dimanche 26 avril 2020

La bénédiction de « Hashkivénou » durant la semaine et à Shabboth


בס״ד

La bénédiction de « Hashkivénou » durant la semaine et à Shabboth


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J'ai reçu la question suivante :

Une question à laquelle je n'ai pas trouvé de réelle réponse (comme d'autres) : Comment se fait-il, par exemple, que le texte de Hashkivenou après le Shema de la nuit soit différent selon qu'il s'agit d'un jour de semaine ou veille de Shabbath dans les Siddourim actuels? D'après ce que j'ai lu, selon le texte du Rambam, il n'y a aucune différence dans les bénédictions du Shema, que ce soit en semaine ou veille de Shabbath !

La position du Rambo''m ז״ל est correcte, en ce qu'il ne doit pas y avoir de différence entre le Shabboth et les jours de semaine quant à la formule de conclusion de cette bénédiction de « Hashkivénou ». Cela est confirmé par de très anciens Siddourim comme celui du Rov Sa´adhyoh Go`ôn ז״ל ou encore les textes de la Taphilloh retrouvés dans la Ganizoh du Caire, qui attestent que la formule de conclusion de cette bénédiction ne variait pas mais était plutôt la même, aussi bien en semaine qu'à Shabboth. Et notre pratique consiste, donc, à ne pas la modifier à Shabboth, contrairement à la majorité des Siddourim actuels.

Tout cela étant dit, il convient d'expliquer le raisonnement sur lequel s'appuient ceux qui font une différence entre la formule de cette bénédiction en semaine et celle du Shabboth.

Durant la Taphilloh de ´arbith des jours de semaine, la Barokhoh de הַשְׁכִּיבֵנוּ « Hashkivénou » est faite après celle de גָּאַל יִשְׂרָאֵל « Go`al Yisro`él », et se conclut par les mots בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, שׁוֹמֵר אֶת עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לָעַד « Béni Tu es Hashshém, Qui garde Son peuple Yisro`él à jamais ». Mais lors de la Taphilloh de ´arbith de la nuit de Shabboth, la formule de conclusion est modifiée et devient : בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, הַפּוֹרֵשׂ סֻכַּת שָׁלוֹם עָלֵינוּ וְעַל כָּל עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל, וְעַל יְרוּשָׁלַיִם « Béni Tu es Hashshém, Qui étend une Soukkoh de paix sur nous et sur tout Son peuple Yisro`él et sur Yarousholayim ». (J'ai pris comme référence le Siddour séfarade.) Pourquoi un tel changement ?

Le Tour1 ז״ל explique que la raison pour laquelle le texte de semaine est modifié la nuit du Shabboth est parce qu'il ne faut pas conclure avec les mots שׁוֹמֵר אֶת עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לָעַד, car le Midhrosh déclare qu'à Shabboth le peuple juif n'a pas besoin de protection (ce qui est interprété comme voulant dire qu'il n'a pas besoin de prier pour être protégé), car le Shabboth lui-même protège.

D'autres citent les paroles de Ribbénou Dowidh `abbudhirhem ז״ל comme ayant enseigné ceci :2

Il ne faut pas conclure par שׁוֹמֵר אֶת עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לָעַד, car le Midhrosh déclare que nous n'avons pas besoin de protection à Shabboth, car le Shabboth lui-même nous protège. En effet, le Talmoudh Yaroushlami3 déclare explicitement qu’il ne faut réciter שׁוֹמֵר אֶת עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לָעַד que les jours de semaine ; cependant, le jour du Shabboth, on devrait conclure par וּפְרוֹשׂ עָלֵינוּ סֻכַּת שְׁלוֹמֶךָ « et étends sur nous la Soukkoh de Ta paix », et les Ga`ônim écrivent de même. C'est en effet la coutume à plusieurs endroits. Néanmoins, à Séville et à Tolède, le וּפְרוֹשׂ עָלֵינוּ סֻכַּת שְׁלוֹמֶךָ n'est récité que les Yomim Tôvim, mais je ne sais pas pourquoi ils concluent la bénédiction de cette façon les Yomim Tôvim, tandis qu'à Shabboth ils concluent la bénédiction comme ils le font en semaine.

De même, le Kaph Hahayyim cite le Zôhar qui déclare que le peuple juif n’a pas besoin de protection le Shabboth ; ainsi, on devrait conclure la bénédiction avec le texte susmentionné à Shabboth.

Dans les deux premières sources susmentionnées, ils s'appuient sur un Midhrosh pour justifier la modification de la formule à Shabboth, bien qu'une règle stipule clairement qu'un Midhrosh ne peut pas être une base pour trancher une Halokhoh. Le fait que le Midhrosh enseigne qu'à Shabboth le peuple juif n'aurait pas besoin de protection, car le Shabboth lui-même fait protection sur nous, n'implique pas nécessairement de modifier la formule de la bénédiction, tout simplement parce que cette bénédiction n'émet pas une demande de protection mais est tout simplement une déclaration de fait qui est que Hashshém ית׳ nous protège constamment. Par conséquent, il est tout autant approprié d'en faire mention à Shabboth qu'en semaine.

De la même manière, pour reprendre un autre exemple, beaucoup s'appuient sur un Midhrosh qui stipule que le jour du Don de la Tôroh le peuple juif dormait encore et faillit manquer cet événement extraordinaire, et ont mis en place la pratique de veiller chaque nuit de Shovou´ôth pour réparer cette « faute ». Mais le Midhrosh ne fait que rapporter un fait, et n'implique pas forcément qu'on doive alors veiller. D'ailleurs, pourquoi ne pas utiliser ce Midhrosh justement pour enseigner à aller dormir tôt de façon à se réveiller tôt le lendemain, jour de Shovou´ôth, afin de recevoir la Tôroh de bonne heure ? Vous voyez donc qu'un Midhrosh ne vient pas établir une Halokhoh, mais rapporte juste des faits qui n'ont pas d'incidence halakhique. De même, le passage du Zôhar ne fait qu'énoncer un fait, sans pour autant enseigner qu'il faudrait une modification de la formule de la bénédiction (c'est une conclusion du Kaph Hahayyim et non ce que le Zôhar exhorte à faire).

Notez toutefois que la formule שׁוֹמֵר אֶת עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לָעַד provient du Nôsah Boval – rite babylonien, alors que dans le Nôsah `aras Yisro`él – rite palestinien, la bénédiction de « Hashkivénou » se termine par les mots suivants : פּוֹרֵשׂ סֻכַּת שָׁלוֹם עָלֵינוּ וְעַל עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וְעַל יְרוּשָׁלַםִ « Qui étend une Soukkoh de paix sur nous et sur Son peuple Yisro`él et sur Yarousholayim ».

Notez également que la seconde preuve mentionnée dans la deuxième source susmentionnée n'est pas exacte. Ribbénou Dowidh `abbudhirhem déclare que le Talmoudh Yaroushlami enseignerait que la formule du « Hashkivénou » devrait être modifiée à Shabboth, mais cela n'est pas exact. Voici précisément ce que dit le Yaroushlami : Le Yaroushlami4 enseigne qu'il faudrait prier pour Yarousholayim dans la Birkhath Hammozôn, dans la Qiryath Shama´, et dans la ´amidhoh. Il explique alors que dans la Birkhath Hammozôn cette prière se fait dans la Barokhoh de בּוֹנֶה יְרוּשָׁלַםִ, tandis que dans la ´amidhoh elle se fait dans la Barokhoh qui se termine par אֱלֹהֵי דָּוִד וּבוֹנֶה יְרוּשָׁלַםִ. Le Yaroushlami déclare alors que dans la Qiryath Shama´, Yarousholayim est mentionnée dans la conclusion de « Hashkivénou » : פּוֹרֵשׂ סֻכַּת שָׁלוֹם עָלֵינוּ וְעַל עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וְעַל יְרוּשָׁלַםִ.

Que ce soit pour la Birkhath Hammozôn, la Qiryath Shama´, ou la ´amidhoh, ce passage du Yaroushlami ne fait nulle part mention d'un changement de formulation entre la semaine et le Shabboth. Par conséquent, en `aras Yisro`él, les Juifs avaient l'habitude de conclure la Barokhoh de « Hashkivénou » par la formule de פּוֹרֵשׂ סֻכַּת שָׁלוֹם עָלֵינוּ וְעַל עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וְעַל יְרוּשָׁלַםִ, aussi durant la semaine qu'à Shabboth et Yôm Tôv. Et cela est confirmé par les textes retrouvés à la Ganizoh du Caire, qui rapportent le rite palestinien. Ainsi, citer ce passage du Yaroushlami pour justifier la modification de la formule de cette bénédiction est erroné !

Enfin, Ribbénou Dowidh `abbudhirhem déclare que les Ga`ônim auraient tranché qu'il faudrait modifier la formule à Shabboth. Mais ce n'est pas non plus exact, puisque d'autres Ga`ônim ne faisaient pas cette modifications, comme par exemple le Rov Sa´adhyoh Go`ôn. Même le Rov ´amrom Go`ôn ז״ל, qui adopte pourtant cette pratique de modifier la formule du « Hashkivénou », rapporte dans son Siddour (qui est l'un des plus anciens) que d'autres Ga`ônim ne faisaient pas cette modification. C'est donc, là aussi une preuve erronée.

À présent, vous savez pourquoi certains utilisent une formule différente de la bénédiction de « Hashkivénou » à Shabboth, et pourquoi nous, les Talmidhé HaRambo''m, ne le faisons pas mais gardons la même formule aussi bien le Shabboth qu'en semaine.
1Simon 268
2Rapporté dans le Yalqout Yôséph, Shabboth, page 485
3Barokhôth Chapitre 4
4Page 35b, Chapitre 4, Halokhoh 5

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