jeudi 29 octobre 2020

Emission de semence en vain - Les bases talmudiques sur le gaspillage de semence et le processus halakhique

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


Les bases talmudiques sur le gaspillage de semence et le processus halakhique

 

Cet article peut être téléchargé ici.

 

Pour (re)lire :

·        Première Partie

·        Deuxième Partie

·        Troisième Partie

 

Maintenant que le décor a été planté, nous pouvons enfin entrer dans le vif du sujet. Inutile de dire qu'il y a tellement de sources connexes qu’il est nécessaire de faire une sélection sérieuse sur la façon d'aborder chaque étape de cette analyse. Le plus important, bien sûr, est de tout centrer autour du Ṭalmoudh, et de reprendre un à un tout ce qu’il rapporte sur le sujet de Hôṣo`ath Zara´ Labbattoloh. Cela va former la base de notre analyse halakhique, car le Ṭalmoudh est évidemment la base de la Halokhoh. Tout ce que nous dirons à partir de ce moment devra en quelque sorte se rapporter aux discussions talmudiques que nous allons analyser ici.

 

Il convient également, en guise de préambule, de lancer l’avertissement suivant. Il a été réitéré de nombreuses fois auparavant sur ce blog. L’avertissement est le suivant : Je suis pleinement conscient que souvent mon analyse ne reflètera pas l'analyse et la compréhension qui ont été faites par la majorité des commentateurs et des décisionnaires halakhiques au cours des siècles. Je déclare donc ouvertement que si un lecteur de ce blog critiquera mon analyse sur la base de « la plupart des Posaqim tranchent que, etc », alors gardez votre critique pour vous, et rendez-vous sur un autre blog. Je ne fais pas partie de ceux qui font la promotion des soi-disant « Grands de la Génération » et qui les écoutent même quand ce qu’ils préconisent va à l’encontre du Ṭalmoudh et la pratique et compréhension de nos ancêtres. Comme le Rambo’’m ז״ל l’explique magistralement bien en introduction de son Mishnéh Ṭôroh, tout rabbin, aussi illustre qu’il soit, venu après l’ère talmudique n’a pas autorité sur tout Israël en matière halakhique, car toute la Halokhoh est exclusivement contenue dans le Ṭalmoudh. Par conséquent, dit le Rambo’’m, peu importe ce que dirait un Go`ôn (sage venu après le Ṭalmoudh) ou tout autre grand rabbin, d’ès lors qu’il est démontrable par le Ṭalmoudh qu’il a tort, nous ne sommes pas tenus de l’écouter. Et telle a toujours été l’approche de ce blog. Cela ne sert donc à rien de me signaler que Rov Kanievsky, que Rov Belsky, etc., disent différemment que moi ; passez simplement votre route !

 

D'un autre côté, si vous êtes intéressé par une lecture d'une Soughyoh talmudique particulière qui est à la fois valable halakhiquement ET conforme aux principes rationalistes, alors continuez et lisez cet article et les suivants sur cette série ici. C'est mon objectif. J'essaie de me pencher sur cette Soughyoh et de la comprendre d'une manière rationaliste ET halakhiquement valable. Seront donc rapportées des opinions halakhiquement valables mais qui seraient parfois minoritaires dans le judaïsme contemporain, qui nous aideront à comprendre la Soughyoh parfaitement bien. Car une opinion, même minoritaire, si elle n’a pas été explicitement rejetée par le Ṭalmoudh, reste valable ! Et souvent, une opinion minoritaire AUJOURD’HUI était en réalité majoritaire et la Halokhoh d’après le Ṭalmoudh. (Par exemple : le judaïsme contemporain, là encore en raison de l’influence de la Qabboloh, interdit toute une série d’actes sexuels entre un homme et sa femme, alors que le Ṭalmoudh et le Mishnéh Ṭôroh sont sans équivoque qu’un couple fait ce qu’il veut en matière sexuelle, dès lors qu’ils sont consentants. Il n’y a pas de tabou talmudique, et même biblique, à ce sujet.)

 

Maintenant, commençons ! La référence la plus importante sur la question de la masturbation dans le Ṭalmoudh se trouve dans la Masakhath Niddoh 13a-13b.

 

Le texte est évidemment trop long pour être cité ici, et je vous recommande donc très fortement d'aller vous procurer une Gamoro` de NIddoh et d’étudier vous-même la Soughyoh.

 

Voici mon résumé de la Soughyoh.

 

Premièrement, la Mishnoh déclare qu'un homme qui « se vérifie » trop souvent devrait « se faire couper la main » (évidemment pas littéralement. Mais cela signifie que c'est une mauvaise habitude à abandonner). La Gamoro` explique alors que puisque l'homme est « sensible », il ne devrait pas se vérifier car cela peut conduire à l'excitation. La Gamoro` explique alors que dans certaines circonstances, cela ne poserait aucun problème, comme par exemple si l’homme utilise un chiffon ou un autre objet pour se vérifier ou se nettoyer.

 

La deuxième partie de la Soughyoh rapporte une discussion entre Ribbi `ali´azar ז״ל et les Ḥakhomim ז״ל. Ribbi `ali´azar déclare que quiconque tient en main son organe sexuel cause un « Mabboul » dans le monde. L'hypothèse est que cela conduira à répandre en vain de la semence et que c'était l'un des péchés de la génération du déluge. Les Ḥakhomim étaient préoccupés par le fait que quelqu'un ne tienne pas en main son pénis en urinant parce que s'il ne le faisait pas, son urine se répandrait partout sur lui et les gens penseraient qu'il est un כְּרוּת שָׁפְכָה « Karouth Shophakhoh », c’est-à-dire que son urètre était endommagé et par conséquent que ses enfants n'étaient pas vraiment les siens, car un Karouth Shophakhoh ne peut pas engendrer d'enfants. Ribbi `ali´azar a estimé qu'il serait préférable de douter de la légitimité de ses enfants que de commettre un péché si terrible en se provoquant lui-même une érection qui pourrait conduire à commettre le péché de répandre la semence.

 

La Gamoro` poursuit en clarifiant cette interdiction de Ribbi `ali´azar par quelques exemples où se tenir soi-même serait autorisé. Ces exemples seraient des cas où l'on est près de son maître, debout dans un endroit élevé où on a besoin de maintenir son équilibre, ou une personne qui a suffisamment de Yir`ath Shomayim pour ne pas avoir à s'inquiéter de se stimuler s’il tenait son membre en main. La Gamoro` déclare également que cette interdiction de Ribbi `ali´azar ne fait pas référence à un homme marié, car même s'il a été stimulé, il a des moyens autorisés pour soulager ses pulsions sexuelles (sa femme), et qu’elle se réfère uniquement au fait de tenir au bout du pénis mais pas à la tige.

 

La Gamoro` rapporte plusieurs déclarations sur l'extrême gravité de ce péché, le comparant aux « grands péchés de l'idolâtrie et du meurtre » et déclare que celui qui commet ce péché mérite la peine de mort.

 

La dernière partie de la Gamoro` (principalement sur la page 13b) continue d'apporter davantage d'avertissements connexes, critiquant celui qui se stimule intentionnellement au point d'avoir une érection, et elle décrit comment fonctionne le Yéṣar Hora´ : d'abord il vous fait vous stimuler, et puis finalement il vous fait commettre des péchés plus graves. La Gamoro` se termine en critiquant les personnes qui « commettent l'adultère avec les mains et les pieds » et celles qui « jouent avec les enfants ».

 

Cette Gamoro` est la source la plus explicite et la plus importante de l'idée que répandre de la semence en vain est un péché et même un grave péché. Analysez-la donc attentivement par vous-même.

 

Sans citer tous les longs passages de l'opinion du Rambo’’m et de la manière dont il interprète cette Gamoro`, je vais me contenter de résumer son approche le plus clairement possible. Le Rambo’’m inclut les lois relatives au fait de « répandre la semence » dans les Hilkôth `issouré Bi`oh, c’est-à-dire les lois relatives aux interdictions sexuelles, comme l’adultère, l’inceste et d’autres types de relations sexuelles interdites. Selon le Rambo’’m, il y a deux problèmes avec le fait de « répandre de la semence ». Un problème est que cela peut être une méthode pour empêcher une personne d'accomplir la Miṣwoh de la procréation. C'était le péché de ´ér et `ônon, qui ont délibérément répandu de la semence afin d'empêcher leur femme de concevoir un enfant, comme cela a été expliqué dans la deuxième partie. Le second problème est qu'en se stimulant au point de se masturber, on se rapproche de l'acte des relations réellement interdites, car l’excitation fréquente pourrait amener à avoir des relations sexuelles avec des ´aroyôth. Quand on est marié et que cela n'interfère pas avec la Miṣwoh de procréation, il n'y aurait alors aucune interdiction des types d'activités sexuelles qui ne conduisent pas à la conception.

 

Les déclarations talmudiques effrayantes concernant le péché de répandre de la semence sont donc, selon le Rambo’’m, destinées à nous éloigner des activités interdites qui pourraient conduire à des transgressions bien pires. Elles sont destinées à nous garder saints et impliqués dans des activités plus saintes. Quand on regarde la Gamoro` de cette façon, tout cela a beaucoup de sens et devient plus clair :

 

1.     Ne pas se tenir le membre d'une manière qui pourrait vous exciter, sauf si les circonstances sont telles qu'il est peu probable que cela mène à l'excitation ;

2.     Ne pas s’exciter intentionnellement sexuellement ;

3.     Ne pas penser intentionnellement à des pensées excitantes sexuellement ;

4.     Ne pas commettre d'adultère « avec la main » ;

5.     Ne pas « jouer » avec les enfants d'une manière excitante sexuellement.

 

Celui qui fait l’une de ces cinq choses se rapproche de la frontière de ce qui le sépare des actes sexuels interdits et crée un environnement qui peut conduire au péché. Cela explique pourquoi cela était pertinent pour la génération du Mabboul. Ce n'était pas la « semence répandue » en soi qui était le problème, mais l'environnement impie qui a été créé par leur attitude qui a conduit à une génération pleine de comportements immoraux.

 

Le plus intéressant est l'interprétation du Rambo’’m sur l’expression talmudique de « commettre l'adultère avec la main et le pied ». L’orthodoxie a émis une hypothèse de base que cela se réfère à la masturbation. Cela semble être la façon dont la plupart des Posaqim comprennent cette partie de la Gamoro`. Par masturbation, j'entends une personne qui se stimule avec ses propres mains pour atteindre l'orgasme et l'éjaculation. Ce n'était cependant pas du tout ce que le Rambo’’m avait compris.

 

Voici les paroles du Rambo’’m dans son commentaire sur la Mishnoh de Sanhédhrin 7: 4 :

 

Celui qui a des relations sexuelles avec l'une des ´aroyôth ..... ou s'il caresse ou touche l'un des organes d’une femme ´arwoh afin d'en tirer du plaisir, quelle que soit la partie de son corps qu'il touche, par exemple il se frotte contre son bras ou sa jambe, ce type d'abomination est ce que les Ḥakhomim appellent « l'adultère de la main ou du pied ».

 

Ceci est tout à fait différent de la compréhension « conventionnelle » de « l'adultère de la main ou du pied » qui a été si fortement condamnée par ḤaZa’’l. C'est très différent de ce que le Qiṣour Shoulḥon ´oroukh a condamné dans la citation que nous avons rapportée dans le dernier article. Mais c'est aussi l’explication la plus précise et fidèle de l’expression נִאוּף בְּיָד « Ni`ouph Bayodh – adultère par la main ». La façon dont le Rambo’’m a compris la Gamoro` a tellement de sens ! Le Gamoro` commence par des avertissements de ne pas se toucher d'une manière qui pourrait provoquer l'excitation (même dans des circonstances où on n'a pas l'intention de s’exciter car on se tient le membre seulement pour uriner), puis continue avec des avertissements de ne pas penser à des pensées excitantes, puis continue avec des avertissements de ne pas provoquer intentionnellement une érection, puis continue d'avertir que toucher une femme (évidemment sans faire référence à son épouse !) d'une manière qui provoque l'excitation ou même l'éjaculation est un péché terrible qui conduira souvent à des rapports sexuels interdits réels, puis continue de mettre en garde contre le fait de toucher les enfants d'une manière qui mène à l'excitation (Ḥos Washolôm).

 

Lorsque nous mettons tout cela bout à bout et dans son contexte, nous avons donc maintenant une compréhension complètement différente de la Soughyoh. L'interdiction de « répandre de la semence » n'est pas un problème en soi. C'est plutôt une barrière de protection érigée par les Ḥakhomim contre l'implication dans des péchés de conséquences bien pires. Les déclarations sévères sur la gravité du péché sont destinées à nous faire fuir les activités qui peuvent nous conduire sur une mauvaise voie. Elles ne sont pas destinées à dire littéralement que celui qui se masturbe s'apparente en fait à un meurtrier. Il existe des myriades d'exemples talmudiques où ḤaZa’’l ont utilisé des termes similaires pour désigner les péchés comme étant beaucoup plus horribles qu'ils ne le sont en réalité, et inversement, des Miṣwôth relativement mineures dont l’importance a été volontairement exagérée par ḤaZa’’l afin de nous faire comprendre à quel point elles sont spéciales bien que mineures.

 

Comment le Rambo’’m conseillerait-il un jeune homme qui a été stimulé sexuellement par quelque chose qu'il a vu, quelque chose qu'il a lu, quelque chose dont il rêvait, etc., puis a eu une érection et s'est masturbé ? De toute évidence, je n'ai aucun droit de parler au nom du Rambo’’m. Cependant, je suppose qu'il lui conseillerait de faire ce que le Rambo’’m lui-même déclare dans son Mishnéh Ṭôroh :[1]

 

Et de même, il s’habituera à s’éloigner de la plaisanterie, de l'ivresse et des choses excitantes, car ce sont de grands influenceurs et des étapes [menant] aux ´aroyôth. Et un homme ne demeurera pas sans femme, car cette pratique conduit à une grande pureté.[2] Et ils ont dit quelque chose de plus grand encore que cela :[3] « Il se tournera et sa pensée sera pour des sujets de Ṭôroh, et il élargira sa connaissance en sagesse, car la pensée des ´aroyôth ne se renforce que dans un cœur vide de sagesse ». Et concernant la sagesse il dit :[4] « C'est une biche bien-aimée, suscitant la faveur. Ses seins te satisferont à tout moment. Tu seras constamment obsédé par son amour ».

וְכֵן יִנְהֹג לְהִתְרַחַק מִן הַשְּׂחוֹק, וּמִן הַשִּׁכְרוּת, וּמִדִּבְרֵי עֲגָבִים--שֶׁאֵלּוּ גּוֹרְמִין גְּדוֹלִים הֶם, וְהֶם מַעֲלוֹת שֶׁלָּעֲרָיוֹת; וְלֹא יֵשֵׁב בְּלֹא אִשָּׁה, שֶׁמִּנְהָג זֶה גּוֹרֵם לְטַהְרָה גְּדוּלָה.  יְתֵרָה מִכָּל זֹאת אָמְרוּ, יַפְנֶה עַצְמוֹ וּמַחְשַׁבְתּוֹ לְדִבְרֵי תּוֹרָה, וְיַרְחִיב דַּעְתּוֹ בַּחָכְמָה--שְׁאֵין מַחְשֶׁבֶת עֲרָיוֹת מִתְגַּבֶּרֶת, אֵלָא בְּלֵב פָּנוּי מִן הַחָכְמָה, וּבַחָכְמָה הוּא אוֹמֵר "אַיֶּלֶת אֲהָבִים, וְיַעֲלַת-חֵן:  דַּדֶּיהָ, יְרַוֻּךָ בְכָל-עֵת; בְּאַהֲבָתָהּ, תִּשְׁגֶּה תָמִיד" (משלי ה,יט(.

 

Suivant les propos du Rambo’’m, nous pouvons déduire que le Rambo’’m conseillerait ceci à ce jeune homme : Essaye de concentrer tes pensées sur des sujets plus sacrés. Ne t’excite jamais intentionnellement. Il lui dirait alors de trouver une épouse pour qu'il puisse satisfaire ses pulsions sexuelles d'une manière autorisée. Il ne lui dirait certainement pas qu'il est passible de mort et comparable à un meurtrier pour avoir répandu sa semence.

 

Il y a bien plus à dire, bien sûr. Cependant, je ne vais pas prétendre avoir expliqué la Soughyoh selon l’approche de chaque Ri`shôn et `aḥarôn. Je vous dis seulement comment le Rambo’’m a compris la Soughyoh et la manière la plus lisible, claire, précise et rationaliste de comprendre la Gamoro`.

 

Dans mon prochain article, je prévois d'analyser plusieurs autres Soughyôth dans le Ṭalmoudh qui démontrent que « répandre la semence » en soi n'est pas un péché, tant que cela n'est pas fait intentionnellement pour s’exciter sexuellement d'une manière qui pourrait conduire à un péché avec des ´aroyôth. En d'autres termes, cela peut se faire d'une manière que le Ṭalmoudh ne considérerait pas être un péché d’après la compréhension du Rambo’’m et l’école rationaliste du judaïsme.



[1] Hilkôth `issouré Bi`oh 22 :19

[2] En étant marié, il aura l'opportunité d'avoir des relations homme-femme ordinaires et licite, et ne développera pas de sentiments refoulés qui cherchent à s'exprimer dans des relations interdites.

[3] Qiddoushin 30b

[4] Mishlé 5 :19

mercredi 28 octobre 2020

Emission de semence en vain - Toum`oh Watohoroh et l’émission de semence

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


Toum`oh Watohoroh et l’émission de semence

 

Cet article peut être téléchargé ici.

 

Pour (re)lire la 1ère partie, voir ici ; pour (re)lire la 2ème partie, voir ici.

 

Avant de commencer le sujet de l'article d'aujourd'hui, j'aimerais ajouter une source pour illustrer le point que j'essayais de faire valoir dans le dernier article. Si vous vous souvenez, j'ai développé l'idée que le Zôhar, et son interprétation de la Poroshoh de `ônon, sont devenus très influents dans la façon dont nous considérons le péché de `ônon. Ceci a influencé notre interprétation de la Halokhoh dans la mesure où le péché de la masturbation s'est identifié au péché de `ônon, alors qu’il est tout à fait évident que le péché de `ônon n'était clairement pas qu'il se masturbait et répandait sa semence, mais plutôt qu'il refusait de maintenir le nom de son frère.

 

Le meilleur exemple de cette influence qabbalistique dans la Halokhoh est le Qiṣour Shoulḥon ´oroukh. Le Qiṣour, comme il est communément appelé, était l'une des œuvres les plus influentes de Halokhoh des 19ème et 20ème siècles, et a agi (et continue de le faire) comme un guide halakhique pratique pour des générations de Juifs fidèles à la Halokhoh pendant des générations. Voici ses paroles :[1]

 

Il est interdit d’émettre de la semence en vain. Ce péché est plus grave que tout autre péché dans la Ṭôroh. Ceux qui se masturbent et répandent de la semence en vain, non seulement c'est une interdiction sévère, mais celui qui fait cela est excommunié, et concernant ces personnes il est dit « Vos mains sont remplies de sangs » et c'est comme s'il était coupable de meurtre. Voir ce que Rash’’i écrit à ce sujet à la Poroshath Wayyéshév concernant l'histoire de ´ér et `ônon qui sont morts à cause de ce péché. Parfois, celui qui commet ce péché perd ses enfants en bas âge, ou ils seront malades, ou une personne souffrira de la pauvreté.

 

Il y a tellement de choses à dire sur cette citation, mais les points que je voudrais faire valoir sont les suivants. Un ouvrage pratique halakhique d'une incroyable influence vient de reprendre le thème de notre dernier article pour boucler la boucle. Le péché de ´ér et `ônon était, d’après lui, d’avoir répandu leurs semences (spécifiquement par la masturbation). Cela s'apparente à un meurtre. On en souffre horriblement. Il interprète même Rash’’i ז״ל de cette façon, bien que ce soit loin d'être le cas comme nous l'avons vu dans notre dernier article. La source ultime de tout cela dans le Qiṣour Shoulḥon ´oroukh et l'interprétation de la Poroshoh est complètement et totalement tirée du Zôhar. Rien ne provient du ṬoNo’’Kh, de la Mishnoh, du Midhrosh ou de la Gamoro`, mais exclusivement du Zôhar ! Cela démontre clairement et indéniablement ce que j'essayais de faire valoir.

 

Je voudrais maintenant passer à un domaine d'influence dont nous n'avons pas l'habitude de parler lorsque nous discutons de la Halokhoh pratique à l'époque moderne. Les lois de Toum`oh Watohoroh, ou pureté et impureté rituelles. L’impureté rituelle est un concept qui devint à un moment de notre histoire très influent dans la pratique quotidienne des Juifs traditionnels. Surtout à l'époque du Bayith Shéni, c'était la raison pour laquelle nos ancêtres, les ancêtres de ce qui devint finalement le judaïsme halakhique, furent appelés « Péroushim » ou pharisiens dans la littérature profane. Cependant, nous n'adhérons plus à ces règles, pour des raisons qui sortent du cadre de ce blog. Cependant, il y a quelques domaines où l'influence des lois de Toum`oh Watohoroh se fait encore sentir de nos jours (bien qu’elles ne s’appliquent plus), et notre sujet actuel est l'un d'entre eux.

 

Dans Wayyiqro` 15, nous avons les trois versets suivants :

 

16. Et un homme, lorsque sortira de lui une couche de semence, il lavera alors avec les eaux toute sa chair, et sera impur jusqu’au soir. 17. Et tout vêtement, et tout cuir, sur lequel se serait trouvée une couche de semence, sera nettoyé avec les eaux et sera impur jusqu’au soir. 18. Quant à une femme avec laquelle un homme aurait couchée avec une couche de semence, ils se laveront avec les eaux et seront impurs jusqu’au soir. {P}

טז וְאִישׁ, כִּי-תֵצֵא מִמֶּנּוּ שִׁכְבַת-זָרַע--וְרָחַץ בַּמַּיִם אֶת-כָּל-בְּשָׂרוֹ, וְטָמֵא עַד-הָעָרֶב. יז וְכָל-בֶּגֶד וְכָל-עוֹר, אֲשֶׁר-יִהְיֶה עָלָיו שִׁכְבַת-זָרַע--וְכֻבַּס בַּמַּיִם, וְטָמֵא עַד-הָעָרֶב. יח וְאִשָּׁה, אֲשֶׁר יִשְׁכַּב אִישׁ אֹתָהּ שִׁכְבַת-זָרַע--וְרָחֲצוּ בַמַּיִם, וְטָמְאוּ עַד-הָעָרֶב.  {פ{

 

La signification de l’impureté est un sujet qui dépasse le cadre de cet article, mais il y a plusieurs observations qui sont très pertinentes pour notre discussion ici, puisque ces versets sont régulièrement utilisés pour condamner la masturbation. Tout d'abord, ces versets font clairement référence à une « semence » qui a été éjaculée de quelque manière que ce soit, à la fois par des relations conjugales normales et par la masturbation. En effet, cette « impureté » s'étend même à la femme qui a des semences à l'intérieur de son vagin en raison de rapports sexuels normaux. Il est donc clair que cette semence rend une personne « impure » même après avoir fait ce qui est traditionnellement considéré comme une grande Miṣwoh, une obligation pour chaque homme de procréer et de se livrer à une activité sexuelle normale pour améliorer sa relation et satisfaire ses besoins sexuels normaux et ceux de sa femme. . Ceci est similaire à bien des égards à « l’impureté » qui survient sur une personne après s'être engagée dans l'une des actions les plus grandes et les plus saintes que l'on puisse faire, celle de prendre soin d'un corps humain après la mort.

 

La raison pour laquelle une grande Miṣwoh peut amener quelqu'un à « l’impureté » dépasse le cadre de cet article, mais elle a fait l'objet de nombreux sermons au fil des ans. Pour nos besoins ici, en tant que blog dédié au rationalisme halakhique, je veux juste souligner que « l’impureté » rituelle n’a aucune corrélation avec un acte qui serait halakhiquement interdit. En d’autres mots, le fait qu’un certain acte puisse rendre impur n’indique pas du tout que l’acte serait interdit par la Halokhoh (avoir des relations sexuelles avec sa femme rend impur ; et pourtant c’est une Miṣwoh d’en avoir. Laver, habiller et inhumer un mort rendent impur ; et pourtant ce sont des Miṣwôth). Néanmoins, quelle qu'en soit la raison, dans le domaine de l’émission de semence, le thème de l’impureté a eu une influence significativement négative en rendant l’acte tout à fait « tabou ».

 

L’impureté à laquelle la Ṭôroh se réfère interdit à un Kôhén d'accomplir la ´avôdoh, et en fait à quiconque de gravir le Har Habbayith. Elle interdit à une personne d'entrer en contact avec des objets sacrés liés au service dans le Béth Hammiqdosh. Rien de tout cela n'a de pertinence à notre époque et ne concerne pas ce qu'une personne est autorisée à faire ou interdite de faire. Cette impureté n’avait aucun rapport avec le fait que l’acte accompli serait mauvais, mais uniquement vis-à-vis des objets sacrés, du Béth Hammiqdosh et du Har Habbayith. Cependant, me direz-vous, il est bien connu que ´azro` Hassôphér ע״ה a décrété que celui qui est impur après avoir répandu de la semence ne peut pas lire la Ṭôroh.[2] Sauf qu’il est également bien connu que cette Ṭaqqonoh de ´azro` Hassôphér fut abolie, car irréaliste et impraticable pour la majorité des Juifs, et n'est donc plus d'actualité aujourd'hui, ainsi que cela est rapporté dans le Ṭalmoudh[3] et le Mishnéh Ṭôroh[4] du Rambo’’m ז״ל.

 

Malgré cela, c'est devenu la pratique de nombreux Juifs, pour la plupart des Ḥassidim, d'aller à la Miqwoh chaque jour afin d'accomplir la Ṭaqqonoh ´azro` Hassôphér (qui ne s’applique même plus). Il serait difficile de surestimer l'impact de cette coutume d'aller à la Miqwoh sur l'idée globale de l'interdiction et de « l’impureté » associée à « l'émission de semence ». Dans l'esprit de la plupart des gens, on nettoie non seulement l'impureté rituelle, mais on efface le péché. Tout cela en dépit du fait que « l’impureté » est parfois le résultat de l'une des plus grandes Miṣwôth, et n'est donc pas du tout liée au péché et à la prohibition.

 

Les livres de Ḥasidhouth et les œuvres des Maqoubbolim de Ṣaphoth (Safed) mêlent souvent les questions de Toum`oh avec le péché de gaspiller la semence. En même temps, dans ces mêmes livres, la sainteté spéciale de l'acte conjugal est considérée comme quelque chose qui apporte la pureté et la sainteté au monde. On aurait l'impression à la lecture de ces ouvrages, que la Toum`oh ne vient que du « gaspillage » de la semence, et non des relations conjugales normales. La source extrêmement influente de cette conception est la « `iggarath Haqqôdhash » qui a servi de base à presque toutes les discussions qabbalistiques sur l’intimité sexuelle qui ont succédé à ce texte (son origine remonte au 13ème ou 14ème siècle et fut diversement attribuée à plusieurs kabbalistes différents).

 

Le point que je voudrais faire valoir à travers tout cela est le suivant. L'accent mis aujourd'hui par les Ḥasidhim sur la Ṭaqqonoh de ´azro` Hassôphér est l'un des rares vestiges modernes de la pratique de Toum`oh Watohoroh. (Ironiquement, les Ḥasidhim n’accordent pas autant d’importance aux neuf autres Ṭaqqonôth émises par ´azro` Hassôphér.) Si vous combinez cela avec la croyance que la Toum`oh proviendrait du péché tel que cela a été souligné par les kabbalistes, on obtient un péché qui porte une énorme quantité de « poids métaphysique » négatif. Dans le monde non rationaliste de l'orthodoxie aujourd'hui, cela en fait un péché assez effrayant !

 

Rien de tout cela, bien sûr, n'a un véritable poids halakhique. La Toum`oh, nous l'avons montré très clairement, n'est pas le résultat d'actes interdits. La pratique de la Miqwoh dans les temps modernes sur base de la soi-disant Ṭaqqonoh de ´azro` n'est pas halakhiquement requise, et même si elle est recommandée pour une raison spirituelle, n'a certainement rien à voir avec le péché de répandre sa semence (comme cela s'appliquerait aussi à celui qui a eu des rapports sexuels normaux).

 

Dans le prochain article, j'espère commencer la discussion halakhique sur l'origine de ce péché tel qu'interprété par les sources halakhiques. Cela prendra évidemment du temps, alors j'espère que vous êtes prêt pour une belle balade.



[1] Qiṣour Shoulḥon ´oroukh 151 :1

[2] Barokhôth Chapitre 3

[3] Barokhôth 22a

[4] Hilkôth Qiryath Shama´ 4 :8

mardi 20 octobre 2020

Emission de semence en vain - Les sources bibliques & l’histoire de ´ér et `ônon

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


Les sources bibliques & l’histoire de ´ér et `ônon

 

Cet article peut être téléchargé ici.

 

Pour (re)lire la première partie, voir ici.

 

C'est toujours très difficile de trouver par où commencer lorsque l'on discute d'un sujet aussi vaste que la masturbation dans la Halokhoh, donc la meilleure approche consiste à commencer par les premiers versets majeurs de la Ṭôroh qui sont pertinents pour le sujet. Vous l’aurez compris, je veux parler de l'histoire de `ônon dans la Ṭôroh. C'est la première et la plus explicite mention du « gaspillage de la semence » dans la Ṭôroh, et toute recherche d'une source biblique à cette interdiction doit commencer ici.

 

Il est utile de diviser toute étude d'une Sidhroh de la Ṭôroh en deux catégories distinctes. Il y a ce qu’on peut appeler « Parshonouth » et ce qu’on peut appeler « halakhique ».

 

La Parshonouth fait référence à l'ensemble de la littérature qui étudie et explique le Posouq. Cela englobe une vaste gamme de styles, de traditions et de méthodes. La gamme va de la Qabboloh Lurianique aux Ri`shônim rationalistes en passant par l'érudition scientifique et historique.

 

Le halakhique se réfère spécifiquement à la façon dont un Posouq est utilisé pour déduire la Halokhoh pratique. Cela suit généralement le modèle familier accepté allant des interprétations talmudiques aux Ri`shonim, le Rambo’’m, les `aḥarônim, le Tour, le Shoulḥon ´oroukh, les Pôsaqim, les Sha`élôth Outhshouvôth,  etc.

 

Nous allons commencer par une analyse de la « Poroshoh » de `ônon dans une perspective Parshonouth. De toute évidence, il serait impossible de faire un traitement complet de cette (ou de toute autre) Poroshoh dans la Ṭôroh sur ce blog dans un article comme celui-ci. Cependant, nous espérons donner un avant-goût général de la façon dont cette Poroshoh a été et peut être interprétée et expliquée de plusieurs points de vue majeurs. Nous allons commencer, bien sûr, avec le Pashot de base. Par « Pashot », on entend une lecture simple du texte, en accord avec le principe talmudique de אֵין מִקְרָא יוֹצֵא מִידֵי פְּשׁוּטוֹ « `én Miqro` Yôṣé` Midhé Pashoutô – aucun passage de l’Ecriture ne sort de son sens simple ». En d’autres mots, aucune interprétation donnée à un passage de la Ṭôroh ne peut aller à l’encontre de son sens simple. C’est un principe fondamental de l’interprétation biblique que beaucoup ignorent.

 

Une lecture de cette Poroshoh montre clairement que la Ṭôroh tente de souligner l'importance de la continuation et de la perpétuation de la lignée familiale. Le péché de `ônon était clairement, selon le Posouq, dû au fait qu'il ne voulait pas contribuer à la perpétuation du nom de son frère décédé. Il a donc « renversé sa semence » au lieu de permettre à Ṭomor tomber enceinte. Le reste de la Poroshoh continue avec ce thème et démontre comment le plan de Hashshém pour engendrer les futurs rois d'Israël, et en fait le Moshiaḥ lui-même, s'est poursuivi à travers Yahoudhoh et Ṭomor. Ainsi, le péché de `ônon, selon le Pashot, était qu'il ne voulait pas faire sa part dans la poursuite du nom et de la vocation de sa famille. (Nous en avions déjà parlé en détails dans l’article intitulé « Quel était le péché de ´ér et `ônon ? ».)

 

Maintenant, comparons ce Pashot clair avec l’approche Qabbalistique. Cette approche est particulièrement importante, car l'influence de la Qabboloh sur le développement de l'approche halakhique concernant la masturbation a été très influente. Nous le démontrerons au fur et à mesure de cette série d’articles.

 

L'approche Qabbalistique a manifestement traversé de nombreuses itérations au fil des ans, la Qabboloh Lurianique, les approches ḥassidiques, et d'autres écoles de Qabboloh, n’ont pas toujours eu la même approche sur la masturbation, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire aujourd’hui. Cependant, elles s’appuient toutes sur le texte de base de la Qabboloh, à savoir le Zôhar. Nous allons donc rapporter ici les paroles du Zôhar sur cette Poroshoh. Cela nous permettra de voir d’une manière extrêmement claire comment le Zôhar, et presque toutes les œuvres kabbalistiques qui suivent ses talons, interprète la signification du péché de `ônon, totalement éloigné de son Pashot, contredisant ainsi un principe fondamental de l’interprétation biblique. Voici ce que dit le Zôhar :

 

וַיֵּרַע בְּעֵינֵי יְהוָה, אֲשֶׁר עָשָׂה; וַיָּמֶת, גַּם-אֹתוֹ « Et c'était mal aux yeux de `adhônoy, ce qu'il (`ônon) avait fait, et Il le fit mourir aussi ».[1] Et viens voir, parmi tous les péchés par lesquels on peut se souiller dans ce monde, ce péché est celui par lequel une personne peut se souiller le plus, à la fois dans ce monde et dans le monde à venir. Celui qui déverse sa semence en vain, et extrait sa semence avec sa main ou sa jambe et se souille avec elle, comme il est dit :[2] כִּי, לֹא אֵל חָפֵץ רֶשַׁע אָתָּה:    לֹא יְגֻרְךָ רָע « Car Tu n’es pas un `él qui désire l’impiété ; le mal ne réside pas avec Toi ». Par conséquent, une telle personne ne méritera jamais de voir le ´aṭṭiq Yomin,[3] comme il est écrit ici לֹא יְגֻרְךָ רָע « le mal ne réside pas avec Toi » et il est également dit ici que :[4] וַיְהִי, עֵר בְּכוֹר יְהוּדָה--רַע, בְּעֵינֵי יְהוָה; וַיְמִתֵהוּ, יְהוָה « Et ´ér le premier-né de Yahoudhoh était mauvais aux yeux de `adhônoy ».[5] À ce sujet, il est également écrit :[6] יְדֵיכֶם, דָּמִים מָלֵאוּ « Vos mains sont remplies de sangs ».

 

Le Zôhar fait plusieurs hypothèses et assertions qui ne sont en aucun cas reflétées dans le texte de la Ṭôroh, mais qui forment la base de toutes les compréhensions ultérieures de cette Poroshoh influencées par l’approche Qabbalistique. Le Zôhar argue que :

 

·        Le péché de `ônon est le péché du « gaspillage de la semence » (par opposition au péché de ne pas vouloir perpétuer le nom de famille, comme indiqué dans la Ṭôroh) ;

·        Le péché du frère aîné ´ér est aussi le péché de la masturbation (alors que cela n'est pas spécifié dans la Ṭôroh).

 

Le Zôhar fait également les affirmations suivantes :

 

1.     La raison de l’interdiction du péché de la masturbation est que cela s'apparente à un meurtre.

2.     Celui qui est coupable de masturbation n'a aucune part dans le monde à venir.

 

Il va sans dire que ces hypothèses et affirmations sont assez puissantes. Pour les écoles du judaïsme qui ont été fortement influencées par le Zôhar, ce qui comprend à bien des égards la majorité du judaïsme orthodoxe aujourd'hui, cela a eu une très forte influence sur la façon dont la masturbation est vue et comment l'histoire de `ônon est interprétée.

 

Retournons à présent au sujet du Pashot, mais approfondissez-le un peu. Il existe un héritage vaste et riche de commentateurs qui expliquent le texte selon sa signification simple. Je pense qu'il est évident pour quiconque étudie la Ṭôroh avec les commentateurs traditionnels que chaque commentaire a une approche qui est diversement influencée par de nombreux facteurs, parmi lesquels le Ṭalmoudh, le Midhrosh, la Halokhoh, les diverses écoles philosophiques, la Qabboloh et autres facteurs historiques.

 

Le plus connu et le plus influent de tous les commentateurs est évidemment Rash’’i ז״ל, qui utilise systématiquement le Ṭalmoudh, le Midhrosh et la Halokhoh dans ses explications sur le Pashot de chaque Posouq. C’est ce qui fait sa grandeur et donne à son commentaire une place si importante dans le judaïsme. Par conséquent, dans l'esprit de la plupart des Juifs orthodoxes, l'interprétation de Rash’’i sur cette Poroshoh reste l'explication la plus importante des leçons à tirer de l'histoire de `ônon.

 

Pour résumer Rash’’i (vous pouvez lire l’intégralité de son commentaire sur la Ṭôroh, en français, sur le site sefarim.fr), le péché de ´ér était qu'il ne voulait pas que la beauté de sa femme soit ternie par une grossesse, et il a donc déversé sa semence au lieu de s'engager dans des relations sexuelles naturelles. La source de Rash’’i est le Ṭalmoudh (Yavomôth 34b), et nous approfondirons cela plus tard dans le blog. Ceci est un exemple classique de la façon dont Rash’’i utilise une interprétation talmudique pour expliquer la signification simple d'un Posouq. Rash’’i, à sa manière habituelle, utilise le Ṭalmoudh pour expliquer le sens ordinaire du Posouq, même si le Posouq ne dit rien de manière explicite sur la beauté de Ṭomor ou sur ´ér répandant sa semence.

 

De nombreux autres commentateurs bien connus suivent l'exemple de Rash’’i lorsqu'ils expliquent le péché de ´ér, parmi lesquels le Rashbo’’m ז״ל et d'autres. Cependant, notamment, le Rambo’’n, qui était pourtant un Qabbaliste, souligne explicitement que la Ṭôroh ne spécifie pas le péché de ´ér, le laissant ainsi ouvert à l'interprétation. Le `ibn ´azro` ז״ל, le Rambo’’n et bien d'autres se concentrent sur le péché de `ônon et affirment qu’il s’agissait du de ne pas perpétuer le nom de famille de son frère, ce qui colle parfaitement au sens simple du texte biblique, et respecte la règle de l’interdiction de contredire le sens simple du texte. Ils choisissent de ne pas discuter du tout du péché de la masturbation lorsqu'ils expliquent cette Poroshoh, car cela n'est pas nécessaire pour la compréhension du texte. Le Rambo’’n va en profondeur en expliquant la signification mystique de la Miṣwoh du Yibboum dans la perpétuation du nom de famille du frère. Bien qu'il vire profondément dans un sujet mystique, il reste toujours en phase avec le sens ordinaire du texte qui mentionne en effet que `ônon a péché en ce qu'il ne voulait pas accomplir cette Miṣwoh du Yibboum.

 

Pour résumer, dans cet article, j'ai essayé de démontrer plusieurs approches de la lecture de l'histoire de `ônon. Rash’’i ou la Qabboloh n’ont pas le monopole de la compréhension de la Ṭôroh. J'ai démontré qu'une lecture simple de la Ṭôroh ne dit rien du péché de répandre la semence, mais que diverses traditions ont superposé le péché de répandre la semence sur la Poroshoh afin d'expliquer le récit. Rash’’i a utilisé UN AVIS talmudique (et non l’opinion des Sages) pour expliquer l'histoire, et le Zôhar a utilisé SA PROPRE COMPREHENSION du péché de répandre la semence afin d'expliquer la Poroshoh. Par contre, le Rambo’’n (un mystique) et le `ibn ´azro` (un rationaliste) ont utilisé le sens simple du texte et n'ont pas utilisé de sources talmudiques ou midhrashiques pour comprendre le texte.

 

Soyez patient pendant que nous abordons ce sujet. Il existe de nombreuses autres sources proposées pour justifier cette interdiction que nous rencontrerons au cours de l'analyse halakhique, et une analyse halakhique de cette Poroshoh est à venir. Nous allons essayer de ne rien négliger, mais cela prendra du temps.

 

Dans le prochain article, nous discuterons des problèmes de Toum`oh Watohoroh (l'impureté rituelle), et son influence sur l'interdiction de la masturbation.



[1] Baré`shith 38 :10

[2] ahillim 5 :5

[3] La Présence de Hashshém que les Ṣaddiqim verront dans le ´ôlom Habbo`.

[4] Baré`shith 38 :7

[5] Ici, le Zôhar suppose que le péché de ´ér était le même que celui de son frère `ônon, ce que la Ṭôroh ne déclare pas explicitement.

[6] Yasha´yohou 1 :15

Emission de semence en vain - Introduction

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 



Introduction

 

Cet article peut être téléchargé ici.

 

Cela fait longtemps que des lecteurs du blog, ainsi que des élèves, me demandent de traiter des sujets de la masturbation et de « l’émission de semence en vain » (הוֹצָאַת זֶרַע לַבַּטָּלָה « Hôṣo`ath Zara´ Labbattoloh »), mais du point de vue de l’école rationaliste du judaïsme. Après avoir réfléchi à certains e-mails et aux témoignages qui me sont parvenus, je me suis rendu compte que c'était probablement l'un des sujets les plus importants mais les moins discutés qui affectent les Juifs orthodoxes et leur bien-être social et émotionnel.

 

L'impact de ce problème sur le bien-être sexuel, émotionnel et social de l'homme Juif orthodoxe, alors qu'il grandit à travers l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte, ne peut être surestimé. (Je parle spécifiquement de la masturbation masculine, car il s'agit d'un blog halakhique, et il n'y a pas de discussion approfondie sur la masturbation féminine dans les sources halakhiques. C'est évidemment un sujet très important en soi, mais puisque je ne suis pas sexologue, je n'en discuterai pas ici). L'impact général de cette question sur la société orthodoxe est très significatif. Vous n’avez pas idée du nombre de religieux qui m’en ont déjà parlé. De toute évidence, l'homme orthodoxe a les mêmes problèmes sexuels que tout autre être humain, Juif ou non, mais plusieurs facteurs propres à notre communauté en font un sujet qui convient vraiment à un blog comme celui-ci (et croyez-moi, mon blog est lu même dans des milieux religieux juifs que vous ne soupçonneriez pas).

 

Premier facteur. La société juive orthodoxe évite de discuter de sujets à caractère sexuel. En apparence, cela est souvent justifié par des affirmations selon lesquelles discuter de ces questions en public est une violation des principes de pudeur ou « ani´outh ». Cet argument a un certain mérite bien sûr…sauf lorsque le sujet est complètement ignoré et que qu’on n’en discute pas même en privé pour proposer aux jeunes des alternatives ! Malheureusement, comme ces sujets ne sont pas discutés ni en public ni en privé, les jeunes sont moins bien guidés, ils ne savent souvent pas vers qui se tourner pour obtenir de vrais conseils, et les conseils donnés, dans les rares cas où ils sont donnés, sont souvent mal informés, pour en dire le moins. En outre, lorsqu’on regarde la littérature juive traditionnelle, comme par exemple le ṬoNo’’Kh, le Midhrosh, ou encore le Ṭalmoudh, nous constatons qu’AIUCUN sujet n’était tabou. Hashshém ית׳, à travers les Prophètes, et nos Sages, à travers le Midhrosh et le Ṭalmoudh, osaient aborder tous les sujets avec de nombreux détails qui feraient rougir bon nombre de religieux. C’est une méthode saine, car lorsqu’on ose parler de tout avec nos jeunes et enfants, ils n’auront pas la tentation d’aller chercher leurs réponses dans des sources inappropriées, ni de développer une attitude hypocrite de piété en public et de débauche en privé.

 

Deuxième facteur. On entend souvent parler d’une interdiction de la masturbation masculine, l'interdiction halakhique bien connue sous le nom de « gaspillage de la semence » ou « émission de semence en vain ». Lorsqu'une activité humaine normale telle que la masturbation est interdite, cela peut être une source de culpabilité et de honte énorme pour un jeune orthodoxe qui n'est pas familier avec le développement sexuel normal et ne sait pas où il peut se tourner pour obtenir de l'aide. Jusqu'à 80% des adolescents de sexe masculin normaux se masturbent, et même si ces chiffres étaient différents pour les adolescents orthodoxes, il y a certainement encore un grand pourcentage de garçons Juifs orthodoxes qui le font. L'impact psychologique de masse de jusqu'à 80% de nos enfants étant engagé dans une activité dont ils ont appris que la Ṭôroh condamne et considère comme un péché est quelque chose qui doit être énorme. Je ne suis pas un psychologue social. Cependant, je sais par ma propre expérience du fait d’avoir évolué dans cet environnement et par les nombreuses personnes qui ont eu le courage d'en discuter ouvertement, que cette question est extrêmement importante.

 

Troisième facteur. La tendance à une compréhension plus mystique de notre religion et à l'abandon d'une perspective plus rationaliste est celle que les lecteurs de ce blog connaissent très bien. Quiconque connaît le sujet de la masturbation dans la littérature juive est sûrement conscient de l'association entre la gravité du « péché » de la masturbation et les sources Qabbalistiques. Bien qu'il existe clairement des sources halakhiques traditionnelles pour l'interdiction (dont nous discuterons en détail lorsque nous entrerons dans la discussion principale de cette série d'articles), les sources Qabbalistiques se sont emparées de ce sujet et l’ont transformé en l'un des péchés majeurs d'importance cosmique, au-delà de ce que dicte réellement la Halokhoh, ainsi que nous le découvrirons. Cela peut être une source majeure de désespoir pour les adolescents aux prises avec le problème, d'autant plus qu'ils sont également les moins équipés pour comprendre et faire la différence entre la vraie Halokhoh et les déclarations effrayantes que l’on retrouve dans des sources Qabbalistiques.

 

Quatrième facteur. Une grande partie du discours halakhique sur la masturbation est basée sur les travaux des érudits halakhiques médiévaux (les Ri`shônim) qui ont été fortement influencés par les croyances de leur temps concernant les « dangers » pour la santé lorsqu’on « gaspille la semence ». C’est un fait que peu de Juifs orthodoxes acceptent d’admettre : les Ri`shônim interprétaient souvent certains sujets halakhiques à la lumière de la science connue de leur époque, qui n’était pas toujours exacte, loin de là même. Comprendre cela est essentiel à toute discussion rationaliste sur le sujet, et nous allons bien sûr approfondir cela de manière beaucoup plus détaillée. Cependant, les jeunes orthodoxes d'aujourd'hui apprennent souvent dans la Yashivoh (et je suis bien placé pour en témoigner, puisque je suis passé par le système) qu'une analyse historique qui associe le processus halakhique à toute sorte de lien avec la compréhension scientifique et culturelle actuelle n'est rien de moins qu'une hérésie pure et simple. En tant que tel, un jeune orthodoxe croira souvent qu'il est en train de détruire son cerveau et sa force vitale lorsqu'il se masturbe, car c'est ce que disent les « livres saints » (Saphorim), et il ne pourrait pas comprendre que ces choses étaient souvent simplement en correspondance complète avec les croyances « scientifiques » de l'époque où elles ont été rédigées. Cela ajoute à la culpabilité et à la consternation de la jeunesse malheureuse et non guidée de notre époque.

 

Cinquième facteur. La signification de l'idée que les Juifs sont un peuple élu est souvent interprétée aujourd'hui comme voulant dire que les Juifs sont en quelque sorte intrinsèquement différents de tous les autres. Or, de nombreux sages du judaïsme, comme le Rambo’’m ז״ל, avaient une vision radicalement différente de la signification de l’élection des Juifs. Cependant, la croyance que les Juifs sont intrinsèquement différents est une idée répandue dans de nombreux cercles orthodoxes aujourd'hui. Cela conduit à des soupçons sur les écrits scientifiques et culturels auxquels certains jeunes orthodoxes peuvent parfois être exposés. Ainsi, les rares jeunes orthodoxes qui peuvent tomber sur un article, ou même rencontrer un thérapeute ou un enseignant, ou un professionnel de la santé qui peuvent offrir des conseils raisonnables sur le sujet, les rejettent souvent en raison de ces soupçons.

 

Sixième facteur. Le tabou contre la lecture de livres et d'articles profanes, en particulier ceux concernant des questions sexuelles, fait qu'il est de moins en moins probable qu'un jeune orthodoxe ait un jour la chance d'être exposé à des écrits responsables sur un comportement sexuel normal. Le peu de matériel lié à la sexualité qu'un jeune orthodoxe peut voir sera souvent inapproprié et trompeur, et parfois simplement pornographique et potentiellement dangereux pour son développement sexuel sain. Cela rend difficile pour le Boḥour de Yashivoh typique de comprendre ce qui est scientifique et responsable, et ce qui est dangereux et malsain.

 

Il y aurait davantage de choses à écrire dans cet article d’introduction, mais je pense avoir suffisamment démontré pourquoi c'est un problème particulier pour un homme Juif orthodoxe grandissant dans le monde orthodoxe d'aujourd'hui. Je pense qu'il est évident que la santé sexuelle et le développement des hommes de notre communauté ont un impact profond sur la santé de notre communauté en général. Parce que je ne suis pas un spécialiste des sciences sociales, je choisirai de ne pas entrer dans les détails sur le type d'impact que cela a sur notre société. J'espère que vous conviendrez au moins avec moi qu'il s'agit d'un sujet extrêmement important et qu'une approche halakhique rationaliste peut être très bénéfique pour le Juif rationaliste.

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