » à partir du moment où on n'en a pas fait un repas. Mais si on fait du Path Habbo`oh Békhisnîn un repas, on doit alors réciter la Bérokhoh de « Hammôsî` ».

Les Ri`shônîm débattent de deux questions majeures sur cette Gémoro` :

  1. Que désigne précisément l'expression « Path Habbo`oh Békhisnîn » ?
  2. Comment déterminer si l'on a fait du Path Habbo`oh Békhisnîn un repas ?

Nous allons commencer par traiter de la deuxième question. Les Ri`shônîm se demandent si l'établissement d'un repas est déterminé par chaque individu selon ses normes personnelles ou si cela est déterminé selon ce que la majorité des gens considèrent constituer un repas. Le Rô`sh2 זצ״ל cite le Ra`avad זצ״ל qui croit que c'est à chaque individu de déterminer ce qu'il considère être un repas selon ses normes personnelles. Par contre, le Rashba`3 זצ״ל diverge et croit que cela est déterminé par ce que la majorité des gens considèrent être un repas. Le Rô`sh s'aligne derrière le Rashba`. Le Méhabbér4 זצ״ל tranche suivant l'opinion du Rashba` et du Rô`sh. Ainsi, on doit réciter « Hammôsî` » si l'on compte consommer une quantité de Path Habbo`oh Békhisnîn que la plupart des gens considèrent être un repas, même si d'après nos normes personnelles on est simplement en train de consommer un casse-croûte.

Il convient de préciser que d'après de nombreuses opinions, il n'est pas nécessaire d'avoir un repas entier de Path Habbo`oh Békhisnîn considérer que l'on a pris un repas. En effet, on doit réciter « Hammôsî` » sur le Path Habbo`oh Békhisnîn même lorsqu'on compte n'en consommer qu'un peu avec d'autres aliments qui sont dans une quantité suffisante que pour considérer avoir pris un repas.5

Tournons-nous à présent vers la première question. Il existe trois opinions quant à la définition de l'expression פת הבאה בכסנין « Path Habbo`oh Békhisnîn ». Rabbénou Hanan`él זצ״ל et le 'Oroukh זצ״ל la définissent ainsi : « C'est du pain qui est cuit au four avec une poche remplie de miel, de sucre, de noix ou d'épices ». Cela semble être similaire à ce que l'on appelle « tourte ».

Le Rambam6 la définit comme désignant « une pâte qui contient du miel, de l'huile, du lait ou des épices mélangés à l'intérieur ». Cela semble être similaire à ce que l'on appelle « cake ». Le Ramo`7 explique qu'on lui donne le statut de « cake » uniquement lorsqu'une quantité considérable d'épices ou de miel est ajoutée à la pâte. Quant au Mishnoh Bérouroh8, il explique que par l'expression « une quantité considérable », on veut dire que les épices ou le miel est un goût dominant. Ce n'est qu'à ce moment-là que cela est définit comme étant un « cake » et non du pain. (Il convient de dire que c'est précisément la raison pour laquelle de très nombreux Rabbins sont d'avis que la Bérokhoh de « Hammôsî` » doit être récitée sur ce que les gens appellent faussement « pain Mézônôth ». Bien que du jus de pomme soit ajouté à la pâte, et non de l'eau, dans la confection du « pain Mézônôth », sa Bérokhoh est « Hammôsî` » parce que le goût du jus de pomme est difficilement discernable. En outre, les gens consomment le « pain Mézônôth » exactement comme du pain ordinaire, et par conséquent, on ne peut le considérer comme un casse-croûte.)

La troisième opinion concernant la définition de l'expression « Path Habbo`oh Békhisnîn » est celle du Rov Haï Go`ôn זצ״ל, qui croit qu'elle désigne des « craquelins ». Il est intéressant de noter que c'est la raison pour laquelle les Séfardîm récitent la Bérokhoh de « Mézônôth » lorsqu'ils consomment de la Masoh en guise de casse-croûte en dehors de la période de Pésah.

De façon assez intéressante, le Méhabbér9 tranche en suivant les trois opinions, et de nombreux `Aharônîm se sont demandés pourquoi a-t-il décidé d'agir ainsi. Une' suggestion est que les Ri`shônîm n'étaient en fait pas du tout en désaccord, mais offraient simplement différents exemples de ce qu'est un « Path Habbo`oh Békhisnîn ». Ainsi, tous seraient d'accord qu'une tourte, un cake et des craquelins sont considérés être du « Path Habbo`oh Békhisnîn ».

Toutefois, le Méhabbér10 écrit qu'une pâte cuite au four lorsqu'elle est remplie de viande, de poisson, ou de fromage nécessite la Bérokhoh de « Hammôsî` ». Le Mishnoh Bérouroh11 explique que « Hammôsî` » est requis même si on ne fait pas de ces aliments un repas. La raison à cela est que ces aliments constituent généralement un repas et ne peuvent donc jamais avoir le statut de casse-croûte, contrairement à la tourte, au cake et aux craquelins.

  • Pôsqîm contemporains : opinions sur la pizza

Le débat quant à savoir si la Bérokhoh à réc!iter sur un morceau de pizza est « Mézônôth » ou « Hammôsî` » est construit sur une autre question : la pizza est-elle considérée comme « un aliment de repas » ou un « aliment casse-croûte » ? De nombreuses personnes récitent la Bérokhoh de « Mézônôth » sur un morceau de pizza, car elles se basent sur un Pésaq attribué à Rov Môshèh Feinstein זצ״ל, qui aurait dit que la pizza est du Path Habbo`oh Békhisnîn. HaRov Môshèh Feinstein זצ״ל aurait dit que la pizza est un aliment casse-croûte et qu'on n'établit pas de repas lorsqu'on ne mange qu'un seul morceau de pizza.

D'autres Pôsqîm sont en désaccord avec ce Pésaq et tranchent que la Bérokhoh de « Hammôsî` » doit être récitée même lorsqu'on ne compte consommer qu'un seul morceau de pizza, parce que la plupart du temps une pizza est consommée dans le contexte d'un repas et non comme un casse-croûte. Et c'est la position majoritaire des Pôsqîm contemporains, aussi bien chez les Séfardîm que chez les `Ashkénazîm. Ainsi, même lorsqu'on ne compte consommer qu'un seul morceau de pizza, étant donné que c'est un aliment qui constitue généralement un repas, même lorsqu'on le consomme comme un casse-croûte on doit réciter au préalable la Bérokhoh de « Hammôsî` ».

Malgré cela, la pratique courante suit l'opinion du Rov Môshèh Feinstein. Cela peut s'expliquer aisément. Lorsque la pizza Koshér a fait son apparition aux États-Unis dans les années 70, HaRov Môshèh Feinstein était la plus haute autorité halakhique en Amérique à ce moment-là. Il apparaît que que les Pôsqîm qui sont en désaccord avec HaRov Feinstein n'émirent leur décision qu'après que le Pésaq du Rov Feinstein fut déjà profondément enraciné au sein du peuple Juif. Ce qui rend difficile un changement de pratique', et c'est la raison pour laquelle de nombreuses personnes continuent à suivre son Pésaq, bien que la majorité es Pôsqîm contemporains n'y adhèrent pas.

Chacun consultera son Rov pour une décision sur ce sujet.
1Bérokhôth 42a
2Bérokhôth 6:30
3Commentaire sur la Gémoro` de Bérokhôth 42a.
4Shoulhon 'Oroukh, `Ôrah Hayîm 168:6
5Mishnoh Bérouroh 168:24 et Téshouvôth `Iggérôth Môshèh,`Ôrah Hayîm 1:56. Voir néanmoins le 'Oroukh HaShoulhon, `Ôrah Hayîm 168:17, qui n'est pas d'accord.
6Hilkhôth Bérokhôth 3:9
7`Ôrah Hayîm 168:7
8168:33
9Shoulhon 'Oroukh, `Ôrah Hayîm 168:7
10Ibid., 17
11168:94
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