lundi 9 février 2015

Les diverses sources des décisions halakhiques

בס״ד

Les diverses sources des décisions halakhiques


Le thème de la Paroshoh de cette semaine, Parashath Mishpotim, étant le droit et la justice, nous allons passer en revue les diverses sources des décisions halakhiques. La base principale de cet article sera le Chapitre 2 des Hilkhôth Mamrim, dans le Mishnéh Tôroh.

  1. מנהג Minhog (Coutume) : La coutume, bien qu'elle ne fasse pas vraiment partie de la Halokhoh, peut changer. Un Minhog est n'importe quel acte que les masses, d'elles-mêmes, ont accepté sur elles. Selon le Rambam זצ״ל, pour être qualifié de Minhog, la pratique doit ensuite être ratifiée par le rabbinat de la communauté. Tout Minhog qui est contraire à la Halokhoh normative est appelé מנהג טעות « Minhog Ta´ôth » (coutume erronée). Tout Minhog qui est basé sur un malentendu est appelé מנהג שטות « Minhog Shatouth » (coutume insensée). Ces deux sortes de Minhogim ne doivent pas être suivies. Tout Minhog presque universellement adopté est appelé מנהג ישראל « Minhog Yisro`él » (coutume d'Israël), et a quasiment le même degré d'autorité qu'une loi de la Tôroh. Porter une Kippoh et prier Ma´ariv sont deux exemples d'un Minhog Yisro`él.
  2. דין דרבנן Din DaRabbonon (Loi Rabbinique) : Ce sont des lois établies par le rabbinat de la communauté, et non par les masses, afin de renforcer l'esprit de la loi. Par exemple, Pourim et Hanoukkoh. Il y a au total sept commandements qui sont entièrement d'origine rabbinique : 1) se laver les mains pour le pain ; 2) les lois des différents ´Érouvim ; 3) réciter une Barokhoh avant de consommer quoi que ce soit ou avant de jouir d'un quelconque plaisir ; 4) allumer les bougies de Shabboth et de Yôm Tôv ; 5) célébrer Pourim ; 6) célébrer Hanoukkoh ; 7) réciter la prière appelée « Hallél » à certaines occasions. Il y a donc au total 620 Miswôth : les 613 de la Tôroh Écrite + les 7 de la Tôroh Orale. Notez au passage qu'il y a 620 lettres dans les Dix Commandements, et nous savons que toutes les Miswôth sont sous-entendues dans les Dix Commandements !
  3. גזירה דרבנן Gazéiroh DaRabbonon (Décret Rabbinique) : Ce sont des lois instaurées pour empêcher une cause commune (un acte habituel) de violer la lettre de la loi. Par exemple, toucher quelqu'un du sexe opposé ; l'obligation de signer une Kathoubboh pour se marier, etc. Il convient de noter qu'une Gazéiroh DaRabbonon ne devient contraignante que si la communauté l'accepte (c'est la raison pour laquelle la Gazéiroh du prophète ´Azro` ע״ה imposant aux hommes d'aller se tremper au Miqwah après un rapport sexuel n'eut pas la force d'une loi. Néanmoins, les pieux l'ont gardée). Selon le Rambam, une fois qu'une Gazéiroh a été acceptée, elle ne peut pas être renversée. Toutefois, une Gazéiroh pour laquelle la raison de la loi est énoncée est implicitement conditionnée à la raison de cette loi. Cela signifie que lorsque la raison pour laquelle la Gazéiroh fut instituée ne s'applique plus, la Gazéiroh est annulée. Mais tout le problème consiste à savoir quand la raison de la loi est donnée dans la Gazéiroh, et quand la Gamoro` fournit le motif de cette Gazéiroh. Par exemple, la viande doit être salée endéans les trois jours après l'abattage, ou sinon le sang sera trop incrusté dans la viande que pour en être extraite. Mais qu'en est-il de la situation contemporaine où la viande n'est pas consommée sur l'instant, mais est généralement gelée après l'abattage ? Certains tranchent qu'étant donné que la raison de cette pratique est donnée dans la Gazéiroh, la raison ne s'applique plus, ni même le délai, et saler la viande après abattage n'est plus une obligation à notre époque. D'autres tranchent vers la rigueur, car ils pensent pas que le raisonnement sur le sang pouvant s'incruster dans la viande faisait partie de la Gazéiroh telle qu'elle fut codifiée à l'origine. Selon le Tif`arath Yisro`él זצ״ל, il faudrait en réalité subdiviser les Gazéirôth DaRabbonon en deux sous-catégories :
  1. סיג Siyag – Barrière (Siyag est hébreu, alors que Gazéiroh est araméen) : Quelque chose qui mènera à une transgression future, à cause d'une erreur de compréhension de la loi. Par exemple, la Gazéiroh interdisant de mélanger de la volaille avec du lait, par crainte que les gens soient laxistes dans le mélange entre la viande et le lait.
  2. חשש Héshash – Inquiétude : Des cas où la menace de transgression existe dans la situation actuelle, parce qu'on se trouve dans une situation où l'habitude prend le dessus et ou d'autres incidents sont plus que probables. Le Tif`arath Yisro`él dit qu'une Héshash peut être considérée inapplicable si les normes changent à un tel point que la menace n'existe plus. Cela ne nécessite pas de Béith Din qui soit supérieur en nombre ou en sagesse, puisque la loi n'est pas annulée. C'est juste que la situation actuelle est considérée comme n'entrant pas dans les limites de cette loi.

  1. אסמכתא `Asmakhto` (Mnémonique) : Ce sont des lois instaurées, ou des décisions prises, qui sont soutenues par des versets de la Tôroh. HaShem יתברך a rédigé Lui-même ces `Asmakhtôth afin de nous fournir des outils pour trancher correctement la loi. Ce sont des lois et décisions rabbiniques qui appartiennent à une catégorie complètement à part de toutes les autres sortes de lois rabbiniques.
  2. דברי קבלה Divréi Qabboloh (Les paroles qui ont été reçues) : Cette catégorie inclut toutes les lois énoncées par le Béith Din des אנשי כנסת הגדולה « `Anshéi Kanasath Haggadôloh », qui comprenait des Sages et des Prophètes. Ce sont les lois rabbiniques les plus proches de la loi toranique, puisque ces lois furent ratifiées après avoir consulté HaShem Lui-même. Elles ressemblent aux `Asmakhtôth, mais s'en différencient par le fait qu'elles nous sont non seulement suggérées par HaShem, mais il nous est en plus dit que la situation qui a vu leur instauration les justifie. Par exemple, le Béith Din de Dowid Hammalakh ע״ה a instauré l'interdiction pour tout homme et femme non mariés ensemble de s'isoler après l'épisode ayant eut lieu entre `Avsholôm et Tomor. On peut également y inclure Pourim, qui est plus qu'un Din DaRabbonon, car c'est à la suite d'un événement bien particulier que cette fête fut instituée.
  3. פסק Pasaq (Décision Rabbinique) : Une décision rabbinique qui traite du domaine discutable d'une loi ou d'une coutume. Un Pasaq qui n'est pas de prime abord en violation d'une Halokhoh acceptée ne peut être renversé que par une autre entité qui est à la fois plus large en nombre de sages (ou peut-être de disciples) et plus grand en sagesse (qui a la capacité de savoir profondément analyser les faits pour parvenir à une certaine conclusion. On ne parle pas de celui qui a le plus de connaissances en Tôroh, mais de celui qui est plus profondément versé dans le Pilpoul).
  4. דרשה Daroshoh (Herméneutique) : C'est une loi déduite par l'herméneutique (règles d'interprétation des Écritures). Certains sont d'avis qu'une Daroshoh ne peut servir de soutien qu'à des lois déjà connues, et est par conséquent un outil pour émettre un Pasaq. Mais d'autres, comme le Rambam, considèrent la Daroshoh comme une méthode constructive permettant de découvrir des nouvelles lois religieuses. Cela est soutenu par le Midrosh Routh Rabboh, qui explique que Bô´az est crédité du fait d'avoir pleinement révélé que « Mô`avi » ne désignait que les Moabites de sexe masculin, mais pas les femmes. C'est grâce à la Daroshoh que l'on est également capable d'interpréter d'une manière quasiment illimitée l'interdiction de placer un obstacle sur le chemin d'un aveugle. Dans ce sens-là, une Daroshoh peut être synonyme de חידוש Hidoush.
  5. Une dernière catégorie ne possède que deux exemples. La loi toranique impose une Shavouth, une obligation de se reposer à Shabboth. Elle exige également de s'abstenir de certaines Mal`okhôth (œuvres de création ou de construction), même à Hôl Hammô´éd. Mais HaShem a laissé aux hommes la possibilité de décider de certains des paramètres régissant ces formes de repos.

vendredi 6 février 2015

Préserver sa santé d'un point de vue halakhique

בס״ד

Préserver sa santé d'un point de vue halakhique


  1. Introduction

Le sujet de la santé est traité en long et en large de nos jours dans les magazines médicaux et d'autres publications non religieuses. Cet article ne traitera pas de conseils médicaux donnés par les non-Israélites et la presse spécialisée, mais de l'obligation de préserver notre santé en général, et ne se basera uniquement que sur les écrits trouvés dans le Talmoud, les Ri`shônim et les `Aharônim. Le Rambam זצ״ל, plus particulièrement, a publié de nombreuses informations très précieuses dans le domaine de la santé physique, dont des livres entiers. Nous citerons certains de ses enseignements. Nous avons tout ce dont nous avons besoin dans nos propres sources, autant en faire usage !

La nourriture joue un rôle majeur dans nos vies. Nous consommons trois repas à Shabboth, sans compter la Malawah Malkoh. Nous mangeons également beaucoup pour les Yômim Tôvim, les Tano`im, les Qiddoushin, et autres occasions joyeuses. Il peut être difficile de préserver sa santé lorsqu'on ne fait pas attention à ce que l'on mange et aux quantités de nourriture ingurgités. Et pourtant, nous semblons ignorer que la Tôroh nous ordonne de contrôler notre façon de manger afin de préserver notre santé. Nous allons parcourir ensemble ces sources.

  1. Les sources de la Miswoh de préserver sa santé

Il existe de très nombreuses sources dans la littérature religieuse qui traitent de l'importance de préserver sa santé.

Par exemple, le Rambam écrit :

Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:1-2
1. Étant donné que le maintien d’un corps en bonne santé et vigoureux fait partie des voies d'HaShem – puisqu’il est impossible, en étant malade, de parvenir à une quelconque compréhension ou connaissance d'HaShem – il appartient à l’homme de s’éloigner de tout ce qui est nuisible pour le corps, et prendre des habitudes qui sont bénéfiques pour sa santé et sa vigueur. Ces [règles d’hygiène de vie] sont :
א  הוֹאִיל וַהֲוִיַּת הַגּוּף בָּרִיא וְשָׁלֵם, מִדַּרְכֵי ה' הוּא, שֶׁהֲרֵי אֵי אִפְשָׁר שֶׁיָּבִין אוֹ יֵדַע, וְהוּא חוֹלֶה--צָרִיךְ אָדָם לְהַרְחִיק עַצְמוֹ מִדְּבָרִים הַמְּאַבְּדִין אֶת הַגּוּף, וּלְהַנְהִיג עַצְמוֹ בִּדְבָרִים הַמַּבְרִים הַמַּחֲלִימִים; וְאֵלּוּ הֶן
2. Un homme ne doit manger que lorsqu’il a faim, et boire que lorsqu’il a soif. Il ne doit pas contenir ses besoins même un instant, mais doit, dès qu’il a besoin d’uriner ou de déféquer, le faire immédiatement.
ב  לְעוֹלָם לֹא יֹאכַל אָדָם, אֵלָא כִּשְׁהוּא רָעֵב; וְלֹא יִשְׁתֶּה, אֵלָא כִּשְׁהוּא צָמֵא. וְאַל יַשְׁהֶה נְקָבָיו, וְאַפִלּוּ רֶגַע אֶחָד, אֵלָא כָּל זְמָן שֶׁצָּרִיךְ לְהַשְׁתִּין אוֹ לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו, יַעֲמֹד מִיָּד

Ces propos du Rambam sont repris presque mot pour mot dans le Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:1.

Le ²Ritvo`1 זצ״ל dit que l'on ne doit jamais consommer des aliments qui ne sont pas sains pour le corps. Le Séfar HaHinoukh2 זצ״ל explique que l'on ne peut pas se causer du tort et mettre notre vie en danger parce qu'HaShem nous a accordé une âme pure et Divine qui réside dans le corps, ce qui fait du corps une entité sacrée. Or, pour protéger l'âme Divine qui est en nous, nous devons protéger le corps, qui est le réceptacle de cette âme Divine. Le Ba`ér Haggôloh3 זצ״ל dit qu'HaShem a créé le monde avec bonté dans le seul but de faire du bien à Ses créatures. Par conséquent, si l'on se met en danger, on sous-entend par-là que l'on ne veut pas du bien qu'HaShem a désiré nous donner. Il conclut donc qu'il n'existe pas de plus grand `Apiqôrés (hérétique) qu'une telle personne !

Le Tour זצ״ל dit : « Il est une Miswoh de se préserver en s'assurant de rester en bonne santé afin de servir HaShem ».4

  1. Ce que je mange n'a pas d'importance

De nombreuses personnes disent que ce qu'elles mangent n'a pas d'importance, car au final c'est HaShem Lui-même qui décidera combien d'années elles vont vivre. Par conséquent, puisque tout est entre les mains d'HaShem, disent-elles, il n'est pas nécessaire de faire le choix de ne consommer que des aliments sains. Mais c'est une supposition erronée. Bien que la Gamoro` affirme effectivement qu'il n'est pas possible de faire mal à sa main sans que cela n'ait été ordonné à l'avance par HaShem5, personne ne peut se causer du tort volontairement, même si cela était la volonté d'HaShem. De la même manière, bien que celui qui est tombé du toit et est mort à la suite de sa chute était destiné à mourir de cette façon, si le propriétaire de la maison de laquelle cette personne est tombée n'avait pas installé de garde-fou sur son toit, la Tôroh considère qu'il est coupable de la mort de cette personne. Tout cela est bien résumé par le Midrosh6 qui dit que la maladie et la mort sont dues à 99% à de la négligence et seulement à 1% par décret des Cieux. Les commentateurs définissent le terme « négligence » employé dans ce Midrosh comme se référant par exemple au fait de ne pas s'habiller chaudement en hiver (ce qui amène à attraper un rhume), ou encore de ne pas se soucier de sa diète. Ainsi, les gens ne peuvent pas dire que c'est le Ciel qui leur a fait attraper le rhume. Ils l'ont attrapé parce qu'ils ont été négligents ! (Évidemment, HaShem aurait pu faire en sorte qu'ils n'attrapent pas le rhume. Mais c'est un autre sujet.) La Gamoro`7 dit également que 99% des gens meurent avant leur temps, et seulement 1% meurent aux temps où ils étaient destinés à mourir. Il est donc évident qu'il est possible de mourir avant son temps, non pas forcément parce que c'est ce que voulait HaShem, mais par négligence et d'autres facteurs.

Le Séfar Hasîdîm8 dit qu'un Ba'al Kas (quelqu'un de colérique) n'a pas de vie et mourra avant son temps, car la colère raccourcit les jours. Là encore, nous voyons que si une telle personne meurt avant son temps, ce n'est pas parce qu'HaShem l'a voulu, mais parce que lui-même a contribué à raccourcir sa vie. De même pour celui qui fume, qui est un casse-cou, etc.

Le Hôvôth Hallavovôth9 cite une Gamoro`10 selon quoi il est interdit de se tenir volontairement dans un lieu de danger et penser qu'un miracle se produira, parce que peut-être que le miracle ne se produira pas. D'ailleurs, celui qui le fait transgresse l'interdiction de mettre HaShem à l'épreuve. Et si jamais un miracle a lieu, cela diminuera drastiquement ses propres mérites. Ce concept s'applique également à celui qui néglige volontairement sa santé et ne se soucie pas de ce qu'il mange, sous prétexte que de toute façon tout est entre les mains d'HaShem.

Le Ma´avar Yabbôq11 זצ״ל dit que celui qui suit ses propres désirs (et consomme donc ce qu'il veut, même ce qui est nocif pour sa santé) est comparable à quelqu'un qui commet un suicide. Par conséquent, il aura des comptes à régler avec HaShem au jour du jugement !

  1. La digestion et les excès de table

Nous allons à présent parler de la digestion (étant donné que la majorité de notre santé dépend d'elle) et des excès de table d'un point de vue halakhique.

Le Rambam énonce une règle très importante pour la préservation d'un corps sain :

Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:19
Il est une autre règle fondamentale pour la santé du corps qu'ils ont énoncée : tant qu’un homme fait des exercices et beaucoup d’efforts, et n’est pas rassasié12, et ses intestins sont relâchés, il n'est pas proie aux maladies, et sa force s’accroît, même s’il mange de mauvais aliments.
וְעוֹד כְּלָל אַחֵר אָמְרוּ בִּבְרִיאַת הַגּוּף: כָּל זְמָן שֶׁאָדָם מִתְעַמֵּל וְיָגֵעַ הַרְבֵּה וְאֵינוּ שָׂבֵעַ, וּמֵעָיו רָפִים--אֵין חֹלִי בָּא עָלָיו וְכוֹחוֹ מִתְחַזֵּק, וְאַפִלּוּ אָכַל מַאֲכָלוֹת הָרָעִים

  1. La digestion

Une étude du système digestif amènera automatiquement le croyant à la Yir`ath Shomayim. Le Rambam13 et d'autres14 disent que la majorité de l'état de santé et des maladies du corps dépend de la manière que les gens ont de digérer leurs nourritures. Celui qui le fait de la façon appropriée sera quelqu'un de sain, tandis que celui qui ne le fait pas comme il faut sera quelqu'un de faible physiquement et pourrait se mettre en danger.

Le Qisour Shoulhon ´Oroukh15 dit que la digestion est bonne si la nourriture est facile à digérer.16 On doit consommer les aliments légers avant les aliments lourds.17 Un estomac plein ne peut pas digérer correctement la nourriture, parce qu'il ne peut pas broyer comme il faut la nourriture.18

Le commencement du processus de digestion prend place dans la bouche, lorsque les dents broient la nourriture et la mélangent à la salive. Par conséquent, on ne doit pas avaler la nourriture solide sans l'avoir d'abord mâchée.19 Il n'y a pas de mixer dans l'estomac, de ce fait le travail de l'estomac sera beaucoup plus facile si on mâchait correctement sa nourriture avant de l'avaler. Puisque mâcher est si important, on doit s'abstenir de parler tout en ayant de la nourriture en bouche. En plus du danger de s'étouffer, cela empêche de mâcher trop rapidement. Lire tout en mangeant empêche aussi de mâcher correctement. On ne doit pas non plus placer de la nourriture dans sa fourchette tout en mâchant, parce qu'on avalera la nourriture trop rapidement en voyant la nourriture prête à être consommée dans sa fourchette.20

Afin d'aider la digestion, on doit boire un peu tout en mangeant.21 Le début du processus de digestion prend environs deux heures, lorsque l'estomac produit certaines enzymes qui aident à décomposer la nourriture. Trop de liquides dilue les enzymes, ce qui rend la digestion plus difficile.22

On doit être de bonne humeur et non pas plein de colère, de crainte ou d'inquiétude lorsqu'on mange.23

  1. Les excès de table

Il n'est pas nécessaire de mentionner les études médicales qui ont été faites sur les excès de table. Le fait est que la majorité des gens sont en surpoids parce qu'ils mangent trop. Le Rambam dit24 que la majorité des maladies se produisent soit parce que l'on ne mange pas les bons aliments, soit parce qu'on mange beaucoup trop, même si l'on mange des aliments sains. L'obésité nuit gravement au corps : elle le rend léthargique, perturbe son fonctionnement, et entrave ses mouvements.

Les effets des excès de table peuvent se comprendre par l'analogie suivante : si une machine à laver est remplie de vêtements au-delà de sa capacité normale, les vêtements ne seront pas correctement lavés. De même, lorsqu'on mange trop notre estomac est trop rempli et ne peut pas correctement décomposer la nourriture.25

Rabbénou Yônoh זצ״ל dit que les excès de table sont une vraie calamité pour le corps.26

On doit manger jusqu'à ce que son estomac soit rempli à un quart.27 Le Hofés Hayîm זצ״ל dit28 que l'on ne doit manger de bons aliments que par nécessité pour son bien-être, et non pour le plaisir. On ne devrait manger que pour se renforcer afin de mieux servir HaShem.

Il n'est pas permis de manger comme un animal et remplir son estomac, et il ne convient même pas de réciter un « ´Al Hammihayoh » après avoir mangé ainsi.29

  1. Faire de l'exercice physique

Il existe de nombreuses études non-Israélites sur les bienfaits de l'exercice physique. Il est très difficile pour quelqu'un qui étudie toute la journée à la Yashivoh, ou pour un employé de bureau qui passe toute sa journée devant l'écran d'un ordinateur, de marcher et faire de l'exercice. Et pourtant, les médecins sont d'accord sur le fait que l'outil principal pour prévenir les maladies est l'exercice physique.

Ya´aqôv `Ovinou ע״ה, qui lui aussi était assis et étudiait toute la journée dans les tentes de sa mère30, fut néanmoins capable de se battre contre un ange et de l'emporter.31 En outre, il fut capable de retirer à lui tout seul une énorme pierre qui bouchait l'ouverture d'un puits.32

Les jeunes Israélites des temps bibliques servaient dans l'armée à l'âge de vingt ans.33 Certaines personnes étaient expertes dans le lancer de pierres.34 Et nous avons d'autres versets du TaNaKh qui traitent de certains exercices physiques et de leur valeur35, ainsi que des passages talmudiques qui parlent de natation, de l'art de manier l'épée, etc.36

  1. Courir

Dans les temps bibliques, courir était considéré comme une activité physique très importante, et l'un des critères pour pouvoir être admis dans l'armée israélite.37 Un homme de la tribu de Binyomin fut capable de courir sur la longue distance séparant Afeq de Shîloh en une journée afin d'informer le Kohen d'une nouvelle importante.38

Dans les temps talmudiques, courir était considéré comme une forme d'exercice physique, mais également à des fins profanes. Il était important de savoir courir, vite et pour de longues distances si possible. C'était une activité tellement valorisée que les Sages ont permis de courir à Shabboth si c'est afin d'exercer son corps.39 Par contre, courir à Shabboth pour une raison autre que faire de l'exercice n'est pas permis.40

  1. Marcher

Marcher pour exercer son corps est une pratique israélite qui remonte aux temps les plus lointains. On marchait tellement pour faire de l'exercice physique que l'homme moyen des temps talmudiques était capable de parcourir à pied 10 parso`'ôth en une seule journée.41 Marcher et se promener à Shabboth est permis, parce que cela fait partie du plaisir du Shabboth.42

  1. S'exercer jusqu'à transpirer

Comme cela a été mentionné plus haut, le Rambam dit43 que si on fait régulièrement des exercices physiques (et qu'on s'habitue à ne pas remplir son estomac), on ne tombera pas malade et notre force augmentera même lorsqu'on mangera, à l'occasion, de mauvais aliments. Il écrit que celui qui est oisif et ne fait pas de sport ou d'exercice sera malade toute sa vie, même s'il mange de bons aliments. Le Rambam définit « faire de l'exercice » comme étant des mouvements physiques qui altèrent la respiration, ce qui résulte en une respiration plus profonde et à une accélération des battements du cœur plus que d'habitude.

Ce serait magnifique si chaque Yashivoh était dotée d'une salle dans laquelle les garçons pourraient faire de l'exercice physique, ou même se rendre dans une salle de sport pour jouer au ballon, ou faire du tapis roulant. Cela ne les aiderait pas qu'au niveau de leur santé (il y a un surpoids terrible au sein de la communauté religieuse), mais également dans leurs études.

  1. Faire de l'exercice avant de manger

La meilleure chose à faire avant de manger consiste à faire un peu d'exercice physique. Le Rambam écrit qu'il convient de marcher suffisamment longtemps que pour que le corps se réchauffe, ou s'adonner à un travail ou tout autre effort semblable avant de manger.44 On trouve une allusion à cela dans le verset suivant45 : בְּזֵעַת אַפֶּיךָ, תֹּאכַל לֶחֶם « À la sueur de ton front tu mangeras ton pain », c'est-à-dire, « Transpire d'abord, et seulement alors mange ! ».

  1. Manger avant de faire de l'exercice physique

Par contre, il ne convient pas de manger avant de faire de l'exercice physique46, parce que la nourriture ne sera pas digérée correctement. On doit attendre deux heures avant de faire de l'exercice après un repas. La même règle s'applique lorsqu'on compte dormir après avoir mangé.47

  1. Conclusion

Nous avons présentés de nombreuses sources halakhiques sur l'importance et la façon de maintenir sa santé. On ne doit pas prendre ce sujet à la légère. On a l'obligation de faire tout ce que l'on peut afin de jouir d'une vie longue et saine dans ce Monde-ci.

Bien que bon nombre d'entre nous sommes assis derrière un bureau toute la journée ou étudions dans une chaise toute la journée, on doit néanmoins trouver du temps pour faire de l'exercice physique.
1Sur Shovou´ôth 27a
2Miswoh n°73
3Hôshèn Mishpot 427:10
4`Ôrah Hayîm 155
5Houllîn 7b
6Wayyiqro` Rabboh 16:8
7Bavo` Mési´o` 107b
8145
9Sha'ar Habbitahôn 4
10Shabboth 32a
11Qorban Ta´anith 5, page 3
12C'est-à-dire, qu'il ne mange pas jusqu'à se remplir.
13Dans la suite de la Halokhoh susmentionnée.
14Voir Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:2
1532:3
16Le poulet est plus facile à digérer que la viande (Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:8).
17Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:9
18Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:3
19Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:13
20Hayîm Bariyim KaHalokhoh, pages 101-102
21Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:17
22Hayîm Bariyim KaHalokhoh, pages 108-110
23Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:22
24Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:20
25Hayîm Bariyim KaHalokhoh, pages 116-117
26Commentaires sur la Mishnoh de `Ovôth 2:12
27Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:3. Egalement rapporté dans le Kaf HaHayîm, Yôréh Dé´oh 116:69, ou encore dans Shamirath Haggouf Wahannèfèsh 26, note de bas de page 1.
28Mishnoh Barouroh 170:45
29Elyâh Rabboh 170:23 ; Mishbetsoth Zâhâv 170:10 ; Kaf HaHayîm 72. Cela s'applique également au Shabboth et à Yom Tov (Shamirath Haggouf Wahannèfèsh 26, note de bas de page 3).
30Baré`shith 25:27
31Ibid., 32:36
32Ibid., 29:10
33Bamidbor 1:4
34Shôftim 20:16
35Zakharyoh 12:3 ; Qôhalath 5:11 ; Tahilim 24:8 ; 2 Shamou`él 1:18 ; 2 Shamou`él 2:15
36Voir par exemple, Shabboth 92a, Nadorim 28a, Kathoubbôth 111a, etc.
371 Shamou`él 22:17 ; 2 Divréi Hayyomim 12:11 ; 2 Malokhim 11:13
38Il y a d'autres cas où l'on met en avant l'acte de courir dans le TaNaKh : 2 Shamou`él 18:14, 19 ; 1 Malokhim 1:5, 14:27-28.
39Tôsafto` Shabboth 17:16. Voir aussi Niddoh 24b dans le Talmoud Bavlî. Néanmoins, le Shoulhon ´Oroukh interdit de faire de l'exercice à Shabboth au point de transpirer (`Ôrah Hayîm 328:42 ; voir aussi Mishnoh Barouroh 42).
40Shoulhon ´Oroukh, `Ôrah Hayîm 301:2
41Pésahim 93b dans le Talmoud Bavlî, et Barokhôth 1:1 dans le Talmoud Yarousholmi. Une parso`' vaut entre 3,84 et 4,6 km. 10 parso`'oth valent donc entre 38,4 et 46 km.
42Tôsafto` Pé`oh 4:10 ; Tôsafto` Shabboth 16:17 ; Ramo` `Ôrah Hayîm 301:2
43Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:19
44Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:4
45Baré`shith 3:19
46Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:5

47Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Dé´ôth 4:7 ; Qisour Shoulhon ´Oroukh 32:6 ; Hayîm Bariyim KaHalokhoh pages 107-108

dimanche 1 février 2015

Une obligation d'être enterré en `Aras Yisro`él ?

בס״ד

Une obligation d'être enterré en `Aras Yisro`él ?

Illustration : cimetière du Mont des Oliviers

Très régulièrement, nous entendons parler à travers les médias de Juifs morts dans leurs pays qui se font enterrer en Terre Sainte. Ce geste est souvent mal interprété par les non Juifs, mais également faussement présenté par certains Juifs comme étant une espèce d'obligation religieuse dictée par notre religion. Il n'en est pas ainsi, en dépit des « preuves » sur lesquelles on pourrait s'appuyer pour « prouver » qu'un Juif doit obligatoirement être enterré en Terre Sainte.

Tout d'abord, rien que le nombre impressionnant de cimetières juifs en-dehors de la Terre Sainte, et dans lesquels sont enterrés quelques-uns de nos rabbins les plus illustres, ainsi que de nombreux prophètes, suffit pour démontrer la bêtise de l'affirmation selon laquelle on devrait obligatoirement être enterré en Terre Sainte en tant que Juif. Deuxièmement, il existe de nombreuses sources attestant de l'inverse. Nous n'allons en citer ici que quelques unes.


Pour lire la suite, voir l'article sur le blog judaismevssionisme.

samedi 31 janvier 2015

Sur la nature et le futur de la Halokhoh par rapport à l'autonomie religieuse : Cinquième et dernière partie

בס״ד

Sur la nature et le futur de la Halokhoh par rapport à l'autonomie religieuse

Cinquième et dernière partie

Le rabbin Nothon Lopes Cardozo שליט״א

Pour (re)lire :

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  • Problèmes halakhiques

À première vue, il semble que de nombreux principes halakhiques pourraient interdire la possibilité de réintroduire le concept de « `Éllou Wa`éllou ». Le Talmoud comprend des opinions minoritaire en matière de Dinéi DaRabbonon - les rabbiniques. C'est la catégorie qui nécessite urgemment que l'on traite des questions de spiritualité et de Halokhoh établie. En général, les opinions minoritaires ne sont pas destinées à être suivies. La raison est évidente: permettre aux gens de reprendre ces avis auraient un impact destructeur sur la communauté juive et son besoin de comportement normatif uniforme, c'est-à-dire, « afin de ne pas fragmenter la Tôroh dans de nombreuses Tôrohs » (Sanhédrin 88b).

Mais qu'en serait-il si suivre des opinions minoritaires ne ferait qu'accroître l'amour et le respect des lois de la Tôroh (Da`ôrayto`)) chez de nombreux coreligionnaires Juifs? Beaucoup de lois rabbiniques sont des haies de protection érigées dans le but distinct et précis d'empêcher des personnes de violer la loi de la Tôroh, mais que faire si elles produisent le résultat inverse, à savoir, le rejet absolu de loi de la Tôroh? Aujourd'hui, nombre de ces lois rabbiniques garder les gens à l'extérieur au lieu de les inviter à entrer. Elles ne sont pas propices à la spiritualité désirée par tous les gens qui essaient de respecter les lois de la Tôroh. Et si certaines des opinions minoritaires étaient plus propice à l'observance des lois de la Tôroh? C'est particulièrement vrai concernant les lois rabbiniques qui affectent l'individu. Ces sujets exigent un grand investissement spirituelle à un niveau individuel. Ne serait-il pas plus sage dans ces cas d'encourager la mise en application des opinions minoritaires telles que rapportées dans le Talmoud au lieu de les interdire et de normaliser les opinions de la majorité?1

  • Béith Shamma`y et Béith Hillél

Nous nous demandons si une telle approche serait valable au niveau des controverses rituelles entre Béith Shamma`y et Béith Hillél. La Halokhoh suit sans équivoque Béith Hillél, et dans des circonstances normales, il est interdit de se conformer aux avis de Béith Shamma`y (´Éiouvin 13b). Cependant, la raison de cette règle n'est pas du tout claire (Voir Yavomôth 14a). En fait, il semble qu'il y avait des cas dans le passé où suivre des décisions de Béith Shamma`y fut même encouragé (Barokhôth 53b). Quelle que soit la raison, serait-il permis de suivre les avis de Béith Shamma`y lorsque certaines personnes se sentent plus liées à ce point de vue? Après tout, beaucoup de ces divergences d'opinion [entre Béith Shamma`y et Béith Hillél] ne portent pas seulement sur des aspects juridiques ou des disputes académiques; elles sont, avant tout, des différences d'approche sur la vie religieuse. (Voir par exemple la question de savoir si l'on doit allumer les huit bougies le premier jour de Hanoukkoh (Béith Shamma`y) ou seulement le dernier jour (Béith Hillél ).) Ne serait-il pas plus conforme à l'esprit de Béith Shamma`y et Béith Hillél de permettre aux gens de décider par eux-mêmes [comment allumer les bougies de Hanoukkoh], maintenant que l'engagement religieux dans une société laïque est d'une nature entièrement différente de ce qu'il était dans les premiers temps?

  • Ignorer les opinions minoritaires

En outre, le Talmoud nous permettrait-il non seulement d'ignorer des opinions majoritaires, mais également des opinions rabbiniques minoritaires si le résultat amènerait les gens à respecter les lois de la Tôroh? Il est une évidence que de nombreuses lois rabbiniques facilitent l'observance des lois de la Tôroh, mais qu'en est-il si les gens se sentent confinés par ces lois au point de ne plus comprendre l'esprit, disons, de cette prière ou du Shabboth ? Dans de nombreux cas, il n'est même pas clair si une loi est Da`ôrayto` ou DaRabbonon, et dans ces cas on ne peut pas prendre de risques. Mais là où nous savons pertinemment bien qu'ils sont DaRabbonon, cela serait-il autorisé? Après tout, les êtres humains sont des plus complexes. La liberté dans un domaine conduit souvent à un plus grand engagement dans un autre.

En effet, dans les temps pré-mishnaïques et talmudiques, bon nombre de ces lois rabbiniques n'existaient pas encore, et les gens prenaient leurs propres décisions sur la façon de s'assurer qu'ils ne violeraient pas la loi de la Tôroh ou sur la façon de donner un sens à leur relation avec D.ieu par leurs propres prières ou d'autres rituels.2 Il n'y avait pas de livres de prière et il semble qu'il était strictement interdit de mettre par écrit des prières3 (Shabboth 115b). Est-il impossible d'adopter nous aussi une approche semblable aujourd'hui?

  • Bénédictions, prières et offices synagogaux personnalisés

Les gens pourraient-ils adopter d'autres versions de bénédictions, telles que celles décrites dans le Talmoud mais pas codifiées dans la Halokhoh pratique? Le Talmoud objecterait-il vraiment contre quelqu'un qui formule ses propres Barokhôth si elles ont une plus grande importance pour lui? Quand les gens se plaignent de ne pouvoir se connecter à certaines des Barokhôth et prières officielles; que ces Barokhôth et prières sont d'une telle beauté qu'ils sont incapables d'absorber leur signification profonde et donc se sentent hypocrites en les disant; ou que la récitation constante des mêmes Barokhôth et prières ne permet plus les dire avec ferveur religieuse, n'y a-t-il pas une certaine vérité à leur affirmation? Après tout, n'était-ce pas le but des Sages de formuler ces textes religieux pour inciter les gens à louer et remercier sincèrement D.ieu? N'est-il pas préférable pour nous de dire différentes prières lorsque cet objectif serait mieux servi? Inutile de dire que certaines exigences spirituelles et religieuses devraient être préservées.4

Différents types d'offices synagogaux pourraient-ils être créés dans lesquels des prières et rituels alternatifs sont laissés à l'appréciation de la communauté? Les Minhagim, rituels et d'autres traditions sont d'une grande importance et ne devraient pas être pris à la légère. Ils ont grandement contribué au judaïsme. Mais que faire si les gens ont désespérément besoin d'exprimer leur dévotion religieuse d'une manière différente? Tout comme il est possible pour un rabbin de prendre une décision halakhique un jour et une différente le lendemain, parce qu'il voit les choses différemment, pourquoi cela ne pourrait-il pas s'appliquer également aux prières de l'être humain? Qu'en serait-il si cela contribuerait à créer une expérience religieuse plus authentique?

Ces questions et d'autres sont de la plus haute importance si nous voulons revitaliser le judaïsme dans le cœur de beaucoup de gens.

  • Hôra`ath Sho´oh

Dans cette veine, peut-être devrions-nous nous pencher sur les concepts halakhiques qui traitent de cas où la suspension d'une loi particulière « ramène les foules à la religion et les sauve d'un laxisme religieux général » (Mishnéh Tôroh, Hilkhôth Mamrim 2:4). Ces concepts pourraient inclure les notions de Hôra`ath Sho´oh, la nécessité de la suspension temporaire d'une loi; Lamigdar Milto`, l'amélioration d'un sujet particulier; et ´Éth LaShem, un temps pour agir pour D.ieu. Comme le grand sage talmudique Réish Laqqish l'a fait remarquer, « Il y a des moments où la suspension de la Tôroh peut être sa fondation »5 (Manohôth 99a-b). Ces concepts se réfèrent généralement à des changements à court terme, et sont généralement limités dans leur portée. Cependant, il y a eu des cas dans l'histoire religieuse juive où des sujets ont été modifiés sur une base à long terme, et dans certains cas n'ont jamais été révoqués. En fait, ces principes ont même été utilisés pour des besoins religieux totalement opposés, en fonction des Hashqofôth des communautés qui étaient au bout du rouleau et tentèrent activement de faire survivre le judaïsme dans les temps modernes. Ces exemples peuvent être trouvés dans le concept de « Tôroh ´Im Darakh `Aras » développé par Rabbi Samson Raphaël Hirsch; dans l'opposition du Hothom Sôfèr à la culture générale; dans la décision prise par le Hofés Hayim d'autoriser les jeunes femmes à recevoir une éducation toranique plus poussée; et dans l'interdiction rabbinique existant dans certains milieux, concernant les groupes de prière exclusivement composés de femmes.6 Toutes ces innovations furent une réponse à une crise aiguë, qu'elles aillent laqouloh7 ou Lahumroh8. Elles ne peuvent probablement pas être inclus dans la stricte définition et les paramètres de Hôra`ath Sho´oh, mais elles portent clairement son caractère et ont été acceptées comme telles par les différentes communautés. Elles ressemblent toutes à une Hôra`ath Sho´oh.

Pour éviter tout malentendu, je répète qu'en aucune façon je ne suggère que nous fassions disparaître des pièces du judaïsme, ou que l'on nie la divinité de la Tôroh et l'importance de la loi rabbinique. C'est plutôt l'inverse. Mes observations et suggestions proviennent d'un amour profond et d'une grande appréciation pour ce que représente la Halokhoh. C'est par amour pour la Parole de D.ieu qui est descendue à nous au Sinaï, que cet article est né.
1En fait, bon nombre d'opinions considérées minoritaires dans le Talmoud pouvaient néanmoins être appliquées par ceux qui le désiraient. Qu'une opinion soit minoritaire ne signifie pas automatiquement qèue l'on doive obligatoirement suivre l'opinion majoritaire sur la question. C'est ainsi que tout au long du Talmoud, nous voyons de nombreux Sages qui se tenaient plutôt du côté de l'opinion minoritaire et l'appliquaient, en dépit qu'elle n'était pas majoritaire, car sur de nombreuses questions que l'on suive telle ou telle opinion n'a en réalité aucune incidence halakhique négative.
2Nous avons apporté de nombreux exemples dans divers articles publiés sur ce blog pour démontrer que dans les temps talmudiques, tout n'était pas formalisé. On pouvait, par exemple, réciter ses propres formules pour la Havdoloh et d'autres rituels.
3Justement pour que la prière ne devienne jamais quelque chose de figé. C'est ainsi que le Talmoud oblige en réalité à ajouter des éléments nouveaux dans toutes nos prières, contrairement à ce qui se fait de nos jours où les mêmes prières sont récitées chaque jour. Même au Moyen-Âge, c'était le Shaliah Sibbour qui improvisaient le déroulement de l'office en choissant lui-même les chants qu'il désirait que l'assemblée chante avec lui. C'est ainsi que de nombreux Piyyoutim se frayèrent un chemin dans le Siddour. Le Talmoud rapporte également les versions personnelles du « Môdim DaRabbonon » que faisaient bon nombre de personnes pendant la ´Amidoh. Chacun pouvait dire ce qu'il voulait pendant que le Shaliah Sibbour récitait la bénédiction du « Môdim ».
4Le Talmoud donne effectivement des règles à suivre lorsqu'on récite ses propres Barokhôth. Nous ne devons donc pas les formuler comme bon nous semble.
5C'est-à-dire, ce qui permet de la préserver et la maintenir en vie.
6Tous ces exemples sont des innovations causées par des situations particulières. Nous voyons donc qu'il est totalement faux de prétendre qu'il est interdit de changer quoi que ce soit dans la pratique religieuse.
7Vers l'indulgence

8Vers la rigueur

jeudi 29 janvier 2015

Sur la nature et le futur de la Halokhoh par rapport à l'autonomie religieuse : Quatrième partie

בס״ד

Sur la nature et le futur de la Halokhoh par rapport à l'autonomie religieuse

Quatrième partie

Le rabbin Nothon Lopes Cardozo שליט״א

Pour (re)lire :

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  • Le judaïsme est un mode de vie autonome

La question que nous devons à présent poser est de savoir comment ramener le judaïsme à son « soi » originel et authentique dans lequel la tradition halakhique du « `Éllou Wa`éllou »1 est une fois de plus reconnue et appliquée. Peut-on réactiver ce concept pour apporter une nouvelle vie dans la circulation sanguine du judaïsme pour ces jeunes qui sont dans le besoin? Certes, le principe de « `Éllou Wa`éllou » n'est pas un chèque en blanc qui permet tout. Ce principe ne doit être mis en œuvre que s'il va stimuler un plus grand engagement à la vie religieuse juive tout en répondant simultanément aux nombreux changements drastiques qui ont eu lieu dans notre monde moderne. La nécessité de l'autonomie humaine ainsi que la spiritualité et la soif de sens qui sont recherchées par tant de jeunes devra être traitée.

Nous devons réaliser que le judaïsme est un mode de vie autonome. Bien que le besoin de conformité au sein de la communauté doit être constamment pris en considération, en fin de compte on est censé répondre en tant qu'individus aux exigences de la Tôroh. Chaque être humain est un monde entier, et il n'y a pas deux êtres humains qui soient identiques dans leur constitution psychologique, dans leurs besoins religieux ou expériences de D.ieu. On ne peut rencontrer D.ieu qu'en tant qu'individu. Qu'est-ce, après tout, le but de mon existence si ce n'est de me rapporter à D.ieu différemment de mon voisin? Imiter ce que font les autres dans leur service de D.ieu démontre qu'il n'y a aucune raison pour que je sois venu au monde. Le besoin criant de distinction humaine est démontrée par le fait qu'aucun Juif n'a reçu la Tôroh ou entendu la voix de D.ieu au Sinaï de la même manière, comme l'a fait remarquer le Maharshal. La nécessité d'une plus grande autonomie halakhique n'est pas dans le simple but d'adapter le judaïsme à l'esprit des temps modernes, mais aussi de rendre le judaïsme plus authentique et fidèle à son propre esprit. Bien que la nécessité de la conformité communautaire a souvent rendu difficile pour le judaïsme d'insister sur la nécessité de l'autonomie personnelle, la difficulté vécue par tant de jeunes gens aujourd'hui peut propulser cette question à l'avant-garde de notre préoccupation.

  • Questions difficiles

À la lumière des observations mentionnées ci-dessus, je me demande si nous pouvons présenter à nouveau les grands débats talmudiques d'une manière qui va remodeler le judaïsme dans son soi originale à multiples facettes et coloré, de sorte que les jeunes Juifs d'aujourd'hui, qui s'interrogent, tombent amoureux de lui. Devrions-nous permettre, et même encourager, des personnes ou des communautés à décider elles-mêmes laquelle des nombreuses opinions dans le Talmoud aimeraient-ils suivre?

Pour répondre à cette question nous devons sans doute aller au-delà de la façon classique avec laquelle la Halokhoh a été appliquée à travers les générations ultérieures. À bien des égards la question n'est pas seulement d'ordre halakhique; c'est aussi une question d'ordre hashkafique. Nous devons trouver de nouvelles voies à la spiritualité juive. Même s'il n'est pas tout à fait clair où commencent les questions de Halokhoh, les questions de Hashqofoh, la `aggodoh et les besoins spirituels qui influencent la pensée halakhique, il est nécessaire d'entrer dans une nouvelle façon halakhique de penser; une qui a rarement été utilisée, mais fait clairement partie du monde du Talmoud. C'est le concept de plusieurs vérités dans la Tôroh de D.ieu. Dans notre monde moderne, l'esprit de la Halokhoh comme une tradition vivante à multiples facettes devient extrêmement pertinente. Les règles conventionnelles sur la façon de parvenir à une décision halakhique peuvent avoir à intégrer des exigences plus spirituelles. Toutefois, cela ne peut se faire que si elles sont enracinées dans le Talmoud et ne violent pas les principes sous-jacents du débat halakhique comme décrit par « `Éllou Wa`éllou ». Le débat quant à savoir si les individus peuvent décider de leur propre chef quelle opinion dans le Talmoud ils aimeraient suivre est d'une importance capitale.

  • Les savants halakhiques et la crise religieuse

Les grands savants halakhiques d'aujourd'hui et de demain devront décider si nous sommes autorisés à mettre en œuvre cette idée. Seront-ils prêts à sincèrement considérer ces questions? Sont-ils équipés de suffisamment de connaissances sur notre monde - la crise morale, spirituelle et religieuse dans laquelle tant de jeunes se retrouvent - pour traiter de cette question? Comprennent-ils pleinement la place centrale que l'autonomie humaine occupe dans la société d'aujourd'hui et dans le judaïsme authentique? Est-ce qu'ils se connectent assez avec la mélodie religieuse de la Halokhoh pour même voir la nécessité de ces questions? Ils peuvent facilement rejeter ces questions comme hors de propos, inacceptables, non-Koshér ou même hérétique; mais cela ne va pas. Trop de choses sont en jeu. La situation difficile de l'humanité en général et des Juifs en particulier, est si grande, que le refus de traiter ces problèmes éloigneront finalement de nombreux bons Juifs de la tradition juive et de la pratique religieuse. Ignorer le besoin grandissant de tant de jeunes, des personnes intelligentes, pour une approche autonome d'un mode de vie halakhique personnel n'est plus possible. Un grand courage est même nécessaire pour ne serait-ce que soulever ces questions, et encore plus pour donner des réponses. Ce qui est nécessaire est la volonté sincère de penser hors de la boîte.

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