mardi 10 mars 2015

Les Shamônah ´Asréh de `Aras Yisro`él

בס״ד

Les Shamônah ´Asréh de `Aras Yisro`él


La ´Amidoh, ou « Shamônah ´Asréh », représentait le cœur de la prière communautaire. Elle était la raison-même pour laquelle on se rassemblait. Alors que l'heure limite pour la récitation du Shama´ du matin était fixée à la troisième heure, celle pour la récitation de la ´Amidoh du matin était fixée à la quatrième heure (et sinon, on pouvait la réciter avant Hasôth). Cela nous indique clairement que la récitation du Shama´ et celle de la ´Amidoh étaient bel et bien deux obligations distinctes n'étant pas liées l'une avec l'autre. Si c'était le cas, leurs horaires auraient été fixés au même moment. (Voir Barokhôth, Chapitre 4, Mishnoh 1.)

Il convient toutefois de noter que bien que l'horaire maximum pour faire la ´Amidoh du matin fut fixé à la quatrième heure, bon nombre de sages de `Aras Yisro`él faisaient le Shama´ à l'aube et attendaient la troisième heure pour faire la ´Amidoh :

Talmoud Yarousholmi, Barokhôth 4:1
Rébbi Yassa` priait (les Shamônah ´Asréh) à la troisième heure. Rov Hiyyo` bar `Abbo` priait à la troisième heure. Rébbi Barakhyoh Hamounyoh récitait le Shama´ et ne commençait à prier qu'après la troisième heure.

TOUTES les versions de la ´Amidoh que nous avons à notre époque sont basées sur la version qui s'est développée à Bovél (Babylone) et sur les ajouts et modifications qui ont eu lieu après la destruction du Temple. Par conséquent, nous ne pouvons pas prendre la ´Amidoh telle qu'elle existe aujourd'hui et la considérer comme étant la ´Amidoh des Sages. De plus, il existe de nombreuses différences de formulation entre les divers Nousahim (Nousah Safarad1, Nousah ´Édouth Hammiizroh2, Nousah `Ashkanaz, Nousah Ha`Ari3, Nousah Téimon4, Nousah HaRambam, etc.).

Nous allons reproduire ici la ´Amidoh de `Aras Yisro`él, selon les indications rapportées dans le Talmoud Yarousholmi, et telle qu'elle a été préservée dans des documents retrouvés dans la Ganizoh du Caire.

Il convient de faire quelques remarques préalables :

  • la ´Amidoh de `Aras Yisro`él était beaucoup plus courte que celle de Bovél ;
  • la ´Amidoh de `Aras Yisro`él ne contient pas de répétitions inutiles de mots au sein d'une même bénédiction, à l'inverse de ce que l'on retrouve dans les versions basées sur la ´Amidoh de Bovél ;
  • dans la ´Amidoh de `Aras Yisro`él, deux bénédictions (celle sur la reconstruction de Yarousholayim et celle sur la venue du Moshiah) ne forment qu'une seule bénédiction ;
  • alors qu'à Bovél la Qadoushoh était récitée chaque jour, en `Aras Yisro`él elle ne l'était qu'à Shabboth et Yôm Tôv.

Voici la ´Amidoh telle qu'elle était récitée en `Aras Yisro`él :

Boroukh `Attoh `Adônoy `Alôhéinou Wé`lôhéi `Avôthéinou `Alôhéi `Avrohom `Alôhéi Yishoq Wé`lôhéi Ya´aqôv Ho`Él Haggodôl Haggibbôr Wahannôro` `Él ´Alyôn Qônéh Shomayim Wo`oras Moginénou Oumogén `Avôthéinou Mivtohénou Bakhol Dôr Wodôr. Boroukh `Attoh `Adônoy Mogén `Avrohom.
ברוך אתה ה' אלהינו ואלהי אבותינו, אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב, האל הגדול הגבור והנורא אל עליון קונה שמים וארץ, מגננו ומגן אבותינו, מבטחנו בכל דור ודור. ברוך אתה ה' מגן אברהם
Sois béni HaShem, notre D.ieu et D.ieu de nos Patriarches, D.ieu d'Abraham, D.ieu d'Isaac et D.ieu de Jacob, le D.ieu Grand, Puissant et Redoutable, D.ieu Très-Haut, Créateur des cieux et de la terre, notre bouclier et bouclier de nos pères, notre assurance de génération en génération. Sois béni HaShem, Bouclier d'Abraham.

`Attoh Gibbôr Wa`éin Komôkho, Hozoq Wa`éin Zoulâthèkhâ, Mashiv Horouah Oumôrid Haggosham. Makhalkél Hayyim, Mahayyéh Méthim Warav Lahôshia´. Boroukh `Attoh `Adônoy Mahayyèh Hamméthim.
אתה גבור ואין כמוך, חזק ואין זולתך, משּיב הרוח ומוריד הגשּם. מכלְכּל חיים, מחיה מתים ורב להושׁיע. בּרוך אתה ה', מחיה המּתים
Tu es Puissant, et rien n'est comme Toi ; Fort, et personne d'autre si ce n'est Toi fait souffler le vent et fait tomber la pluie, soutient les vivants, redonne vie aux morts et n'est passé maître pour secourir. Sois béni HaShem, Qui redonne vie aux morts.

Qodôsh `Attoh Wanôro` Shamakho, Wa`éin `Alôah Mibbal´odaikho. Boroukh `Attoh `Adônoy Ho`Él Haqqodôsh.
קדוש אתה ונורא שמך ואין אלוה מבלעדיך. ברוך אתה ה' האל הקדוש
Tu es saint et redouble est Ton Nom. Et il n'y a point de dieu en dehors de Toi. Sois béni HaShem, le D.ieu saint.

Honnénou `Ovinou Dé´oh Méhittékho, Ouvinoh Wahaskél Mithôrothakho. Boroukh `Attoh `Adônoy Hônén Haddo´ath.
חננו אבינו דעה מאתך, ובינה והשכל מתורתך. ברוך אתה ה' חונן הדעת
Fais-nous grâce, notre Père, de la connaissance qui provient de Toi, et du discernement et de l'intelligence qui proviennent de Ta Tôroh. Sois béni HaShem, Qui fait grâce de la connaissance.

Hashivénou `Adônoy `Élaikho Wanoshouvoh. Haddésh Yoméinou Kaqédèm. Boroukh `Attoh `Adônoy, Horôsah Bithashouvoh.
השיבנו ה' אליך ונשובה חדש ימינו כקדם. ברוך אתה ה' הרוצה בתשובה
Ramène-nous vers Toi HaShem et nous reviendrons. Renouvelle nos jours comme [aux temps d']autrefois. Sois béni HaShem, Qui prend plaisir en la repentance.

Salah Lonou `Ovinou Ki Hot`onou Lakho, Mahéh Waha´avér Pasho´éinou Minnagad ´Éinaikho, Ki Rabbim Rahamaikho. Boroukh `Attoh `Adônoy, Hammarbah Lisalôah.
סלח לנו אבינו כי חטאנו לך, מחה והעבר פשעינו מנגד עיניך, כי רבים רחמיך. ברוך אתה ה' המרבה לסלוח
Pardonne-nous notre Père, car nous nous sommes égarés de Toi. Efface et détourne de Tes yeux nos transgressions [volontaires], car abondante est Ta miséricorde. Sois béni HaShem, Qui abonde en pardon.

Rahé` Va´onyénou Warivoh Rivénou, Ouga`olénou Lama´an Shamakho. Boroukh `Attoh `Adônoy, Gô`él Yisro`él.
ראה בענינו וריבה ריבנו, וגאלנו למען שמך. ברוך אתה ה' גואל ישראל
Vois nos afflictions et livre notre combat. Et délivre-nous pour l'amour de Ton Nom. Sois béni HaShem, Délivreur d'Israël.

Rafo`énou `Adônoy `Alôhéinou Mimakhé`ôv Libbénou. Wayogôn Wa`anohoh Ha´évér Mimmanou. Waha´aléh Rafou`oh Lamakkôthéinou. Boroukh `Attoh `Adônoy, Rôfé` Hôléi ´Ammô Yisro`él.
רפאנו ה' אלהינו ממכאוב לבנו ויגון ואנחה העבר ממנו, והעלה רפואה למכותינו. ברוך אתה ה' רופא חולי עמו ישראל
Guéris-nous, HaShem notre D.ieu, des soucis de nos cœurs. Et détourne de nous la tristesse et la souffrance. Et accorde-nous une guérison pour les choses qui nous assaillent. Sois béni HaShem, Qui guérit les malades de Son peuple Israël.

Borékh ´Oléinou `Adônoy `Alôhéinou `Ath Hashonoh Hazzô`th Latôvoh Bakhol Minéi Thavou`othoh. Ouqarov Mahéroh Shonoh Qés Ga`oulothénou. Wathén Tal Oumotor ´Al Panéi Ho`adomoh Wasabba´ ´Ôlom Ma`ôsérôth Touvokh. Wathén Barokhoh Bama´aséh Yodéinou. Boroukh `Attoh `Adônoy, Mavorékh Hashonim.
ברך עלינו ה' אלהינו את השנה הזאת לטובה בכל מיני תבואתה, וקרב מהרה שנת קץ גאולתנו, ותן טל ומטר על פני האדמה ושבע עולם מאוצרות טובך, ותן ברכה במעשה ידינו. ברוך אתה ה' מברך השנים
Bénis en notre faveur, HaShem notre D.ieu, cette année pour le bien avec toutes sortes de produits. Rapproches prochainement l'année du parachèvement de notre Rédemption. Et accorde la rosée et la pluie à la surface de la terre. Satisfaits le monde de Tes bons trésors, et accorde la bénédiction aux œuvres de nos mains. Béni sois-Tu HaShem, Qui bénit les années.

Taqa´ Bashôfor Godôl Lahérouthénou, Waso` Nés Laqibbous Golouyyôthéinou. Boroukh `Attoh `Adônoy, Maqabbés Nidhéi ´Ammô Yisro`él.
תקע בשופר גדול לחרותנו, ושא נס לקבוץ גליותינו. ברוך אתה ה' מקבץ נדחי עמו ישראל
Sonne le grand Shôfor pour notre libération et élève une bannière pour le rassemblement de nos exilés. Sois béni HaShem, Qui rassemble les dispersés de Son peuple Israël.

Hoshivoh Shôftéinou Kavorishônoh Wayô´aséinou Kavatahilloh, Oumlôkh ´Oléinou `Attoh Lavaddakho. Boroukh `Attoh `Adônoy, `Ôhév Hammishpot.
השיבה שופטינו כבראשונה ויועצינו כבתחלה, ומלוך עלינו אתה לבדך. ברוך אתה ה' אוהב המשפט
Rends nos juges comme autrefois et nos conseillers comme au commencement. Et règne sur nous, Toi seul. Sois béni HaShem, Qui chérit le jugement5.

Lammashoummodim `Al Tahi Thiqwoh, Kol Hamminim Wahammosrim Karaga´ Yôvédou. Oumalkhouth Zodôn, Ta´aqôr Wathishbôr Mahéroh Vayoméinou. Boroukh `Attoh `Adônoy, Shôvér `Ôyvim Oumakhnia´ Zédim.
למשמדים אל תהי תקוה, כל המינים והמוסרים כרגע יאבדו. ומלכות זדון, תעקור ותשבור מהרה בימינו. ברוך אתה ה', שובר אויבים ומכניע זדים
Qu'il n'y ait point d’espoir pour les apostats ; que tous les hérétiques et les informateurs périssent instantanément ; et déracine et brise le régime de la rébellion prochainement, de nos jours. Sois béni HaShem, Qui brise [ceux qui sont] ennemis [de la foi] et soumet [ceux qui sont] rebelles [à Ta volonté].6

´Al Géréi Hassadaq, Yahamou Rahamaikho, Wathén Lonou Sokhor Tôv ´Im ´Ôséi Rasônékho. Boroukh `Attoh `Adônoy, Mivtoh Lassaddiqim.
על גרי הצדק יהמו רחמיך, ותן לנו שכר טוב עם עושי רצונך. ברוך אתה ה' מבטח לצדיקים
Que Tes miséricordes s'éveillent en faveur des convertis, et accordes-nous une bonne récompense avec ceux qui font Ta volonté. Sois béni HaShem, Qui est une assurance pour les justes.

Rahém `Adônoy `Alôhéinou Barahamaikho Horabbim ´Al Yisro`él ´Ammakho Wa´al Yarousholayim ´Irakho Wa´al Siyyôn Mishkan Kavôdakho Wa´al Héikholakho Wa´al Mé´ônakho Wa´al Malkhouth Béith Dowid Mashiah Sidqakho. Boroukh `Attoh `Adônoy, `Alôhéi Dowid Bônéh Yarousholoyim.
רחם ה' אלהינו ברחמיך הרבים על ישראל עמך ועל ירושלים עירך ועל ציון משכן כבודך ועל היכלך ועל מעונך ועל מלכות בית דוד משיח צדקך. ברוך אתה ה' אלהי דוד בונה ירושלים
Aies pitié, HaShem notre D.ieu, dans Tes abondantes miséricordes, d'Israël Ton peuple, de Jérusalem Ta ville, de Sion le Sanctuaire de Ta gloire, du Temple, de Ta résidence7, et du Royaume de la Maison de David8, l'oint de Ta justice. Sois béni HaShem, D.ieu de David, Qui construit Jérusalem.

Shama´ `Adônoy `Alôhéinou Baqôl Tafillothénou Ourahém ´Oléinou, Ki `Él Honoun Ourahoum `Attoh. Boroukh `Attoh `Adônoy, Shôméa´ Tafilloh.
שמע ה' אלהינו בקול תפלתנו ורחם עלינו, כי אל חנון ורחום אתה. ברוך אתה ה' שומע תפלה
Prête attention, HaShem notre D.ieu, à la voix de nos prières et aies pitié de nous, car Tu es un D.ieu de grâce et compatissant. Sois béni HaShem, qui écoute la prière.

Raséh `Adônoy `Alôhéinou, Oushkhôr Basiyyôn, Wayya´avdoukho ´Avodaikho Birousholayim. Boroukh `Attoh `Adônoy, Sha`ôthakho Bayir`oh Na´avôd.
רצה ה' אלהינו ושכון בציון ויעבדוך עבדיך בירושלם. ברוך אתה ה' שאותך ביראה נעבד
Sois bien disposé, HaShem notre D.ieu. Demeures à Sion afin que Tes serviteurs puissent Te servir à Jérusalem. Sois béni HaShem, Toi que nous servons avec crainte.

Môdim `Anahnou Lokh, `Adônoy `Alôhéinou Wé`lôhéi `Avôthéinou, ´Al Kol Hattôvôth Hahasad Wahorahamim Shaggamaltonou Washa´ositho ´Immonou Wa´im `Avôthéinou Millafonéinou.Wa`ïm `Omarnou Motoh Raglénou Hasdakho `Adônoy Yis´odénou. Boroukh `Attoh `Adônoy, Hattôv Lakho Lahôdôth.
מודים אנחנו לך, אתה הוא ה' אלהינו ואלהי אבותינו, על כל הטובות והחסד והרחמים שגמלתנו ושעשיתה עמנו ועם אבותינו מלפנים, ואם אמרנו מטה רגלנו חסדך ה' יסעדנו. ברוך אתה ה' הטוב לך להודות
Nous Te sommes reconnaissants, HaShem notre D.ieu et D.ieu de nos ancêtres, pour toutes les bonnes [choses], la grâce et la miséricorde dont Tu nous as gratifiés, ainsi qu'à nos ancêtres avant nous. Et si nous disons « Notre pied glisse ! », Ta grâce, Ô HaShem, pourvoira pour nous. Sois béni HaShem, [dont le Nom est] Le Bon. Vers Toi [seul nous élevons] des actions de grâce.

Sim Shalômakho ´Al Yisro`él ´Ammakho, Wa´al ´Irakho, Wa´al Nahalothakho, Ouvorakhénou Koullonou Ka`ahod. Boroukh `Attoh `Adônoy, Ma´ôn Habbarokhôth Wa´ôsah Hasholôm.
שים שלום על ישראל עמך ועל עירך ועל נחלתך וברכנו כלנו כאחד. ברוך אתה ה' עושה השלום
Établis Ta paix sur Israël Ton peuple, sur Ta ville et sur Ton héritage9. Et bénis-nous tous comme [si nous ne faisions qu']un. Sois béni HaShem, Source des bénédictions et Auteur de la paix.


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1Il ne faut pas confondre « Safarad » avec « Safardi ». Le Nousah Safarad (généralement prononcé « Sfard ») désigne le rite qui s'est développé dans les communautés Hassidiques, lorsque ces derniers abandonnèrent le Nousah `Ashkanaz.
2Les rites des communautés Séfarades et Orientales.
3Les rites de la communauté des Hasidim Loubavitch, basé sur les traditions du `AriZa''l..
4Les rites des communautés yéménites.
5Ou « la justice. »
6Cette bénédiction, appelée « Birkath HaParoushim – Bénédiction contre ceux qui se séparent [du peuple] », fut instituée par Rabbon Gamli`él I, durant l’Ère du Second Temple, lorsque se multiplièrent les apostats et les traîtres qui donnaient des informations aux romains concernant les israélites et leurs activités. Elle est calquée sur la bénédiction composée par les Hommes de la Grande Assemblée, dans laquelle ils maudissaient les Israélites qui avaient trahi le peuple d'Israël pour collaborer avec les Babyloniens. La bénédiction de Rabbon Gamli`él pourrait en fait être identique, mot pour mot, à celle composée par les Hommes de la Grande Assemblée. Il ne faut pas confondre cette bénédiction avec celle appelée « Birkath Hamminim », qui fut composée par Shim´ôn Haqqoton du temps de Rabbon Gamli`él II.
7`Aras Yisro`él.
8C'est-à-dire le Messie.
9C'est-à-dire `Aras Yisro`él.

jeudi 5 mars 2015

Parashath Ki Thisso` : Parfois, il n'y a pas d'excuse

בס״ד

Parashath Ki Thisso`

Parfois, il n'y a pas d'excuse !


Dans la Parashath Ki Thisso`, la Tôroh nous parle de la Miswoh de מחצית השקל « Mahasith Hashaqal ». Ce terme fait référence à une taxe annuelle d'un demi-Shaqal dont devait s'acquitter chaque Israélite pour l'entretien du Mishkon (et plus tard du Béith Hammiqdosh) et l'achat des animaux devant servir aux sacrifices communautaires. C'est à partir de Rô`sh Hôdash `Ador que commençait la collecte.

Le Rambam זצ״ל décrit dans tous les détails toutes les Halokhôth relatives au demi-Shaqal dans les Hilkhôth Shaqalim de son Mishnéh Tôroh. La première Halokhoh qu'il mentionne est celle-ci :

Il est une Miswoh positive de la Tôroh que tout homme du [peuple d']Israël donne un demi-Shaqal d'année en année. Même un pauvre qui tire sa subsistance de la Sadoqoh en a l'obligation. Il doit emprunter [auprès] des autres ou vendre les vêtements qu'il porte afin de pouvoir donner un demi-Shaqal d'argent, comme il est dit1 : « le riche ne donnera pas plus, et le pauvre ne donnera pas moins, etc. ». Il ne doit pas être donné en plusieurs versements - aujourd'hui une partie, demain une autre. Il doit plutôt être donné tout en une seule fois.
מצות עשה מן התורה, ליתן כל איש מישראל מחצית השקל בכל שנה ושנה; אפילו עני המתפרנס מן הצדקה--חייב, ושואל מאחרים או מוכר כסות שעל כתפו, ונותן מחצית השקל כסף: שנאמר "העשיר לא ירבה, והדל לא ימעיט ...". ואינו נותנו בפעמים רבות, היום מעט ולמחר מעט, אלא נותנו כולו כאחת, פעם אחת

Le Rambam commence donc par insister sur le fait que cette obligation de payer la taxe d'un demi-Shaqal s'applique même aux membres les plus pauvres du peuple d'Israël. Et si cela est nécessaire, le Rambam tranche qu'on doit même emprunter l'argent, voire même vendre l'habit que l'on porte afin de s'acquitter de cette taxe. La Miswoh de Mahasith Hashaqal diffère donc, à cet égard, de la plupart des Miswôth positives de la Tôroh. Si, par exemple, quelqu'un n'a pas les moyens financiers de se payer une paire de Tafillin, ou un set de ´Arba` Minim pour Soukkôth, il est en fait exempté de l'obligation. Mais quand il s'agit de la Miswoh positive du Mahasith Hashaqal, aucune dispense n'est accordée sur la base d'éventuelles difficultés financières.

Le Rambam cite pour preuve un verset tiré de notre Paroshoh de la semaine : העשיר לא-ירבה והדל לא ימעיט ממחצית השקל « Le riche ne donnera pas plus et le pauvre ne donnera pas moins qu'un demi-Shaqal ».

À première vue, la déduction du Rambam semble difficile à comprendre. La Tôroh ne semble pas nous parler ici des circonstances sous lesquelles l'obligation du Mahasith Hashaqal s'applique, mais semble plutôt simplement définir une somme requise. Elle établit le fait que la valeur de cette taxe est absolue et ne dépend pas de l'état des finances des gens qui doivent la payer. Comment le Rambam déduit-il alors de ce verset que la Miswoh du Mahasith Hashaqal diffère de la plupart des autres Miswôth positives de la Tôroh, en ce qu'elle exisge d'un pauvre de vendre même le peu qu'il possède dans le but d'accomplir cette obligation ?

La réponse est assez simple : il va sans dire qu'on ne peut pas accomplir une obligation toranique, même de façon partielle, en accomplissant moins que l'exigence stipulée. Si la Tôroh a exigé de payer une somme d'argent spécifique, peu importe que l'on soit riche ou pauvre, il n'est alors pas nécessaire de préciser que payer moins que cette somme ne permet pas d'accomplir son obligation. Dans le verset juste avant, la Tôroh a clairement déclaré qu'on a l'obligation de payer cette taxe, et qu'il n'existe AUCUNE excuse pour justifier le fait de ne pas l'avoir payée2 : כל, העבר על-הפקדים, מבן עשרים שנה, ומעלה--יתן, תרומת ה׳ « Tout celui qui sera compté dans le dénombrement, depuis l'âge de vingt ans et au-delà, donnera l'impôt d'HaShem ». Ainsi, la pauvreté n'est pas une excuse pour ne pas s'acquitter de cette taxe. Dès le moment où un Israélite a atteint l'âge de 20 ans, il doit la payer. Si dans le verset juste après celui-ci la Tôroh se fait alors un point d'honneur d'insister sur le fait que le pauvre (âgé d'au moins 20 ans) ne peut donc pas payer moins que cette somme, c'est que cela signifie que cette obligation s'applique en toute circonstance et peu importe la condition financière ou matérielle de ce pauvre. Qu'il en ait les moyens ou pas, on ne pourra pas réduire pour lui la somme à payer. De ce fait, il est logique d'exiger de lui qu'il emprunte la somme nécessaire ou vende un de ses biens pour pouvoir s'acquitter de sa taxe.

Pour mieux comprendre, prenons en considération deux sortes d'activités professionnelles. Certains boulots sont par nature « illimités » ; ils exigent de l'employé qu'il excelle afin de produire autant que possible, sans que ne lui soit assignée une quantité de production particulière. Mais d'autres boulots imposent à l'employé des objectifs spécifiques et déterminés afin d'accomplir un nombre donné de produits fabriqués chaque jour de la semaine. Puisque ce boulot est défini par une quantité de production particulière, on comprend qu'on attend de l'employé qu'il ne produise pas moins que cette quantité, peu importe les circonstances.

La Tôroh nous impose à nous aussi deux sortes d'obligations. Quand il s'agit de valeurs telles que l'étude de la Tôroh et la Gamiliyouth Hasodim (actes de bienfaisance), il n'y a pas de quantité fixée ; chacun peut librement aspirer à accomplir autant que son temps ou ses moyens financiers le lui permettent dans ces domaines. Mais de nombreuses autres Miswôth sont définies en termes d'exigences spécifiques. Concernant ces Miswôth, nous ne pouvons pas parler d' « accomplissement » si on réalise moins que la quantité spécifiée. Ainsi, si la Tôroh insiste sur le fait que le pauvre ne peut pas payer moins que le demi-Shaqal, c'est pour nous faire comprendre que s'il donne moins que ça, on ne considère même pas qu'il a accompli une Miswoh. De ce fait, bien qu'il puisse avoir des problèmes financiers, s'il veut s'acquitter de son devoir (et il n'a pas d'autre choix, étant donné que c'est une Miswoh qui lui incombe peu importe sa situation financière), il doit même vendre ses habits afin de se rendre quitte de son devoir !

Pourquoi l'obligation du Mahasith Hashaqal diffère-t-elle d'autres Miswôth, en ce qu'elle s'applique même aux membres les plus indigents de notre peuple ?

Cette exigence de la Tôroh reflète la notion selon laquelle on se doit de vivre une vie de ´Avôdath HaShem, peu importe nos circonstances personnelles. Le Béith Hammiqdosh est préservé et soutenu par chacun des membres du peuple, du plus riche au plus pauvre, parce qu'ils assument tous de façon équitable la responsabilité de servir D.ieu, de mener une vie de pratique de la Tôroh et des Miswôth. Personne ne peut s'excuser des Miswôth de la Tôroh en s'appuyant sur ses difficultés financières ou d'autres formes de difficultés auxquelles il fait face. La Tôroh s'adresse à tous les Israélites de tous les milieux et situations, et de ce fait chacun est tenu au respect des Miswôth même sous des circonstances et conditions difficiles. En d'autres mots, les difficultés de la vie ne doivent pas servir d'excuses pour justifier le fait de ne pas respecter les devoirs religieux que nous avons vis-à-vis d'HaShem.

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1Shamôth 30:15

2Shamôth 30:14

Parashath Ki Thisso` : L'origine de l'interdiction de cuire un chevreau dans le lait de sa mère

בס״ד

Parashath Ki Thisso`

L'origine de l'interdiction de cuire un chevreau dans le lait de sa mère


Dans la Parashath Ki Thisso`, la Tôroh réitère l'interdiction de cuire et consommer de la viande dans le lait de sa mère1 : לא־תבשל גדי בחלב אמו « Lo-thavashél Gadi Bahalév `Immô – Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère ». La toute première fois que la Tôroh nous a donné cette interdiction, c'était dans la Parashath Mishpotim2, et elle sera répétée une troisième fois dans la Parashath Ra`éh3.

Rashi זצ״ל démontre, dans son commentaire sur Shamôth 23:19, que le terme גדי « Gadi » ne désigne pas qu'un chevreau, mais également un veau ou un agneau4, et nous explique qu'il y a trois interdictions :

  • interdiction de procéder à la cuisson d'un tel mélange,
  • interdiction de consommer la cuisson d'un tel mélange, et
  • interdiction de tirer profit de la cuisson d'un tel mélange.

Ces trois interdictions suivent une chaîne parfaitement logique : si la Tôroh interdit de cuire un chevreau, un veau ou un agneau dans le lait de sa mère, il est clair que consommer un chevreau, un veau ou un agneau cuit dans le lait de sa mère est interdit. Et puisque c'est une cuisson interdite, en tirer profit est également interdit.

Cette interdiction de cuire un chevreau, un veau ou un agneau dans le lait de sa mère nous rappelle inévitablement les autres interdictions relatives à des mélanges interdits :

  • interdiction de croiser des graines d'espèces différentes,
  • interdiction de croiser des animaux d'espèces différentes,
  • interdiction de planter dans la même parcelle des semences d'espèces différentes,
  • interdiction de porter un vêtement dans lequel du lin et de la laine ont été mélangés, ou encore
  • interdiction de se marier à quelqu'un du dehors.

Ce sont des interdictions relatives à des mélanges incompatibles. Là aussi, la Tôroh estime qu'il n'est pas compatible de cuire un chevreau, un agneau ou un veau dans le lait de sa mère. Au niveau biblique, cela vient donc interdire de cuire de la viande de chevreau avec du lait de chèvre, de la viande de veau avec du lait de vache, ou encore de la viande d'agneau avec du lait de brebis. Et comme nous l'avons dit plus haut, consommer et tirer profit de tels mélanges sont également interdits.

Quelle est l'origine de cette interdiction ?

Le Rambam זצ״ל traite de cette question dans son Môréh Navoukhim (Guide des Égarés) 3:48. Il donne d'abord une première explication selon laquelle ce pourrait être pour des considérations de santé que la Tôroh nous a interdit un tel mélange. Mais si tel était le cas, la Tôroh nous aurait simplement interdit de consommer un tel mélange, sans nous en interdire également la cuisson. C'est qu'il doit y avoir une autre raison, qui va au-delà de considérations de santé. Par conséquent, le Rambam avance l'hypothèse qu'il est possible que cette interdiction soit associée à un rite païen :

Mais je pense qu'il est plus probable que cette interdiction [fut donnée] parce que cet acte est quelque peu lié à l’idolâtrie. Il faisait peut-être partie du culte, ou était utilisé lors d'une certaine fête des païens... Je considère que c'est la meilleure raison pour [expliquer] l'interdiction ; mais pour autant que j'ai jeté un coup d’œil dans les livres des sabéens, il n'y a aucune mention de cette coutume.

Le Rambam concède qu'il n'a trouvé aucune preuve historique pour soutenir sa supposition sur l'association de cette interdiction à l’idolâtrie. Mais toutefois, il fait remarquer que nos Sages ont fait cette association grâce au fait qu'aussi bien dans la Parashath Mishpotim que dans la Parashath Ki Thisso`, l'interdiction de cuire un chevreau, un veau ou un agneau dans le lait de sa mère apparaît dans le contexte des règles relatives aux fêtes.

Dans la Parashath Mishpotim, l'interdiction est rapportée de la façon suivante :

Shamôth 23:17-19
Trois fois par an, tous tes mâles paraîtront par-devant le Maître, HaShem. Tu ne verseras point, en présence du pain levé, le sang de Mon sacrifice; et la graisse de Mes victimes ne séjournera pas jusqu'au matin sans être offerte. Le commencement des prémices de ton sol, tu les apporteras dans la maison d'HaShem ton D.ieu. Tu ne feras point cuire un chevreau dans le lait de sa mère.
שלש פעמים בשנה--יראה כל-זכורך אל-פני האדן ה׳. לא-תזבח על-חמץ דם-זבחי; ולא-ילין חלב-חגי עד-בקר. ראשית, בכורי אדמתך, תביא, בית ה׳ אלהיך; לא-תבשל גדי בחלב אמו

Tandis que dans la Parashath Ki Thisso`, elle est rapportée de la manière suivante :

Ibid., 34:23-26
Trois fois l'année, tous tes mâles paraîtront en présence du Maître HaShem, D.ieu d'Israël. Car Je déposséderai des peuples à cause de toi et Je reculerai ta frontière: et cependant nul ne convoitera ton territoire, quand tu t'achemineras pour comparaître devant HaShem ton D.ieu, trois fois l'année. Tu ne feras point couler; en présence du pain levé, le sang de Ma victime, ni ne différeras jusqu'au matin le sacrifice de cette victime pascale. Le commencement des prémices de ta terre, tu les apporteras dans la maison d'HaShem ton D.ieu. Tu ne feras point cuire un chevreau dans le lait de sa mère.
שלש פעמים בשנה--יראה כל-זכורך, את-פני האדן ה׳, אלהי ישראל. כי-אוריש גוים מפניך והרחבתי את-גבלך; ולא-יחמד איש את-ארצך בעלתך לראות את-פני ה׳ אלהיך שלש פעמים בשנה. לא-תשחט על-חמץ דם-זבחי; ולא-ילין לבקר זבח חג הפסח. ראשית, בכורי אדמתך תביא בית ה׳ אלהיך; לא-תבשל גדי בחלב אמו

Dans les deux cas, nous retrouvons les mêmes éléments :

  • l'interdiction de cuire un chevreau, un veau ou un agneau dans le lait de sa mère est rattachée à l'obligation de se présenter devant HaShem pour les fêtes de pèlerinage,
  • elle apparaît dans le contexte des lois relatives aux sacrifices apportés à HaShem, notamment à Pésah,
  • et dans les deux cas l'interdiction se retrouve dans le même verset que la Miswoh des Bikkourim (prémices des produits de la terre).

Nous voyons que cette interdiction est étroitement liée au culte rendu à HaShem par opposition aux cultes des idolâtres. En réalité, bien que le Rambam n'avait aucune preuve historique pour étayer son hypothèse, un certain nombre d'historiens et d'écrivains font remarquer que des découvertes archéologiques récentes ont démontré la théorie du Rambam quant à l'origine de cette interdiction de faire cuire un chevreau, un veau ou un agneau dans le lait de sa mère. Les tablettes de Ras Shamra, exhumées dans le nord de la Syrie en 1928, contiennent une inscription ougaritique qui décrit, entre autres choses, des rituels païens, parmi lesquels le fait de cuire un veau dans le lait de sa mère. Ces tablettes expliquent que ce rituel avait pour but d'amener les dieux à accorder une abondance dans la production agricole.

L'aspect agricole de ce rituel nous aide à présent à parfaitement comprendre pourquoi est-ce que la Tôroh, dans la Parashath Mishpotim et dans la Parashath Ki Thisso`, place l'interdiction de cuire le chevreau, le veau ou l'agneau dans le lait de sa mère dans le même verset que l'obligation d'apporter à HaShem les Bikkourim : nous devons rechercher auprès de D.ieu la prospérité agricole en Lui apportant les prémices de tous nos produits de la terre en guise de sacrifice devant revenir aux Kôhanim, les représentants d'HaShem, démontrant par-là notre reconnaissance et acceptation du fait que c'est Lui qui détient le contrôle illimité sur la terre et ses produits. Plutôt que d'avoir recourt à des rituels futiles et superstitieux pratiqués par les païens, nous devons accomplir les Miswôth d'HaShem telles qu'elles ont été déterminées et délimitées dans la Tôroh, méritant par-là Ses bénédictions de prospérité et de réussite dans tous les domaines de nos vies.

Cuire un veau, un chevreau ou un agneau dans le lait de sa mère est une pratique païenne, idolâtre et superstitieuse. HaShem nous l'a donc interdite !

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1Shamôth 34:26
2Ibid., 23:19
3Davorim 14:21

4Talmoud, Houllin 113b
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