mardi 4 août 2020

Rester célibataire

בס״ד

 

Rester célibataire

 


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Cet article est dans la lignée de celui sur T'’ou Ba`ov.

 

Il est enseigné ceci dans le Ṭalmoudh :[1]

 

Ribbi Ṭanḥoum a dit : Ribbi Ḥanilla`y a dit : Tout homme qui n’a pas d’épouse se retrouve sans joie, sans bénédiction, sans bien. Sans joie, car il est écrit :[2] « Et tu te réjouiras, toi et ta maison ».[3] Sans bénédiction, car il est écrit :[4] « pour mettre une bénédiction à ta maison ».[5] Sans bien, car il est écrit :[6] « Il n’est pas bien que l’homme soit seul ».

אמר רבי תנחום א"ר חנילאי כל אדם שאין לו אשה שרוי בלא שמחה בלא ברכה בלא טובה בלא שמחה דכתיב (דברים יד) ושמחת אתה וביתך בלא ברכה דכתיב (יחזקאל מד) להניח ברכה אל ביתך בלא טובה דכתיב (בראשית ב) לא טוב היות האדם לבדו

 

Le Rada’’q ז״ל[7] explique que la joie se reflète sur l’état d’esprit d’un homme en terme de satisfaction. Quand une personne est joyeuse, elle veut partager sa joie. Elle n’est pas satisfaite de garder le bonheur pour elle ; elle a l'impression qu’elle doit laisser éclater sa joie. Cependant, le seul moyen pour deux personnes de partager le bonheur est lorsque le bénéfice de l'un est également celui de l’autre. Tant que quelqu’un a une vision égocentrique du monde, il ne peut pas connaître le plein bonheur puisque son bonheur est limité à lui-même. Ce n'est que lorsque son identité est fusionnée en une entité plus grande que son bonheur est pleinement expérimenté. Le mariage est exactement cette expérience ; l’identité d’une personne se transforme en une identité composée. Une personne qui refuse de se marier est coincée dans une perspective qui ne permettra pas une expérience complète de joie ; si tous les avantages sont considérés égoïstement, ils ne peuvent jamais être satisfaits !

 

Le Rada’’q[8] définit la bénédiction comme une addition de bien. Un ménage est le receveur idéal de la bénédiction. Il y a deux raisons à cela. Premièrement, au niveau pratique, un ménage permet une production efficace. Puisque tout le monde coopère, il y a moins d'efforts et de ressources gaspillés. Deuxièmement, la façon dont Hashshém ית׳ a conçu le monde comme une source de bienfaits pour les gens n'est pas pour l'individu mais pour l'espèce en général. Dans la mesure où une personne reconnaît cela et agit sur la base de ce principe, elle bénéficiera plus facilement des bénédictions que Hashshém a accordées à Sa création. Comme lorsque les Sages enseignent que la bonté de Hashshém se reflète pour toutes Ses créatures, bonnes ou mauvaises, dans le sens où, par exemple, Il fait briller le soleil aussi bien pour les Ṣaddiqim que pour les Rasho´im, et fait pleuvoir aussi bien pour les Ṣaddiqim que pour les Rasho´im. Ainsi, une bénédiction n’a de sens que si elle ne profite pas qu’à soi-même’ mais également à un autre. C’est pourquoi, un homme célibataire manque de bénédiction, car ce qu’il a ne profite qu’à lui, ce qui est le contraire du but que Hashshém a en nous bénissant. Ce n’est donc qu’avec une épouse qu’un homme sera béni dans le vrai sens du terme.

 

Le Rambo’’n ז״ל[9] définit le « bien » comme existant dans un état complet. Un être humain est par nature un être social. S'il refuse de se marier, il lui manque cette identité de plénitude. Il se considère comme un être indépendant, non membre d'une espèce. Le mariage exige la reconnaissance que l’identité de quelqu’un doit émerger dans un contexte social. Alors qu'en tant qu'âme, il existe indépendamment, en tant qu'être humain, son existence n’a de sens qu’en étant une partie temporelle particulière d'une espèce. Le mariage conduit un individu à cette auto-identification appropriée de deux manières. D'abord, cela l'amène à se considérer comme membre d'un groupe, en ce sens qu'il s'identifie à sa femme. Deuxièmement, il fixe comme objectif l'existence continue de l'espèce, par la reproduction.

 

En résumé, les personnes qui refusent de se marier s'empêchent de vivre pleinement le bien et limitent leur capacité à le recevoir. Ces deux manques ne sont pas fortuits mais proviennent du fait de ne pas vivre vraiment humainement, de ne pas reconnaître son existence en tant que membre d'une espèce. D'un autre côté, le mariage amène naturellement une personne à cette reconnaissance.

 

Le passage talmudique par lequel nous avons ouvert notre article se poursuit en énumérant d’autres choses dont manque un homme non marié :

 

À l’ouest[10] ils ont dit : [il est] sans Ṭôroh, sans mur. Sans Ṭôroh, car il est écrit :[11] « Mon aide n’est-elle pas avec moi ? Sinon la sagesse me serait retirée ».[12] Sans mur, car il est écrit :[13] « Une femelle entourera un homme ».

במערבא אמרי בלא תורה בלא חומה בלא תורה דכתיב (איוב ו) האם אין עזרתי בי ותושיה נדחה ממני בלא חומה דכתיב (ירמיהו לא) נקבה תסובב גבר

 

Nous voyons ici qu’un homme qui se marie acquiert de la Ṭôroh, alors qu’il manque de Ṭôroh en ne se mariant pas. Comment le mariage aide-t-il un homme à mieux apprendre la Ṭôroh ? De manière générale, on croit souvent l’inverse, à savoir que la vie de couple semble laisser moins de temps pour étudier, « si une meule est sur son cou, comment sera-t-il impliqué dans la Ṭôroh ? ».[14] Nous devons donc comprendre que cet enseignement ne se rapporte pas à une plus grande quantité d’étude, mais à une meilleure qualité d’étude. Une fois marié, un homme étudiera moins mais mieux !

 

Et qu'est-ce qui fait oublier l’étude ? La Gamoro` dit[15] que l’étude de tout le Ṭalmoudh n'a de valeur que si l'on a de la Yir`ath Hashshém. Rash’’i ז״ל explique que la Yir`ath Hashshém est nécessaire pour se rappeler de ce qu’on a étudié. Si quelqu’un manque de Yir`ath Hashshém, il oubliera son étude. Le Rambo’’m ז״ל définit la Yir`ath Hashshém comme le fait de reconnaître sa vraie nature comme n’étant rien d’autre qu’une petite partie (presque) insignifiante d'un grand système gouverné par une sagesse insondable.[16]

 

Notre Gamoro` est basée sur ce principe ; quelqu'un qui est marié a une vision appropriée de lui-même comme faisant partie de la création (comme l'a expliqué Ribbi Ṭanḥoum ז״ל plus haut). Vivre la vie afin de se valoriser en tant qu'individu est en conflit direct avec le système de la Ṭôroh qui forme une personne à se considérer comme faisant partie d'un système. Ce conflit amènera quelqu'un à oublier sa Ṭôroh. D'autre part, quelqu'un qui est impliqué dans les besoins du ménage en tant que membre d'une famille vivra sa vie en accord avec les leçons de la Ṭôroh et ses actions exprimeront ses connaissances au lieu de les contredire. En outre, il vivra et mettra en application tout ce qu’il aura appris. À quoi sert-il d’apprendre dans la Ṭôroh que Hashshém a créé l’homme pour qu’il vive avec une femme si on est célibataire ? A quoi sert-il d’apprendre qu’un père a l’obligation d’enseigner la Ṭôroh à ses enfants jour et nuit, alors qu’il n’est pas marié et n’a pas d’enfants ? A quoi sert-il d’apprendre l’enseignement de nos Sages selon quoi un homme doit aimer sa femme plus que son propre corps et l’honorer abondamment, s’il est célibataire ? La plupart des enseignements de la Tôroh écrite et orale n’ont aucune utilité pratique pour un célibataire. L’homme a besoin d’une personne différente de lui, avec laquelle il vivra au quotidien, pour appliquer ce qu’il lui manque et comprendre à travers les différences de l’autre ce qu’il ne comprenait pas, et pour se raffiner à travers l’autre dans ses Middôth. C’est l’idée principale qui se cache derrière le fait que Hashshém a décrit la femme comme étant une עֵזֶר, כְּנֶגְדּוֹ « aide à l’opposé de lui ».[17] L’aide n’est pas seulement pratique, mais l’aide pratique crée également une perspective psychologique et philosophique appropriée pour les efforts pratiques. Chaque conjoint conseille et corrige les faiblesses des autres.

 

Le mariage fournit également un mur à l’homme, nous dit le passage susmentionné. Le Maharsha’’` explique que la femelle est un mur pour le mâle contre les attaques du mauvais penchant et des bas instincts. Ils se fournissent l'un à l'autre un exutoire pour les bas instincts d'une manière qui est conforme au plan de Hashshém pour la création. Nul n’est besoin de vous faire un dessin ! Cette idée est le concept de Qadhoushoh (sainteté) et que la Ṭôroh n'est pas seulement théorique mais entre dans tous les aspects de la vie.

 

En résumé, la Ṭôroh et « un mur » sont le cadre complet de la perfection humaine, théorique et pratique. Non seulement le mariage aide une personne à exister humainement, mais c'est un tremplin vers la perfection de l'âme.

 

La Gamoro` se termine en énumérant une dernière chose dont manque un homme non marié :

 

Ravo` bar ´oullo` a dit : [Il est] sans paix, car il est écrit :[18] « Alors tu sauras que ta tente est en paix, et tu visiteras ta demeure et ne fauteras pas ».[19]

רבא בר עולא אמר בלא שלום דכתיב (איוב ה) וידעת כי שלום אהלך ופקדת נוך ולא תחטא

 

Le Rambo’’m[20] définit la paix comme l'état complet de perfection éthique. La vraie paix ne peut émerger que lorsque toutes les parties sont équilibrées et agissent conformément à leur nature. Ensuite, elles vivent dans l'état naturellement harmonieux que Hashshém a créé. Quand on est marié, d'une manière qui est sans péché, alors les deux ont créé le substrat (ce qui sert de support) pour la paix. La perfection de la maison et des individus peut commencer à s'étendre vers la perfection de l'espèce humaine dans son ensemble, dont ils sont une petite partie.

 

En résumé, ce passage de la Gamoro` met en place un cadre hiérarchique du but du mariage. Premièrement, le mariage conduit à une bonne identification de soi en tant qu'être humain, nécessaire à la réussite et à la satisfaction dans la vie. Deuxièmement, cette idée qu’on a acquise de soi permet au mariage d'être le fondement de la perfection de l'âme. Et finalement, le mariage dirigé vers la perfection crée une base pour que toute l'espèce humaine atteigne la perfection.



[1] Yavomôth 62b

[2] Davorim 14 :26

[3] Rash’’i commente que « ta maison » c’est ton épouse.

[4] Yaḥazqé`l 44 :30

[5] Là encore,  Rash’’i commente que « ta maison » c’est ton épouse.

[6] Baré`shith 2 :18

[7] Séphar Hashshôroshim

[8] Dans son commentaire sur Baré`shith 2 :3.

[9] Dans son commentaire sur Baré`shith 1 :10, 2 :18, etc.

[10] C’est-à-dire, en `araṣ Yisro`él, qui est à l’ouest de la Babylonie.

[11] `iyôv 6 :13

[12] Rash’’i explique que « mon aide » se réfère à l’épouse, puisqu’en créant Ḥawwoh ע״ה, Hashshém l’a définit comme une aide pour `odhom ע״ה. Il commente également que « la sagesse » se réfère à la Ṭôroh. Il explique alors que le sens de ce verset est que si un homme n’a pas d’épouse, sa Ṭôroh finira par être oubliée, car il sera trop occupé par les tâches ménagères et d’autres préoccupations, ce qui l’empêchera d’étudier tranquillement.

[13] Yirmayohou 31 :21

[14] Qiddoushin 29b

[15] Shabboth 31a

[16] Mishnéh Ṭôroh, Hilkôth Yasôdhé Haṭṭôroh Chapitres 2 et 4

[17] Baré`shith 2 :18

[18] `iyôv 5 :24

[19] Rash’’i commente en disant que « ta tente » se réfère à « ton épouse », et explique que le sens de ce verset est : Ce n’est que lorsque tu as « une tente », c’est-à-dire une épouse, que tu sauras être en paix.

[20] Shamônah Paroqim, Péraq 4


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