mercredi 24 février 2021

Se laver le Shabboth

 

בס״ד

 

Se laver le Shabboth

 


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La question suivante m’a été envoyée :

 

Shalom Rav

 

Est-il vraiment assour de prendre une douche chaude le chabbat ?

 

Bien que la plupart des gens supposent que l'on ne peut pas se doucher le Shabboth, il y a en fait des situations où cela est possible.

 

Le Gamoroˋ[1] rapporte une Malôqath (divergence) entre les premiers ˋammôroˋim, Rov ז״ל et Shamouˋél ז״ל, concernant le fait de prendre un bain le Shabboth. Bien que les deux conviennent que l'on ne peut pas se baigner de la manière régulière à Shabboth, Rov permet de se baigner à Shabboth, tant que l'on ne submerge pas tout son corps à la fois, mais seulement une partie à la fois. Shamouˋél n'est pas d'accord, soutenant que l'on ne peut pas laver plus de la moitié de son corps. Dans les deux cas, il s’agit d’un Shinouy (changement par rapport à la façon habituelle de se laver).

 

Une question naturelle se pose à la lecture de cette Malôqath talmudique : Puisque se baigner ne fait pas partie des 39 Maloˋkhôth interdites par la ôroh le Shabboth, pourquoi ne peut-on pas prendre un bain relaxant de Shabboth ?

 

Bien que Mé´iqqar Haddin (d’après la lettre de la loi de la ôroh) se baigner soit autorisé, aZa’’l ont interdit de se baigner dans de l'eau chaude à Shabboth, car cela pourrait conduire à la profanation du Shabboth. La Gamoroˋ[2] raconte le récit historique suivant de l'interdiction :

 

Au départ, on était autorisé à se baigner dans de l'eau qui était chauffée avant Shabboth. Ensuite, les propriétaires des établissements de bains ont commencé à chauffer de l'eau à Shabboth, affirmant que l'eau avait été chauffée avant Shabboth. Afin d'arrêter cette pratique, les Sages ont interdit de se baigner dans l'eau chaude à Shabboth, mais ont permis d'entrer dans un bain de vapeur à Shabboth. Cependant, les gens qui n'écoutaient pas les Sages ont commencé à prendre des bains chauds à Shabboth, affirmant faussement qu'ils n'avaient utilisé que le bain de vapeur. (À cette époque, les deux activités étaient effectuées dans des bains publics.) Pour faire appliquer leur décision, les Sages interdirent également d'entrer dans un bain de vapeur, mais permirent de se baigner dans des sources chaudes naturelles (comme par exemple celles de Tibèriade). Lorsque certaines personnes ont continué à transgresser les instructions des Sages en se baignant dans de l'eau chaude tout en affirmant avoir utilisé de l'eau de sources chaudes naturelles, les Sages ont alors interdit de se baigner dans toute eau chaude, même les sources chaudes naturelles, mais ont permis de se baigner dans de l'eau froide. Après un certain temps, les Sages ont réalisé que c'était une épreuve insupportable et ont annulé l'interdiction de se baigner dans les sources chaudes naturelles, tout en maintenant l'interdiction des bains de vapeur et de la baignade dans de l'eau chaude.

 

En conclusion, nous voyons que les Sages ont interdit la baignade à Shabboth, même dans l'eau chauffée avant Shabboth, de peur que les propriétaires et les gestionnaires de bains publics n'encouragent les affaires en chauffant l'eau à Shabboth. Afin de maintenir cette injonction initiale, aZa’’l ont dans un premier temps interdit de se rendre au bain de vapeur et de se baigner dans les sources chaudes naturelles, mais ont finalement annulé cette dernière interdiction. Ainsi, on ne pourrait pas se baigner ou se laver à la vapeur le Shabboth, même avec de l'eau chauffée avant Shabboth.

 

Rov et Shamouˋél, que nous avons cités ci-dessus, ont interprété la aqqonoh (décret) susmentionnée contre le bain de différentes manières, Rov limitant l'interdiction au lavage de tout le corps en une seule fois, car c'est la manière habituelle de se baigner. Cependant, il permet de se baigner d'une manière inhabituelle, par exemple en ne se plongeant pas complètement dans l'eau et en ne lavant qu'une partie du corps à la fois. Shamouˋél estime que, comme il baigne encore tout son corps, cela est inclus dans l'interdiction, bien qu'il admette que laver moins de la moitié du corps est autorisé. La pratique majoritaire suit Shamouˋél, et par conséquent, on ne peut baigner le jour du Shabboth qu’une partie de son corps dans de l’eau chaude préchauffée.

 

Tout ce que nous avons dit jusqu’à présent ne concerne que le fait de se baigner. Mais qu'en est-il du fait de verser de l'eau sur soi-même ? Est-ce inclus dans la catégorie de la baignade interdite ou est-ce permis ?

 

La Gamoroˋ[3] rapporte une Malôqath à trois entre les annoˋim concernant cette question. Ribbi Méˋir ז״ל a interdit de verser de l'eau chaude ou froide sur soi-même ; Ribbi Shim´on ז״ל a permis de le faire aussi bien avec de l’eau froide que de l’eau chaude ; tandis que Ribbi Yahoudhoh, l'opinion de compromis, autorisait l'eau froide mais interdisait la chaude.

 

De cette Malôqath il ressort que, selon Ribbi Shim´ôn, on peut prendre une douche chaude le jour du Shabboth, parce que l'interdiction de se baigner était limitée à quelqu'un assis dans un bain ; selon Ribbi Méˋir, même le rinçage à froid est inclus dans l'interdiction et certainement celui également à chaud ; et selon Ribbi Yahoudhoh, on peut prendre une douche froide, mais pas une douche chaude.

 

Pouvons-nous suivre l’opinion de Ribbi Shim´ôn et prendre une douche chaude à Shabboth ? (Dès lors que l’eau a été préchauffée avant Shabboth.) Bien que le Shoulon ´oroukh[4] tranche suivant l’opinion de Ribbi Yahoudhoh, interdisant de se doucher à l’eau chaude mais permettant de le faire à l’eau froide, le almoudh lui-même n’a jamais tranché la question ! En outre, comme nous allons le voir à l’instant, même si on choisit la position de Ribbi Yahoudhoh, les interdictions des Sages n’étaient jamais absolues et contenaient toujours des exceptions et moyens de contournements. Pour la bonne et simple raison qu’il ne s’agit pas d’interdictions d’ordre biblique. Par conséquent, les Sages n’ont jamais été stricts dans leurs interdictions.

 

Sur la base d'une analyse perspicace, plusieurs Pôsaqim de premier plan démontrent que quelqu'un qui souffre peut se baigner le Shabboth même dans l'eau chaude, à condition que l'eau ait été chauffée avant Shabboth.[5] Ceci est basé sur la Halokhoh qui stipule que, bien que l'on ne puisse généralement pas demander à un Gôy d'effectuer un travail interdit le Shabboth, on peut le faire dans certaines cas de force majeur. Par exemple, on peut demander à un Gôy de faire quelque chose pour une personne suffisamment malade pour être clouée au lit.[6]

 

Lorsque le Rambo’’m lui-même ז״ל énumère les activités que l'on peut demander à un Gôy d'accomplir le Shabboth, il inclut le fait de lui faire transporter de l'eau chaude pour qu'une personne qui souffre puisse prendre un bain.[7] De tout cela il ressort de manière évidente que, bien que aZa’’l aient interdit de se baigner dans de l’eau chaude le Shabboth, ils n’ont uniquement interdit que le bain de plaisir et hygiénique, mais ont permis de se baigner dans de l’eau chaude pour soulager la souffrance. Ainsi, une personne qui souffre de ne pas pouvoir prendre un bain ou a une condition médicale qui peut être soulagée par le fait de prendre un bain peut soulager son inconfort le Shabboth avec un bain chaud !

 

Nous pouvons à présent terminer notre réponse en faisant mention des douches modernes. De nos jours, la plupart des systèmes de chauffage de l'eau domestique fonctionnent avec une chaudière qui remplace automatiquement l'eau chaude par l'eau froide lorsque vous l'utilisez. Cela signifie que lorsque l'on prend un bain, que l’on se douche ou que l’on actionne simplement l'eau chaude à Shabboth, on chauffe de l'eau nouvelle. C’est pour cela que la majorité des Pôsaqim contemporains interdisent d’ouvrir le robinet d’eau chaude à Shabboth, tout en précisant que quelqu'un qui souffre et aimerait prendre des bains chauds à Shabboth peut envisager d'installer un système de chauffage qui ne chauffe pas l'eau neuve lorsqu'il est en marche. Malgré que cette position soit majoritaire à notre époque, elle n’est pas unanime. En effet, certains autres Pôsaqim contemporains autorisent l'utilisation normale du robinet d’eau chaude et des chaudières modernes à Shabboth parce qu’ils considèrent qu’il s’agit d’un chauffage indirect de l'eau (Garomoˋ) et qui est réalisé sans cette intention particulière (ˋénô Mithkawwén).[8] Et il en serait de même avec une chaudière qui fonctionne à l’énergie solaire.

 

Comme vous le voyez, l’interdiction de prendre une douche chaude à Shabboth n’est pas si absolue qu’on le prétend !

 

 



[1] Shabboth 40a

[2] Ibid.

[3] Ibid., 39b

[4] ˋôraḥ Ḥayyim 326 :1, 4

[5] Shou’’th Divré Yôséph n°64 ; Rov ´aqivoh Eiger dans ses commentaires sur le Shoulḥon ´oroukh, ˋôraḥ Ḥayyim 307 :5 et 326 :1.

[6] Shoulḥon ´oroukh, ˋôraḥ Ḥayyim 328 :17

[7] Mishnéh Ṭôroh, Hilkôth Shabboth 6 :9-10

[8] Ces Pôsaqim sont mentionnés dans Divré Dowidh, Chapitre 87.

lundi 22 février 2021

Emission de semence en vain - L’influence du christianisme

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


L’influence du christianisme

 

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Pour (re)lire :

·        La première partie

·        La deuxième partie

·        La troisième partie

·        La quatrième partie

·        La cinquième partie

·        La sixième partie

·        La septième partie

·        La huitième partie

·        La neuvième partie

·        La dixième partie

·        La onzième partie

·        La douzième partie

·        La treizième partie

·        La quatorzième partie

·        La quinzième partie

·        La seizième partie

 

J'ai évoqué à quelques reprises l'idée qu'au moins une partie de l'attitude négative halakhique envers la masturbation était le résultat d'une influence culturelle chrétienne et générale. J'ai plaidé dans le dernier article en faveur de l'adoption de l'approche du PMO (Paradigme Maïmonidien Orignal) sur la masturbation au lieu de l'approche du PSA (Paradigme du Shoulḥon ´oroukh). C’est quelque peu facile et gratifiant de mettre la faute sur les autres (les chrétiens) et d’exonérer les Juifs.

 

Mais je suis désolé de dire que dans ce cas, nous ne pouvons pas blâmer les chrétiens. Du moins pas le développement du PSA que j'ai décrit en détail auparavant. Le PSA a été fortement influencé par le Zôhar. Le Zôhar s'impose comme la condamnation la plus sévère de la pratique de la masturbation dans toute l'histoire religieuse humaine. C'était l'œuvre religieuse la plus complète, la plus zélée et la plus énergique dans le traitement du sujet, et le premier texte religieux à en discuter avec autant de détails.

 

Bien qu'il y ait des références et des condamnations de la masturbation éparpillées ici et là dans les écrits chrétiens à partir du deuxième siècle, cela ne semble pas avoir été particulièrement important pour les chrétiens jusqu'au milieu du 1 8ème siècle. Il existe des exceptions, comme le pape Léon II (né en 1002, décédé en 1054) qui a écrit durement à ce sujet, mais cela n'est jamais devenu une référence. Le monde antique se souciait peu du sujet. La grande obsession du sujet a vraiment commencé avec la publication d'un tract anonyme appelé « Onania » en Angleterre vers 1722.

 

C’est justement à ce moment-là que l'influence du monde chrétien et du monde universitaire a commencé à se faire sentir sur le monde juif. Il me semble que l'acceptation généralisée du PSA et les opinions strictes concernant la masturbation ont été aidées par la forte rhétorique anti-masturbation qui a envahi le monde chrétien, philosophique et scientifique à partir du début des années 1700. À partir de cette période, tant dans le monde protestant que catholique, l'onanisme est devenu synonyme de masturbation (alors que bibliquement parlant, cela n’a rien à voir comme nous l’avions démontré) et il est devenu accepté comme un péché terrible. Dans le monde philosophique, personnalité aussi influente qu'Emmanuel Kant a condamné fermement la pratique. Dans le monde scientifique, il est devenu admis à cette époque-là que la masturbation était à la fois le signe d'un trouble mental et la cause de toutes sortes de maladies physiques. Ce n'est qu'au milieu du 20ème siècle que ces idées ont commencé à changer, et la masturbation a commencé à être comprise comme une partie normale du développement sexuel.

 

La plus forte influence halakhique sur le judaïsme orthodoxe contemporain d'après la Seconde Guerre mondiale vient des traditions ḥassidiques de l'Europe de l'Est et du monde non ḥassidique de la Yashivoh de Lituanie. Ces deux traditions ont commencé et ont été nourries dans une culture environnante qui pensait que la masturbation était un signe de maladie mentale, qu'elle était médicalement malsaine et que c'était une abomination et une perversion pour lesquelles Hashshém a condamné à mort ´ér et ˋônon. Il n'est pas surprenant que les Pôsaqim et les maîtres du Mousor de l'époque n'aient pas prêté grande attention aux opinions du R’’i Hazzoqén et d'autres et aient accepté le paradigme du Shoulḥon ´oroukh. C’est en ce sens que l’on parle d’influences chrétiennes et générales.

 

Un indicateur que tel est le cas, est que les opinions exprimées par les partisans du PMO n'ont pas disparu immédiatement lorsque le Shoulḥon ´oroukh les a supprimées. Le PSA a mis un certain temps à s'implanter. Comme nous le verrons, immédiatement après la publication du Shoulḥon ´oroukh, de nombreuses autorités rabbiniques se sont opposées à la négation des opinions du R’’i Hazzoqén, du Ṭôsophôth Ri’’d et du Rambo’’m.

 

Il est logique qu'il n'ait pas été facile pour le Shoulḥon ´oroukh de supprimer l'opposition en omettant le R’’i Hazzoqén. Cette opinion représentait la position traditionnelle conforme au Ṭalmoudh, et non une opinion isolée. De nombreuses autorités halakhiques parmi les Riˋshônim (autorités halakhiques qui se sont succédées à partir de +/- l’an 1100 jusqu’à 1550) et les premiers ˋaḥarônim (autorités halakhiques qui se sont succédées à partir de +/- 1550 jusqu’à 1800) ont soutenu l'opinion du R’’i Hazzoqén. En voici quelques-uns : Ribbénou Môrdokhay ban Hillél Hakkôhén (Allemagne, 1250-1298, connu sous le nom du « Môrdokhay »)[1] ; Ribbénou Baṣalˋél ban ˋavrohom ˋashkanazi (Israël, 1520-1592)[2] ; Ribbénou ˋoshér ban Yaḥiˋél (« Le Roˋ’’sh » Allemagne puis Espagne, 1250-1327)[3] ; Ribbénou Méˋir Hakkôhén de Rothenburg (Allemagne, fin du 13ème siècle)[4] ; Ribbénou Yasha´yohou DiTrani « le plus jeune » (Italie fin 13ème - début du 14ème siècle)[5] ; Ribbénou Shalômôh Louriyoˋ (Pologne 1510-1573, « Le Maharsha’’l)[6] ; Rov ˋavrohom Ḥayyim Shour (Belz, Pologne fin 16ème, début du 17ème siècle)[7]. Tout ce qui précède et bien d’autres au moins soutiennent l’opinion du R’’i Hazzoqén comme une alternative viable à l’interdiction stricte de « répandre de la semence ».

 

C'est pour cette raison que le commentaire important sur le Shoulḥon ´oroukh, le Béth Shamouˋél (fin du 17ème siècle) nuance immédiatement la déclaration du Shoulḥon ´oroukh selon laquelle la masturbation serait le péché « le plus grave de la Ṭôroh » en disant que le Shoulḥon ´oroukh ne pensait pas vraiment ce qu’il a dit. (À mon humble avis, le Shoulḥon ´oroukh le pensait clairement, puisqu’il a trouvé dans le Zôhar à quel point ce « péché » était grave.)

 

Malgré cette opposition solide et robuste au PSA, dans les siècles qui ont suivi la publication du Shoulḥon ´oroukh, le PSA est finalement devenu le paradigme prédominant. Le PMO est retourné dans le passé presque comme s’il n'avait jamais existé. Au fur et à mesure que la communauté juive européenne (au moins d'Europe de l'Est) se développa en branches ḥassidiques et « lituaniennes » avant la Seconde Guerre mondiale, le PSA devint fermement ancré. Je crois que c'était en grande partie parce que la même chose se passait dans le monde extérieur. Pourquoi le monde juif ignorerait-il presque complètement une tradition majeure de la société générale et l'échangerait contre une autre ? De toute évidence, la pensée chrétienne, philosophique et médicale de l'époque concernant les « horreurs » de la masturbation dominaient la communauté juive de la même manière qu'elle dominait la pensée occidentale en général.

 

Donc, en conclusion, je ne crois pas que nous puissions blâmer « les autres » d'avoir imposé cette rigueur au judaïsme. Nous l’avions fait nous-mêmes en premier. Cependant, le fait que ce soit devenu le paradigme halakhique prédominant a été presque certainement fortement influencé par des facteurs extérieurs.

 

Le seul aspect positif auquel je puisse penser, c'est que peut-être l'inverse pourrait être vrai. Si l'aversion de la société générale pour la masturbation a contribué à nous pousser vers une attitude halakhique stricte, peut-être que la reconnaissance par la science moderne que la masturbation occasionnelle est normale peut nous ramener au paradigme halakhique original qui acceptait aussi en effet que cela est vrai. Peut-être. Peut-être. Avec l'aide de Hashshém et avec le bon sens et la force des sources de la Ṭôroh que j'ai citées dans cette série d’articles, cela peut peut-être fonctionner.

 

Merci d'avoir lu mes dix-sept articles sur ce sujet, je pense que je peux maintenant passer à d'autres tout aussi importants.



[1] Masakhath Niddoh, Haggohôth Môrdokhay 247 :744

[2] Shittoh Maqoubbaṣath Nadhorim 20b

[3] Ṭôsophôth Horoˋ’’sh, Yavomôth 34b

[4] Haggohôth Maymôniyôth, Hilkôth ˋissouré Biˋoh 21 :9

[5] Pisqé Ria’’z, Kathoubbôth 5

[6] Yam Shal Shalômôh, Yavomôth 34b

[7] Ṭôrath Ḥayyim, Sanhédhrin 54a

dimanche 7 février 2021

Emission de semence en vain - L’impact psychologique des deux approches

 

בס״ד

 

Emission de semence en vain : Une approche rationaliste

 


L’impact psychologique des deux approches

 

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Pour (re)lire :

·        La première partie

·        La deuxième partie

·        La troisième partie

·        La quatrième partie

·        La cinquième partie

·        La sixième partie

·        La septième partie

·        La huitième partie

·        La neuvième partie

·        La dixième partie

·        La onzième partie

·        La douzième partie

·        La treizième partie

·        La quatorzième partie

·        La quinzième partie

 

Je pense que ce que j'ai développé jusqu'à présent dans tous les articles précédents, ce sont deux concepts très différents concernant la masturbation masculine et comment cette activité devrait être traitée par un juif qui souhaite observer la Halokhoh. Notre analyse halakhique jusqu'à présent est suffisante pour faire ressortir le point de base auquel j'ai essayé d'arriver dans ce blog.

 

Grâce à tout cela nous allons pouvoir explorer les effets potentiels négatifs que l'idée fausse du « péché » de « répandre la semence » peut avoir sur le développement sexuel et les relations conjugales dans le milieu orthodoxe, et principalement Ḥarédhi. J’ai pu avoir divers témoignages dans le milieu orthodoxes qui m’ont montré l’utilité de tous les articles précédents et m’ont encouragé à poursuivre.

 

Les deux approches halakhiques différentes que nous avons développées auront un impact significativement différent sur la santé sexuelle et psychologique de la société juive orthodoxe.

 

Le paradigme halakhique qui domine la compréhension générale de la plupart des Juifs orthodoxes est celui établi par le Shoulḥon ´oroukh. Nous venons de terminer de décrire comment cela s'est développé dans la série d’articles précédents. Permettez-moi de résumer les principes de base de ce paradigme, que l’on va appeler « Paradigme Shoulḥon ´oroukh » (PSO).

 

Le PSO postule que toute éjaculation en dehors des rapports vaginaux dans le contexte du mariage est un péché. Le PSO soutient que c'était là le péché de ´ér et ˋônon qui a abouti à leur mort. Le PSO soutient que c'était le péché du déluge qui a entraîné la destruction de presque toute la vie sur la planète. Le PSO soutient que l'éjaculation extra-vaginale produit des démons qui provoquent l'individu dans le monde à venir. Le PSO enseigne que l'éjaculation extra-vaginale s'apparente au meurtre et est incluse dans les Dix Commandements. Le PSO n'autorise aucune autre forme d'activité sexuelle entre mari et femme autre que les relations vaginales.

 

Il serait impossible de surestimer les effets négatifs de ces idées sur la santé sexuelle et psychologique du public orthodoxe. Concentrons-nous d'abord sur le jeune homme célibataire et sur ce que cela peut faire pour sa santé psychologique. Imaginez la culpabilité d'un jeune homme qui se masturbe occasionnellement. S'il est capable d'ouvrir un Shoulḥon ´oroukh et de lire, s'il est éduqué à la Yashivoh, la culpabilité écrasante qu’il va ressentir peut être terrible. Les expériences et les désirs normaux d'un homme adolescent (ou même d'un homme adulte mature) sont soudainement devenus la source du « pire péché de la Ṭôroh ».

 

Essayez ensuite d'imaginer le nombre de chemins destructeurs que cela peut amener à emprunter. La culpabilité peut dans certains cas conduire à un sentiment de désespoir. « Si je ne peux pas lutter contre ces pulsions, je ne peux pas être qualifié de juif pratiquant, et pourquoi alors me préoccuper du reste des Miṣwôth ? » Une telle personne pourrait être conduite dans une rébellion très déprimée contre son héritage, car il se définit à cause de la dureté du Shoulḥon ´oroukh comme un Juif raté. Alternativement, cela pourrait conduire à une rébellion ouverte. « La Ṭôroh doit être absurde si elle interdit un comportement naturel normal et inoffensif ». « Si on estime que j’ai commis le pire péché de la Ṭôroh, à quoi me sert-il donc d’être pratiquant ? » « Si la Ṭôroh l'interdit, alors que c’est naturel, peut-être que toutes les lois de la Ṭôroh pourraient aussi être absurdes ». Je vous assure que j’ai déjà rencontré beaucoup de tels jeunes orthodoxes ayant eu ce raisonnement, mais n’osent pas l’exprimer dans leurs milieux. Il n’est pas étonnant de voir que le nombre de « frum de naissance » qui quittent leurs milieux est croissant. Parmi ces jeunes hommes qui ne veulent pas quitter le mode de vie de la Ṭôroh, imaginez la dissonance cognitive qu'un tel problème peut provoquer ? La honte, la dépression, la confusion et le désespoir peuvent être accablants.

 

Maintenant, suivons ce jeune homme dans sa vie. On lui apprend qu'il a besoin d'une femme pour éviter ce péché, pour que son envie naturelle d'avoir des relations sexuelles et de faire l'expérience de l'éjaculation puisse avoir un « débouché Koshér ». De nombreuses questions vont surgir : Cherche-t-il le mariage pour avoir une relation épanouissante avec un autre être humain ? En ce qui concerne l'aspect sexuel important de cette relation, est-il entendu que son but n'est pas seulement de s'aider lui-même ? Se rend-il compte que sa femme est une personne d'égale importance qui mérite d'avoir une relation sexuelle satisfaisante autant que lui ? Reconnaît-il que la Ṭôroh l'oblige à la rendre heureuse sexuellement, et que sa femme est bien plus qu'un simple « réceptacle » pour que son éjaculation soit désormais considérée comme « Koshér » ? Comprenez-vous donc les problèmes supplémentaires que vous créez lorsque vous dîtes à un jeune homme que le seul moyen d’éviter ce « péché » est de se marier ? S’il se marie dans cette optique-là, sa relation de mariage sera purement égoïste et il risque en réalité ni d’être heureux ni de rendre heureuse sa femme !

 

Et la jeune femme ? A-t-elle été mise au courant qu'elle doit se rendre disponible pour lui juste pour LE sauver du péché ? Qu’en sera-t-il alors du propre plaisir de cette femme ? Devrait-elle accepter d’endurer la peine, le chagrin, le sentiment de ne pas être aimée et l'inconfort juste pour LE sauver ? Aura-t-elle le droit de dire « non » ou « pas maintenant », puisqu’elle ne s’est mariée à lui que pour qu’elle serve de « réceptacle » pour une éjaculation « Koshér » ? Apprendra-t-elle un jour ce qu'une relation sexuelle est censée être ? Il y a tant à écrire, tant à penser. Je me contenterai de ces quelques questions pour vous faire réfléchir.

 

A présent, revenons un peu dans le temps halakhique. Revenons aux jours précédant l'arrivée du Zôhar sur la scène halakhique, aux jours de ce que j'appellerai le Paradigme Maïmonidien Original (le PMO).

 

Le PMO postule qu'il ne faut pas alimenter délibérément ses désirs sexuels car cela peut conduire à l'immoralité. Le PMO enseigne que le péché de ´ér et ˋônon était qu'ils s'étaient délibérément engagés dans une relation sexuelle dans le but exprès d'éviter la procréation, Ṭomor était un jouet sexuel pour eux, pour le plaisir seulement. C'est pourquoi ils ont été mis à mort par Hashshém. Le PMO enseigne que tant qu'une personne est engagée dans une activité sexuelle dans une relation appropriée, il n'y a pas de péché de « répandre de la semence », et tout type d'activité sexuelle est acceptable. Le PMO recommande également le mariage précoce, mais pas pour empêcher la masturbation, mais plutôt pour prévenir le risque de promiscuité et d'autres péchés sexuels. Le PMO utilise explicitement la compréhension médicale de l’époque pour ne recommander que des éjaculations peu fréquentes. Le PMO s'appuie également explicitement sur les idées médicales de l’époque pour néanmoins recommander des éjaculations régulières, mais pas excessives, pour éviter ce que l'on croyait être l'accumulation de facteurs négatifs lorsque l'on n'éjacule pas assez souvent. Selon le PMO, il n'y a pas de péché de masturbation pour un homme célibataire, le seul souci est de nourrir délibérément le désir sexuel pour la raison énoncée ci-dessus.

 

Tout comme il était impossible de surestimer les effets négatifs de l'acceptation générale du PSO, il est également impossible de surestimer les effets positifs de l'adoption du PMO.

 

Grâce au PMO, notre jeune homme hypothétique comprend qu'il s'agit d'un processus naturel et que l'éjaculation occasionnelle est tout à fait normale, voire saine. Il comprend maintenant que le problème est de s'engager dans des pratiques qui mènent à des activités sexuellement malsaines, et non le « déversement de semence » en lui-même. Grâce au PMO, il comprend que parmi les activités malsaines à éviter à tout prix il y a le fait de recourir à la pornographie trop facilement disponible aujourd’hui, car la pornographie peut conduire à des idées malsaines et dangereuses sur le sexe et les relations homme-femme. De l’autre côté, grâce au PMO, il comprend qu’une exposition normale à des membres du sexe féminin, qui peut parfois conduire à des pensées sexuelles, est tout à fait normale tant que de telles rencontres sociales mèneront un jour à une relation saine et sûre appropriée.

 

Lorsqu'il s'agit de mariage, il peut apprendre que toute pratique sexuelle est tout à fait normale et qu'il doit faire tout ce que lui et sa femme trouvent satisfaisant et agréable. Il apprendra également qu'une femme doit être respectée en tant que partenaire, pas en tant qu'être purement sexuel comme ´ér et ˋônon ont traité Ṭomor. Grâce au PMO, il comprend que sa femme est là pour bien plus que son plaisir sexuel ; elle est là pour construire une vie et une famille avec lui. Cela inclut la Miṣwoh de procréer.

 

La jeune femme ne sera pas là pour « le sauver du péché ». S'il a besoin d’être « sauvé » et qu'elle n'est pas d'humeur, pour une raison quelconque, il peut soit se retenir et être respectueux, soit s'engager avec elle dans d'autres activités qui n'incluent pas une pénétration indésirable de son corps, même si cela signifie qu'il va éjaculer par voie extra-vaginale.

 

De plus, maintenant que nous savons qu'il n'y a rien de malsain dans la masturbation occasionnelle, les objections liées à la santé soulevées par le Rambo’’m n'existeraient plus. Le Rambo’’m lui-même, c'est bien connu, a omis de son code halakhique l’ « interdiction » de manger du poisson et de la viande ensemble. C'était parce qu'il comprenait que c'était une recommandation sanitaire des rabbins du Ṭalmoudh basée sur une erreur. Puisque le Rambo’’m ne considérait pas cela comme un véritable problème de santé, ce n'est pas la Halokhoh. Le Rambo’’m, je dirais, serait probablement cohérent et aurait une approche complètement différente, car la compréhension de la santé de la masturbation a radicalement changé et s’est affinée pour être plus précise.

 

La suggestion qu'il existe des tortionnaires démoniaques créés chaque fois que quelqu'un se masturbe aurait semblé à la fois stupide et pire, même blasphématoire pour le Rambo’’m.

 

Nous venons de résoudre un dilemme majeur. Revenons à l'essentiel. Permettez-moi d'adapter une phrase halakhique commune à notre situation : le Ṭalmoudh, le Rambo’’m, Ribbénou Yiṣḥoq Hazzoqén, et Ribbénou Yasha´yohou Di Trani sont des autorités halakhiques sur lesquels nous devons nous appuyer sur ces questions de la masturbation et des relations sexuelles dans le couple.

 

Construisons sur le PMO, le paradigme maïmonidien original. Nous pouvons utiliser le PMO comme base pour construire une sexualité saine parmi nos jeunes, nos familles et nos couples. Les gens doivent apprendre à éviter l'immoralité sexuelle, l'exploitation sexuelle, les abus sexuels et le stress sexuel malsain qui s'accumule dans les familles dysfonctionnelles, malheureusement très très très nombreuses dans la communauté orthodoxe. Au lieu de cela, nous devrions enseigner à quoi ressemble une sexualité saine et comment y parvenir.

 

Je voudrais cependant injecter quelques idées kabbalistiques dans le PMO. Toutefois, cela aura l'effet inverse de celles injectées par le Zohar et qui ont contribué à bâtir le Paradigme Shoulḥon ´oroukh. Le Rambo’’m avait une aversion philosophique pour le sexe en général. Il le considérait comme une activité basse, à peu près la forme la plus basse du comportement humain. En cela, il suivait la philosophie de son mentor Aristote. Si vous vous souvenez, nous avons mentionné la ˋiggarath Haqqôdhash dans notre discussion passée sur les kabbalistes espagnols. La ˋiggarath Haqqôdhash a répondu au Rambo’’m que l'acte sexuel n'est pas du tout un acte bas. C'est plutôt un acte saint et beau entre deux êtres humains, tant qu'il y a des intentions appropriées. Si nous injectons cette idée dans le développement du PMO, nous constaterons que tout acte entre deux êtres humains aimants, dans le contexte d'une relation engagée et aimante fondée sur des idées et des principes appropriés, est une chose belle et sainte. Il doit être célébré et encouragé, quel que soit l'endroit où le sperme se répand.

 

Dans les prochains articles, je veux écrire un peu plus sur certaines des raisons pour lesquelles le PSO est devenu dominant. Je pense que nous devons discuter aussi des influences étrangères, des influences de la science contemporaine, etc. avant de quitter ce sujet et de passer à autre chose.

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